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Régime d'Autonomie (Loi-Cadre)
Premières années d'Indépendance


B. Ameillon
La Guinée : Bilan d'une Indépendance

Paris, Maspéro, Coll. Cahiers libres, 1964. 205 pages


2. Du socialisme d'Etat à l'étatisme de classe

"Le Parti est le cerveau de la Société, alors que l'Etat n'en est que la partie qui agit."
Sékou Touré, septembre 1959 "Le critère de valeur de l'individu n'est plus le diplôme mais le degré d'engagement révolutionnaire." Sékou Touré, septembre 1961 2ème Congrès de la J.R.D.A.

"Un proverbe de chez nous enseigne qu'un morceau de bois a beau séjourner dans l'eau il ne deviendra jamais caïman."
Louis Lansana Béavogui (O.N.U. XVIè session)

Dès les lendemains de l'Indépendance, face aux obstacles dressés par une métropole vexée, les dirigeants du P.D.G. avaient poussé à leur terme ultime les tendances antérieures en transformant leur parti en parti national, unique et centralisé.

C'est le 2 octobre 1958, soit le jour officiel de l'Indépendance, que fut institué en Guinée, le régime du Parti unique, par neutralisation des chefs des partis adverses. Il leur fut accordé des postes ministériels : Barry Diawandou devint Ministre de l'Enseignement, Barry III, Secrétaire d'Etat.
A la base, l'intégration des militants fut plus délicate, chacun entendant conserver ses thèses doctrinales et ses méthodes propres. Aussi bien une circulaire du 2 mars 1959, signée de Diallo Saifoulaye, précisait-elle pour les militants qu'il n'y avait pas "fusion" du P.R.A. et du R.D.A. mais "intégration" du P.R.A. dans le P.D.G. qui conservait intacte la totalité de sa doctrine, notamment en matière d'organisation politique. La séparation des pouvoirs ne pouvait être défendue. Le pouvoir judiciaire particulièrement ne devait pas être considéré comme indépendant des autres domaines de l'Etat. Au cinquième Congrès National du P.D.G., en septembre 1959, les magistrats étaient sommés "d'incarner et exprimer la morale du pays", entendons telle qu'elle est explicitée par le Parti.
La nécessité d'une telle mise en demeure des militants montre ce qu'avait pour le moins de momentané et de circonstanciel le tableau politique de la Guinée, dressé par Sékou Touré le 27 novembre 1958 lors de la "Seconde Conférence Nationale des Cadres du P.D.G." :

"Le référendum a démontré aussi qu'en raison de cette maturité politique, le peuple de Guinée a transcendé les contradictions mineures qui le divisaient en de nombreux partis politiques ou en de "nombreuses organisations syndicales puisque, la veille du référendum, l'unité des partis politiques, l'unité du mouvement syndical, des mouvements de jeunesse et de femmes a été la caractéristique décisive qui a donné à l'option de la Guinée son entière signification politique et morale. Enfin, comme vous le savez, le Parti, pour démontrer qu'il n'existait aucun fossé entre lui et les masses, a refusé de battre campagne après la décision du 14 septembre. Ce faisant, it tenait a démontrer qu'il était effectivement, en dehors de toute propagande, l'expression fidèle du peuple."

Or, de cette démocratie spontanée, les dirigeants tirèrent des conclusions qui, appliquées dans le contexte réel, devaient amener de tout autres conséquences que celles annoncées.
La primauté du Parti, "lieu de rencontre et d'expression de tous les courants de la vie nationale", était affirmée sur l'ensemble du pays et notamment sur l'Etat et sur l'administration. Elle était également affirmée à l'égard des mouvements de femmes et des mouvements de jeunesse. En mars 1959, le P.D.G. créait un mouvement unique et national de la jeunesse, sous l'autorité politique et financière du Parti et dans lequel devaient obligatoirement entrer tous les militants de moins de 25 ans. Tout autre groupement de jeunes était interdit, ce qui n'allait pas ultérieurement (Voir Un complot réactionnaire contre le régime) manquer d'entrainer des démêlés avec l'Eglise Catholique.


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