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Ethnographie


Jacques Germain
Administrateur en chef des Affaires d'Outre-Mer (ER)
Guinée. Peuples de la Forêt

Académie des Sciences d'Outre-Mer. Paris. 1984. 380 p.


Préface


Jacques Germain,
Un Administrateur au service des Peuples de Guinée

Pourquoi faut-il que le nom de Guinée ait un goût de cendre ? Pourquoi faut-il que tant d'inscriptions sur les murs des cellules nous rappellent les noms de jeunes administrateurs, de jeunes ministres guinéens torturés et mis à mort au Camp Boiro ou disparus ? La chape de plomb, le mur du silence sont bien ce qui peut se faire de pire 1.

Pourtant la Guinée fut en Afrique l'un des pays les plus équilibrés et les plus fraternels de l'ancien domaine colonial français.

Mon premier contact avec la Guinée date du 8 septembre 1939 ; je ramenais alors la croisière de la Ligue Française des Auberges de jeunesse, qui avait pu aller jusqu'à Pointe-Noire. La guerre venait d'être déclarée et Conakry retentissait de chants patriotiques. Les anciens combattants arboraient sur leur boubou des rangées de médailles de la Grande Guerre 1914-1918. Des cortèges se formaient spontanément. Des jeunes gens faisaient la queue pour s'engager.

Une visite à Mgr Lerouge, alors vicaire apostolique de Guinée, me confirma dans cette idée d'une Guinée passionnément française.

Quelques jours plus tard, j'étais invité à dîner à Dakar par André Villard, directeur des archives de l'A.O.F., au restaurant du Palais et je rencontrais Gilbert Vieillard 2 qui venait, à 40 ans, de se porter volontaire pour le front et ce fut un repas sous le signe des Peuls du Fouta-Djalon. Gilbert Vieillard devait tomber sur les hauteurs Chalaines près de Vaucouleurs en juin 1940 lors de l'offensive allemande.

Cet Administrateur s'était fait Peul avec les Peuls. Il parlait la langue, étudiait les coutumes et avait laissé un tel souvenir que les « Amicales Gilbert Vieillard » formaient au lendemain de la guerre les premiers groupements socio-politiques à signaler dans un pays dont Emmanuel Mounier, au cours de son voyage de 1947, vantait la sérénité politique.

Les études sur la Guinée sont nombreuses depuis les premiers travaux d'Arcin, ceux du capitaine Gamory-Dubourdeau et du lieutenant Bouet sur les Toma, du capitaine Duffner sur les Kpellè et sur la région correspondante de Côte-d'Ivoire, de Tauxier sur les Toura, les Gagou et les Gouro, du capitaine Viard sur les Guèré.

Les études récentes revêtent une certaine importance : celles de Denise Paulme sur les Kissi, gens du riz, de Bohumil Holas sur les Kono et les Toura, de Pierre-Dominique Gaisseau sur les Toma.

Depuis l'Indépendance, les travaux ethnologiques et historiques sont peu nombreux et de valeur inégale. C'est pourquoi le monumental travail de Jacques Germain revêt une fondamentale importance.

Né à Paris le 26 novembre 1922, Jacques Germain est reçu en 1942 au concours d'entrée à l'Ecole nationale de la France d'Outre-Mer (ENFOM). Après une année d'étude, réfractaire au Service du Travail Obligatoire, il rejoint le barrage de l'Aigle (Cantal) le 1er décembre 1943 avec six autres « Colo » et l'O.R.A. (Organisation de Résistance de l'Armée). Il y prépare la mobilisation des travailleurs nord-africains affectés à la construction des barrages de la Dordogne. Le 1er avril 1944 il est affecté à l'Etat-Major de la Zone 10 et le 6 juin suivant, jour du débarquement allié sur les côtes normandes, il commande une section de tirailleurs au sein du groupement Eynard de la Division F.F.I. d'Auvergne. Alors qu'il se trouvait sur le front de Bellort avec la 1re Armée, il est rappelé par le gouverneur Delavignette, alors Directeur de l'ENFOM, pour achever ses études Avenue de l'Observatoire.

Breveté de l'Ecole Nationale de la France d'Outre-Mer, il part en Guinée et le 15 mars 1946 il est chef-adjoint de Cabinet du Gouverneur et assume durant plusieurs mois la direction du journal de Conakry « La Guinée française ».

Le 3 septembre 1946, il est adjoint au Commandant de Cercle de Nzérékoré. Il y reste seize mois où il fait le grand métier d'administrateur de brousse, prenant des notes au fil des tournées, organisant les palabres. Il complète ce travail lorsqu'il est chef de Subdivision de Youkounkoun.

A l'occasion des tournées Jacques Germain écoute les traditionnistes Kpellé, Kono et Manon. Pour pénétrer davantage les coutumes il entre au Polon, stage d'initiation en forêt sacrée, en même temps que les jeunes postulants dans le canton du Sonkolé. Il est également admis dans le Ton ou Tohon, société des gens de justice.

De ses notes recueillies en 1946 et 1947, il avait tiré deux articles parus dans les Etudes Guinéennes.

Le séjour suivant il est en Côte-d'Ivoire comme chef de subdivision de Mankono (avril 1949, septembre 1951). Il est ensuite deux années durant au Cabinet du Ministre de la France d'Outre-mer, avant de repartir pour la Côte-d'Ivoire de février 1954 à mars 1956 comme Chef de Subdivision de Béoumi.

Affecté au Cameroun, après avoir été chef-adjoint du Service des Affaires économiques à Douala, il est Chef de Subdivision de Nkongsamba.

Nommé Commissaire-adjoint au Plan le 2 octobre 1958 il est, l'année suivante, Directeur du Plan et Professeur à l'Ecole camerounaise d'Administration. Il est en même temps correspondant de « Marchés tropicaux » et d'« Industries et Travaux d'Outre-Mer ». Durant sa dernière année de séjour au Cameroun (1961-62), il est conseiller technique du Ministre Délégué à la Présidence chargé des Finances et du Plan.

De retour en France, il est conseiller géographique à la Caisse Centrale de Coopération Economique, puis passe dans le secteur privé : il est successivement Directeur des achats, Secrétaire général puis Président de la filiale française d'une société industrielle américaine.

Parallèlement il est élu conseiller municipal de Chaville en 1971 et deuxième adjoint au maire de cette commune. Il est réélu en 1977. Elu conseiller général des Hauts de Seine dans le canton de Chaville en 1973, il est secrétaire du Bureau du Conseil. Il est réélu en 1979.

Installé en Annecy depuis sa retraite il se dévoue au sein du Secours Catholique où il assume en particulier la responsabilité de l'équipe départementale « Tiers Monde ».

Au milieu de ses activités sociales et politiques Jacques Germain reprend ses notes de Nzérékoré. Il les confronte avec tout ce qui a été écrit depuis 1947. Il en profite pour élargir le champ de son étude en débordant le cadre du Cercle de Nzérékoré pour l'étendre à la région montagneuse et forestière de Haute-Guinée et de Côte-d'Ivoire.

Travail ample, solide et complet, l'ouvrage de Jacques Germain apporte un élément précieux à notre connaissance de la Guinée. C'est pour l'Académie des Sciences d'Outre-Mer un honneur de publier cette étude fondamentale.

Robert Cornevin
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer.

Notes
1. Trois livres, entre autres, marquent cette dramatique répression :

2. R. P. Patrick O'Reilly. Mon ami Gilbert l'Africain. Dijon, 1942. Notice Gilbert Vieillard (1899-1940). Collection Hommes et destins. Académie des Sciences d'Outre-Mer. Tome 1er, p. 610-612.


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