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André Lewin
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).
Président de la Guinée de 1958 à 1984.

Paris. L'Harmattan. 2010. Volume VII. 330 pages


Chapitre 89. — 26 mars 1984.
La mort américaine


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Le mardi 20 mars 1984, Sékou Touré rentre d'Alger et de Fès ; il y a vainement tenté de rapprocher, au cours de ses conversations avec le président Chadli et le roi Hassan II, les points de vue de l'Algérie et du Maroc sur le Sahara occidental ; il sait désormais que le XXème Sommet de l'OUA prévu à Conakry, dont il ambitionnait de faire la réunion de la réconciliation, risque d'achopper sur cette question.
D'Alger, il est reparti avec une extinction de voix, et a même craint d'avoir été empoisonné 169. Du Maroc, il est rentré fatigué 170. Sa déception est perceptible, mais il espère toujours sauver “son” Sommet en se rendant quelques jours plus tard à Tripoli, puis dans d' autres capitales africaines 171.
Le mercredi 21 mars, il reçoit des délégations étrangères, des responsables guinéens et de simples militants, comme il a l'habitude de le faire quotidiennement. Le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Mbasogo Obiang Nguema, est son tout dernier visiteur officiel 172.
Le jeudi 22 mars, au Palais des nations 173, il préside avec son brio habituel la séance de clôture du congrès des syndicats de la CEDEAO ; rappelant qu'il a lui-même commencé à militer dans un syndicat, il affirme qu'il restera “syndicaliste jusqu'à (sa) mort” ; mais cette formule, qui semble aujourd'hui prémonitoire, il l'a déjà employée à maintes reprises.
Vers 17 heures, il regagne son nouveau bureau dans l'enceinte de la cité de l'OUA (il y est installé depuis un mois à peine), mais marche avec plus de difficulté que d'habitude. Sa femme, Hadja Andrée Touré, passe un moment avec lui et lui montre un tissu de bazin avec lequel elle se propose de lui faire confectionner un boubou de cérémonie pour le Sommet de l'OUA ; il répond que ses goûts lui font préférer la percale, tissu plus modeste 174.
Dans la soirée, comme toujours quand il est seul 175, il dîne légèrement de miel, de laitages et d'ananas, mais à la fin de ce frugal repas, vers 21 heures, il est pris de malaises et de vomissements. Il se couche sans tarder et se plaint de douleurs qui sont “comme des coups de poignard”.
Immédiatement alerté par Madame Andrée, le ministre des affaires étrangères, Abdoulaye Touré, qui est également docteur en médecine, s'affole ; arrivé en hâte auprès de Sékou, il lui administre des calmants et appelle à son chevet des médecins chinois. Ceux-ci l'auscultent avec soin, lui donnent divers médicaments et prescrivent surtout du repos. Ils ne semblent pas avoir diagnostiqué l'accident cardio-vasculaire dont Sékou Touré est en fait victime.
L'un des tout premiers à avoir alerté Sékou et ses proches sur des problèmes cardiaques a été le Docteur Nagib Roger Accar, longtemps ministre de la santé.

[Note. — Dr. Accar avait pris le chemin de l'exil. Il retourna en Guinée après la mort de Sékou Touré. Dans la note 22 du chapitre 1, volume 1, André Lewin lui-même rapporte les circonstances du départ d'Accar. Il écrit : « Pour s'installer, il [Alpha, le père de Sékou Touré] reçoit l'aide financière d'un notable libano-guinéen de la ville [de Faranah], Alexandre Accar. C'est sans doute en souvenir de ce geste que son fils, le docteur Roger Najib (ou Nagib) Accar, diplômé en 1941 de l'Ecole africaine de médecine et de pharmacie de Dakar, ministre de la santé du Conseil de gouvernement des années 57-58, puis ministre (de la santé puis des transports) dans les gouvernements d'après l'indépendance, put quitter la Guinée alors qu'il était menacé d'arrestation au lendemain du débarquement du 22 novembre 1970. Il fut cependant obligé de montrer à Sékou de (faux) certificats prouvant qu'il était atteint d'un cancer à un stade avancé afin que celui-ci le laisse partir ! (divers entretiens de l'auteur avec le docteur Accar, Paris, entre 1980 et 1984). Le docteur Accar exerça ensuite en France à l'hôpital de Sens, mais fit encore l'objet d'une tentative d'assassinat par le redoutable Sylla Momo Jo, envoyé en France peu avant la visite de Sékou Touré en 1982. Il ne dut la vie qu'au fait qu'ayant encore gardé son masque blanc de chirurgien, il ne fut pas identifié par le tueur (information donnée par Nadine Bari, lors d'une rencontre avec l'auteur à Conakry, le 7 mai 2003). Le docteur Accar est décédé à Conakry en janvier 2005.» Sur les activités criminelles de Momo Soumah dit Jo aux ordres de Sékou Touré, lire Le héros et le tyran (Ibrahima Baba Kaké) Prison d'Afrique (Jean-Paul Alata), Interlude : Enlèvement à Paris (Nadine Bari. Grain de sable). Dr. Accar fut ministre de 1957 à 1970. — Tierno S. Bah]

Le gouvernement semi-autonome de la Guinée française sous la loi-cadre de 1957
Le gouvernement semi-autonome de la Guinée française sous
la loi-cadre Gaston Deferre de 1956. De g. à dr., devant : Fodéba Keita,
J. Mignard-Eugène, Michel Collet, Sékou Touré (Vice-président
du Conseil de gouvernement), Alioune Dramé, Jean Ramadier (Gouverneur
du Territoire,président du Conseil de gouvernement), Louis Lansana Béavogui.
Derrière, de g.à dr., Abdourahmane Dalen Diallo, Bangali Camara,
Dr. Roger Najib Accar, Ismael Touré. (T.S. Bah)

Dès les années 60, il avait décelé un risque d'anévrisme chaque fois que Sékou parlait fort ou se mettait en colère, et avait à plusieurs reprises conseillé une opération préventive, mais en vain. Peu d'années avant son décès, Sékou Touré — qui détestait consulter des médecins 176 et ne l'avait pratiquement jamais fait lui-même à l'étranger, contrairement à la plupart des responsables guinéens et de membres de sa famille, comme Madame Andrée — avait fait venir de l'hôpital régional de Fria — largement financé, équipé et géré en liaison avec le groupe aluminier animé par Pechiney — le docteur Mario d'Amato 177.

Celui-ci avait tout de suite diagnostiqué, plutôt que des problèmes cardiaques (ou en plus de ceux-ci), de très sérieux signes de tumeur ou de cancer de l'appareil digestif.

Alerté sur la gravité réelle de son état, Sékou Touré avait demandé à son interlocuteur, qu'il revit à plusieurs reprises, quelles étaient ses chances de survie — en cas d'opération ou s'il n'y en avait pas — et en particulier “si j'ai des chances de vivre assez longtemps pour réparer le mal que j'ai pu faire à mon peuple” 178.
De son côté, Jacques Marchandise, ancien président de Pechiney et de Fria, et interlocuteur privilégié du chef de l'Etat guinéen pendant un quart de siècle, témoigne avoir rencontré à Paris Sékou Touré lorsque ce dernier se rendait en novembre 1983 à la Conférence franco-africaine de Vittel ; celui-ci lui avait demandé conseil — “pour un ami”, disait-il — à propos d'un hôpital qui serait spécialisé dans les opérations cardiaques ; Jacques Marchandise avait suggéré le Val de Grâce à Paris, et un autre hôpital parisien, ainsi que l'établissement américain de Cleveland où Sékou Touré a finalement été opéré en mars 1984. 179
Un des très bons spécialistes français de la chirurgie cardiaque, le professeur Edmond Bertrand, doyen honoraire de la faculté de médecine d'Abidjan, qui effectuait à l'époque près d'une opération à coeur ouvert par jour dans sa clinique de la capitale ivoirienne, aurait affirmé que si Sékou était venu se faire opérer à Abidjan dans les 24 heures au lieu de passer plus de quatre jours à attendre pour se rendre aux Etats-Unis, il aurait eu toutes chances de survivre 180. Selon ces divers témoignages, Sékou aurait su qu'il était gravement atteint, soit du côté gastrique, soit du côté cardio-vasculaire, soit des deux.
Ce qui est certain, c'est que Sékou souffrait depuis longtemps de troubles gastriques et de douleurs d'estomac ; il en soignait les symptômes les plus douloureux en prenant régulièrement des comprimés de Tagamet, un produit qu'il avait sans doute découvert lors de l'un de ses voyages aux Etats-Unis et qu'il faisait venir de là-bas par boites en grandes quantités 181. Il recourait également à des médicaments qu'on lui préparait à Dakar, et qui semblent lui avoir été indispensables à certaines époques 182.
Le vendredi 23 mars au réveil, Sékou ne se sent pas assez bien pour recevoir des visites, et annule tous ses engagements de la journée. Béavogui en est informé dès 7 heures du matin. Abdoulaye Touré est à ses côtés et répond aux coups de téléphone. Le roi du Maroc l'appelle dans la matinée pour parler encore du Sahara occidental ; apprenant le malaise dont Sékou a été victime, il dépêche par avion spécial une équipe de médecins, qui arrivent dans la soirée. Informé par eux que l'état de Sékou est réellement très sérieux et qu'il s'agit d'un problème cardiaque, Hassan II alerte encore dans la nuit un hôpital spécialisé de Cleveland (Etat de l'Ohio) aux EtatsUnis, sur le lac Erié, où plusieurs chefs d'Etat (notamment la famille royale saoudienne) se font régulièrement soigner 183.
Le secret reste cependant bien gardé : trois ministres qui assistent le soir même à une réception à l'ambassade de France, Abdoulaye Touré, Mamadi Keita et Sénainon Béhanzin, ne font aucune allusion à cette indisposition du chef de l'Etat. Il n'est même pas certain que tous les ministres en aient été informés.
Entre temps, Sékou a été discrètement transporté dans l'une des villas de Belle-Vue 184. Les cardiologues américains, munis d'appareils sophistiqués de contrôle, arrivent à Conakry le samedi 24. Leur diagnostic tombe très vite : anévrisme de l'aorte ; une intervention chirurgicale rapide est impérative. Hassan II prévient le roi Fahd d'Arabie saoudite, lequel envoie un avion médical saoudien ultra-perfectionné (affrété semble-t-il par la compagnie pétrolière ARAMCO) qui se pose à Conakry dans la matinée du dimanche 25. Il faudrait partir le plus rapidement possible, chaque heure qui passe rend désormais plus grand le risque opératoire et plus aléatoires les chances de succès.
Mais Sékou Touré est très réticent à l'idée de quitter la Guinée. C'est Madame Andrée qui finira par le convaincre, et le dimanche 25 en fin de journée, le Boeing 707 saoudien médicalisé s'envole vers les Etats-Unis ; Sékou a pu monter à bord sans aide et saluer les membres du BPN et du gouvernement venus lui souhaiter bonne chance. Madame Andrée, leur fils Mohamed, sa fille Aminata, le ministre Abdoulaye Touré, Ben Daouda Touré, chef du protocole, et l'aide de camp Kalagban Camara se trouvent à ses côtés.

Avant de partir, Sékou a tenu à faire une brève halte dans son bureau ; il en fait ensuite soigneusement fermer la porte, de même que ses armoires fortes, et en confie les clefs à un homme de confiance, le commandant Keita.

A bord de l'avion, Sékou Touré, allongé, dicte à Abdoulaye Touré une sorte de testament.
En raison du décalage horaire, c'est encore dans la soirée de dimanche que l'avion se pose à Cleveland. L'ambassadeur de Guinée à Washington, Thierno Habib Diallo, son collègue accrédité à Ottawa [Abrahma Doukouré], ainsi que N'Faly Sangaré, qui participait à Washington à une réunion du Fonds Monétaire International, rejoignent Sékou dans sa chambre à l'hôpital. Ismaël Touré, qui se trouvait en mission à Paris et en Suisse, en fait de même dans la nuit.Stokeley Carmichaël, l'ancien leader du mouvement des Black Panthers — un temps marié à Miriam Makeba et familier de Conakry — vient prendre des nouvelles. La famille loge dans un hôtel proche, face à l'hôpital.
Le lundi 26 mars au matin, Sékou prend en famille son petit déjeuner ; Madame Andrée lui refuse la cigarette qu'il souhaite fumer. Puis Sékou téléphone à Béavogui ; il est assez détendu, anxieux toutefois à l'idée d'une opération, car, dit-il : — Je ne veux pas être opéré aujourd'hui ; ce jour n'est pas un bon jour pour moi 185.
Il ajoute :
— D'ailleurs, je veux rentrer à la maison. J'ai un grand voyage important à faire.
Les examens approfondis auxquels les spécialistes américains procèdent montrent l'existence d'une dissection étendue de l'aorte avec une double fissure, ce qui exige une intervention chirurgicale immédiate. Mais le chirurgien se veut rassurant : l'opération a normalement 99% de chances de réussite ; il faudra au patient trois semaines de repos complet ; il pourra ensuite revenir à Conakry. Madame Andrée, qui dira plus tard qu'elle pensait que Sékou savait qu'il ne survivrait pas, échange encore quelques propos avec lui ; à ses paroles d'encouragement et d'espoir, il se borne à répondre d'une voix sourde :
— Amen.
Son fils Mohamed l'accompagne jusqu'à l'entrée du bloc opératoire ; ils échangent quelques mots sur la campagne agricole et sur la guerre Irak-Iran, deux sujets qui le préoccupent beaucoup. Au chirurgien américain qui se veut rassurant, il se borne à dire :
L'homme propose, Dieu dispose.
C'est au cours de l'opération, commencée vers midi et qui dure près de quatre heures, que le coeur lâche ; tous les efforts des chirurgiens pour arrêter les hémorragies et ramener Sékou à la vie sont vains. Les vaisseaux sanguins, durcis par l'âge et l'usage du tabac, ne se prêtent pas aux manipulations chirurgicales indispensables. Il est 15 heures 23 minutes à Cleveland, 22 heures 23 à Conakry, ce lundi 26 mars 1984. Les proches sont immédiatement avertis à l'hôtel où ils attendaient des nouvelles 186.

Avant minuit, heure de Conakry, Lansana Béavogui est informé du décès par un coup de téléphone de Mohamed. Il convoque immédiatement une réunion du Bureau Politique National et du gouvernement ; tous les membres présents à Conakry 187 se retrouvent, consternés, à 2 heures du matin. Le BPN rend public dans la matinée du mardi (alors que l'événement a déjà été diffusé depuis plusieurs heures par l'Agence France-Presse) un communiqué annonçant la “tragique nouvelle” et proclamant un deuil national de quarante jours. Un peu plus tard, le BPN avise la population que le corps de Sékou Touré arrivera le lendemain 28 mars à 10 heures à l'aéroport de Conakry-Gbessia, et l'informe du déroulement des cérémonies.
En une demi-heure, entre 13 heures 30 et 14 heures, ce même 27 mars, le BPN se réunit dans la salle du conseil de gouvernement et, constatant officiellement la vacance du pouvoir, décide de confier jusqu'à l'élection d'un nouveau président la direction des affaires de l'Etat au Premier ministre, qui prend le titre de Chef du gouvernement, respectant ainsi à la fois la Constitution 188 et la volonté expresse du défunt. Il ne semble pas qu'il y ait eu à ce moment là la moindre contestation.
Comme prévu, l'avion qui ramène en Guinée le cercueil de Sékou se pose sur la piste de l'aéroport de Gbessia le 28 mars au matin, accueilli par 101 coups de canon. A aucun moment jusqu'à l'inhumation, le cercueil ne sera ouvert ; le visage du mort ne sera pas montré, même aux plus proches, entraînant par la suite toutes sortes de spéculations 189.

Le corps avait été embaumé au lendemain du décès à Cleveland, par les soins de spécialistes de la communauté musulmane de cette ville. A Conakry, les Oulémas marocains avaient procédé encore à une dernière toilette du mort.

D'après certains, le corps de Sékou serait resté dans l'avion saoudien qui repartit peu après son atterrissage à Conakry, et aurait été en réalité transporté ensuite, soit au Maroc, soit en Arabie saoudite (ce que confirmerait le fait, effectivement très exceptionnel, que des prières soient régulièrement dites pour le défunt à Médine et à La Mecque). Craignant la profanation, Sékou Touré l'aurait exigé dans son testament.

Peu après l'inhumation dans le Mausolée, vers minuit, peut-être pour couper court aux rumeurs, le colonel Lansana Conté, qui n'est encore qu'à la tête de l'armée, fait boucler tout le quartier par la troupe, mais lui-même quitte la capitale pour se rendre à Dubréka ; on ne sait ce qui se passe pendant quelques heures autour du Mausolée, que personne d'extérieur ne peut approcher.

Quelques jours plus tard, le nouveau Premier ministre de la Deuxième République Diarra Traoré affirme à Abidjan que le cercueil ne contenait que “des papiers, des objets en plastique, mais pas le corps du bonhomme”.

Ceci expliquerait aussi l'absence — très étonnante, vu leur amitié — du roi du Maroc aux funérailles, alors de nombreux oulémas marocains s'occupaient des derniers rites, sans que quiconque puisse approcher le cercueil ; ils écartaient même avec brutalité les participants qui tentaient de le toucher. De plus, contrairement à la tradition islamique, c'est le cercueil qui fut placé dans le Mausolée, et non le corps enveloppé d'un simple linceul blanc 190.
Pour l'arrivée de l'avion qui ramène en terre guinéenne les restes de Sékou, toutes les notabilités du Parti sont présentes, huit compagnies de l'armée, de la police et de la milice rendent les honneurs. Une foule énorme et encore sous le choc s'est rassemblée à l'aéroport et le long de la route sur laquelle s'engage le convoi funèbre. Le cercueil a été posé sur une allonge d'artillerie tractée encadrée de six BTM (véhicules blindés de transport fournis à l'armée guinéenne par l'Union soviétique) transportant la garde d'honneur. Il sera ensuite placé sur un catafalque disposé sur la scène du Palais du Peuple où il restera exposé pendant deux jours, veillé en permanence par des piquets d'honneur formés de membres du BPN, du gouvernement, et des différents comités nationaux. C'est là que les militants rendent les derniers hommages à Sékou, c'est là que les délégations étrangères présentent leurs condoléances à la famille et aux proches éplorés.
Le 30 mars au matin, la dépouille est transportée au Stade du 28 septembre, où Lansana Béavogui prononce une vibrante et émouvante oraison funèbre, sanglotant à l'évocation du mouchoir blanc qu'agitait si souvent le leader disparu. 20.000 militants assistent à la cérémonie, ainsi que de nombreuses délégations étrangères, dont dix neuf conduites par un chef d'Etat ou de gouvernement. Le vice-président George Bush représente les Etats-Unis, le premier ministre Pierre Mauroy la France 191, le prince héritier Sidi Mohamed le Maroc (on remarque cependant qu'Hassan II n'est pas venu lui-même, en dépit de ses liens très forts avec Sékou ; il a ordonné trois jours de deuil national au Maroc). Sont présents également :

Une absence fort remarquée, celle du président en exercice de l'OUA, l'Ethiopien Mengistu Haïlé Mariam, dont les relations avec Sékou Touré s'étaient tendues du fait du soutien de la Guinée au mouvement séparatiste de l' Erythrée, et qui a préféré faire un voyage à Moscou …
Ensuite, un long cortège accompagne le corps jusqu'à la nouvelle et imposante Mosquée Fayçal de Conakry, où les dernières prières sont prononcées avant l'inhumation au Mausolée des Héros situé dans l'ancien jardin botanique de Camayenne, planté de fromagers majestueux et de manguiers imposants 193 ; là reposent déjà les restes de l'Almamy Samory Touré, d'Alfa Yaya Diallo, de Morifidian Diabaté, de Saïfoulaye Diallo et de Hadja Mafory Bangoura ; trois “héros” guinéens du siècle de la colonisation et deux “héros” de la période de l'indépendance 194.
Les délégations et la foule se dispersent lentement ; dès le lendemain, le Mausolée encore recouvert de fleurs et de couronnes fanées restera presque désert, confié seulement à la garde de quelques miliciens. Plus tard, le monument sera fermé, inaccessible aux curieux. A l'intérieur, les murs sont toujours recouverts de panneaux de tissu noir sur lesquels a été tracé le texte de quelques sourates.
C'est ailleurs que se joue la partie cruciale de la survie du régime et de l'exercice du pouvoir, où s'affrontent pour la succession le premier ministre Béavogui (qui a pris les choses en mains en vertu de la Constitution et des décisions du Bureau Politique National, et aussi parce qu'il est le plus proche et le plus ancien des “compagnons historiques” de Sékou) et Ismaël Touré, l'ambitieux demi-frère de l'ancien président, poussé par le “clan” familial, qui n'est pourtant pas unanime, certains soutenant la solution “légaliste”. La population, en particulier les Soussous de la Basse-Côte, qui s'estiment depuis longtemps insuffisamment représentés dans les instances de l'ancien régime, et plus prudemment mais clairement, les Peuls, manifeste son espoir de changement et sa crainte de voir cette chance escamotée par les intrigues et les rivalités des dirigeants d'antan, que les plus jeunes technocrates du Parti — qui l'avaient tenté lors du XIIème Congrès — n'ont pas réussi à mettre à l'écart, Sékou Touré ayant une fois de plus fait preuve d'une solidarité totale avec sa famille et avec ses plus anciens et plus fidèles partisans. De son côté, l'armée, issue du peuple, longtemps tenue en suspicion, étroitement surveillée par un corps spécial d' émissaires politiques du Parti, à plusieurs reprises décimée au niveau de ses cadres, commence à s'agiter 195.
Le samedi 31, le BPN doit en principe arrêter le processus constitutionnel, politique et juridique qui permettrait à Béavogui de terminer sans nouvelle élection le mandat présidentiel. Ismaël manifeste vivement son opposition.
L'Assemblée nationale et le Comité central du Parti sont convoqués pour les 2 et 3 avril, ce qui semble indiquer que la Constitution pourrait être alors amendée dans le sens souhaité par les partisans de l'ancien premier ministre.
Au cours de nombreux conciliabules qui se tiennent le dimanche 1er avril, Ismaël s'efforce de mobiliser contre ces décisions le clan Touré. La rumeur se répand d'un profond mécontentement de l'armée devant cette “guerre de succession”.
Le 2 avril, les affrontements se poursuivent au Bureau Politique. D'autres candidats à la succession semblent prêts à se manifester — notamment parmi les plus jeunes cadres — et Béavogui serait disposé à renoncer. Ismaël et Béavogui s'opposent et, selon certains témoignages — contestés — en viennent même aux mains 196.
Parallèlement, le ministre de l'armée populaire, Lansana Diané, est chargé de rassurer les militaires, qui acceptent de rester dans leurs casernes si une solution est rapidement trouvée à la crise et si aucune mesure n'est prise contre ceux des officiers qui ont manifesté leur inquiétude et leur agacement. Mais dans l'après-midi, les services de sécurité — restés fidèles au ministre de l'intérieur — tentent d'arrêter le colonel Diarra Traoré (pourtant membre du Comité central) et le commandant Sidi Mohamed Keita.
Les principaux responsables militaires, groupés autour des colonels Lansana Conté 197 et Diarra Traoré, associant à leur action toutes les unités en uniforme, décident alors de passer aux actes. Ils prennent en mains les destinées du pays dans la nuit du 2 au 3 avril 1984 et forment un Comité Militaire de Redressement National (CMRN) ; il n'y a pratiquement aucune résistance, aucune effusion de sang n'est signalée.
Le Communiqué n°1 du CMRN, en date du mardi 3 avril à 7 heures du matin, montre bien que l'ère de Sékou Touré est terminée, et que la Deuxième République a la volonté de changer rapidement les choses. Tout en lui rendant hommage, ce texte contient quelques critiques sévères à l'égard de l'ancien leader et met en accusation sa famille et les dignitaires de l'ancien régime 198, qui sont invités, par le communiqué n° 3, à se présenter dans les plus brefs délais dans les garnisons militaires.
Très rapidement, tous ces derniers sont arrêtés, soit dans leur résidence, soit au cours d'une tentative de fuite (comme Ismaël Touré), soit parce qu'ils se rendent (comme Lansana Béavogui, qui s'était d'abord réfugié successivement dans les ambassades des Etats-Unis et de Chine). D'abord consignés dans leurs villas, ils sont ensuite amenés au Camp Boiro (dont les 134 détenus — parmi lesquels deux femmes — avaient été libérés le 3 avril au matin), puis après quelques jours transférés au camp militaire de Kindia “afin d'éviter qu'ils soient molestés par la population”, en attendant que des enquêtes permettent de statuer sur leur cas et éventuellement de les juger (on dit que seuls ceux qui sont coupables de “crimes de sang” seront condamnés). Diarra Traoré affirme (à l'agence Reuter) que :

« Certains parmi eux ont tué des milliers d'innocents sans jugements (…) Si le peuple le désire, ces procès seront publics, et les inculpés pourront faire appel aux meilleurs avocats internationaux. (…) A notre humble avis, rien ne pourra les sauver, car leurs crimes ne se justifiaient pas (…) Ils ont tué pour le plaisir de tuer. Ils devront payer. »

Nouveau chef de l'Etat guinéen, le colonel Lansana Conté a présidé le 5 avril le premier conseil des ministres du gouvernement formé la veille. Il a déclaré à l'issue de cette réunion :

« Le problème des droits de l'homme en Guinée sera le problème principal que le Comité militaire de redressement national va résoudre, et nous nous sommes engagés à faire respecter ces droits dans notre pays.
Tous les Guinéens, a-t-il ajouté, ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Depuis l'indépendance, nous avons vécu dans l'injustice. L'homme n 'avait pas le droit de s'exprimer. »

Interrogé sur le point de savoir pourquoi l'armée a attendu si longtemps avant d'intervenir, le colonel Lansana Conté a répondu :

« Si nous avons pris tout ce temps pour faire ce coup d 'Etat, c'était pour mieux le réussir. Si nous avions tenté de le faire du vivant de Sékou Touré, certains de ceux qui vous parlent aujourd'hui n'existeraient plus … Avant, les Guinéens ne pouvaient pas réfléchir. Certains d'entre eux agissaient comme des bêtes de somme. Ils étaient téléguidés. C'est pourquoi nous allons reprendre l'éducation de nos militaires et de tous les citoyens. »

Bien que le calme règne dans la capitale guinéenne, le CMRN lance néanmoins, le 5 avril, “un appel pressant à la vigilance” à la population de Conakry, devant “les mouvements d'un groupuscule nostalgique de l'arbitraire du passé”. Ce “groupuscule”, précise le communiqué, “est de connivence avec certaines ambassades étrangères” et vise à nuire aux activités du CMRN. “Le CMRN vaincra”, conclut le communiqué. La radio, qui n'émettait plus que de la musique militaire depuis le mardi 3 avril, passe de nouveau des émissions de variétés ; on peut en conclure que le deuil de quarante jours naguère décrété après la mort du défunt président, est d'ores et déjà terminé.
Une nouvelle émission, le “téléphone vert”, permet aux auditeurs d'intervenir directement sur l'antenne pour faire part de leur opinion sur l'ancien régime ; la seule condition est de se présenter nommément. On apprend le même jour que Paris va acheminer 3.000 tonnes de céréales au titre de l'aide alimentaire d'urgence.
Le CMRN a, par ailleurs, décidé de rétablir la liberté de la presse, ainsi que les libertés syndicales. Siradiou Diallo, secrétaire général du Regroupement des Guinéens de l'Extérieur, a apporté, le 7 avril, son “soutien ferme et total” aux mesures prises par le Comité.
Le 8 avril, Lansana Conté tient une première conférence de presse. Il indique que les anciens dirigeants du “régime civil” ne seront pas exécutés, mais jugés pour “des fautes économiques et administratives”.

“Nous n'avons jamais envisagé de tuer qui que ce soit … nous ne le ferons pas”, ajoute le nouveau chef de l'Etat, en précisant qu'il n'y aurait pas de procès politiques.

Le colonel Conté a indiqué que les dirigeants déchus sont gardés “en lieu sûr” pour éviter qu'ils ne soient “assaillis par la population”, et qu 'ils sont “en très bonne santé”.

Il n'est pas dit que tous les membres de l'ancien gouvernement soient de mauvais Guinéens… Nous voulons le savoir et connaître les degrés de responsabilité de chacun d'eux”, a-t-il ajouté.

S'agissant du retour des militaires dans leurs casernes, le président guinéen a exprimé l' intention du nouveau gouvernement de “conserver le pouvoir jusqu'à ce que disparaissent les fléaux du racisme, du sectarisme et du régionalisme.”
Le 11 avril, Radio France Internationale communique lors d'une de ses émissions les biens que la rumeur attribue aux anciens dirigeants :

Le 15 avril, le chef de l'Etat, le colonel président Lansana Conté, reçoit au Camp Almamy Samory Touré, entouré des membres du CMRN, les rescapés du camp Boiro et leurs familles, au nombre de plusieurs centaines, peut-être de plusieurs milliers, conduits par leur porte-parole, Elhadj Mamadou Fofana. Lansana Conté a rappelé “la nécessaire cohésion du peuple guinéen sur les divers chantiers de l'édification nationale”. Il en a ensuite appelé à la compréhension et à la tolérance des rescapés :

« Aucun esprit de vengeance ne doit vous habiter. Vous devez être tolérants vis-à-vis des familles des dignitaires de l'ancien régime. La haine et la vengeance doivent être proscrites de votre comportement. »

Le premier ministre, le colonel Diarra Traoré, a, de son côté, indiqué que le nouveau régime accepte d'être critiqué “pour ses lacunes, ses insuffisances a ses erreurs … Si on ne nous critique pas, comment pourrons-nous savoir que nous faisons des erreurs?” Il a d'autre part affirmé que le coup d'Etat était préparé par l'armée depuis trois ans.
La date en a cependant été précipitée à la suite de la décision du Parti Démocratique de Guinée de convoquer, après la mort du président Sékou Touré, un Conseil National de la Révolution qui aurait dû désigner le successeur de l'ancien chef de l'Etat. Le colonel Traoré a souligné que la division des dirigeants de l'ancien régime a facilité la réussite du coup d'Etat.

« Il n'y a pas eu un seul coup de feu. La mangue était mûre, il ne s'agissait que de la manger. »

Moins d'une semaine après le coup militaire, trois personnalités détenues sont relâchées, trois femmes :

Ce fut aussi le cas de Nfaly Sangaré, qui en tant que ministre des banques, était administrateur du Fonds Monétaire International; les pressions de cette puissante institution sur le gouvernement guinéen, obligé de composer avec elle en raison de la délicate conjoncture monétaire du pays, amenèrent le CMRN à le libérer peu après.
En avril de l'année suivante, un an environ après la prise de pouvoir par les militaires, c'est Louis Senainon Béhanzin qui est relâché, à la demande du président du Bénin Matthieu Kérékou. Béhanzin peut ainsi regagner son pays d'origine, où il se lancera dans l'agriculture 201.
Le roi Hassan II, le président Houphouët-Boigny, le président Nino Vieira de Guinée-Bissau (proche de Lansana Conté, lequel a conseillé pendant quelque temps les forces du PAIGC), quelques autres personnalités, interviennent en faveur des détenus. Un an après le coup, un avocat français, Maître Jean-Marie Degueldre, mandaté par la famille de l'ancien président et encouragé par Hélène Bouvard, qui fait preuve d'une indéfectible amitié pour la famille de Sékou, peut leur rendre visite au camp de Kindia 202 ; il s'entretient avec Ismaël Touré, Abdoulaye Touré, Siaka Touré, Moussa Diakité, ainsi qu'avec Madame Andrée, qui lui confie un numéro de compte en banque, sur lequel auraient été versés les droits d'auteur des oeuvres de Sékou 203.

Il constate aussi que, par suite d'un raffinement psychologique qui ne doit sans doute rien au hasard, la veuve (Andrée) et la maîtresse (Fally Kesso Bah) de l'ancien président sont enfermées dans la même cellule ! 204

L'avocat est ensuite reçu par le président Lansana Conté, auquel il s'efforce de démontrer que l'intérêt du nouveau gouvernement guinéen est de se démarquer des pratiques de l'ancien régime en respectant des procédures judiciaires normales, en autorisant des avocats à rencontrer les prévenus et à organiser leur défense, et en faisant libérer les femmes, les enfants et les dignitaires à qui ne pouvait être reproché aucun crime de sang.
Le 15 mai 1985, quelques jours après la visite de Maître Jean-Marie Degueldre, au terme d'une session commune, le Comité Militaire de Redressement National et le gouvernement décident de remettre en liberté une trentaine de dignitaires détenus à Kindia, parmi lesquels la fille de Sékou Touré, Aminata Touré-Camara, et plusieurs anciens ministres 205. Pour les autres prévenus en revanche, qui restent détenus à Kindia, le CMRN décide d'“approfondir les investigations en vue de leur comparution devant une juridiction” : il s'agit essentiellement de proches et de familiers de l'ancien président, souvent parmi les plus hauts dignitaires de l'ancien régime.
Mais peu après, c'est la tentative de coup d'Etat du 4 juillet 1985, fomentée par l'ancien premier ministre le colonel Diarra Traoré (il ne dirigeait plus le gouvernement depuis décembre 1984), qui scella le sort des principaux détenus et notamment des proches parents de Sékou Touré. En dépit de toutes les dénégations ultérieures et d'un simulacre de procès posthume, il est établi que, dans la nuit du 7 au 8 juillet 1985, une vingtaine de détenus furent exécutés à Kindia. Parmi eux :

Madame Andrée et son fils Mohamed en revanche furent épargnés, de même que Kesso Bah. L'ancienne présidente (qualifiée de “ménagère”) et son fils Mohamed furent condamnés (on ne sait à quelle date) à huit ans de travaux forcés et à la confiscation de leurs biens ; Kesso Bah est condamnée à cinq ans de prison ferme ; les deux soeurs de Sékou Touré, Noukoumba et Ramata, Damantang Camara et quelques autres dignitaires furent condamnés à 28 mois de prison fenne; ils furent tous remis en liberté en janvier 1988 ; en mars de cette même année, ceux d'entre eux qui le voudront pourront gagner le Maroc, à la demande du Roi Hassan II 208.
En revanche, Ismaël Touré, Amara Touré, Mamadi Keita, Moussa Diakhité, Seydou Keita, Lansana Diané, Toumani Sangaré et dix autres dignitaires, beaucoup d'entre eux apparentés à Sékou Touré ou à son épouse, furent condamnés à la peine capitale et à la confiscation de leurs biens ; mais ils avaient été exécutés bien avant, quelques jours après l'échec de la tentative de coup d'Etat de Diarra Traoré (lui-même exécuté avec ses complices dès le 5 juillet).
Lansana Béavogui et N'Famara Keita étaient décédés de maladie au camp de Kindia en 1984.
Le commandant Siaka Touré a probablement fait partie des militaires non identifiés (un général, deux colonels, onze commandants, six capitaines) condamnés à la peine capitale avec confiscation de leurs biens, qui ont sans doute été exécutés en juillet 1985.
Ces jugements n'ont pourtant été rendus publics que le 6 mai 1987 209.
Les années ont passé. Après sa libération, Madame Andrée a passé quelque temps au Maroc, puis elle est allée s'installer à Dakar chez sa fille adoptive. A la mort de sa mère, elle est une première fois retourné en Guinée afin de procéder aux funérailles à Gueckédou. Lors de son passage à Conakry, elle a été reçue par le président Lansana Conté, qui lui a donné toutes facilités pour son séjour. Plus récemment, elle a décidé de revenir vivre en Guinée, où elle réside donc désormais. Elle loge dans la villa de Coleah qui avait abrité, trois décennies auparavant, l'ancien président ghanéen Nkrumah, mais se rend fréquemment à Faranah, la ville natale de son défunt époux.
Mohamed, le fils de l'ancien président et de Madame Andrée, est devenu homme d'affaires. Il s'est installé à Dallas, aux Etats-Unis. De temps en temps, des rumeurs très peu crédibles affirment que Mohamed se trouverait à la tête de “maquis” au Liberia, proche de la frontière guinéenne.
En fait, Mohamed Touré souhaiterait revenir en Guinée pour travailler au développement de son pays; c'est du moins ce qu'il a affirmé à l'auteur lors d'un bref séjour à Paris, fin mars 2006. Il séjourne depuis lors régulièrement en Guinée, y suit de près les développements politiques, et s'implique de plus en plus dans la vie publique. Il a pris certaines initiatives symboliques importantes, comme celle d'une rencontre avec Thierno Diallo, fils aîné de Diallo Telli. Il est également fort actif au sein des dynamiques Clubs Ahmed Sékou Touré, qui ont été créés, ces dernières années, dans plusieurs pays africains, à la suite de celui de Bamako, qui a eacute;té le premier d'entre eux.

Notes
169 Selon le témoignage recueilli par l'auteur à New Delhi le 29 mars 1988 auprès de Zitouni Messaoudi, ambassadeur d'Algérie en Guinée jusqu'en 1976 (et où ils avaient donc été collègues), puis ministre algérien des industries légères. C' est ce dignitaire qui avait été chargé d'accueillir à Alger Sékou Touré, dont il était très proche. Au cours des entretiens officiels et des visites dans la banlieue d'Alger, le leader guinéen lui a paru “en bonne forme” ; il lui a confié qu'après son escale au Maroc, il comptait se rendre auprès du président kenyan Arap Moi, président en exercice de l'OUA, afin d'organiser avec lui à Nairobi une première rencontre entre représentants marocains et sahraouis “dans deux salles séparées, mais contiguës et ouvertes l'une sur l'autre”.
170. Au Maroc, le bruit a même couru dans la communauté diplomatique que Sékou aurait eu un sérieux malaise à Fès lors de son entrevue avec le roi Hassan II, que celui-ci l'aurait fait examiner et devant la gravité de son état, aurait immédiatement fait venir d'Arabie saoudite l'avion royal qui l'aurait amené aux Etats-Unis pour l'opérer en urgence (témoignage de Madame Eleonora Schmid, ambassadeur de la République démocratique allemande en Guinée de 1974 à 1978, plus tard ambassadeur de la RDA au Maroc de 1981 à 1987 ; conversation téléphonique avec l'auteur, 14 février 2000).
171. Le 11 mars, il s'était rendu au Gabon à l'invitation du président Bongo à l'occasion du 16ème anniversaire du Parti Démocratique du Gabon.
172. Conversation de l'auteur avec le président Obiang, Malabo (Guinée équatoriale), en août 2000.
173. Le Palais des Nations, qui devait abriter le 20ème Sommet de l'OUA fut construit par la Corée du Nord, et aménagé sur le plan technique par des entreprises yougoslaves, est-allemandes et occidentales. Il fut terminé et inauguré le 9 juin 1983. Il fut sérieusement endommagé lors des mutineries militaires survenues à Conakry les 2 et 3 février 1996. Sékou Touré y avait un bureau, qu'il occupa lorsque fut entreprise la démolition de l'ancien Palais présidentiel ; parallèlement, il dut installer sa résidence à la Villa Belle-Vue.
174. Conversation avec Madame Andrée Touré, Dakar, 26 mai 1997.
175. Il semble qu'il ait demandé au ministre Mamadi Keita, qui devait le rejoindre, de ne pas venir.
176. Seule exception, son chirurgien dentiste, le Dr Abdoulaye Touré, qui le soignait régulièrement pour de sérieux problèmes dentaires (caries, parodontose, problèmes de gencives), ce qui explique aussi la présence à côté de son bureau, pendant de longs mois (à la grande surprise de l'auteur, qui n'en avait alors pas encore l'explication), d'un fauteuil de dentiste (de fabrication chinoise, prélevé sur un lot de quatre, donnés à l'hôpital de Conakry).
Sékou Touré, qui aimait sourire et rire “à belles dents” (et sa dentition était habituellement éclatante), a dû se faire arracher une dent de devant au moment de la conférence franco-africaine de Vittel en 1983 (conversation du Dr. Abdoulaye Touré avec l'auteur, Conakry, 27 avril 2008).
177. Le docteur Mario d'Amato a été de 1978 à 1985 chirurgien et chef de service au Centre Hospitalier Régional de Fria. Par la suite, il a été affecté à l'hôpital de Ziguinchor en Casamance.
178. Témoignage du docteur d'Amato à l'auteur, Dakar, 1999.
179. Conversation de Jacques Marchandise avec l' auteur, Paris, Ier décembre 2001.
180. Conversation avec l'ancienne chef anesthésiste française de cette clinique, Conakry, 24 avril 2005.
181. li s'agit de comprimés, fabriqués par les laboratoires Smithkline Beecham, et qui contiennent surtout de la cimétidine. On peut lire dans le Dictionnaire Vidal des médicaments (Paris, Larousse, 2000) les indications de ce médicament : “C'est un antiulcéreux qui appartient à la famille des antihistaminiques … Il est utilisé dans le traitement des ulcères de l'estomac ou du duodénum … La disparition des douleurs ne signifie pas que l'ulcère est cicatrisé ...” Il est intéressant de continuer la lecture de la notice : “Ce médicament peut provoquer une confusion des idées ou un ralentissement du rythme cardiaque … Si vous êtes fumeur, la poursuite du tabagisme nuit à l' efficacité du traitement.” On sait que Sékou était un fumeur invétéré.
182. Ainsi, vers le milieu des années 70, une hôtesse de l'air d'Air Guinée qui avait l'absolue confiance du chef de l' Etat avait été chargée, lorsqu'elle effectuait un vol Conakry-Dakar et retour, de réceptionner à Dakar un paquet de médicaments dont Sékou disait qu'il avait absolument besoin s'il voulait être en état de présider une importante réunion. Youssoufou Kourouma, directeur général de Pharmaguinée, devait accompagner la jeune femme chez le président à son retour pour vérifier la livraison (témoignage de Niamoyé Kandé, ancienne hôtesse puis cadre d'Air Guinée, Paris, 20 septembre 2007).
183. La clinique cardiologique de Cleveland, fondée en 1906, est classée en 2004 “1er centre de chirurgie cardiaque des Etats-Unis” par l'hebdomadaire américain US News & World Report. C'est dans cette clinique, que lui a conseillée le président George W. Bush, qu 'en décembre 2006 Silvio Berlusconi, à plusieurs reprises président du conseil italien et fidèle appui du leader américain, subira lui aussi une opération cardiaque.
184. Le Palais présidentiel étant en travaux, il résidait depuis une quinzaine de jours au Palais des Nations. La réfection du Palais présidentiel — dont le premier gouverneur français de Guinée, Ballay, avait entrepris la construction et qui était resté jusqu'à l'indépendance le Palais du Gouverneur — avait été lancée sur instructions d'lsmaël Touré et confiée à des entreprises marocaines — les mêmes que celles qui construisaient les pavillons de l'OUA.
Après la mort de Sékou, les nouvelles autorités décidèrent de faire entièrement démolir le bâtiment, d'autant qu'un bruit courait selon lequel Sékou y avait caché de l'or et des diamants. Après une longue période d'attente, la construction d'un nouveau Palais présidentiel sur le même emplacement fut confiée à des spécialistes chinois. Le bâtiment, de facture très moderne, a été inauguré le 2 octobre 1999 et son emplacement officiellement nommé, par le président Lansana Conté, Sekou Toureya ("chez Sékou Touré", en langue soussou). L'auteur, alors ambassadeur de France au Sénégal, était présent à cette cérémonie.
Selon Aboubacar Somparé, président de l'Assemblée nationale et ancien ambassadeur de Guinée en France, la démolition avait même été décidée et entamée — contre l'avis de Sékou — du vivant de celui-ci (entretien d' Aboubacar Somparé avec l'auteur, Paris, 25 novembre 2002). Sur l'ensemble des travaux du chantier de la Cité de l'OUA, voir un article de Laurent Zecchini (Le Monde, 1 er-2 janvier 1984).
185. On sait que Sékou Touré était probablement né un lundi. Il ne considérait cependant pas ce jour comme positif pour lui.
186. Conversation avec Madame Andrée, 11 août 1997, Dakar.
187. Sont notamment absents Lansana Diané, ministre de la défense, hospitalisé à Rabat pour une dépression, et le commandant Siaka Touré, ministre des transports, également au Maroc pour faire soigner une double fracture à la jambe occasionnée par une vilaine chute à l'aéroport de Conakry.
188. Celle-ci stipule en son article 51 qu'en cas de vacance de la présidence de la République pour quelque cause de ce soit, le gouvernement reste en fonction jusqu'à l'élection d'un nouveau chef d 'Etat, qui doit intervenir dans un délai maximal de 45 jours.
189. Une autre explication peut être fournie par la tradition de la dualité des funérailles que l'on trouve chez les Gelwaar — ces Mandingues “guerriers de la bataille” d'origine noble établis en pays sérère au Sénégal — comme dans les familles princières des confins du Mali. “Avant les funérailles officielles devant tout le peuple, se déroulent les funérailles secrètes de la dépouille corporelle devant les intimes. Ainsi le tombeau officiel du Gelwaar ne contient qu'un cercueil rempli de terre et de gris-gris. Lors des funérailles de l'ancien président de la République de Guinée. Ahmed Sékou Touré, le bruit courait dans la ville de Conakry que le corps du défunt ne se trouvait pas réellement dans le caveau officiel, mais qu'il avait déjà été enfoui en un lieu secret. On se livra à toutes sortes de conjectures en cette circonstance. Je ne suis pas en mesure de dire ce qui s'est passé. Mais si le fait n'était pas controuvé, il pourrait avoir une signification plus simple. Sékou Touré appartenait à une grande famille malinké, d'origine princière. En ordonnant les doubles funérailles, il n'aurait fait que rejoindre la tradition des princes manding…” (Henry Gravrand, La civilisation sereer, Pangool, Dakar, Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, 1990)

[Errata. — Cette note est erronée sur deux points :

  1. La famille paternelle Sékou Touré relevait vraisemblablement d'une lignée roturière, c'est-à-dire qu'elle était libre, et n'était ni servile, ni régnante. Le président guinéen se référa très peu, du reste, à son père Alpha Touré. Par contre, il fit largement valoir son ascendance maternelle. Toutefois, là également, il faut souligner que Samori, son grand-père maternel, était un Famaa et non un Mansa. Autrement dit, c'était un seigneur de guerre (warlord ou condottiere) et non pas le descendant d'un lignage traditionnellement dominant. Sur la différence entre mansa et famaa, et sur la titulature dans l'état mande précolonial en général, lire les détails copieux dans le chapitre III, vol. I, “Uniformité et diversité des hommes” d'Yves Person in Samori. Une révolution dyula.
    Un exemple concret est le rappel ferme et hautain, que Samori reçut d'un prince Camara, peu avant de le faire exécuter :
    « Les mains liées, le fils de Saghadyigi déclare :
    — Nous sommes les maîtres du pays et nous ne voulons pas que des colporteurs se placent au-dessus de nous !
    Samori, sans broncher, écoute ces insultes. Puis il se retire, disant à ses sofas :
    — Réglez l'affaire.
    Alors, selon les ordres, le bourreau se précipite. Il décapite les vaincus. »
    (Yves Person & Françoise Ligier. Samori: la renaissance de l'empire mandingue)
    Aussi, malgré les nombreuses inexactitudes, exaggérations et simplifications, le texte du concert musical “Regard sur le passé” du Bembeya Jazz s'adresse à Samori comme Faama, non pas comme Mansa.
    Ainsi, faisant écho à Aboubacar Demba Camara, le trompetiste, Sékou ‘Legros' Camara, déclame :
    « … Si tu ne peux être impartial, cède le trône aux hommes justes
    Si tu ne peux protéger le faible et braver l'ennemi, donne ton sabre de guerre aux femmes, qui t'indiqueront le chemin de l'honneur.
    Si tu ne peux exprimer courageusement tes pensées, donne la parole aux griots.
    Ô Faama, le peuple te fait confiance. Il te fait confiance parce que tu incarnes ses vertus. »
  2. S'agissant des Gelwaar, ils empruntèrent des modèles institutionnels à l'Empire du Mali. Certes. Mais ils étaient, eux-mêmes, des Sérères. Le chercheur sénégalais Fata Ndiaye note ainsi : c'est à la suite du triomphe des Gelwaar “vers le début du 15e siècle,” que le pays sérère se dota d'“un pouvoir central structuré à l'image des anciens royaumes mandingues.” (Lire “La saga du peuple sérère et l'histoire du Sine” Ethiopiques n°54. Revue semestrielle de culture négro-africaine. Nouv. série volume 7, 2e semestre 1991), et aussi La civilisation sérère d'hier à demain : actes du Colloque des journées culturelles du Sine, Fatick, 10-12 mai 1991. — Tierno S. Bah]

190. Lors de la prière organisée, le samedi 26 mars 2005 à la grande mosquée Fayçal de Conakry, à l'occasion du 21ème anniversaire de la disparition de Sékou Touré, divers témoins sont venus confirmer ce que Madame Andrée Touré avait déclaré au quotidien sénégalais Le Soleil, s'étonnant des rumeurs faisant état de l'inhumation de son époux à la Mecque dans la mesure où l'avion ramenant le corps n'avait fait aucune escale entre Cleveland et Conakry. L'ancien secrétaire général de la Ligue Islamique, El Hadj lbrahima Sory Fadiga a affirmé que des témoins vivants existent pour attester que le président Ahmed Sékou Touré a bien été inhumé à Conakry au mausolée de Cameroun. Selon El Hadj Ibrahima Bah, premier Imam de la grande Mosquée, il est l'un de ceux qui ont préparé le corps ; et à ce titre, il est en mesure de témoigner que le premier président guinéen repose effectivement là où il est, au Mausolée (à propos de ce dernier témoignage, on doit cependant noter que le corps a été préparé par des membres de la communauté islamique de Cleveland, puis à Conakry par des Oulémas marocains. NDLA). Madame Hadja Andrée Touré a déclaré le 23 septembre 2008, sur les ondes d'une chaîne privée guinéenne, que son mari a bien été enterré à Conakry. “Quand l'avion qui transportait la dépouille mortelle de mon mari a quitté les Etats-Unis, il ne s'est arrêté qu'à Conakry. (…) C'est moi-même qui ai donné le linceul. Et quand le corps a été préparé, j'ai été appelée à venir voir mon mari avec mes enfants ainsi que de nombreux autres proches du défunt. Et dire que c'était une poupée ou autre, ce n'est que de la pure légende … Comment un vice-président américain pouvait-il, à l'époque, accompagner une caisse vide des Etats-Unis à Conakry ? »
191. A l'origine, Christian Nucci, ministre de la coopération et du développement, devait représenter le gouvernement français, et Guy Penne le président François Mitterrand. Ce dernier a sans doute jugé que ce dispositif était insuffisant. Il a donc demandé au premier ministre Pierre Mauroy, qui devait se rendre en Côte-d'Ivoire, au Gabon et au Tchad, de modifier ses plans de manière à pouvoir être présent à Conakry lors des obsèques. François Mitterrand avait de son côté envoyé à Lansana Béavogui le télégramme suivant : « J'apprends avec une grande émotion la disparition brutale du président Ahmed Sékou Touré. Sa perte sera durement ressentie tant en Guinée que sur le continent africain tout entier, dont il était l'un des chefs d' Etat les plus remarquables et les plus écoutés. Les liens anciens qui nous unissaient me font ressentir profondément ce deuil en présentant mes plus sincères condoléances à sa famille, au gouvernement et au peuple guinéens. En mon nom propre et en celui du peuple français, je tiens à rendre hommage à l'oeuvre et à la personnalité du grand disparu. »
Michel Debré, qui fut Premier ministre de la France lorsque la Guinée entama sa démarche indépendante, déclara que Sékou Touré était : « un chef dictatorial, et, il ne faut jamais l'oublier, un chef parfois cruel… Il a rompu toute allégeance avec la France, et de ce fait avec l'Occident. Il a été déçu de ses rapports avec l'Est et a pris conscience de la solidarité africaine qu'il avait sans doute méconnue au début. Il a conduit son pays dans l' impasse et n'a pas eu le temps de réparer ses erreurs. »
(Opinion discutable au moins en ce qui concerne les contacts avec l'Occident — moins la France — et la méconnaissance de la solidarité africaine). L'ancien ministre des affaires étrangères de de Gaulle Maurice Couve de Murville dira de son côté : « Vingt-six ans après (le “non” à de Gaulle), le temps a fait son oeuvre. Sékou Touré n'est pas mort à Moscou, mais aux Etats-Unis où il était venu pour se faire soigner après avoir, il y a déjà longtemps, rétabli avec la France des relations normales. Sékou Touré jouait son rôle dans les organisations internationales africaines, mais son problème réel était celui de l'état de son propre pays. Les successeurs auront la tâche dure. » En prenant congé d'Ismaël Touré, Pierre Mauroy lui dira : “C'est une page qui se tourne”, ce que certains interpréteront ultérieurement comme le signe que la France favorisait pour la Guinée une autre formule que la succession organisée par Sékou Touré ou par la Constitution. Rien ne permet à l'auteur — qui était lui-même présent à ces obsèques — de corroborer cette thèse. Pierre Mauroy a confirmé à l'auteur avoir prononcé cette phrase, mais de manière spontanée et sans lui donner de signification politique quant à l'avenir de la Guinée ou du régime … Il a ajouté qu'il jugeait Sékou Touré comme un homme “très intelligent” et un leader “considérable”, qu'il regrettait que l'attitude de la France et l'évolution de son régime l'aient empêché de jouer le rôle positif qui aurait pu et dû être le sien, mais qu 'il ne partageait pas les “sentiments chaleureux et positifs” que François Mitterrand nourrissait à son égard, en particulier en raison de leurs liens politiques et amicaux très anciens (conversation de l'auteur avec Pierre Mauroy, Paris, Maison de la Radio, 2 juin 2004). Il se trouve que François Mitterrand se trouvait lui-même aux Etats-Unis du 21 au 28 mars ; il y effectuait sa première visite d'Etat. C'est cette coïncidence de la présence simultanée des deux hommes (mais la visite du président français était prévue depuis plusieurs mois, celle de Sékou était inopinée) qui a amené l'incroyable rumeur — parfois entendue à Conakry — suivant laquelle François Mitterrand, qui n'aurait jamais pardonné à Sékou les violences proférées à son endroit en 1977, aurait personnellement veillé à sa disparition et aurait même vérifié à l'hôpital — où il se serait lui-même rendu — que le nécessaire avait été fait ! Le programme officiel de cette visite d'Etat, établi et confirmé par les autorités américaines, prévoyait des séjours à Washington, Atlanta, San Francisco, Chicago, Peoria (Illinois), Pittsburgh et New York. François Mitterrand quitta cette dernière ville le 28 mars pour arriver en France le 29. L'auteur a été informé de cette stupéfiante rumeur par un journaliste de L'oeil du Peuple, Agosson Don de Dieu, lors d'un entretien à Conakry le 8 mai 2003. Une autre hypothèse, avancée comme une certitude par le professeur Kapet de Bana, est que “Sékou Touré (a été) empoisonné par le sabotage de son micro au cours de sa mission de bons offices pendant la guerre entre l'Iran et l'Irak, en sa qualité de Président en exercice du Conseil des Etats islamiques" (NDLA : Sékou Touré a été en réalité vice-président de l'Organisation de la Conférence Islamique OCI). Il poursuit en parlant des “raisons de l'acharnement des Etats-Unis à vouloir que Sékou Touré achève de mourir aux Etats-Unis malgré la préférence de ce dernier pour avoir les derniers soins à Moscou. Sékou Touré, en vie, serait toujours au pouvoir aujourd'hui, et ce, sans aucun doute.”
192. Qui déclara à cette occasion : “Sékou Touré est mort plus grand que vivant.” (formulation originale, si elle a vraiment été prononcée comme telle, et non comme on s'y attendrait : “Sékou Touré est plus grand mort que vivant”.)
193. Ce très beau jardin botanique de Camayenne a été aménagé en 1945-47 par l'herboriste Raymond Schnell pour le compte de l'Institut Français d'Afrique Noire (IFAN) Un premier jardin avait été implanté au tout début du XXe siècle par un nommé Teissonier, agissant sur les instructions du gouverneur Cousturier.
194. Les restes de Nkrumah y furent déposés pendant quelques semaines après sa mort en 1972, avant d'être rapatriés sur le Ghana. On connaît l'almamy Samory Touré ; son fidèle griot Morifidian Diabaté mourut peu après lui en déportation ; Alfa Yaya Diallo, roi Peul de Labé, collabora avec les Français avant de les combattre et d'être à son tour déporté ; Saïfoulaye Diallo était l'un des premiers compagnons de Sékou, mort en 1981 ; Hadj a Mafory Bangoura était l'une des premières femmes militantes du PDG, décédée en 1976.
195. De même que s'agitent certains milieux soussous de la capitale. L'auteur en a été lui-même témoin, ayant entendu diverses conversations à ce sujet, notamment les informations fort détaillées à lui données par un chauffeur de taxi . Comme il faisait allusion devant Seydou Keita à cette éventuelle conjonction entre des éléments soussous de la capitale et certains militaires appartenant à la même ethnie, son interlocuteur lui rit au nez, en affirmant qu'il n'y avait aucune base à tout cela, et que toutes les précautions avaient été prises.
196. La désignation par Sékou Touré de Béavogui comme président intérimaire, conforme aux dispositions constitutionnelles, contrarie les ambitions bien connues — et très anciennes — d'Ismaël Touré à prendre le pouvoir. En outre, Ismaël soupçonnerait depuis longtemps Béavogui de vouloir ensuite installer au pouvoir le seul Soussou du gouvernement, Nfamara Keita. Au cours d'une scène violente, Ismaël, constatant que Béavogui a le soutien de la majorité du BPN, aurait giflé l'ancien Premier Ministre. Cet incident, très rapidement répandu à l'extérieur du Conseil, pousse l'armée à intervenir rapidement. Mais certains proches de la famille et certains historiens contestent cette version, en particulier l'épisode de la gifle (voir en particulier la déclaration de Jeanne Martin-Cissé dans l'ouvrage de Sidiki Kobébé Keita, page 357, qui reconnaît cependant que les réunions étaient “houleuses”, mais affirme que c'était uniquement “pour des questions de procédure” — ainsi que le témoignage de l'ancien ministre Nfaly Sangaré, recueilli à son domicile de Conakry par l'auteur le 27 avril 2005).
197. Il s'agit d'un frère de l'ancien ministre Seydou Conté, qui avait réussi à quitter le pays en 1971, alors qu'il était mis en cause à la suite de l'agression du 22 novembre 1970, et qui vivait depuis lors à Abidjan.
198. En voici les passages essentiels, qui seraient dus à la plume du capitaine Faciné Touré, ministre des affaires étrangères : “Peuple de Guinée, c'est dans une grande ferveur que tu viens de conduire à sa dernière demeure l'un de tes fils les plus prestigieux (…) L'oeuvre immortelle d'Ahmed Sékou Touré aura été de mener notre pays à l'indépendance nationale et de faire rayonner sur le plan africain et international tes nobles idéaux et tes aspirations. Cependant si, sur le plan extérieur, son oeuvre a été couronnée de succès, il n'en est pas de même sur le plan intérieur où, sous l'influence de certains de ses compagnons de lutte malhonnêtes et sous la pression féodale de sa famille, tes espoirs de voir se créer une société plus juste et plus équitable se sont envolés, très tôt balayés par une dictature sanglante et impitoyable qui a broyé la lumineuse espérance. Aujourd'hui, alors que tu n'as même pas séché tes larmes, une âpre lutte pour sa succession s'est engagée parmi ses compagnons aux mains encore tachées de sang de tant d'innocents, ses compagnons avides de pouvoir et coupables de la corruption généralisée du gouvernement et de ses institutions…”
199. Il s'agit de Monique Goubet, une jeune femme possédant plusieurs passeports (belge, guinéen, palestinien, etc.…), que l'on a beaucoup vue à Conakry dans les années 80, très proch de certains dignitaires du régime (parmi lesquels Siaka Touré), et qui, après la mort de Sékou Touré, a proposé au président Lansana Conté de l'aider à récupérer une partie de ces fonds, en échange évidemment d'un pourcentage. Voir aussi dans le volume des annexes le document Sékou tel que je l'ai connu.
200. Ce communiqué est assorti, dans la version écrite que l'auteur a en mains, d'une note manuscrite : “C'est à vérifier, nous ne savons pas si c'est la réalité”. D'ailleurs, l'auteur, selon ces mêmes rumeurs, aurait lui aussi reçu du président Sékou Touré au moins un immeuble à Paris et un autre en Suisse.
201. Voir en annexe plusieurs documents sur Louis Senainon Béhanzin, qui est décédé en 2006.
202. Faveur que n'a pas obtenue l'année précédente Guy Penne, conseiller du président François Mitterrand pour les affaires africaines, venu le 13 mai 1984 à Conakry avec cinq collaborateurs, et qui avait exprimé le souhait de rencontrer les détenus de Kindia.
203. En fait, en dépit de tout ce qui a été dit à propos de ces droits d'auteur pour expliquer les ressources — et donc les dépenses — de certains membres de la famille du leader guinéen, aucune trace ne peut en être retrouvée. M. Philippe Kundig, propriétaire de l'imprimerie genevoise où furent imprimés plusieurs des tomes des oeuvres de Sékou Touré, affirme que l'impression a toujours été payée par l'intermédiaire de Louis Boyer, dit “Sylla”, proche collaborateur de Sékou Touré, à l'aide de chèques en général tirés sur la Banque guinéenne du commerce extérieur, et qu'il n'a jamais été question de droits d'auteur (plusieurs lettres à l'auteur de M. Philippe Kundig, 2002. Voir aussi le chapitre: “Les premières années”). Madame Christiane (Alioune) Diop, dont la librairie parisienne Présence africaine, est donnée dans certains cas comme éditeur des premiers volumes oeuvres, a également confirmé à l'auteur qu'il n'y avait jamais eu de versements de droits d'auteur (entretien à Paris, janvier 2002).
204. Les prisonniers parviennent parfois — grâce à des gardiens miséricordieux — à faire sortir du camp quelques brèves notes, écrites en général sur la face intérieure de paquets de cigarettes Nimba laissées à leur disposition. Madame Hélène Bouvard a été destinataire de plusieurs d'entre elles, qui constituent pour certains des détenus un dernier témoignage écrit avant leur exécution au mois de juillet 1985. On trouvera en annexe plusieurs de ces lettres, rédigées pour certaines d'entre elles à l'occasion de la visite au camp de Kindia de Maître Jean-Marie Degueldre.
205. Voici la liste des libérés :

  1. MM. Diallo Baldé, ancien ministre du Commerce extérieurÉ
  2. Mohamed Lamine Touré, ex-gouverneur des banques
  3. Fodé Mamoudou Touré, ex-ministre des Finances
  4. Général Somah Kourouma, ex-chef d'Etat-major de l'armée de terre
  5. Galéma Guilavogui ex-ministre de l'Enseignement pré-universitaire et de l'Alphabétisation
  6. Mouctar Diallo, ex-ministre de la Formation professionnelle
  7. Sékou Cissoko, ex-commissaire général de la Jeunesse
  8. Toumany Sangaré, ex ministre de l'Agriculture
  9. Mamoudou Sy, ex-ministre du Travail
  10. Boubacar Diallo, ex-ministre des Affaires économiques et financières
  11. Mamouna Touré, ex-ministre du Commerce extérieur
  12. Ibrahima Fofana, ex-ministre de la Pêche et de l'Elevage
  13. Cellou Diallo, ex-secrétaire d'Etat aux Travaux publics
  14. Alia Camara, ex-secrétaire d'Etat du Contrôle d'Etat
  15. Fodé Soriba Camara, ex-ministre des Affaires islamiques
  16. Sékou Kaba, ex-commissaire général de l'information
  17. Alafé Kourouma, ex-ministre des Postes et Télécommunications
  18. Ibrahima Bah, ex-commissaire général de la révolution de Nzérékoré
  19. Abdoulaye Barry, ex-commissaire général de la révolution de Kankan
  20. Aminata Touré (épouse Camara), fille de l'ancien président
    Des officiers et sous-officiers ont également été libérés.

206. Dont on affirme qu'il serait devenu président si le coup d'Etat avait réussi ; on peut d'ailleurs douter de cette affirmation, car rien n'indique que le colonel Diarra Traoré eût cédé le pouvoir à l'ancienne équipe, même au nom de la solidarité entre Malinkés.
207. La presse se montre sévère avec ces exécutions expéditives. Marcel Péju se demande dans Jeune Afrique du 16 avril 1986 pourquoi les nouvelles autorités n'ont pas organisé, comme elles l'avaient promis, “un procès public, équitable, garantissant aux accusés tous les moyens de leur défense et produisant pour leur part les innombrables documents ou témoignages qui les accablaient, démontrant ainsi avec éclat, à la face de l'Afrique et du monde, qu'il y avait enfin en Guinée quelque chose de changé (…) En choisissant à l'inverse la voie du meurtre à la sauvette, le CMRN n'a pas seulement commis “pire qu'un crime, une faute”. Il est entré dans la même logique que son prédécesseur : quand on commence par tuer des criminels sans jugement, on finit, un jour ou l'autre, par tuer, de même, des innocents présumés criminels.”
208. On trouvera en annexe la lettre que Madame Andrée Touré a adressée à l'auteur après sa libération.
209. Voici ce que rapporte l'Agence France-Presse:

« Plusieurs dizaines de condamnations à mort parmi les proches de Sékou Touré : Plus de trois ans après la chute du régime Sékou Touré, la justice guinéenne s'est prononcée sur le sort des anciens compagnons du dictateur et sur celui des auteurs de la tentative de coup d'Etat du 4 juillet 1985. Dix-sept civils et vingt militaires ont été condamnés à la peine capitale par la Cour de sûreté de l'Etat et la Cour martiale, révèle, le mercredi 6 mai 1987, un communiqué du Comité militaire de redressement national (CMRN), l'organisme au pouvoir à Conakry. Il indique, d'autre part, que vingt et une personnalités civiles et militaires ont été aussi condamnées à la peine capitale par contumace avec confiscation des biens, sans toutefois donner aucune précision sur le déroulement de ces procès, dont l'ouverture avait été gardée secrète. Parmi les civils condamnés à mort figurent sept anciens ministres et proches parents de l'ancien dictateur mort en mars 1984, dont son demi-frère Ismaël Touré, son neveu Siaka Touré et son frère aîné Amara Touré. Trente-six personnes ont été également condamnées aux travaux forcés à perpétuité avec confiscation des biens et vingt-neuf autres à vingt ans de travaux forcés.
L'épouse de l'ancien président, Andrée Touré, et son fils Mohamed ont été tous deux condamnés à huit ans de travaux forcés avec confiscation de leurs biens. Neuf autres proches de l'ex-président, dont deux de ses soeurs, l'ancien président de l'Assemblée nationale Damantang Camara et cinq anciens membres du gouvernement condamnés à vingt huit mois de prison, devaient être libérés mardi soir, ayant purgé leur peine. Pour ce qui concerne les militaires, le communiqué officiel se contente de donner le nombre (vingt) et les grades des condamnés à mort. Un général, qui devrait être, selon les observateurs, le général Toya Condé, ancien chef d'état major, arrêté après la mort de Sékou Touré, et deux colonels, sont sur cette liste. Parmi ces derniers, figure vraisemblablement le colonel Diarra Traoré, ancien premier ministre, qui avait mené le 4 juillet 1985 la tentative de putsch contre le président Lansana Conté. Enfin, selon le communiqué officiel, quatre vingt civils et soixante militaires ont été relaxés faute de preuves.
Le sort des anciens dignitaires du régime Sékou Touré et des conjurés du 4 juillet 1985 constituait un problème épineux pour l' image de la Guinée, qui avait affirmé son désir de rompre définitivement avec les violations des droits de l'homme pratiquées par l'ancien dictateur. Selon des sources concordantes, l'auteur de la tentative de coup d'Etat de juillet 1985 aurait en fait été exécuté par de hauts responsables guinéens à la prison de Kindia, à une centaine de kilomètres de la capitale, quelques jours seulement après son arrestation. Le gouvernement du président Conté avait d'abord démenti fermement ces accusations, avant d'observer un mutisme total sur le sort des prisonniers politiques, dont le nombre n'ajamais pu être établi.”

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