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André Lewin
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).
Président de la Guinée de 1958 à 1984.


Annexe du chapitre 16
Témoignage de Raymonde Léoz (lettre à l'auteur)

“Fin 1949, j'étais en poste en Guinée à une période où, au sortir de la guerre 1940-45, la France devait, pour se relever, se placer dignement dans le nouveau monde qui s'annonçait, à la fois reconstruire ses ruines à l'intérieur de ses frontières en préparant le futur, mais aussi, à l'extérieur accélérer, dans les territoires d'outre-mer qu'elle administrait — depuis un demi siècle pour la Guinée — leur développement économique et social. C'est ainsi que le Plan Marshall et son application lui pennirent de promouvoir le départ outre-mer d'une frange de sa population active dans ce but.
Dès 1948, les postes administratifs les plus démunis furent étoffés, pourvus de spécialistes ou de personnels métropolitains jusque dans les endroits les plus reculés de brousse qui en manquaient particulièrement (dispensaires, routes, agriculture avec l'arrivée d'ingénieurs de l'IFAN). L'essor fut immédiat. Après l'inventaire des ressources industrielles et agricoles réparties dans tout le territoire jusqu'aux îles de Loos, qui se révélait prometteur dans chaque domaine sondé par le Gouverneur Roland Pré, lui-même Ingénieur des Mines, qui jetait les bases d'une action dynamique dans un livre rendu célèbre, l'avenir de la Guinée se dessinait.
L'exploitation industrielle s'organisa. Des contrats importants furent signés avec les grands groupes industriels de sociétés déjà installées (Pechiney à Fria) pour la bauxite, Mines de fer du Kaloum, etc.… qui intensifièrent leur production, pendant que se créaient, ou s'amélioraient les grandes voies de communication, maritimes, aériennes et routières. Des commerces nouveaux s'ouvrirent à de nouvelles clientèles,favorisant les échanges entre les régions qui assurèrent leur prospérité.
Pour les arrivants qui foulaient le sol de l'Afrique pour la première fois, souvent propulsés sans préparation dans un univers inconnu, déroutant, leur engagement personnel après un temps nécessaire d'adaptation, devenait exaltant dans le sentiment confus qu'ils participaient aux efforts engagés par la France afin d'aider les peuples du continent africain à prendre conscience de leurs propres richesses et de leurs ressources à exploiter sur place en créant les structures nécessaires et en formant les hommes capables de les diriger.
Les débuts sont toujours difficiles à ceux qui n'ont jamais quitté le berceau natal, il m'a fallu persister malgré quelques déboires vite oubliés. Parmi les postes qui m'ont été confiés dans les cabinets des derniers Gouverneurs, aux affaires économiques, aux travaux publics et même à la Mairie de Conakry, celui qui m'a affectée auprès de l'Assemblée Territoriale (1953-54) présidée par le Colonel Allégret eut ma préférence. Mon rôle se bornait à assurer la sténographie des débats des différentes sessions annuelles et des commissions permanentes présidées par M. Framoï Bérété. Ce fut le temps le plus enrichissant pour acquérir une connaissance approfondie de la vie, des aspirations et des problèmes d'une Afrique qui s'ouvrait, se découvrait elle-même, avec ses possibilités, mais aussi avec ses retards et les efforts nécessaires à accomplir pour parvenir à un développement qui lui pennettrait d'accéder à une reconnaissance de son rang panni les autres nations africaines.

( […] Deux paragraphes se placent ici, [qui sont]reproduits dans le texte du chapitre) — A. Lewin

Il était évident que cet homme-là ne resterait pas dans l'ombre. Avait-il pour autant la carrure nécessaire pour endosser raisonnablement, à lui seul, la direction d'un pays rendue difficile pour de multiples raisons, trop longues à exposer, et notamment le point stratégique que représentait la Guinée au sein de l'Afrique de l'Ouest ? Car d'autres que lui, parmi les jeunes Conseillers élus sur les bancs de l'Assemblée Territoriale et au Grand Conseil de Dakar, avec moins de facilités oratoires sans doute, mais avec la même intelligence politique, jouissant d'une même notoriété acquise de longue date, issus d'une chefferie respectée, étaient également capables d'assurer le destin de la Guinée dans son évolution de puissance autonome au coeur de l'Afrique de l'Ouest, dans la communauté française. Ainsi, aux côtés de Framoï Bérété, dont la sagesse était réputée, Barry Diawadou, fils du grand almamy de Mamou, et Bangoura Karim, tous deux sortis de William Ponty, et rompus aux affaires politiques par leur appartenance au Grand Conseil de Dakar, d'autres encore, venus d'horizons différents.

Erratum. Diawadou n'était pas le fils, mais le neveu de l'Almami (Alfaya) de Mamou, dont le premier né était Modi Oury. Diawadou était plutôt le fils aîné de l'Almami (Soriya) de Dabola.
Consulter webFuuta pour la généalogie des Almami du Fuuta-Jalon, souverain et sous tutelle française.
Sékou Touré fit assassiner les deux princes, respectivement en 1969 (Diawadou) et en 1972 (Modi Oury). — T.S. Bah]

Tous ceux qui avaient qualité pour porter le flambeau ont péri misérablement, horriblement, dans le sinistre Camp de Boiro, ou assassinés sans jugement, simplement parce qu'ils gênaient.
Quel gâchis humain et quelles pertes irréparables pour la Guinée quand on songe au rayonnement qu'elle aurait dû connaître dans le continent africain. Mais le temps a fait son oeuvre. Avec les nouvelles générations sont nés de nouveaux espoirs de relever le défi après les années difficiles, et de s'engager avec détermination dans le parcours tracé, puis interrompu, il y a 40 ans déjà !
Mes derniers contacts avec Sékou Touré remontent aux premières réunions tenues dans la grande salle du Palais du Gouvernement où il présidait, aux côtés du gouverneur Ramadier, avec une certaine retenue acquise dans l'exercice d'un pouvoir récent, les séances du Conseil du Gouvernement.
J'ajouterai pour ma part — non sans une certaine amertume dépassée aujourd'hui — que mon expérience guinéenne s'est terminée brutalement et involontairement en 1958, par le refus du gouvernement français, alors représenté en Guinée par le gouverneur Mauberna, de reconduire le contrat proposé le 18 mai 1957 par son prédécesseur, avant mon départ en congé pour la France. Cette indifférence me vaudra en 1983, lors du calcul de ma retraite, une perte de dix années d'activités Outre-mer (depuis le premier contrat signé à Paris le 26 décembre 1948 et régulièrement renouvelé jusqu'au 27 décembre 1957), qui n'ont pas été validées sous le prétexte qu'elles ressortissaient du budget local de ce territoire. J'étais devenue étrangère à mon propre pays après l'avoir fidèlement servi pendant dix ans.”

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