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André Lewin
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).
Président de la Guinée de 1958 à 1984.

Paris. L'Harmattan. 2010. Volume I. 236 pages


Chapitre 37 — 4 octobre 1959
La Guinée est le premier pays d'Afrique occidentale
à établir des relations avec Pékin


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“M. Sékou Touré, a-t-on dit quelquefois, rêve d'être le Mao Tsé Toung de la Guinée. C'est possible, mais justement peut-être parce que ce qu'il admire dans Mao Tsé Toung, ce n'est pas d'être communiste, c'est d'avoir su adapter le communisme à la Chine. Et ce que veut Sékou Touré, c'est adapter le marxisme à la mode africaine. Il se veut le chef d'une révolution marxiste, mais d'une révolution originale, pas seulement guinéenne, mais africaine. Il veut créer un véritable marxisme noir, gardant ce qui lui paraît bon pour son pays, rejetant ce qui lui paraît superflu. Il faut reconnaître d'ailleurs qu'il éprouve une certaine méfiance à l'égard de l'Est. Il est très content de recevoir des fusils de Tchécoslovaquie, mais il ressent une certaine méfiance l'égard de l'Est et c'est pour cela qu'il garde tout de même le contact avec l'Ouest et notamment avec nous. Par contre il éprouve une admiration certaine et personnelle pour Nasser ; la photo de Nasser trône sur son bureau et tous les visiteurs qui vont le saluer peuvent la voir. Il ambitionne de devenir un Nasser noir, mais il reproche au Raïs son empirisme. On le place si vous voulez entre Nasser et Mao Tsé Toung : moins idéologique, mais aussi moins empiriste.” 159
Sékou Touré explique volontiers combien il a été frappé en URSS et en Chine par le conditionnement de l'être humain aux exigences de la production sans cesse accélérée. Il rappelle que si l'expérience communiste est intéressante en soi, et si des leçons peuvent en être tirées, l'application à l'Afrique devra se faire en tenant compte de la personnalité humaine. “Nous autres Africains qui venons de naître à l'indépendance, avons été imprégnés par des formations variées, française, britannique, belge, italienne, espagnole, mais toutes sont basées sur un humanisme qui nous rapproche et dont nous ne pouvons oublier les principes.”
A l'instar des médias des autres pays communistes, mais avec la tonalité particulière à un régime qui vit le “Grand bond en avant” et prépare la “Révolution culturelle”, la presse et la radio de la Chine populaire saluent l'indépendance de la Guinée comme “une autre victoire de mouvement d'indépendance nationale africain”, “un nouveau succès pour les peuples d'Afrique et d'Asie dans leur lutte contre le colonialisme”, une “vague de libération nationale trop haute pour être apaisée”, et la preuve qu'une fois encore, “le vent d'Est l'emporte de plus en plus sur le vent d'Ouest”. Mao Tsé Toung et Chou en Lai ont tous les deux répondu le 8 octobre au télégramme de Sékou Touré. Le même jour, le maréchal Chen Yi, ministre des affaires étrangères, faisait savoir par câble à Conakry que la République populaire de Chine avait décidé de reconnaître la République de Guinée et désirait ouvrir des pourparlers sur l'établissement de relations diplomatiques et l'échange de représentants. Le lendemain 9 octobre, les deux autres pays d'Asie à régime communiste, le Vietnam du Nord et la Corée du Nord, reconnaissent à leur tour la Guinée.
De son côté, la Chine nationaliste (Formose-Taïwan) a également reçu début octobre un télégramme de Sékou Touré sollicitant la reconnaissance de la Guinée indépendante, est l'un des tout premiers pays à avoir pris contact avec la Guinée dès l'indépendance ; peut-être sans qu'il en soit conscient, Sékou Touré a été avisé de prendre contact avec Taiwan, car c'est toujours la Chine nationaliste qui détient le siège de la Chine comme membre permanent de Conseil de sécurité (Pékin la remplacera en 1971 seulement), ce qui est capital pour l'admission d'un nouvel État à l'ONU. Le 5 novembre, Formose reconnaît le nouvel État. Une mission se rend rapidement à Conakry, dirigée par le représentant de la Chine nationaliste à Monrovia 160.
En avril 1959, des contacts sont pris à Berne en Suisse avec des représentants de la Chine communiste par le ministre des affaires économiques, Lansana Béavogui ; il en résulte une promesse de don de 5.000 tonnes de riz. La Guinée décide alors d'établir des relations diplomatiques avec la Chine de Pékin, premier pays de l'Afrique noire à le faire. Le 22 juin 1959, Wu Tiem Po, ambassadeur de Chine populaire au Maroc, se rend à Conakry en mission de contact. Le 29 juin, un cargo danois amène au port de Conakry les 5.000 tonnes de riz offertes par la Chine populaire 161.
Début septembre 1959, une délégation de femmes guinéennes conduite par Mariam Camara séjourne en Chine populaire ; mais plusieurs groupes de jeunes Guinéens se sont déjà rendus dans ce pays antérieurement. Le 29 septembre, Barry Diawadou, ministre de l'éducation nationale, se rend à Pékin où il représente la Guinée aux cérémonies du Xème anniversaire de la révolution chinoise ; il est reçu par Mao Tsé Toung, Chou En Lai, Liu Chao Chi, Chu Teh, et Chen Yi, c'est-à-dire les principaux dirigeants chinois de l'époque. Le 4 octobre, un communiqué annonce l'établissement de relations diplomatiques et l'échange prochain d'ambassadeurs 162.
En décembre, Chao Yuang, chargé d'affaires de Chine, arrive à Conakry avec sept collaborateurs ; quelques jours plus tard, début janvier 1960, il ouvre la première ambassade de la Chine populaire en Afrique noire. Tout de suite des rumeurs commencent à courir sur le nombre d'experts chinois qui seraient présents dans le pays, que certains estiment à plusieurs centaines. En fait, à cette époque, vingt agents travaillent à l'ambassade, et une soixantaine seront employés dans des projets. Sékou Touré lui-même ne tarde guère à se rendre en visite officielle en République populaire de Chine. En septembre 1960, il visite pour la première fois l'Asie, après de brèves escales à Dakar, Budapest et Moscou (où il est reçu par Krouchtchev). Il fait le 9 une première étape à Oulan Bator en Mongolie 163, et passe ensuite près d'une semaine en Chine, du 10 au 15 septembre 164. Il visite Shanghai et Pékin, où, le 12 septembre, il a un entretien suivi d'un déjeuner avec Mao Tsé Toung et Chou en Lai. Des accords de coopération sont signés le 13 septembre, prévoyant un prêt de 25 millions de dollars, et l'aide à une série de projets industriels, énergétiques et agricoles.
Il poursuit ensuite son voyage asiatique par le Vietnam (16-18 septembre), où il est accueilli avec faste à Hanoi par Ho Chi Minh 165, puis l'Indonésie (19-22 septembre), où il est reçu par le président Soekarno, puis l'Inde (24-25 septembre), où il a des entretiens avec le Premier ministre Nehru, et il termine son périple par la RAU-Egypte, l'Arabie saoudite (il est reçu par le roi Saoud), Addis-Abeba et Dakar (où il voit longuement Senghor le 26 septembre).
Le 28 décembre 1960, Sékou Touré inaugure à Conakry une exposition sur les réalisations de l'édification économique de la Chine populaire. Elle connaît un vif succès populaire.
Le 18 septembre 1961, un protocole d'aide entre la Guinée et la Chine est signé, qui s'inscrit dans le cadre de l'accord de 1960, mais précise la liste des projets retenus ou envisagés.
La Chine construira un bâtiment pour l'Assemblée nationale, qui deviendra en fait le Palais du Peuple 166 ; celui-ci sera inauguré lors du 8ème Congrès du PDG tenu du 25 septembre au 2 octobre 1967 167, mais Sékou Touré menaça de ne pas procéder à l'inauguration s'il n'y avait pas de forte délégation chinoise à ce Congrès ; en fait, la participation chinoise fut finalement si visible que c'est la délégation du Parti communiste de l'Union soviétique qui manifesta sa mauvaise humeur. De plus, un des meilleurs artistes chinois de Pékin, Guozi Shudian, avait peint un gigantesque portrait de Sékou Touré, qui fut mis en place avec solennité 168.
Jeannette Vermeersch et le professeur Jean Suret-Canale représentent le Parti communiste français à ce Congrès 169.
La construction d'une usine de tabacs et allumettes dans la banlieue de la capitale guinéenne commence en avril 1963 et durera à peu près dix-huit mois ; une centaine de techniciens chinois sont là dès le début du chantier, et procèdent aussi à la formation sur place de personnel guinéen. L'ENTA (Entreprise Nationale de Tabac et Allumettes) fera venir son tabac de Chine et du Malawi, la production guinéenne étant insuffisante ; les cigarettes produites sont les marques Milo, cigarette proche des Gauloises françaises, et Nimba, cigarette blonde avec filtre. Cette entreprise, qui commença à fonctionner le 1er septembre 1964 et fut inaugurée par Sékou Touré le 28 septembre de la même année, produira annuellement 25 millions de paquets de cigarettes et autant de boîtes d'allumettes, et sera le principal employeur de main-d'oeuvre de la capitale, mais les bâtiments ont brûlé il y a quelques années et l'usine reste à l'heure actuelle (2009) toujours fermée.
Au total, une trentaine de projets furent mis en oeuvre au cours des deux premières décennies : outre l'usine d'allumettes et de cigarettes et une station de culture de thé à Macenta, ce sont le barrage de Tinkisso (près de Dalaba et de Dinguiraye) et la centrale hydroélectrique de Kinkon [Pita], l'usine de machines agricoles de Mamou, la briqueterie à Kankan (ouverte en 1973, elle emploie 180 travailleurs guinéens et 40 cadres chinois), une ferme de culture de canne à sucre à Koba, l'aménagement de rizières à Koba, etc.
Le conflit sino-indien, qui éclata en octobre 1962, compromet les actions des non-alignés. Le 6 novembre 1962, Sékou Touré fait une proposition : cessez-le-feu immédiat ; retrait des forces des deux pays à 20 kilomètres de part et d'autre de la “frontière naturelle” ; négociations immédiates sur les frontières ; communiqué conjoint condamnant toutes les interventions étrangères. Chou en Lai remercie Sékou Touré le 13 novembre 1962 et exprime l'espoir que les pays africains et non-alignés le soutiendront. Mais les opérations militaires se terminent rapidement à l'avantage de la Chine, et la proposition guinéenne ne sera pas examinée.
Les Chinois sont les seuls qui, vers le milieu des années 60, inondent le pays de brochures d'information ou de propagande, et de revues (en français), alors que depuis plusieurs années, et en particulier depuis le “Complot des enseignants” en 1961, le régime l'a interdit aux ambassades étrangères. Il est vrai que c'est aussi le moment où Sékou Touré lance sa Révolution culturelle et envote les étudiants dans les campagnes, deux initiatives inspirées de l'expérience maoïste.
Le 1er mai 1963, le docteur Baba Kourouma (futur gouverneur de Conakry, et futur détenu du camp Boiro), qui dirige en Chine une délégation médicale guinéenne, est reçu par Chou en Lai. Cette même année, la Chine verse en deux fois 2,5 millions de livres sterling dans les caisses de la Banque centrale de Guinée 170.
Du 3 au 12 janvier 1964, c'est le séjour en Guinée d'une mission chinoise dirigée par Fang Yi, vice-président de la commission nationale de planification. Elle signe un accord de commerce pour l'année 1964. Mais cette visite est évidemment éclipsée par celle du Premier ministre Chou en Lai, qui visite la Guinée du 21 au 27 janvier 1964, dans le cadre d'une tournée de huit semaines qui le conduit également en République arabe unie, en Algérie, au Maroc, et Tunisie, au Ghana, au Mali, au Soudan, en Éthiopie, en Somalie et en Albanie 171. Il est accompagné du maréchal Chen Yi, vice premier ministre et ministre des affaires étrangères. Le 23, Sékou Touré donne un déjeuner en son honneur.
Les 24 et 25 janvier, Chou en Lai décide d'aller prendre un peu de repos dans les hauteurs du Fouta-Djalon. En dehors de Conakry, la délégation se rend également à Kindia et à Labé, et ils reçoivent partout un accueil exceptionnel. La délégation peut constater le démarrage prometteur de la coopération entre les deux pays. Sékou Touré, qui a bien entendu accompagné ses hôtes, déclare à cette occasion : “Dans son effort pour bâtir le pays, que le peuple guinéen prenne tout spécialement exemple sur le peuple chinois. Le travail opiniâtre des chinois servira d'exemple pour lutter contre notre paresse, contre notre indolence.” 172 Le 26, de retour dans la capitale, il y a de nouveau des entretiens entre les deux leaders.
Coïncidence : l'ambassadeur de France Pons n'est pas autorisé à aller à l'aéroport pour l'accueil officiel ; Paris l'autorise toutefois à assister aux réceptions données par Sékou Touré en l'honneur de ses hôtes chinois. Mais le 27 janvier, juste avant que Chou en Lai ne quitte la Guinée pour se rendre au Soudan, on apprend que Paris a reconnu la Chine Populaire. Sékou Touré et Chou en Lai félicitent le gouvernement français de cette décision, dont le leader guinéen dira le 2 février qu'il s'agit d'un “acte juste”.
Le 21 octobre 1964, Sékou Touré félicite la Chine populaire après l'explosion de sa première bombe atomique.
Le 23 janvier 1965, le président Houphouët-Boigny attaque violemment la Chine communiste et ceux qui l'aident à s'installer en Afrique, formule qui vise évidemment la Guinée, entre autres. C'est aussi en 1965 que les Ballets Djoliba partent faire une grande tournée en Chine.
La conférence des non-alignés qui devait, au printemps 1965, commémorer à Alger le dixième anniversaire de la conférence de Bandoeng, n'aura finalement pas lieu. Le problème de l'admission de l'Union soviétique, à laquelle la Chine est violemment hostile, provoque un premier report à l'automne. Mais la chute de Ben Bella en juin 1965 a amené plusieurs leaders du Tiers-monde à se montrer réticents à l'idée de se rendre à Alger. Sékou Touré est du nombre ; la Guinée ne participe plus aux réunions préparatoires. Le 10 août 1965, les deux pays signent un accord commercial ; peu après, les 15 et 16 septembre, le maréchal Chen Yi, ministre des affaires étrangères (qui accompagnait déjà Chou en Lai l'année précédente), revient pour une nouvelle visite en Guinée.
Le 24 février 1966 a lieu à Accra un coup d'État qui met fin au pouvoir de Nkrumah alors que celui-ci se trouve en visite officielle en Chine. A son retour précipité en Afrique, Nkrumah s'installe en Guinée, avec le plein appui de Sékou Touré. Le 6 mars, Pékin rejette une note des nouvelles autorités ghanéennes qui affirment que la Chine a envoyé des armes en Guinée pour aider Nkrumah à reprendre le pouvoir au Ghana. Du 19 au 23 avril 1968, Ismaël Touré se rend en Chine. Il est reçu par Chou en Lai. La mission est consacrée à la discussion et à la finalisation de divers projets soumis l'année précédente par la Guinée :

Ismaël se rend ensuite à PyongYang (où il signe un accord de coopération économique et un accord scientifique) et rentre à Conakry le 30 avril. Le 7 mai arrive à Conakry une mission chinoise conduite par Chuan Hung, vice-ministre du commerce. Elle procède le 14 mai à la signature d'un accord commercial.
Peu après, le 28 mai 1968, la Chine annonce qu'un accord a été signé à Pékin par Li Hsien-nien, ministre des finances chinois (et futur Premier ministre), Ousmane Ba, ministre des affaires étrangères du Mali, et le ministre guinéen des affaires étrangères Lansana Béavogui : il porte sur la construction d'un chemin de fer entre la Guinée et le Mali, de manière à donner à ce dernier pays un accès à la mer en construisant un tronçon de Bamako à Kouroussa. Cet accord avait été précédé, le 25 mai, d'un communiqué conjoint sino-guinéen au ton très politique, et d'une rencontre entre Béavogui et Chou en Lai. Au mois d'août 1968, le colonel Kaman Diaby, chef d'état-major adjoint de l'armée guinéenne, accompagné de Diarra Traoré, commandant de l'aviation militaire guinéenne, se rend à Pékin (où il est reçu par Mao Tsé Toung, ce qui est exceptionnel), à PyongYang et à Hanoi [Erratum. Il est douteux que Diarra Traoré ait commandé l'aviation militaire. Lire Lt-colonel Kaba 41 CamaraT.S. Bah]. La coopération militaire sino-guinéenne, qui a commencé dès 1961 et durera jusqu'en 1982, reste cependant modeste.
Les arrivées d'experts chinois se succèdent, qui viennent s'ajouter aux nombreux Chinois qui travaillent déjà sur les projets déjà en cours : à la suite d'un accord conclu en décembre 1967, des équipes médicales s'installent à Conakry, Siguiri, Macenta, Gaoual, dix spécialistes des questions portuaires s'intéressent aux équipements et au fonctionnement du port de Conakry ; onze experts ferroviaires arrivés le 19 août 1968 procèdent à la reconnaissance du trajet Kouroussa-Bamako.
Le 22 novembre 1970, dès que l'Agence de presse Chine Nouvelle (qui a un correspondant permanent en Guinée) diffuse les informations sur la tentative de débarquement qui a eu lieu cette nuit-là à Conakry, le Premier ministre Chou en Lai accorde immédiatement audience à l'ambassadeur de Guinée à Pékin, lui affirme le soutien de la Chine et fait un vibrant hommage de la personnalité de Sékou Touré.
En décembre 1972, le ministre des affaires étrangères Lansana Béavogui effectue un nouveau voyage en Chine. C'est l'époque où la Guinée connaît de sérieuses difficultés d'approvisionnement alimentaire, en particulier pour la capitale, et Sékou Touré convoque l'ambassadeur de Chine pour lui demander davantage de riz. L'ambassadeur lui répond que c'est impossible et que la réduction des livraisons, qui a déjà commencé, va se poursuivre 173.
Le 6 décembre 1973, Madame Andrée inaugure une exposition sur Les femmes de la Chine nouvelle. En octobre 1974 a lieu une visite en Guinée du vice Premier ministre chinois Keng Piao. C'est à partir de cette date seulement que des étudiants guinéens se rendent plus nombreux en Chine (ils seront proches de la cinquantaine) pour y suivre des études ou y effectuer des stages.
Dans les années 75-76, Sékou est assez critique de la position chinoise, qui, entièrement axée sur son différend avec l'Union soviétique, prend souvent le contre-pied des positions soviétiques. C'est dans l'affaire angolaise que les choses sont les plus évidentes. La Chine soutient le MPLA [Erratum. Il s'agit plutôt du NFLA. — T.S. Bah] de Roberto Holden et l'UNITA de Jonas Savimbi, essentiellement parce que Moscou est résolument derrière le MPLA d'Agostinho Neto ; or, c'est également ce dernier que soutient Sékou Touré.
Début octobre 1978, Keng Piao, vice-Premier ministre chinois, fait une visite en Guinée (après le Congo, et avant le Mali, le Ghana, le Nigeria, le Rwanda et la Somalie). Il y développe la nouvelle théorie chinoise des “Trois Mondes”, exposée pour la première fois par Teng Hsiao-Ping le 10 avril 1974, devant la sixième session extraordinaire de l'assemblée générale des Nations unies. Pour lui, le “camp socialiste” n'existe plus, mais il y a un Premier Monde, composé des États-Unis et de l'Union soviétique, un Tiers Monde composé des pays en voie de développement d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et d'ailleurs, et un Second Monde composé de tous les autres pays (y compris le Japon).
Du 10 au 16 janvier 1979, c'est une visite en Guinée de Chou Hua Min, vice-ministre chinois du commerce extérieur ; un nouvel accord commercial est signé à l'issue de la visite. L'année suivante, en mai 1980, Sékou Touré effectue sa seconde visite en Chine, puis le vice premier ministre et ministre des affaires étrangères de Chine Huang Hua se rend en Guinée en 1981 pour les cérémonies commémoratives du 22 novembre. Du 30 décembre 1982 au 1er janvier 1983, Zhao Zi Yang, Premier ministre chinois, séjourne en Guinée. L'agence Chine Nouvelle précise à cette occasion que trente projets ont été réalisés par la Chine depuis 1960 ou sont encore en cours de réalisation, et cite :

L'agence rappelle également que lors de la construction de la centrale de Kinkon, le technicien chinois Yang Shen-Kun mourut à son poste, et fut enterré dans le cimetière local où un monument fut érigé en son honneur, sur décision du gouvernement guinéen. La dépêche de l'agence chinoise précise que depuis 1968, huit équipes médicales comprenant au total 302 médecins ont travaillé en Guinée, tant dans les villes que dans les campagnes, et ont vacciné, soigné et guéri des dizaines de milliers de Guinéens ; elle raconte aussi que le 15 décembre 1976, le jeune Aboubacar Bangoura, âgé de 4 ans, eut le bras droit sectionné par un train ; transporté immédiatement à l'hôpital Ignace Deen de Conakry, l'enfant fut opéré par des chirurgiens chinois aidés d'assistants guinéens, qui greffent le bras coupé, permettant au jeune garçon, après une période de convalescence et de rééducation, de retrouver le complet usage de son bras droit 174.
Du 30 décembre 1982 au 1er janvier 1983, Zhao Ziyang, membre du Comité Permanent du Bureau Politique du Parti Communiste chinois, Premier Ministre de la République Populaire de Chine, accompagné d'une nombreuse délégation (74 personnes), visite la Guinée au cours d'une tournée de dix pays africains. Sékou Touré l'attend à l'aéroport de Gbessia avec le protocole habituel aux hôtes les plus illustres. Les membres du BNP et du Comité Central, l'ensemble des corps constitués, les chefs des missions diplomatiques et consulaires, lui sont présentés, cependant que des milliers de militants et de militantes du 9ème arrondissement, dûment mobilisés par leurs comités, assurent une chaleureuse réception avec musiques, chants, danses et vivats. Le visiteur loge à la Case Bellevue, où les militants du 8ème arrondissement et les étudiants de la Faculté des sciences administratives et juridiques de Bellevue agrémentent le séjour de réjouissances populaires presque permanentes. Aux côtés du Responsable Suprême de la Révolution, qui, comme toujours, conduit sa voiture blanche, le Premier Ministre chinois se rend ensuite au Stade du 28 septembre, où des discours sont prononcés. Sékou Touré rappelle notamment ses deux voyages en Chine, ses contacts avec les dirigeants chinois, les visites que ceux-ci ont rendues à Conakry, et l'aide importante apportée par les techniciens chinois. Un accord médical est conclu. Bien entendu, de brillantes soirées artistiques sont organisées au Palais du Peuple, naguère construit par la Chine. L'illustre visiteur dépose une gerbe au Monument du Souvenir. Au cours des deux séries d'entretiens, il est surtout question de la coopération bilatérale, mais aussi des grands problèmes internationaux : outre la paix, le désarmement, le Nouvel Ordre Économique International, la situation en Afrique et dans d'autres points chauds du globe (Afghanistan, Irak-Iran, Moyen-Orient, etc.), on parle aussi du mouvement des non-alignés (on est à quelques mois du Sommet de Delhi) et particulièrement du Kampuchéa, qui divise toujours le Mouvement. Mais les positions chinoises et guinéennes sont proches ; la Guinée reconnaît le régime de Phnom Penh et réprouve les actions des Khmers Rouges. Sékou Touré, comme les dirigeants chinois, a beaucoup de considération pour Norodom Sihanouk.
Fin avril 1983, le ministre de la culture Chen Chiren est probablement le dernier visiteur chinois de haut rang à être reçu par Sékou Touré.
Au cours de son premier voyage en Asie, en 1960, Sékou Touré a absolument tenu à faire une longue visite au Vietnam (du Nord). A Hanoi, le 15 septembre 1960, il rend visite à Ho Chi Minh au Comité central exécutif du parti. Une heure plus tard, il a rendez-vous avec le président du conseil Phan Van Dong. Le soir, il participe à un dîner officiel aux côtés de Ho Chi Minh, dîner où se trouve également François Billoux, chef de la délégation du Parti communiste français au 3ème congrès du parti vietnamien. Tôt le lendemain 16 septembre, Ho Chi Minh et Sékou Touré déposent une couronne au cimetière national, puis entament des entretiens. Dans l'après-midi, les deux hommes assistent côte à côte à un grand meeting de 100.000 personnes organisé en l'honneur de Sékou Touré. Dans la soirée, une soirée de gala est offerte par le Comité central. D'autres entretiens ont lieu entre les deux délégations ; du côté guinéen, il s'agit de Saïfoulaye Diallo, Lansana Béavogui et Nfamara Keita. Une déclaration commune est signée avant leur départ, le 18 septembre. Sékou Touré a toujours professé une grande admiration pour Ho Chi Minh. Ainsi, en 1968, il a déclaré : “Vous, les Européens, vous êtes tous obsédés par un soi disant danger chinois. Mais citez-moi un seul exemple d'expansion militaire chinoise depuis la Révolution ? L'agression de la Chine contre l'Inde ? (Sékou Touré rit) Mais tout le monde sait que l'Inde a provoqué l'agression chinoise. Cela a été prouvé … (Nouveaux rires). Je connais bien le président Mao. C'est un homme très doux pour qui j'ai beaucoup de respect. Pourtant, de tous les chefs d'État que je connais, celui que je respecte le plus, c'est Ho Chi Minh, en raison de sa finesse, de sa culture, de sa modestie”. 175
Le 14 mars 1961, un accord économique guinéo-vietnamien est signé à Conakry. A la mi- juin 1965, N'Guyen Duy Trinh, vice-Premier ministre et ministre des affaires étrangères du Vietnam-Nord est en visite en Guinée. En dépit de son désir de maintenir de bonnes relations avec les États Unis, Sékou Touré adopte un ton de plus en plus critique sur la politique américaine au Vietnam. Il reçoit d'ailleurs à Conakry, le 25 mai 1965, Mme Nguyen Thi Binh, ministre du Front National de Libération du Sud Vietnam. La Guinée n'entretient de relations qu'avec le Nord Vietnam, et se félicite de la réunification du pays, intervenue en 1975. Les 10 et 11 septembre 1978, au cours de la visite en Guinée de Nguyen Hu Tu, vice-président du Vietnam, sont signés une série d'accords de coopération économique, scientifique et technique, notamment dans le secteur agricole, pour la production du riz.

Les relations avec la Corée du Nord sont relativement intenses et Pyong Yang a été l'une premières capitales à reconnaître la Guinée indépendante. Suh Eul Hyun, le premier ambassadeur de Corée du Nord en Guinée, présente le 2 août 1961 ses lettres de créances à Sékou Touré ; l'un de ses successeurs, à la fin des années 1970, sera pendant plusieurs années le doyen du corps diplomatique accrédité en Guinée 176, ce qui ne manque pas de poser quelques problèmes protocolaires aux représentants des pays qui ne reconnaissent pas le régime de la Corée du Nord, en particulier les États-Unis, comme par exemple pour le discours traditionnellement prononcé au nom du corps diplomatique par son doyen pour les voeux de la Nouvelle Année ou ceux du 14 mai, date anniversaire de la création du PDG. Mais ces difficultés se règlent en général dans une atmosphère amicale de détendue, l'ensemble des diplomates présents à Conakry témoignant toujours d'une réelle et amicale solidarité. Dès le mois de juin 1961, les deux pays concluent des accords de coopération culturelle et technique. Au fil des années, les Coréens du Nord sont particulièrement présents dans des secteurs très visibles. Ils forment et perfectionnent les danseurs des ballets guinéens, en particulier pour les mouvements d'ensemble ; ils mettent en scène des défilés ; ils entraînent les responsables de comités de base du Parti à dessiner et à mettre en place des panneaux colorés que manoeuvrent des centaines de militants assis côte à côte afin de dessiner les slogans, des portraits ou des scènes collectives lors des manifestations de masse, par exemple au Stade du 28 septembre ou au Palais du Peuple. Au début des années 80, ce sont des entreprises de la Corée du Nord qui sont présentes sur le chantier du Palais des Nations, qui devait accueillir le 20ème Sommet de l'OUA. Mais ce sont également des techniciens de la Corée du Nord qui ont aidé à mettre en place certaines activités industrielles, comme la fabrication de carrelages.
Sékou Touré se rendra trois fois à Pyong Yang, assez tardivement, mais à un rythme rapide ; en novembre 1979, en octobre 1980 et en avril 1982. Le 10 octobre 1980, il est l'un des hôtes d'honneur à la tribune du 6ème Congrès du Parti des travailleurs de Corée, aux côtés de Victor Grishin, membre du Bureau politique du Parti communiste de l'Union soviétique, de Li Shien Yen, vice-président du Parti communiste chinois, de Petar Stambulic, membre du présidium du Comité central de la Ligue des Communistes de Yougoslavie, d'Ilie Verdet, Premier ministre de Roumanie, de Santiago Carrillo, secrétaire général du Parti communiste espagnol, et de Robert Mugabe, Premier ministre du Zimbabwe. Le 11 octobre 1980, il signe avec Kim Il Sung un accord d'amitié et de coopération d'une durée de 20 ans.
En juin 1981, la Guinée reçoit la visite du vice-président de la Corée du Nord, Pak Seving, et en septembre 1983, celle du Premier ministre coréen.
A la fin des années 70 s'est posé de manière plus aiguë le problème des liens de la Guinée avec la Corée du Sud, partenaire sans nul doute idéologiquement et politiquement très différent, mais économiquement et financièrement bien plus intéressant pour Conakry. Les relations commerciales s'étaient développées progressivement au fil des années, en particulier grâce à l'activité d'un homme d'affaires guinéen, Mory Kaba, apparenté à Madame André. Des équipements coréens, comme les camions Hino, étaient de plus en plus nombreux en Guinée. Finalement, le 6 janvier 1978, en dépit des protestations de Pyong Yang, Conakry et Séoul décident d'établir des relations, et quelques jours plus tard, le vice-ministre des affaires étrangères de la république de Corée vient négocier un important accord de pêche ainsi que l'ouverture d'un consulat général.
Conakry milite par ailleurs pour l'amélioration des liens entre les deux Corée, et même pour leur réunification. Ainsi, en juillet 1982, une délégation dirigée par Damantang Camara, président de l'Assemblée nationale, participe à Lomé à la 1ère Conférence gouvernementale pour le soutien à la réunification indépendante et pacifique de la Corée. Les rapports personnels entre Sékou Touré et Norodom Sihanouk sont excellents, mais la situation politique du Cambodge au cours de cette période n'a pas permis le développement de relations entre les deux pays. Les deux leaders se rencontrent à Pékin ou lors de Sommets du Mouvement des non alignés. En mai 1973, en provenance de Pékin, Norodom Sihanouk visite la Guinée et d'autres pays qui ont reconnu le Gouvernement royal d'union nationale du Kampuchéa (Sénégal, Mali, Congo-Brazzaville, Maroc, Mauritanie, Algérie). Sihanouk revient en Guinée en mai 1977, puis du 11 au 14 septembre 1982 (quelques jours avant le voyage de Sékou Touré en France), cette fois-ci en tant que président du comité de coordination du Cambodge. Toujours prévenant vis-à-vis des exilés, Sékou Touré lui propose de venir s'installer en Guinée si d'aventure, il ne revenait pas au pouvoir au Cambodge. Sihanouk remercie poliment, puis ajoute : Un proverbe dit: “C'est dans le malheur qu'on connaît ses véritables amis”. Et, à cet égard, je me rappelle ce très noble exemple donné dans les années 1970-1975 par la Guinée du président Ahmed Sékou Touré. Après avoir constaté que les Khmers Rouges soi-disant membres à part entière du FUNK et du GRUNC ne mentionnaient jamais le nom de Norodom Sihanouk dans leurs publications (de propagande), S.E. l'Ambassadeur de Guinée à Pékin a dit aux Khmers Rouges Ieng Saryistes basés dans la capitale de la République populaire : “Au nom du Président Sékou Touré et du Peuple guinéen, je vous préviens que si vous (Khmers Rouges) cessez de considérer le Prince Norodom Sihanouk comme étant le Chef légal de l'État cambodgien, la Guinée cessera de vous considérer, vous Khmers Rouges, comme étant des représentants valables d'une partie du peuple khmer patriote luttant pour la libération nationale.” Il rappelle aussi qu'un jour, à Conakry, Madame Andrée Touré, la Première Dame, “a demandé à mon épouse (c'est-à-dire à la Princesse Monique) la permission (sic) de lui offrir cinq mille dollars”. Une dernière visite de Norodom Sihanouk en Guinée aura lieu en juillet 1983.

Avec les autres pays d'Asie, les relations sont plus épisodiques.
Le Japon ouvre une ambassade à Conakry le 26 janvier 1976, fait quelques dons de riz, s'intéresse au chemin de fer du Transguinéen et au réaménagement du port de la capitale (un accord est signé en avril 1973 entre les sociétés Mifergui et Nippon Koei). Et quelques délégations commerciales japonaises viennent prospecter le marché guinéen.
En avril 1960, le président indonésien Soekarno visite la Guinée. Quelques mois plus tard, en septembre 1960, dans le cadre de son voyage asiatique, Sékou Touré s'arrête à Djakarta, rencontre Soekarno, et conseille à l'Indonésie de former des cadres susceptibles de s'intéresser à l'Afrique.
Dernière étape de son voyage en Asie en 1960, Sékou Touré fait escale en Inde, et rencontre à Delhi le Premier Ministre Jawaharlal Nehru. Près d'un quart de siècle plus tard, il participe à Delhi au Sommet des non alignés de 1983 et a des entretiens avec le Premier ministre Indira Gandhi. Entre temps, l'Inde a ouvert une ambassade à Conakry.
Le 5 juin 1972, au cours d'une tournée en Afrique et au Moyen-Orient, le président pakistanais Ali Bhutto s'arrête à Conakry. Et Sékou Touré visite le Pakistan en octobre 1980, dans le cadre des missions que lui a confiées l'Organisation de la Conférence Islamique. Au cours de ce dernier voyage, il s'arrête également au Bangladesh (où il revient en mars 1981 ). Alors qu'elle était membre du Conseil de sécurité en 1972-73, la Guinée s'est abstenue lors du vote sur l'admission du Bangladesh, sans nul doute pour suivre l'hostilité de Pékin à la création du Bangladesh, démembrement de son allié le Pakistan ; la République populaire de Chine a à plusieurs reprises fait usage de son droit de veto, et le Bangladesh ne sera finalement admis à l'ONU qu'en 1974.

Notes
159. J.-C. Froehlich, directeur des études du CHEAM, conférence prononcée le 26 mai 1959 au CMISOM.
160. Information donnée par Sékou Touré lui-même dans une interview aux Echos d'Afrique noire, publication dirigée par Maurice Voisin.
161. La Chine communiste sera au fil des décennies un important fournisseur de riz à la Guinée, en partie sous forme de dons, en partie sous forme commerciale. Mais des réductions importantes interviendront dans les années 70.
162. C'est probablement au cours de cette visite que se produit l'amusant incident qui se racontait encore à Conakry (et ailleurs) bien des années plus tard. A l'issue du premier dîner officiel, à l'heure des toasts, le ministre guinéen conclut son allocution en levant son verre et en disant “à la française” : “Tchin Tchin”. Le ministre chinois, croyant à une charmante coutume africaine, termine alors son propre toast en disant: “Guinée Guinée”.
163. Le mois précédent, Bayan-Baatrin Otchirbat, ambassadeur de Mongolie en Guinée, lui a présenté ses lettres de créance le 15 août. mais le climat lui convient tellement mal qu'il décède quelques mois après son arrivée et ne sera pas remplacé. (témoignage téléphonique du professeur Jean Suret-Canale, 17 octobre 1999)
164. C'est pendant ce voyage en Chine qu'Ismaël aurait pensé à organiser un coup d'État et tenté de rallier à sa cause les ministres Alassane Diop et Keita Fodéba. Au cours d'un long entretien nocturne tenu sur la route de Dubréka (pour éviter les écoutes, déjà fréquentes dans les bureaux de Conakry), ces deux derniers parviennent à dissuader Ismaël de mettre son projet à exécution (conversation de l'auteur avec Alassane Diop, Dakar, 1996)
165. Le 13 juin 1960, l'ambassadeur du Nord-Vietnam Nguyen Thuong s'est installé à Conakry. Le 21 décembre 1961 : signature d'un accord de coopération culturelle et technique avec le Vietnam En mai 1965, la Guinée commence à critiquer le politique américaine au Vietnam.
166. Mais l'Assemblée nationale y siège également jusqu'à l'heure actuelle, et le président de l'Assemblée y a ses bureaux.
167. La construction du Palais du Peuple sur l'isthme qui relie l'ancienne presqu'île de Tumbo au continent allait se heurter à la présence sur le site de plusieurs énormes fromagers, arbres sacrés selon la tradition baga. L'émotion soulevée par le démarrage du chantier fut telle qu'il fallut interrompre les travaux et procéder à trois journées et trois nuits d'incantations et de sacrifices pour apaiser les divinités.
168. Ce portrait est arrivé à Conakry le 18 août 1967 ; l'artiste reçoit 2.500.000 francs guinéens pour sa prestation ; la commande et la transaction ont été passées par l'intermédiaire de l'ambassadeur Sékou Camara. En même temps arrivent par avion en Guinée 40.000 volumes du Tome X des oeuvres de Sékou Touré, imprimées à l'imprimerie Kundig, 10 rue du Vieux Collège, à Genève.
169. Trente ans plus tard, le 2 octobre 1998, sera inauguré à Conakry, lors des manifestations du 40ème anniversaire de l'indépendance de la Guinée, un Palais présidentiel destiné à remplacer l'ancien Palais où siégeait et habitait Sékou Touré, et qui était en fait l'ancien palais du gouverneur français. Ce nouveau bâtiment fut construit par les Chinois. Au moment de l'inauguration par le président Lansana Conté, celui-ci, après avoir beaucoup remercié la Chine, proposa au micro d'appeler le nouveau palais “Sékoutoureya” (c'est-à-dire “Chez Sékou Touré” en langue soussou). Il y eut des mouvements divers dans la foule (l'auteur était présent). Le président les fit taire en poursuivant : “On lui doit bien ça. C'est là qu'il a passé des jours et des années pour la Guinée”.

[Nota bene. Cette décision est illégale, illégitime et officieuse. Lansana aurait dû conférer à l'édifice un statut impersonnel en le dénommant simple Palais de la présidence. La Guinée est le seul pays où la résidence et le lieu de travail du chef de l'Etat porte le nom d'un ancien président. Même dans les pays où le bâtiment a un nom spécial, celui-ci est politiquement neutre, par exemple, la Maison Blanche, l'Elysée, le Kremlin, etc. Cela dit, la Guinée ne doit à Sékou Touré que la dictature, les larmes et la pauvreté … Ditto pour Lansana Conté — T.S. Bah]

170. 170. Exceptionnellement, cette information est donnée par Ko-Hua, ambassadeur de Chine, à ses collègues du corps diplomatique.
171. Des escales au Kenya, au Tanganyika et en Ouganda ont été annulées, à la suite de mutineries qui ont éclaté dans ces trois pays et de l'intervention de troupes britanniques pour y rétablir l'ordre.
172. Cité par Philippe Richer, “L'aide économique et technique de la Chine aux pays en voie de développement”, revue Promotions (revue des anciens élèves de l'École Nationale d'Administration), n° 73, 2ème trimestre 1965.
173. Livraisons de riz à la Guinée par la Chine

Année 1972 1973 1974
Tonnage 45.000 35.000 25.000

Ces livraisons de produits alimentaires seront partiellement compensées par l'aide alimentaire américaine (10.000 tonnes de blé, 10.000 de maïs et 1.900 d'huile), plus tard par l'aide de l'Union européen. De son côté, l'URSS vend à la Guinée 10.000 tonnes de blé, l'Algérie 2.000 tonnes de blé, l'Égypte 1.000 tonnes de riz.
174. Accompagnant en juillet 1970 le ministre André Bettencourt dont il était le chef de cabinet, au cours d'un voyage de trois semaines en République populaire de Chine, alors en pleine révolution culturelle, l'auteur a pu, en dehors d'entretiens avec Mao Tsé Toung, Lin Piao et Chou en Lai, et de multiples visites à travers le pays, assister à l'hôpital central de Shanghai à une opération de ce type, effectuée sous anesthésie par acupuncture. Il a pu rencontrer plusieurs Chinois ainsi opérés de mains ou de bras coupés, avoir récupéré leur usage et brandir de la main opérée le "petit livre rouge" en louangeant la pensée Mao Tsé Toung !
175. L'auteur n'a pas retrouvé l'origine de cette déclaration, qui date de 1968, c'est-à-dire un an avant la mort d'Ho Chi Minh.
176. Après le départ en 1976 de l'ambassadeur d'Algérie Zitouni Messaoudi, nommé ministre des industries légères à Alger, et avant la prise de fonctions de l'ambassadeur de Hongrie et par intérim d'Eleonora Schmid, ambassadrice de la République Démocratique Allemande.

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