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André Lewin.
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).
Président de la Guinée de 1958 à 1984.

Paris. L'Harmattan. 2010. Volume I. 236 pages


Chapitre 9
La fondation du Parti démocratique de Guinée (PDG)


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Alors que des sections locales du RDA se sont créées rapidement dans les autres territoires de l'AOF, la Guinée prend du retard. Les élections cantonales du 15 décembre 1946 et les sénatoriales de janvier 1947 accaparent l'énergie des groupements politiques. Le 13 mars 1947, Sékou Touré dénonce au cours d'un meeting populaire “l'attitude opportuniste et irresponsable” des dirigeants des mouvements ethniques et propose la réactivation du comité d'union démocratique de six membres chargé de préparer sans délai le Congrès constitutif de la section guinéenne du RDA, dont il avait proposé la création le 2 novembre 1946 ; quelques Français aux idées progressistes y siègent aux côtés d'Africains: en font partie avec Sékou Touré, Madeira Keita, Guy Tirolien 219, Jean Ariola, André Eyquem, l'instituteur Ernest Fabre.
Deux mois plus tard, le 14 mai 1947 220, quelques semaines après que le nouveau président de la République française Vincent Auriol eut visité la Guinée (25-26 avril) et peu après que les communistes eussent quitté le gouvernement français (4 mai), Sékou Touré, quelques uns de ses amis et camarades, la plupart d'entre eux membres du PPAG ou du GEC, ainsi que les représentants de plusieurs mouvements ethniques, moins d'une cinquantaine de personnes au total, fondent au cours d'une réunion tenue non loin de la place Nafaya sous la véranda peinte en noir et blanc d'une modeste maison située sur la 6ème avenue (dite aussi avenue des manguiers) entre les 7ème et 8ème boulevards, dans le quartier de Sandervalia, la section guinéenne du RDA, qui prendra ultérieurement le nom de Parti Démocratique de Guinée (PDG). C'est alors un simple front de coordination, sans cohésion ni doctrine réelles.

[Erratum. Le nom Nafaya date des années 1960. Avant l'indépendance, le magasin et le rond-point s'appellaient Monoprix. — T.S. Bah]

Création de la sous-section RDA de Guinée

Le 2 juin, Gabriel d'Arboussier, vice-président du RDA, se rend à Conakry pour donner des conseils et encourager les participants; au cours d'une tournée dans le pays, il obtient le ralliement de la plupart des responsables des groupes ethniques. Le 11 juin, les associations et groupements constitutifs renoncent à leurs propres droits politiques au profit de la nouvelle formation et acceptent d'être représentés à son comité directeur 221. Du 14 au 16 juin, au siège du Comité franco-libanais, les autres organisations politiques ou ethniques adhèrent formellement au RDA-PDG, approuvent ses statuts et son règlement intérieur, et choisissent son premier comité directeur 222.
Sa création est officiellement annoncée le 30 juin 1947 et l'autorisation administrative notifiée le 4 juillet.
Parmi les fondateurs, originaires de toutes les ethnies guinéennes, le doyen — à peine une quarantaine d'années — est le pharmacien africain Abdourahmane Diallo, — fréquemment surnommé “Vieux Doura”, la pipe éternellement coincée à la bouche.
Sékou Touré — que certains surnomment “le blanc bec” —; a tout juste 25 ans. Adama N'Daw, N'Fa Mohamed Touré, Koundono Sakosso, Mamadi Kourouma, Nabi Youla, Sidiki Aboubacar Keita, N'Fanly Camara, Amara Soumah, font partie de ces militants de la première heure. A quelques exceptions près, il s'agit en majorité de fonctionnaires subalternes, souvent de syndicalistes 223. La population reste au début très indifférente. Comme le souligne avec un réalisme plutôt méprisant le rapport politique du gouverneur :

« La masse de la population est encore assez primitive et se désintéressera de la politique à laquelle elle ne comprend rien. Très crédules, ils sont perméables à la propagande subversive des pêcheurs en eau trouble qui savent habilement exploiter, le plus souvent à des fins personnelles, les moindres sujets de mécontentement. Ils ont heureusement répondu en grand nombre à l'appel des groupements ethniques. Une politique de contacts fréquents avec les populations rurales est (pour l'administration) le seul moyen efficace de déceler les agitateurs et d'étouffer leur propagande 224. »

Par une coïncidence curieuse, c'est exactement à la même époque que le mouvement gaulliste RPF (Rassemblement du Peuple Français, lancé par le général de Gaulle le 8 avril 1947, mais à l'égard duquel il prendra ses distances — sans pourtant le dissoudre — en septembre 1955) crée sa section guinéenne. Jacques Soustelle, secrétaire général du RPF, contacte ce même mois Henri Prost, un garagiste, et Louis Delmas, receveur des Domaines à Conakry (futur Conseiller de l'Union française), qui réunissent quelques militants français, guinéens ou métis, parmi lesquels les plus actifs seront Paul Dechambenoît, Diafodé Kaba, Firmin Jupille, l'ex-colonel Eric Allégret 225.

La section guinéenne est créée le 26 juin, et reçoit l'autorisation administrative le 3 juillet (un jour avant le PDG !). Plus ou moins discrètement, certains élus (comme Karim Bangoura), gouverneurs commandants de cercle, hauts fonctionnaires ou planteurs feront connaitre leur sympathie. Jacques Foccart, lui-même à l'époque Conseiller de l'Union française, fera trois déplacements en Guinée (le premier en 1950)

Et le général de Gaulle visitera Conakry le 9 mars 1953, dans le cadre d'une tournée en AOF.
Sékou Touré mènera désormais parallèlement lutte syndicale et action politique, l'une renforçant l'autre.
Le 9 août 1947, le comité directeur du PDG tient une réunion publique au cinéma Rialto 226 ; Madeira Keita, Amara Soumah, Ray-Autra et Sékou Touré y passent à l'offensive contre le programme du Rassemblement, en accusant le RPF de vouloir maintenir l'ancien régime et de faire obstacle à tout véritable changement dans les colonies. Ainsi, onze ans avant le voyage à Conakry du général de Gaulle en août 1958, le PDG et le mouvement gaulliste sont déjà sur des voies divergentes, et lors des élections, les candidats des deux bords s'affrontent férocement.
Le lendemain 10 août 1947, au même cinéma Rialto, la jeune formation RDA convoque un meeting pour protester contre un arrêté du 16 juillet fixant à un niveau qu'elle juge trop élevé les indemnités des chefs de canton pour l'AOF : il y a plusieurs centaines de présents et on enregistre 180 adhésions nouvelles. Le 27 septembre paraît pour la première fois le bi-hebdomadaire du Parti, Le Phare de Guinée, dont le directeur politique est le député Mamba Sano puis — après l'exclusion de ce dernier du PDG en novembre 1948 — Madeira Keita, cependant que Mamadou Traoré dit Ray-Autra en est le rédacteur en chef.
Quelques mois plus tard, à la mi-novembre 1947, une délégation de trois membres du RDA composée de Ouezzin Coulibaly, Philippe Franceschi et N'Guessan, qui reviennent du premier Congrès de l'US-RDA de Bamako (Union Soudanaise), se rend en Guinée où elle visite successivement Siguiri, Kankan, Kouroussa, Dabola, Mamou, Kindia, Coyah, Bissikrima et Conakry. Le compte-rendu de cette tournée est fait par Ouezzin Coulibaly en ces termes: “La tournée de propagande est caractérisée par l'enthousiasme des foules à nous recevoir partout où nous avons été annoncés… Partout, nos paroles étaient chaleureusement accueillies, le RDA se renforçait immédiatement et partout nous avons trouvé, au plus petit poste, des gens se réclamant du RDA.” 227
Toujours au cinéma Rialto se crée le 4 janvier 1948 une Université Populaire Africaine formée par les syndicats et le PDG pour préparer de jeunes cadres à divers examens professionnels. Le 7 octobre 1948, quelques centaines de personnes réunies au même cinéma (ce que la motion adoptée appelle avec quelque peu d'exagération “La population de la capitale de la Guinée française…”) approuvent un texte très incisif demandant la suppression du double collège, le vote rapide d'un Code unique du travail et de lois sociales pour l'Outre-mer, ainsi que de textes abolissant les inégalités entre soldats et pensionnés métropolitains et africains.
Quelques jours plus tard, le 18 octobre, puis le 11 novembre, alors que se préparent les élections sénatoriales, le PDG réunit deux mille personnes toujours au cinéma Rialto, pour exiger que le candidat du 2ème collège soit un africain, en fait, le sénateur sortant Fodé Mamadou Touré. Pourtant, le 14 novembre 1948, ce dernier, qui se présente sous l'étiquette RDA, sera battu par Raphael Saller. Quelques jours plus tard, le 19 novembre, Mamba Sano, député RDA de la Guinée, est exclu du PDG pour avoir facilité l'élection de Saller aux dépens du sénateur sortant appartenant au RDA !
Cependant, après l'enthousiasme des premiers mois, le RDA guinéen souffre rapidement de rivalités causées par des antagonismes personnels ou ethniques, et manque de disparaître. Les cotisations rentrent mal, la publication du Parti, le Phare de Guinée, paraît de plus en plus irrégulièrement. En 1948, les groupements ethniques se détachent les uns après les autres du RDA, interdisent la double appartenance et provoquent la démission de nombreux cadres; parmi ceux-ci, le député Mamba Sano et Mamadou Diallo 228.
Les adhérents de la formation gaulliste nouvellement créée, le Rassemblement du Peuple Français (RPF), se montrent très actifs contre le RDA et lancent de sérieuses attaques contre ses militants 229.
Au bord de l'effondrement, le RDA ne doit sa survie en Guinée qu'à l'action énergique de quelques cadres obstinés, qui, le 30 juin 1948, ont réorganisé sa structure et nommé un nouveau bureau central de seize membres 230.
Le 28 juin 1949, avec l'appui de l'administration coloniale, les groupements ethniques créent l'Entente Guinéenne, organisation violemment anti-RDA, et le 7 août 1949 lancent un nouveau journal, La Voix de la Guinée. A la même époque, Gabriel d'Arboussier se rend à Conakry pour y prononcer une conférence devant les militants, mais le gouverneur Roland Pré interdit les réunions en plein air et n'autorise pas le RDA à louer une salle ; Sékou Touré loue donc le cinéma Rialto au nom des syndicats, formule que n'ose pas contester l'administration.
Cette lutte incessante use le parti. A la fin de l'année 1949, le PDG ne compte plus que trois sous-sections réellement actives, celles de Conakry, de Kankan et de Nzérékoré. Pourtant, le 6 décembre 1949, une centaine d'intellectuelles, essentiellement des institutrices, créent dans la capitale la première section féminine 231. Et à la même époque, Sékou Touré rappelle sa conviction que “la section guinéenne du RDA fera redonner au Peuple de Guinée uni sa souveraineté, toute sa souveraineté.” 232
Un autre événement démontre la vitalité du PDG et surtout l'ardeur inaltérable de Sékou, et témoigne de ce que si les difficultés sont loin d'être terminées, la phase ascendante va bientôt reprendre : c'est le procès intenté par Sékou Touré contre Framoï Bérété, procès souvent appelé “RDA contre Entente guinéenne”, mais où la personnalité des deux protagonistes joue un rôle plus important encore que celle de leurs institutions.
Représenté par Fodé Mamadou Touré 233, Sékou Touré reprochait à Framoï Bérété, l'un des leaders de l'Entente guinéenne créée quelques mois auparavant, et défendu par Maître Simon Hassid, d'avoir dans son journal La Voix de la Guinée accusé Sékou de détournements de fonds aux dépens de l'Union mandingue, et aussi d'avoir dans le titre de cet article, l'un des premiers parus dans ce journal qui venait d'être fondé, mis son patronyme entre guillemets, comme pour s'en moquer : Monsieur Sékou “Touré” 234.
S'estimant doublement injurié, Sékou, qui réclame 300.000 francs de dommages intérêts, ne cède pas aux interventions qui se multiplient pour éviter le procès ; il n'acceptait pas qu'“à travers (sa) personne, il soit porté atteinte à l'honneur et à la position du RDA en Guinée (…) Le gouverneur et le maire désirent une réconciliation (…) mais le comité directeur décide de maintenir la plainte (…) Chaque jour, ce sont des interventions auprès de moi. Mais malgré tout le procès aura lieu (car il faut que) cet homme soit humilié.” 235
Les audiences ont lieu les 7 et 29 septembre 1949, devant des salles combles. Les avocats prononcent de brillantes plaidoiries, et Sékou provoque un vrai coup de théâtre en produisant des lettres personnelles compromettantes de son adversaire, fournies par Fatou, la femme de ce dernier, qu'il a depuis longtemps séduite ! Le jugement, après avoir été renvoyé au 5 octobre, donna raison à Sékou Touré : même s'il dénie tout caractère injurieux au fait d'avoir écrit entre guillemets le nom de “Touré”, le jugement condamne Framoï Bérété pour “diffamation de caractère” et accorde 25.000 francs de dommages intérêts et 10.000 francs d'indemnités à verser au demandeur. Sans être aussi sévère qu'il l'espérait sans doute la sentence satisfait Sékou et ses partisans, qui lui font un triomphe à la sortie de la salle d'audience. “L'honneur du RDA est sauf”, dit-il.
Et il ne manque jamais de citer ce verdict au cours des meetings des mois suivants.

Notes
219. L'Antillais Guy Tirolien (parfois orthographié — à tort — Tyrolien), originaire de la Guadeloupe, a participé en 1942 à la création de l'Association des étudiant coloniaux et fera partie ultérieurement de l'équipe de Présence Africaine ; il publiera deux recueil de poèmes et de textes Balles d'or et Feuilles vivantes au matin, témoignages d'une vie et d'une pensée qui s'épanouissent dans la diaspora africaine, française, américaine et caraïbe ; son poème le plus connu est la Prière d'un petit enfant nègre — “Seigneur Je suis très fatigué. Je suis né fatigué et j'ai beaucoup marché depuis le chant du coq …” qui n'est d'ailleurs pas le plus caractéristique de ses textes et doit être compris au second degré. Tirolien arrive en Guinée en septembre 1944 comme élève-administrateur de la France d'Outre-mer (à l'époque, administrateur-adjoint des Colonies). “Dès ma prise de fonction à Conakry, je me suis singularisé par mon désir de fraternisation avec les Africains. Cela m'a conduit tout naturellement à participer à une série d'activités culturelles et aussi politiques au coude à coude avec des camarades qui avaient nom Sékou Touré, Madeira Keita, Mamba Sano (…) et à la création de la cellule de base, matrice de la section guinéenne du Rassemblement Démocratique Africain (RDA).” (Entretien de Guy Tirolien avec l'écrivaine Maryse Condé, date inconnue. Guy Tirolien a été marié en premières noces avec une soeur de Maryse Condé, et en secondes noces avec une de ses camarades d'école. Maryse Conde a fait connaissance avec Tirolien en Guinée). Georges Balandier fera la connaissance de Guy Tirolien à Conakry en 1946/47 et le qualifiera d'“insolite administrateur et poète venu à la recherche de l'âme du pays noir où dorment les ancêtres.” (Histoires d'Autres, Stock, 1977, p. 59/60).
220. Plus tard, après l'indépendance, Sékou Touré choisira cette date du 14 mai comme l'une des fêtes marquantes du régime et du pays, celle en particulier où le corps diplomatique et les corps constitués lui présenteront leurs voeux.
221. Seules exceptions, les représentants de l'Amicale Gilbert Vieillard de Labé (qui estiment que le RDA est trop proche du Parti communiste, ce qui risque de diviser le monde musulman) et le comité de l'Union franco-guinéenne de Yacine Diallo et de Fodé Mamadou Touré (proche du parti socialiste, créée en février 1947 et dont Bangoura Karim est le secrétaire général), à laquelle les instructions de la SFIO française et les alarmes des chefs de canton dissuadent d'adhérer au PDG.
222. Ce comité directeur se réunit en principe chaque jeudi de 20 heures à 23 heures, le plus souvent au domicile d'Amara Soumah. Sur sa composition, voir annexe de ce chapitre.
223. Georges Balandier raconte : “Je connus la plupart des militants guinéens de la première génération — tous vus comme des petits cadres en mal d'ambition, alors qu'ils étaient genereux, enthousiastes, impatients de changement, éloquents (…) A part se situait Sékou Touré, imposant sa beauté, son talent et sa capacité d'organisateur, impétueux et maître en mots, jeune et pourtant riche d'une expérience acquise dans l'action syndicale et les voyages politiques à l'étranger. Plus que les autres responsables pris ensemble, il inquiétait le pouvoir colonial, et en effet quelques années plus tard, en 1952, il conquit l'appareil du parti. Pour ne plus l'abandonner. Je le retrouvai en 1954, dans une conjoncture de turbulences où je pus constater son emprise presque amoureuse sur les foules à forte présence féminine, puis une dernière fois en 1958 en un moment d'incertitude avant la décision qut le constitua dissident et héros radical.” (Histoires d'Autres, op. cité, p. 59).
224. Rapport du gouverneur pour l'année 1949.
225. Éric Allégret, important planteur de bananes (il préside la Coopérative bananière de Guinée COBAG et la Fédération bananière et fruitière de la Guinée Françatse), deviendra président de l'Assemblée territoriale. C'était un frère du célèbre cinéaste Yves Allegret. Il connaissait bien le général de Gaulle, car il possédait une propriété nommee La Sapinière, proche de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises.
226. Le cinéma Rialto servait tous les mercredis soirs aux réunions régulières du PDG. Mais il pouvait y avoir également des meetings occasionnels les autres jours de la semaine. Le cinéma qui se trouve aujourd'hui au même emplacement s'appelle Liberté.
227. Cité dans la biographie d'Ouezzin Coulibaly par Semi-Bi Zan, Ouezzin Coulibaly, le lion du RDA. (Abidjan, Presses universitaires de Côte-d'Ivoire, 1995, p. 131)
228. Sékou Touré lui-même reconnaît que “les bases fragiles, uniquement électorales, de notre nouvelle section ne résistèrent pas aux activités centrifuges de ses propres dirigeants.” (Sékou Touré, Expérience guinéenne et unité sociale).
229. “Aux accueils triomphaux qui leur étaient réservés en 1946-1947, les élus RDA ne rencontraient en 1948, en brousse, qu'inertie, apathie et rancoeur. Des administrateurs avaient signalé le refus des électeurs RDA de continuer à être ‘pressurés’ ; MM. Marmet et Battesti, administrateurs en Basse Guinée, ont révélé à M. Louis Delmas, Conseiller de l'Union française pour la Guinée, que certains élus RDA percevaient par an et par imposable, de 10 à 75 francs suivant les villages. En Moyenne-Guinée, il ressort d'une déclaration de M. Plante, administrateur, qu'un député se procurait des fonds en vendant les decorations qu'il faisait attribuer par certaines complicités au ministère. Ces pratiques avaient entraîné un tel malaise que 3 conseillers généraux du Fouta-Djallon, l'almamy Ibrahima Sory à Mamou, Thierno Ibrahima à Dalaba et le chef de Gaoual avaient promis à M. Delmas en présence de M. Firmin Jupille, président de la section RPF de Mamou, d'unir tous les chefs de la Moyenne-Guinée pour lutter contre le RDA.” “Pourtant les indigènes en Guinée mordaient difficilement au RPF” (lettre du 8 septembre 1948 de François Tafoiry de Conakry à Pierre Anthonioz — dossier Guinée II archives de l'Institut Charles de Gaulle — et rapport Lebon joint à la lettre du 15 juillet 1949 de Pierre Anthonioz à Jacques Foccart — in dossier Madagascar I, Institut Charles de Gaulle, cités par Robert Bourgi, Le général de Gaulle et l'Afrique noire. 1940-1969, Paris-Abidjan, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, Nouvelles Éditions Africaines, 1980).
230. Voir en annexe sa composition au 30 juin 1948.
231. Parmi les premières militantes très actives, il faut citer Yvonne Guichard (une métisse), Marie-Rose Soumah, Mafory Bangoura, Camara Loffo. Sékou Touré a très rapidement compris le rôle important que les femmes peuvent jouer dans le mouvement et comment les mobiliser en mettant en valeur la promotion et l'émancipation féminines dans la société encore très traditionnelle de la Guinée de l'époque. Il sait aussi en appeler à leur influence sur les hommes, moins faciles à mobiliser ; dans un appel resté fameux, il leur lancera : “Chaque matin, chaque midi, chaque soir, les femmes doivent inciter leur mari à adhérer au RDA ; s'ils ne veulent pas, elles n'ont qu'à se refuser à eux ; le lendemain, ils seront obligés d'adhérer au Parti.” L'auteur ne sait si Sékou Touré avait lu Aristophane, qui dans sa comédie Lysistrate avait conseillé aux femmes d'utiliser la “grève du sexe” comme moyen de pression pour obliger les hommes à faire la paix! C'est aussi parce qu'il a beaucoup misé — à juste titre — sur l'appui que lui apportent les femmes de Guinée que la “révolte des femmes” en août 1977 a été pour lui un coup particulièrement dur et inattendu (voir chapitre 78).
232. Éditorial du Réveil le 28 novembre 1949, sous le titre “Le respect de la parole donnée”.
233. Bien qu'il eut été l'un des premiers licenciés en droit africains Fodé Mamoudou Touré n'était pas inscrit au barreau et ne pouvait donc agir comme avocat. Sékou Touré devait par conséquent être assisté d'un autre avocat, dont il ne m'a pas été possible de trouver la trace. L'avocat (et futur conseiller territorial de Guinée) Robert Bailhache, ancien de Ecole Nationale de la France d'Outre-mer (ENFOM), expulsé en 1947 de Côte-d'Ivoire en raison de ses idées progressistes, devenu avocat en 1950 et inscrit au barreau de Dakar en 1952 seulement, a souvent défendu par la suite Sékou Touré et des militants du PDG, mais ce ne pouvait encore être le cas en 1949 (conversation de Robert Bail hache avec l'auteur, Paris, 22 octobre 1998). Robert Bailhache est décédé en août 2002.
234. Cette “mise entre guillemets” du nom “Touré” touche particulièrement Sékou, parce qu'elle s'appuie sur l'une des nombreuses rumeurs — généralement infondées — qui ont couru et parfois courent encore sur lui. Celle-ci émet des doutes sur la réalité de sa filiation paternelle : Alfa Touré ne serait en fait pas son père. Bien des années plus tard, au plus fort des querelles entre Sékou Touré et les dirigeants des pays de l'OCAM, l'un de ces derniers utilisera dans un discours public contre Sékou l'épithète injurieuse de “bâtard”. Sékou n'y répondra pas, sur les instances de plusieurs de ses ministres, parmi lesquels Alpha Abdoulaye Diallo ‘Porthos’ (conversation de l'auteur avec ce dernier, Paris, 25 juillet 2001 ). Même si cette imputation était vraie, ce que rien ne permet de dire, ceci ne remettrait d'ailleurs pas en cause la parenté de Sékou avec l'almamy Samory Touré, auquel il était apparenté par les femmes.
235. Lettre à Raymonde Jonvaux, 30 août 1949

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