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Régime d'Autonomie (Loi-Cadre)
Premières années d'Indépendance


B. Ameillon
La Guinée : Bilan d'une Indépendance

Paris, Maspéro, Coll. Cahiers libres, 1964. 205 pages


4. Troisième épisode de la lutte contre la chefferie: l'épreuve de force.

Ce troisième round se déroula durant l'année 1958 et se termina également par l'échec de la chefferie. Il se çoncrétisa dans une recrudescence de la lutte qui opposait, depuis plusieurs siècles, deux des plus importantes ethnies de la Guinée: les Foulas et les Soussous.
Les Soussous en effet occupaient le Fouta-Djalon avant l'arrivée des Foulas. Ceux-ci, poussés par la recherche de pâturages, vinrent en deux vagues: une première, celle des poullis (fétichistes), par petits groupes, fut pacifique. Elle visa à s'incorporer aux autochtones et fut assez totalement assimilée. La seconde plus nombreuse et surtout musulmane et militairement organisée fut par contre meurtrière. Animés par le mythe de la guerre sainte, les tabilés (adeptes) prirent contact avec les Poullis et attaquèrent les autochtones soussous. De cette époque lointaine dont le souvenir demeure mˆme dans le vocabulaire 1 datait une haine latente qui ne demandait qu'à se réveiller à la moindre occasion.
Avec la colonisation, avec la ruée vers les villes et le chômage permanent, cette hostilité prit au XXè siècle l'aspect d'une concurrence pour l'emploi. Les Soussous, qui furent les premiers employés car ils étaient dans la zone exploitée la première par les Européens, furent ipso facto les premiers à se syndiquer. Constituant, pour cela, une main-d'oeuvre moins malléable que les Foulas, venus individuellement et récemment de leurs montagnes intérieures, ils se trouvèrent dévalorisés aux yeux des employeurs européens. Systématiquement les patrons se mirent à engager des Foulas de préférence aux Soussous. Etant donné que le principal marché d'embauche, Conakry, est situé en pays soussou, les Soussous s'estimèrent de nouveau envahis par les Foulas.
La chefferie guinéenne essaya de tirer parti de cette rivalité à la fois économique et ethnique pour susciter des troubles susceptibles de mettre en difficulté le gouvernement P.D.G. Le mouvement prit d'autant plus d'ampleur que les soutiens étaient relativement nombreux et les arguments avancés, démagogiques. Avec les chefs en effet disparaissaient les privilèges de tous les profiteurs qui vivaient dans leur entourage et à leurs dépens, non seulement leur famille mais aussi leurs fournisseurs, leurs griots, ces troubadours africains, leurs clients en quelque sorte, au sens antique du mot. Ce fut donc un réseau spontané de comploteurs qui se forma dès l'application de l'arrˆté supprimant la chefferie. Il groupait tout à la fois une multitude de sous-fifres aussi obscurs que dévoués et les dirigeants des partis d'opposition, Barry III et Barry Diawadou.
Ambitieux, intelligent et cultivé, possédant licence en droit, licence ès lettres, de surcroit inspecteur des contributions, Barry III de son vrai nom Barry Ibrahima aimait à rappeler qu'il descendait d'une des trois ? familles fondatrices du Fouta. L'on aurait pu croire que sa prétention nobiliaire se trahissait naivement par l'emploi permanent qu'il faisait d'une numération. Mais, loin de signifier l'ordre successoral d'une dynastie, elle n'était que le souvenir de son numéro d'ordre au collège. Dans la mesure où son insatiable ambition était compatible avec une quelconque sincérité, il pouvait ˆtre considéré comme l'homme de la chefferie. Son absence totale de sens politique profond qui l'empˆchait de juger objectivement des forces respectives, son goût de l'intrigue faisaient de lui le chef indiqué pour mener une action subversive contre le gouvernement. Sa personnalité écrasait celle plus falote de Barry Diawandou, fils de notable, dont la clientèle était limitée au pays malinké et qui avait fait carrière politique dans les institutions métropolitaines, Union Française de 1953 à 1954 et Assemblée Nationale de 1954 à 1956.
N'ayant pour profonde raison d'ˆtre que la défense de la chefferie ce qu'ils n'osaient avouer car en général sa suppression avait été bien accueillie par la masse, les opposants ne pouvaient avoir aucun programme politique constructif. Hormis l'accusation qu'ils portèrent publiquement les premiers contre le Gouvernement guinéen, de totalitarisme, de communisme et d'athéisme, leur propagande ne fut basée que sur des thèmes démagogiques de rivalité ethnique et de grève des impôts, ce dernier point par imitation des méthodes P.D.G.
Profitant des rassemblements hebdomadaires que sont les marchés foulas, Barry III et Barry Diawandou allèrent de ville en ville, de village en village haranguer les populations, sans hésiter devant le recours à de spectaculaires fanfaronnades accompagnées de coups de revolver, comme l'attestent des rapports de police, émanant de la Zone de Défense A.O.F.-Togo, des 30 janvier et 10 février 1958 notamment.
Une telle propagande ne pouvait manquer de provoquer des troubles. Barry Diawandou d'ailleurs avait déclaré au Chef de Circonscription de Pita qui le relata dans un rapport en date du 20 janvier 1958 : Nous sommes prˆts à nous battre pour notre cause, mˆme si nous devons installer ici l'anarchie et le désordre.
Les premiers incidents éclatèrent dans la zone de friction de Conakry à la fin de février 1958. L'agitation culmina en mai 1958, et ce, d'autant plus que Sékou Touré n'avait pas hésité, en réponse aux incitations adverses, à appeler la masse à la riposte mˆme brutale.
Les combats commencèrent en banlieue, à Camayenne, le 20 février 1958. L'origine en fut des plus banales : une simple rixe entre un propagandiste socialiste et un militant P.D.G. qui dégénéra en bagarre généralisée entre militants B.A.G., M.S.A. et P.D.G., armés de coupe-coupes et de sabres. Des cases furent détruites, des coups de feu, échangés.
A la suite d'une réunion des principaux responsables des différents partis, inquiets de l'incendie qu'ils avaient eux-mˆmes allumé, le Ministre de l'Intérieur lança un appel au calme qui fut radiodiffusé :

Un incident regrettable a opposé, ce matin deux habitants de Camayenne. Il semble que cet incident qui aura la suite judiciaire qu'il comporte, soit l'objet de commentaires plus ou moins tendancieux. Je tiens à mettre la population en garde contre l'exploitation que des individus mal intentionnés pourraient faire d'une telle situation. Dans le souci d'affermir le climat d'apaisement indispensable à l'évolution du pays, j'ai examiné, avec les responsables des partis politiques locaux, les solutions qui s'imposent. Tous ont reconnu la nécessité d'user de leur influence pour prˆcher le calme et éviter le désordre. Je compte sur la sagesse et le civisme de la population pour appuyer cette décision des responsables politiques locaux.

Cependant les troubles reprirent le 18 mars 1958 à l'occasion de la réparation de stalles du marché de Médina à Conakry.
L'agitation atteignit son comble dans les journées des 1er, 2 et 3 mai 1958 qui firent des vingtaines de morts et des centaines de blessés.
Il importe pour juger du caractère de ces journées de voir successivement l'explication qu'en fournit le Gouvernement guinéen et la réalité telle qu'elle peut ˆtre reconstituée.
Le Gouvernement guinéen en imputa l'entière responsabilité aux contre-révolutionnaires dans un Livre Blanc qui relate ainsi les faits :

Le 1er mai des incendies sont provoqués en différents points de la banlieue de Conakry par des eléments P. R. A . Sont particulièrement visés les Foulas inscrits au R.D.A.
Dans la nuit du 2 au 3 mai, la situation s'aggrave, de nombreuses cases sont incendiées. A Conakry-ville (quartiers de Coronthie, Sandervalia et Boulbinet), de nombreuses agressions sont commises. Seize personnes sont tuées, une centaine d'autres, blessées.
L'intervention de la police, de la gendarmerie et de l'armée rétablit l'ordre.
Le 3 mai, l'agitation reprend en banlieue. Des groupements P.R.A. provoquent encore des incendies en différents points de Dixin-Foula. Au cours de l'après-midi, des blessés par arme a feu sont transportés à l'Hôpital.
Le Conseil du Gouvernement, à la suite des événements sanglants, a publié le communiqué suivant pour stigmatiser ces agissements et appeler tous les éléments de la population à créer le climat d'apaisement et de calme nécessaires au pays : Désireux d'entraver la réalisation du programme du Conseil de Couvernement et de l'Assemblée Territoriale, certains partis politiques ont essayé de troubler l'ordre public, espérant ainsi compenser le cuisant échec qu'ils ont subi lors des dernières élections.
Au début de l'année, les leaders du M.S A. et du B.A.G. parcouraient le Fouta-Djalon en prenant violemment à parti le Gouvernernent, l'accusant d'utiliser les finances publiques à la satisfaction de ses intéréts personnels, cherchant à forger le mythe d'une minorité raciale persécutée et appelant les populations à faire la gréve de l'impôt.
Le Député Barry Diawandou allait mˆme jusqu'à accuser le Conseil du Gouvernement de préparer un attentat contre lui et contre Barry Ibrabima, dit Barry III. Pour justifier sa campagne de violence, il déclarait :
Nous sommes prˆts, mˆme si nous devons installer l'anarchie et le désordre, à nous battre pour notre cause.
Dans leur volonté de créer à tout prix des incidents, les leaders de ces Partis se livraient à des manitestations déplacées, tirant des coups de feu sur la place publique et molestant des conducteurs de véhicules.
Une telle campagne de provocation devait porter ses fruits "Au mois de février, des incidents graves éclataient dans la capitale de la Guinée, fomentés en partie par des éléments étrangers à la ville. transportés a Conakry par camion et armés de coupe-coupes.
Ces jours-ci, de nouveau, ces mˆmes éléments ont essayé de créer un climat d'insécurite en s'attaquant aux individus isolés et en mettant le feu aux maisons de leurs adversaires politiques.
Dans la journée du 2 mai, à Conakry, des cases ont été incendiées, une personne a éte tuée et une vingtaine gravement blessées. Plus de cent manifestants ont été arrétés en flagrant délit et déférés aux Tribunaux compétents sous inculpation d'homicide volontaire et d'atteinte à la propriété d'autrui.
Enfin, après avoir suscité des bagarres au marché de Madina dans la matinée du 2, et malgré l'appel au calme lancé par le Président Sékou Touré, des éléments troubles ont parcouru la ville et la banlieue dans le but de transposer sur le plan racial les problèmes politiques. Les incidents qui ont éclaté dans la nuit ont fait 16 morts et une centaine de blessés. Les dégâts matériels sont importants.
Considérant que la Guinée n'a rien à gagner au désordre et qu'un climat d'apaisement est indispensable à l'évolution du pays, tant sur le plan économique que sur le plan politique, le Conseil du Gouvernement est fermement décidé à prendre toutes les mesures nécessaires au maintien de l'ordre public.
Il adresse un pressant appel à la population, l'invitant à isoler et à démasquer les provocateurs qui ont choisi, pour fomenter leurs troubles, le moment de l'arrivée dans le Territoire d'une importante mission 2 économique et financière.

Par ailleurs, le Président Sékou Touré s'adressait, le 3 mai à la population, sur les antennes de Radio Conakry en ces termes :

Depuis 4 mois, la Guinée connait le développement de certaine campagne anti-gouvernementale, anti-fiscale, incitant les populations à la rébellion, à la désobéissance aux lois.
Nous savons que ceux que le suffrage électoral a éliminés de l'arène politique et ceux qui sont privés des moyens d'exploitation des masses paysannes du fait de la mise en application de nouvelles structures administratives, économiques et sociales, et des institutions democratiques votées par l'Assemblée Territoriale sont en désarroi et se livrent a des provocations ouvertes contre l'ordre public.
Le programme économique et social de l'Assemblée Territoriale, du Conseil de Gouvernement de la Guinée, et notamment leur action pour faciliter l'industrialisation du Territoire sont conformes aux aspirations pour le progrès des populations entières.
L'action de désordre organisée par les perturbateurs tend à compromettre cette politique d'évolution, et c'est ainsi que, chaque fois qu'est annoncée la venue de personnalités internationales au sujet du barrage du Konkouré , des troubles sont fomentés par les mˆmes éléments.
Nous savons que dans les cercles de Youkounkoun, Telimélé, Pita, Labé, Gaoual et Dalaba, des eléments provocateurs recrutés au Sénégal renforcent ce mouvement de désordre en déclarant que, par la force, ils s'imposeront au Gouvernement de Guinée.
Nous savons que les chefs de file des bandes d'agitation se vantent d'une impunité totale en raison du soutien de certains milieux métropolitains.
Nous savons surtout qu'à l'occasion des élections des Conseils de village, plus de 4.000 collectivités locales ont, malgré les éléments de trouble, accordé plus de 95 % des voix aux listes du R.D.A.
Le renforcement de l'action illégale des groupes d'opposition ne vise qu'à créer des incidents à caractère racial en vue d'exploiter leurs conséquences dans la campagne électorale à l'intérieur du pays. En effet, dans la préparation des élections aux Conseils de Circonscription comme dans celle des élections municipales de novembre 1958, les adversaires du R.D.A., par mille moyens, essaient d'opposer les Peulhs 4 de Conakry aux Soussous en vue d'exploiter ces incidents dans le Fouta, où ils comptent encore faire revivre le racisme et le régionalisme combattus et présentement eléminés par l'action politique du R.D.A. Au-dessus de cette tragique réalité qui caractérise une politique de régression à laquelle se livre une minorité, au grand dommage de la Guinée, de l'Afrique et de la France, nous faisons appel à la maturité politique de tous les Guinéens pour faire arrˆter ce mouvement de contre-révolution.
Nous appelons les métropolitains a oeuvrer avec nous dans le sens du rétablissement immédiat d'une atmosphère de confiance, d'amitié et de calme absolu.
Nous invitons tous les hommes, toutes les femmes, tous les Africains et tous les Européens de bonne volonté, soucieux de l'avenir de ce pays et de son évolution économique, sociale, culturelle et politique dans l'union et dans l'harmonie des intérˆts respectifs, à mettre immédiatement fin aux querelles politiques qui ensanglantent certaines régions de Guinée.
Nous invitons tous les militants de tous les Partis politlques à comprendre que ces luttes qui les opposent nuisent incontestablement à l'intérˆt supérieur de l'ensemble des habitants de la Guinée.
Nous leur demandons de dominer les passions et les rancceurs pour recréer un climat de paix sociale.

En réalité ces journées eurent un tout autre caractère.

Certes des événements par ailleurs mineurs prouvent la participation incontestable des leaders P.R.A. et B.A.G. à la rébellion. Ils lui fournirent notamment armes, camions et consignes.
Cependant d'autres faits infirment l'explication officielle. Dans l'hypothèse la plus timide, un gouverneur français peu désireux de paraitre protéger les Foulas et un chef de gouvernement guinéen, non mécontent de faire un exemple, ont laissé s'étendre l'émeute. Plus vraisemblablement encore les troubles des 2 et 3 mai 1958 n'ont pas été le fait de Foulas contre-révolutionnaires, mais d'une petite bande d'une cinquantaine d'hommes de main à la solde du P.D.G. Plusieurs preuves militent en faveur de cette thèse : Les victimes, quoiqu'en prétende le Livre Blanç, ont été en majorité des Foulas. Les policiers et l'armée n'intervinrent que tard dans la nuit, alors que les émeutiers avaient déjà incendié et tué à loisir et seulement après qu'une personne attaquée eût tiré des coups de revolver. Certains responsables P.D.G. eurent une attitude suspecte. L'auteur a vu dans la nuit du 2 au 3 mai 1958 le chef P.D.G. du quartier Boulbinet bavarder dans la rue, sur le pas de sa porte, avec les meneurs de la petite bande d'incendiaires et leur indiquer d'un geste de la main une case à piller, qui se trouvait ˆtre celle d'un petit marchand foula qui fut tué. Enfin les incendiaires jouirent d'une totale impunité alors qu'ils étaient manifestement connus de nombreux Conakriens. C'est qu'il s'agissait pour le P.D.G. d'un enjeu d'importance : écraser définitivement tout esprit de résistance chez les chefs, ce en quoi, il réussit d'ailleurs parfaitement.

A la suite de ces événements sanglants, la chefferie se tint coi et le Gouvernement et surtout les sections locales purent mener à bien la réforme foncière que comportait aux yeux de la masse la suppression de la chefferie. Elle posait en effet le problème de la dévolution des terres que les chefs avaient suggéré à leurs administrés de leur céder et qui se trouvaient, en général, étre parmi les plus fertiles. De mˆme elle posait le problème de l'appropriation des constructions qui avaient été faites par la main-d'uvre collective.
Quelle qu'ait été la position théorique du Gouvernement et du Parti, elle a été dépassée par l'attitude de populations qui réclamèrent le partage des terres et reprirent tous les biens de la chefferie sans en distinguer l'origine. Devant l'hostilité générale, les ex-chefs ne purent rien faire, excepté de platoniques protestations. Ce fut, par exemple, le cas d'un instituteur, qui fit l'objet du renseignement no. 102-72/C/PS 2 des services de police en date du 6 novembre 1958, soit postérieurement à l'Indépendance de la Guinée, pour avoir écrit au nom du Comité P.R.A. de Kissidougou, à Barry Diawandou et Barry III, devenus entre-temps successivement Ministre de l'Education Nationale et Secrétaire d'Etat dans le Premier Gouvernement de la Guinée, la lettre suivante :

L'Ancien Comité P.R.A. de Kissidougou

à Messieurs Barry Diawandou, Ministre de l'Education Nationale et Barry Ibrahima dit Barry III, Secrétaire d'Etat

Conakry

Messieurs les Ministres,

Le Comité a l'honneur de porter a votre connaissance le fait suivant à toutes fins utiles.
Les militants P.R.A. du cercle étaient en majorité les membres des familles et alliés des chefs destitués jusqu'après les élections des Conseils de Circonscription.
Il va sans dire qu'après la suppression des chefferies, les ex-chefs, leurs familles et tous ceux qui les fréquentatent étaient insultés à longueur de journée, menacés et certains victimes d'incendies volontaires, d'enlèvement de femmes et d'amende de 100 à 250,000 Frs en plus des boeufs et des ovins. Ils ont supporté et sont restés fidèles au régime du Gouvernement.
A l'appel lancé pour le Référendum, tous sans exception, ont oeuvré en faveur du NON avec enthousiasme et empressement. Magré tout cela voilà que les Conseils de Circonscription de la Guinée forestière en particulier de Guéckédou, N'Zérékore, Macenta et bientôt de Kissidougou ont pris des décisions, pour exproprier les ex-chefs de canton ou de village ou leurs héritiers legitimes de la seule ressource qui fait vivre leur famille à présent : les plantations de caféiers.
Or ces plantations ont été travaillées de 1925 à 1939, époque à laquelle tous ces braves serviteurs illettrés assumaient leurs fonctions sans aucun émolument de la part de l'administration française — Le seul profit qui leur restait, était les plantations — car tout le monde sait que les cadeaux politiques et ce qu'ils jugeaient nécessaires de demander à la population était partagé entre les fonctionnaires des chefs-lieux des cercles et les notables officiels de l'heure. La seule chose qui leur est restée, était les plantations qu'ils ont entretenues à leur frais de 1946 à nos jours.
Si les responsables locaux du Nouvel Etat qui prˆche partout la concorde, l'entente pour le maintien de notre Indépendance et son démarrage honorable aux yeux de nos autres frères africains tiennent absolument, sous prétexte que ce sont des plantations collectives, à exproprier ces ex-chefs ou leurs héritiers en les injuriant ou en se moquant d'eux publiquement (avec du tam-tam organisé la veille de chaque enlèvement de ces biens comme à Gueckédou) est-ce là une façon de cimenter l'accord prˆché la veille du Référendum-ou bien créer des groupes de mécontents éternels au sein de l'Etat ?
Je dirai méme mieux, est-ce que ce n'est pas prévoir la suppression totale de ces familles en les réduisant à la misère.

Sous le couvert ultime d'une réforme administrative, rendue possible par les contradictions internes du colonialisme français une véritable révolution sociale s'est, donc réalisée de 1946 à 1958, puisque avaient été abolis les privilèges de classe de la chefferie et transférée, sa propriété.
En Guinée, ce fut ainsi une société purgée de la chefferie qui eut à répondre au référendum.


1. Le même mot finé signifie en soussou couteau et en foula réveillez-vous. Cela remonte à l'époque où les Foulas se précipitaient dans les cases soussous au petit matin, criaient aux habitants de se réveiller et les égorgeaient au couteau [Erratum. Il s'agit en fait d'une pure coincidence lexicale et sémantique. L'infinitif finude se décline de façon propre au système verbal Pular et n'a aucun rien à voir avec le substantif finé du sosokui — T.S. Bah]
2. Mission de Fria
3. Voir la Guinée et les trusts mondiaux.
4. Peulh (wolof), Foula (maninka), Fulè (soso) = Pullo (plur. Fulɓe).


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