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André Lewin
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).
Président de la Guinée de 1958 à 1984.

Paris. L'Harmattan. 2010. Volume 2. 263 pages


Chapitre 46
2 septembre 1960-17 novembre 1965 Entre Sékou Touré et Houphouët-Boigny, des hauts et des bas


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Les positions divergentes de Sékou Touré et d'Houphouët-Boigny sur le projet de constitution, sur le maintien de structures fédérales et sur l'indépendance immédiate, ne manquent pas d'influer négativement sur les relations entre les deux hommes et les deux pays au lendemain de la naissance de l'État guinéen en 1958 149. Nous avons déjà vu le rôle déterminant joué par Houphouët, qui reste jusqu'en 1960 ministre d'État du gouvernement français, dans les positions restrictives du général de Gaulle vis-à-vis de la Guinée, ainsi que dans la rupture entre le PDG et le R.D.A.

Mais l'intensité des relations personnelles entre les deux hommes, qui se connaissent depuis longtemps (c'est une tante de Sékou qui l'a présenté à Houphouët, sans doute avant le congrès de Bamako qui en 1946 fonda le RDA 150), explique également la violence de leurs affrontements (surtout, à vrai dire, du côté de Sékou), ainsi que le fait que leurs ruptures n'ont jamais été totales, divers canaux de communication restant toujours activés 151.

En novembre 1958, alors qu'il effectue ses premières visites à Monrovia et à Accra, Sékou fait une brève escale technique à Abidjan, mais ne cherche pas à rencontrer le leader ivoirien. Un an plus tard, en novembre 1959, lorsque Sékou s'adresse à l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, Houphouët, encore ministre du gouvernement français, siège au banc de la France (comme d'ailleurs aussi le Malgache Philibert Tsiranana) ; les deux hommes ne se salueront pas.

A la même époque, certains leaders de l'opposition progressiste ivoirienne s'installent à Conakry, où ils reçoivent encouragements et soutien dans leur violente campagne contre le Parti Démocratique de Côte-d'Ivoire (PDCI).

Le 23 octobre 1959, Louis Akin et Bernard Yayo, deux leaders du Comité national de libération de la Côte-d'Ivoire, installés depuis peu à Conakry, y ont publié une déclaration qui est un véritable appel à l'insurrection contre le gouvernement d'Houphouët-Boigny. Celui-ci s'en inquiète au point de faire distribuer au début de l'année 1960 des armes et des munitions aux anciens combattants de la région de Man, à la frontière entre les deux pays.

D'autres exilés ivoiriens rejoignent la Guinée : le syndicaliste Yao Ngo Blaise quitte Tunis puis Accra et s'installe début 1960 à Conakry, où il est reçu le 23 mars 1960 par Sékou Touré ; Maître Camille Adam, animateur du Comité de libération de la Côte-d'Ivoire, affirme bénéficier de l'appui moral et de l'assistance matérielle de la Guinée et quitte lui aussi Accra pour s'installer à Conakry, de manière à ne pas cautionner les visées du Ghana sur des portions du territoire ivoirien.

Pourtant, fin mai, le Front annonce qu'il va cesser ses activités. Le 19 avril 1960, Sékou implique pour la première fois dans un complot des Guinéens réfugiés en Côte-d'Ivoire et au Sénégal ; ceci dans le cadre de ce qui deviendra très vite le “complot pro-français152.
Mais fin mai 1960, les pays du Conseil de l'Entente 153 décident d'accéder à l'indépendance pays par pays et "sans conditions" ; le 3 juin, Houphouët, Hamani Diori et Maurice Yaméogo sont reçus par le général de Gaulle à qui ils remettent une lettre formelle en ce sens 154. Jugeant qu'ils justifient ainsi a posteriori sa propre position de l'été 1958 (indépendance d'abord, puis signature d'accords d'association avec la Communauté), Sékou Touré envoie le 5 juin des télégrammes chaleureux aux leaders de l'Entente, dans lesquels il "se réjouit sincèrement de l'option fondamentale exprimée par le Premier ministre Houphouët-Boigny, d'une part à la cause de l'indépendance nationale, et d'autre part à la volonté sans équivoque de subordonner le désir de collaboration entre la France et les États de l'Entente à l'accession à la souveraineté totale, seule base d'association libre et durable."
D'Accra, Nkrumah envoie également au président du Conseil de l'Entente, Hamani Diori du Niger, un télégramme de soutien. Quelques jours plus tard, Sékou reçoit deux télégrammes, l'un de Philippe Yacé, secrétaire général du PDCI, le second d'Houphouët, rédigés en termes à peu près semblables. Ce dernier est cependant plus explicite :

"Le but du R.D.A. a toujours été l'émancipation politique, économique et sociale des peuples africains, émancipation qu'en toute bonne foi, nous avons voulu, en ce qui nous concerne, réaliser dans la Fédération franco-africaine. Devant un échec dont personne ne peut nous rendre responsables, nous avons tiré la leçon nécessaire. Le Conseil de l'Entente, dont la vocation est le bonheur de l'homme africain, recherchera à cet effet dans l'amitié et la fraternité, la coopération fructueuse avec tous les États africains, et espère voir bientôt se retrouver ensemble tous les responsables africains."

Faisant une brève halte (trois quarts d'heure) à Abidjan fin juin 1960, alors qu'il se rend aux fêtes commémoratives de l'instauration de la république au Ghana, Sékou s'entretient très cordialement avec Auguste Denise, Premier ministre par intérim en l'absence d'Houphouët (ce dernier est à Paris pour y négocier les transferts de compétences). C'est la première fois que Sékou revient à Abidjan depuis 1958, en dehors de la brève escale déjà mentionnée — de fin novembre 1958, restée presque clandestine.

Sékou et Houphouët se reverront d'abord à Nzo, charmant petit village de la Guinée forestière d'où l'on a une admirable vue sur le Mont Nimba, le 2 septembre 1960, alors que la Côte-d'Ivoire est indépendante depuis le 7 août ; on ignore ce qu'ils se disent dans le détail, mais Houphouët tient à marquer sa désapprobation à propos des déplacements de Sékou dans le monde communiste et des nombreux accords signés par la Guinée avec ces pays.

Le 29 novembre, revenant de New York où il a participé à la session de l'Assemblée générale des Nations unies, Houphouët fait pour la première fois depuis l'indépendance une brève escale dans la capitale guinéenne ; il est reçu avec faste à l'aéroport et s'y entretient avec Sékou de l'évolution de la situation au Congo-Léopoldville. Ils se reverront dans la capitale guinéenne le 21 juillet 1961, lorsque Houphouët fait escale au port de Conakry sur le paquebot "Brazza", en route vers Abidjan ; peu après, Sékou décide d'ouvrir une ambassade dans la capitale ivoirienne 155.

En mai 1962, les deux leaders se rencontrent de nouveau à Nzérékoré, chef lieu de la Guinée forestière, et le 10 août, Houphouët s'arrête brièvement (six heures) à Conakry. Leurs positions se rapprochent quelque peu au cours de ces divers entretiens. Houphouët-Boigny tente depuis quelques mois une médiation entre la France et la Guinée, qui vise peut-être à isoler le Sénégal, car elle se fait en liaison avec le Mali.

Houphouët revient en Guinée pour une visite officielle du 19 octobre au 2 novembre 1962. Sékou veut qu'il reçoive un accueil triomphal, témoignant de manière éclatante de leur réconciliation personnelle.

C'est l'époque où Sékou estime qu'il convient de transcender les divergences entre Afrique modérée et Afrique progressiste, entre groupe de Monrovia et groupe de Casablanca ; on est à quelques mois de la signature de la Charte de l'OUA ; aussi le communiqué final proclame-t-il la nécessité absolue de l'unité africaine. Houphouët déclare que la Côte-d'Ivoire et la Guinée doivent être considérées comme un seul pays avec deux capitales.

Le 25 octobre, Modibo Keita, qui s'est depuis un an déjà rapproché d'Houphouët, se joint à eux à Kankan pour des conversations tripartites. Il n'existe pas de communiqué sur ces entretiens, qui se poursuivent à Komodougou, en Guinée forestière ; mais la radio d'Abidjan exprime le plaisir de voir enfin rassemblés trois grands leaders membres du RDA, qui avaient été séparés par des choix politiques différents.

Le 11 février 1963, Sékou Touré et Houphouët-Boigny se retrouvent à Man, petite ville dans la zone montagneuse du nord de la Côte-d'Ivoire ; ils constatent une fois de plus leurs convergences sur les problèmes africains.

Le mois précédent, Houphouët a déjoué un complot d'extrême-gauche monté contre lui ; une centaine de personnes ont été arrêtées ; peut-être cette circonstance a-t-elle favorisé une plus grande communauté de vues entre les deux hommes.

A son retour de Man, le 15 février, Houphouët forme un nouveau cabinet, où il conserve le portefeuille des affaires étrangères. Un mois plus tard, le 25 mars, Houphouët fait un geste afin de soutenir les monnaies de la Guinée et du Mali, qui, on le sait, ne font plus partie de la zone Franc : il interdit l'importation, la détention et la circulation en Côted'Ivoire des billets de banque de ces deux pays.

En septembre 1963 se produit une nouvelle entrevue entre Sékou et Houphouët à la frontière.

Beaucoup d'observateurs pensent que le leader ivoirien cherche à "récupérer" les pays révolutionnaires et à reconstituer un groupe d'États francophones qui aurait une plus grande influence au sein de l'OUA.

Le 25 août 1963, Houphouët fait une nouvelle brève escale à Conakry. Une partie de la délégation qui l'accompagne se rend à Fria. Il est bien possible que ce soit pendant ce bref séjour en Guinée qu'Houphouët ait fait la connaissance de la séduisante Rallou Miloyannis, une jeune métisse helleno-guinéenne originaire de Dinguiraye (certains disent : de Kankan), qu'il fera ensuite venir à Paris et y installera somptueusement.
Le ministre Alassane Diop, chargé de l'accueillir pendant son séjour, a en effet chargé cette nouvelle collaboratrice, que Sékou lui avait recommandée 156 d'escorter la délégation ivoirienne 157.

Sékou Touré estime que c'est maintenant à son tour d'être reçu officiellement comme chef d'État en Côte-d'Ivoire ; mais Abidjan tergiverse.

Aussi Sékou fait-il annuler une rencontre avec Houphouët prévue pour le 7 novembre 1963.

Le 9 avril 1964, peu après avoir révélé un nouveau complot en Côte d'Ivoire, le président-fondateur du RDA réunit autour de lui à Bouaké les présidents Hamani Diori du Niger, Maurice Yaméogo de Haute-Volta, Modibo Keita du Mali et Sékou Touré ; les cinq leaders décident de lutter de manière concertée contre la subversion qui les menace, et de mieux coordonner les activités de leurs gouvernements.

Quelques mois plus tard, le 21 août 1964, Houphouët et Sékou se retrouvent à Monrovia, en compagnie du président Tubman du Liberia et du premier ministre Albert Margaï de la Sierra Leone, et décident de créer entre les quatre pays une zone de libre échange économique. Mais cette initiative ne sera pas suivie d'effet.

En janvier 1965, Houphouët, Modibo Keita et Sékou auront encore une rencontre commune à Nzérékoré, en Guinée forestière. Mais les divergences — notamment sur le Congo-Léopoldville ex-belge — vont rapidement prendre le dessus : le groupe des pays francophones plus étroitement liés à la France s'organise et l'OCAM (Organisation Commune Africaine et Malgache), créée en février 1965 à Nouakchott, va réunir le 25 mai un Sommet spécial à Abidjan, auquel Tshombé, l'homme de la sécession du Katanga devenu premier ministre du Congo-Léopoldville, a également été convié. Sékou, qui n'oublie toujours pas le meurtre de son ami Lumumba, voit rouge. Après s'être concerté avec Ben Bella, Modibo Keita et Nkrumah, il lance une vive offensive contre la nouvelle organisation, dont les pays progressistes craignent qu'elle n'envoie des renforts et des armes à Tshombé et ne décide un boycott du Sommet de l'OUA prévu à Accra à la fin de l'année, en raison de l'hostilité croissante d'Houphouët et des pays de l'Entente contre le leader ghanéen, explicitement mis en cause à propos d'une tentative d'assassinat d'Hamani Diori 158.

Le 25 mai 1965, Sékou Touré fait à Radio Conakry une première déclaration incendiaire :

"Les commis voyageurs de la division, les ennemis de l'OUA et de son programme de rénovation africaine, les porte-parole braillards du défaitisme se sont remis à parcourir le continent africain, semant par-ci par-là le virus de l'incompréhension et le virus de la haine, afin de compromettre le succès de toutes les réunions des commissions de l'OUA."

Ces termes entraînent de vives réactions dans les États visés ; à l'issue de la réunion de l'OCAM, Houphouët condamne sévèrement les propos de Sékou Touré. Celui-ci réagit immédiatement, en déclarant :

"Notre déclaration, s'adressant à tous les peuples, ne nommait personne. Elle n'accuse que ceux qui se trouvent une conscience trouble."

Dans un discours à Radio Conakry, le 10 juin 1965, Sékou attaque de nouveau :

"Jamais encore un chef d'État n'a été reçu en Guinée comme le président de la Côte-d'Ivoire. Cependant, les armes de cet homme, les armes du mal, le venin et le cynisme de La division entre la Guinée et d'autres États africains, l'incompréhension entretenue entre la France et la Guinée, c'était lui qui en était le seul auteur"

Pendant tout le mois de juin, Sékou poursuit au nom de l'OUA sa campagne contre I'OCAM, qualifiée d'"Organisation Commune Africaine des Menteurs". Il ajoute :

"L'OCAM sera vaincue. L'OUA vaincra. L'OCAM est Le fruit d'une nouvelle mystification dirigée pour saper les bases de l'unité africaine, pour retarder l'évolution de l'Afrique au seul profit de l'impérialisme."

Houphouët, principal initiateur de cette nouvelle institution, ne réplique guère lui-même, mais encourage ses collègues à contre-attaquer.

C'est Maurice Yaméogo qui est le plus violent. Dans un discours prononcé à Ouagadougou le 19 juin, il accuse son ancien compagnon du RDA d'être devenu "la honte de l'Afrique." Il le qualifie de "petit syndicaliste agité, sans programme, brouillon et braillard", qui n'est pas digne de s'asseoir à côté des authentiques dirigeants africains. Il emploie (mais le fait a été ensuite contesté) le terme de "bâtard" à l'encontre de Sékou 159. Il fait un rappel historique pour souligner qu'avant l'indépendance, Sékou a été présenté à Houphouët "moins pour être un responsable politique que pour être protégé et soutenu contre les tenants de la politique coloniale d'alors".
Et que ce sont l'appui du RDA et le financement personnel d'Houphouët qui ont permis au jeune leader guinéen d'être élu en 1953 à l'Assemblée territoriale guinéenne et en 1956 à l'Assemblée nationale française. Après l'avoir qualifié de "menteur, orgueilleux, jaloux, envieux, cruel, hypocrite, ingrat et intellectuellement malhonnête", il apostrophe véhémentement Sékou :

"Avec des moyens intellectuels et humains très limités, tu es devenu, Sékou Touré, ce pantin international qui amuse et rassure en même temps les véritables ennemis de l'Afrique … Un jour, si la sagesse, notre mère à tous, visite Sékou Touré, je sais que le président Houphouët-Boigny n'hésitera pas à t'accueillir à nouveau en frère, comme il l'a fait pour chacun d'entre nous."

En dépit de cette conclusion plutôt apaisante, les relations ne s'améliorent pas. La plupart des pays de I'OCAM n'assistent effectivement pas au Sommet africain d'Accra. Le 15 novembre, Léon Maka annonce à Conakry qu'un nouveau complot a été découvert ; la France, ainsi que la Côte-d'Ivoire, le Sénégal et les pays de l'OCAM sont mis en cause. Sékou le confirme dès le lendemain. La rupture des relations diplomatiques avec la France intervient peu après 160.
Sékou fait alors arrêter un ressortissant ivoirien, François Kata Kamano, directeur de la Caisse ivoirienne de compensation et de prestations familiales, qui se trouve pour un déplacement privé en Guinée, et qu'il accuse d'avoir trempé dans la préparation du complot. Il dépose également à l'OUA une plainte formelle contre les menées subversives de la Côted'Ivoire.

Dans une conférence de presse tenue à Abidjan le 17 novembre 1965, Houphouët réplique ; il accuse Sékou Touré et Nkrumah de chercher à masquer leur "échec dans le triple domaine politique, économique et humain" en lançant sans arrêt de fallacieuses mises en cause. Il devient plus précis le lendemain : non seulement il n'a jamais rien entrepris contre la Guinée, mais lorsqu'il a eu connaissance en 1960 d'incidents de frontière suscités par des provocateurs de l'OAS 161 qui voulaient l'opposer à Sékou, il en aussitôt informé ce dernier, "qui ne peut l'avoir oublié". Houphouët affirme enfin qu'il a tenté à plusieurs reprises de réconcilier la France et la Guinée, et que, selon lui, toutes ces tentatives ont échoué par la faute de Sékou Touré.
Sept années après l'indépendance de la Guinée, les relations entre Sékou et Houphouët se sont donc à nouveau fortement dégradées. Elles vont connaître au début de 1966 une nouvelle crise plus forte encore, à la suite du coup d'État d'Accra qui met fin au pouvoir de Nkrumah 162.

Notes
149. 149. Le Bureau politique du PDG réuni le 19 octobre 1958 "estime que la décision du bureau du comité de coordination du RDA de faire adhérer isolément territoire par territoire à la Communauté consacre la balkanisation définitive des fédérations et compromet gravement l'unité africaine… Le PDG est stupéfait des déclarations nettes du président du RDA définissant la Communauté (…) comme (…) intégrant définitivement les États africains morcelés dans la Communauté française." Dix jours auparavant, Houphouët avait fait décider l'exclusion du RDA de Sékou lui-même et du PDG.
150. Voir chapitre 2
151. En raison de son grand intérêt et en dépit de sa longueur, l'auteur juge utile de donner en annexe le texte d'une conférence de Jean-Claude Froelich qui esquisse une comparaison entre Sékou Touré et Houphouët-Boigny (ainsi que d'ailleurs, pour une part, avec Léopold Sédar Senghor.)
152. Voir le chapitre 44 consacré à ce dernier. En novembre 1965, lors de la conférence de presse qu'il tient au moment de la rupture des relations diplomatiques entre Conakry et Paris, Houphouët fait pour la première fois allusion à ces incidents : "Une action militaire que la Côte-d'Ivoire aurait menée contre la Guinée en 1960 ? En réalité, quelques incidents eurent lieu à la frontière et ne furent le fait que d'une poignée d'Européens irresponsables de tendance OAS dont le seul but était de susciter des difficultés entre nos deux pays. Sékou Touré le sait. Il n'y avait donc pas eu d'action, ni au niveau de l'armée et des populations ivoiriennes, ni au niveau des détachements militaires français en Côte-d'Ivoire." Cette affirmation n'est pas tout à fait conforme à ce qu'a dit à l'auteur Yves Guéna, président de l'Institut du Monde Arabe, Président de l'Institut Charles de Gaulle, ancien ministre et ancien président du Conseil constitutionnel, qui fut dans les années 1959-61 haut commissaire puis envoyé spécial plénipotentiaire de la France en Côte d'Ivoire (conversation à Paris le 1er décembre 2006, à l'occasion de la publication du "Dictionnaire de Gaulle" dans la collection Bouquins de Robert Laffont). Selon Yves Guéna une action contre le régime guinéen, soutenue, voire initiée par les services français, aurait été préparée dans les premiers mois de 1960 en Côte d'Ivoire, ce dont il aurait informé Houphouët, qui n'avait pas commenté mais n'avait paru ni surpris ni choqué. Cette action impliquait des officiers français, dont l'un aurait dit, au cours d'une soirée un peu arrosée à Abidjan, que bientôt, "Sékou Touré, on le mettrait à la porte à coups de pied dans le cul." (sic). Houphouët, mis au courant, aurait dit à Guéna qu'il ne se souvenait pas d'en avoir entendu parler. C'est à peu près à la même époque (mai 1960) que Mamadou Dia écrivit au général de Gaulle pour l'informer de l'implication d'officiers français, nommément cités, dans une affaire de caches d'armes et d'entraînement d'exilés guinéens à la frontière entre le Sénégal et la Guinée (voir le chapitre sur Senghor et Sékou Touré).
153. Le Conseil de l'Entente a été fondé le 25 juin 1959 par la Côte-d'Ivoire, le Dahomey, la Haute-Volta (futur Burkina Faso) et le Niger, auxquels se joindra le Togo en 1966.
154. En décembre 1959, la 5ème session du Conseil exécutif de la Communauté française avait vu la France se rallier finalement aux thèses confédérales chères à Senghor et à Modibo Keita. Du coup, Houphouët, toujours partisan de l'autonomie séparée des territoires, ne voit plus l'intérêt de maintenir avec la Communauté des liens institutionnels, et, à l'instar de Sékou en 1958, décide avec ses collègues de l'Entente de demander tout de suite l'indépendance "inconditionnelle", les États souverains pouvant ensuite signer des accords avec la Communauté. A l'issue d'une entrevue le 3 juin avec le général de Gaulle, Houphouët critique la position antérieure de la France en affirmant : "Pour se marier, il faut être deux, et la France n'a pas voulu aller à l'église … Nous avons attendu la fiancée, un bouquet de tleurs à la main ; elle n'est pas venue, les fleurs se sont fanées." (cité notamment par Jacques Soustelle, Vingt-huit ans de gaullisme, Paris, Table Ronde, 1968).
155. Celle-ci sera fermée en 1964, "par mesure d'économie", affirme Sékou. Le premier titulaire de cette ambassade, en 1961, est Maurice Camara, par ailleurs membre du comité directeur du parti Sawaba, interdit au Niger, ce qui pouvait également s'interpréter comme une provocation vis-à-vis du Conseil de l'Entente dont Hamani Diori était l'un des dirigeants !
156. Voir à ce sujet en annexe la dépêche — étonnante— du chargé d'affaires de France à Abidjan sur les "aspects privés du différend ivoiro-guinéen".
157. Quelques années plus tard, Rallou Miloyannis épousera un brillant étudiant sénégalais, le futur avocat Jacques Baudin, qui deviendra ultérieurement ministre de la Justice et ministre des Affaires étrangères du Sénégal. Voir également les documents annexés au chapitre 59 sur la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Conakry en 1965.
158. Voir aussi le chapitre 61 sur la chute et la fin de Nkrumah.
159. Cette appellation injurieuse se réfère à une rumeur parfois répandue par les ennemis de Sékou Touré, suivant laquelle il ne serait pas le fils d'Alfa Touré, et que celui-ci serait présenté abusivement comme son père. Ulcéré par cette basse attaque, Sékou aurait été convaincu à grand peine par ceux qui l'entouraient au moment où il prit connaissance de ce discours de ne pas répliquer sur ce terrain ad hominem et de rester sur le terrain politique.
160. Plusieurs affaires se mêlent à cette date en Guinée : le "complot des commerçants" (dit également "complot Petit-Touré;"), la mise en cause de la France (qui entraîne la rupture des relations avec Paris) et la mise en cause de la Côte-d'Ivoire (avec l'arrestation de Kamano).
161. Organisation de l'Armée Secrète, formée d'activistes français de métropole ct d'Algérie cherchant, au besoin par la violence, à contrecarrer les projets du général de Gaulle en Algérie. L'imputation à l'OAS de menées contre Sékou Touré est d'ailleurs peu vraisemblable, l'OAS ne pouvant qu'avoir de la sympathie pour un leader qui éveillait à ce point l'animosité du général de Gaulle. Voir aussi sur ce sujet notre livre sur Diallo Telli, qui se prétendait également victime de l'OAS. (ouvrage cité, page 164).
162. On trouvera en annexe au chapitre sur la chute et la fin de Nkrumah un discours de Philippe Yacé, très virulent à l'égard de Sékou Touré, et qui revient sur tout une série d'affaires qui ont opposé Sékou et Houphouët au cours de ces années.

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