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André Lewin
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).
Président de la Guinée de 1958 à 1984.

Paris. L'Harmattan. 2010. Volume V. 236 pages


Chapitre 58. — 9 octobre 1965
Mamadou Touré dépose les statuts d'un parti d'opposition, ce qui entraîne la dénonciation du complot des commerçants, dit aussi "complot Petit Touré"


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Hostiles à l'étatisation du commerce, renforcée par la révolution culturelle instaurée par la Loi-cadre du 8 novembre 1964, les commerçants trouvent un porte-parole en la personne de Mamadou Touré, dit "Petit Touré" 128, qui a fait fortune en Côte d'Ivoire, d'où il est revenu quelque temps à la demande de Sékou Touré, dont il est un cousin éloigné 129, pour diriger le Comptoir Guinéen du Commerce Intérieur, puis la Société Nationale d'Importation des Textiles.
Mais Petit Touré réclame aussi le retour à la liberté du commerce et veut fonder un parti politique d'opposition, initiative que l'ambassadeur de France en Guinée, Philippe Koenig, qualifie de "maladroite" 130.

Le 9 octobre 1965, "Petit Touré" adresse à Sékou Touré (sous couvert du directeur général du ministère de l'intérieur [Magassouba Moriba]) une lettre à laquelle il joint les statuts du Parti de l'Unité Nationale de Guinée (PUNG). Dans cette correspondance, qui se réfère aux articles 40 à 42 de la Constitution guinéenne de 1958, il explique sa démarche par "le sectarisme, l'inégalité et les multiples improvisations anachroniques qui régissent désormais le programme du PDG. Il ne remplit plus pour nous les conditions d'un parti d'unité nationale, pour plusieurs raisons, bien qu'il soit actuellement le parti au pouvoir. Comme vous l'avez vous-même suggéré à plusieurs reprises, que ceux qui n'étaient plus d'accord avec le programme du PDG pouvaient créer leur parti. Vous avez même ajouté que vous pourriez même leur donner une aide matérielle.
C'est pourquoi nous pensons que vous apprécierez l'honnêteté et la légitimité de cette décision pour lui accorder toute sa valeur après lecture des statuts dont nous vous remettons copie … "

Le préambule des statuts du PUNG, qui tient en six articles, fait une violente analyse, très critique de la situation économique de la Guinée, notamment à la suite du 6ème Congrès, et de la politique du PDG, dont il dit "qu'il a perdu le peu de popularité et de prestige qui lui restait".
Partisan d'“un libéralisme fondé sur une démocratie réelle et la justice sociale,” le PUNG s'est "volontairement assigné le but d'organiser le peuple, l'informer, l'orienter, enfin le forger à mieux connaitre ses devoirs et ses droits, en vue de pouvoir mener copieusement (sic) toute lutte révolutionnaire pour son émancipation rapide et complète …"
Cette lettre du 9 octobre que "Petit Touré" souhaite remettre lui-même au président (mais il n'insiste pas lorsqu'on ne lui accorde pas l'audience sollicitée) ne parvient à Sékou Touré que le 12. Son auteur est arrêté dans la nuit du 12 au 13 octobre 1965, en même temps que de nombreux commerçants, des anciens ministres :

Au total 31 personnes sont considérées comme coupables par le Comité Révolutionnaire Permanent 131, et 41 comme complices.
Le complot est dénoncé publiquement un mois plus tard, le 15 novembre. Plusieurs pays africains (Côte d'Ivoire, Zaïre, Haute-Volta, Niger) et la France sont directement ou indirectement mis en cause ; la rupture des relations diplomatiques avec la France interviendra en novembre, comme on le verra par ailleurs.

Dans ce discours du 15 novembre, Léon Maka, président de l'Assemblée nationale et du Comité révolutionnaire, accuse particulièrement la Côte d'Ivoire, son président Houphouët-Boigny, ainsi que Kamano François. Ce dernier "est accusé d'avoir acheté à sa famille pour quatre millions de francs CFA sa propre belle-soeur, de nationalité guinéenne, qu'Houphouët-Boigny a immédiatement installée dans un luxueux appartement à Paris. Ce logement, où est hébergé le frère de cette jeune fille, qui était boursier guinéen en République fédérale d'Allemagne, est considéré ici (à Conakry) comme étant le lieu de réunion des rebelles guinéens de Paris. C'est là que s'est réfugié récemment un fonctionnaire de l'ambassade de Guinée à Paris, Monsieur Doré Goba." 132

"Petit Touré" est emprisonné au Camp Camayenne [futur Camp Boiro]. Son père écrit à Sékou Touré pour lui réclamer le corps de son fils, dont il lui abandonne la tête, au cas où il serait exécuté, ce qui signifie que le reste de son corps sera livré aux marabouts. En fait, "Petit Touré" mourra de "diète noire" au camp [Boiro].

Jean Faraguet restera à Boiro de 1965 à 1970 ; arrêté de nouveau en 1974, il sera libéré en 1977 133. Camara Bangaly, arrêté en 1965, mourra quelques années plus tard, toujours en détention, à l'hôpital Donka de Conakry. Kaba Sory mourra lui aussi au Camp [Boiro]. Le 19 novembre, conséquence du complot "Petit Touré", Keita Fodéba perd son poste crucial de ministre de la défense nationale et de la sécurité pour devenir ministre de l'économie rurale et de l'artisanae 134.
[El Hadj] Magassouba Moriba, qui reste secrétaire d'État auprès de la présidence à la défense et à la sécurité, est également chargé de l'intérieur, cependant que le général Lansana Diané devient ministre de l'armée populaire et du service civique.

Notes
128. Le rapport du Comité Révolutionnaire Permanent sur le "complot des commerçants" donne des indications biographiques intéressantes sur "Petit Touré" (voir annexe)
129. C'est ainsi que Sékou Touré l'a présenté à Houphouët-Boigny (conférence de presse de ce dernier, 17 novembre 1965)
130. Télégramme diplomatique du 10 novembre 1965.
131. Dont font partie Léon Maka, Ismaël Touré, Moussa Diakité, Damantang Camara et Mamouna Touré.
132. Ce passage du télégramme diplomatique n°735 envoyé à Paris par l'ambassadeur Koenig le 16 novembre 1965 (urgent - diffusion réservée), paraphrase sans le mettre en doute les termes du communiqué du Comité révolutionnaire permanent (qui figure en annexe). Ce télégramme précède immédiatement les télégrammes 736-740 et 743-749 du même jour, relatifs aux relations franco-guinéennes. On peut ajouter que c'est dans ces circonstances, que cette très belle jeune fille, Rallou Miloyanis, métisse guinéo-grecque, originaire de Kankan, a rencontré à Paris un brillant étudiant en droit sénégalais, devenu avocat, dont elle est par la suite devenue l'épouse, Jacques Baudin, qui fut dans les gouvernements sénégalais des années 1990 ministre du tourisme et de l'environnement, puis ministre de la justice, puis enfin ministre des affaires étrangères.
133. Dans un entretien accordé en 1998 à Conakry à une équipe de cinéastes français venus tourner un film documentaire destiné à la télévision sur le "Non" de la Guinée au référendum, Jean Faraguet Tounkara reconnaîtra avoir joué un rôle dans les projets élaborés par Petit Touré (Le jour où la Guinée a dit "non"; film de Valéry Gaillard, cité par ailleurs). Au quotidien Ivoire-Soir (paru le 1er janvier 1998), il dira : "Le cerveau du complot de 1965, c'est moi."
134. Une rumeur affirme que Keita Fodéba, qui aurait eu des liens de famille avec plusieurs des "comploteurs", se serait refusé à leur arrestation. Le début du déclin de l'influence de Keita Fodéba date en tous cas de cette époque, lorsqu'il est écarté de ses anciennes fonctions sensibles. Il sera finalement arrêté en 1969 lors du "complot des militaires".


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