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Littérature


Camara Laye
L'Enfant Noir

Editions Plon. Paris. 1953. 221 p.


Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6
Chapitre 7 Chapitre 8 Chapitre 9 Chapitre 10 Chapitre 11 Chapitre 12

11

Chaque fois que je revenais passer mes vacances à Kouroussa, je trouvais ma case fraîchement repeinte à l'argile blanche, et ma mère impatiente de me faire admirer les améliorations que d'année en année elle y apportait.
Au début, ma case avait été une case comme toutes les autres. Et puis, petit à petit, elle avait revêtu un aspect qui la rapprochait de l'Europe. Je dis bien « qui la rapprochait » et je vois bien que ce rapprochement demeurait lointain, mais je n'y étais pas moins sensible, et non pas tellement pour le supplément de confort que j'y trouvais, que pour la preuve immédiate, immédiatement tangible, de l'immense amour que ma mère me portait. Oui, je passais à Conakry la majeure partie de l'année, mais je ne demeurais pas moins son préféré ; je le voyais ; et je n'avais pas besoin de le voir : je le savais! Mais je le voyais de surcroît.
— Eh bien, qu'en dis-tu ? disait ma mère.
— C'est magnifique ! disais-je.
Et je l'étreignais fortement ; ma mère n'en demandait pas plus. Mais de fait c'était magnifique, et je me doutais bien de l'ingéniosité que ma mère avait dépensée, de la peine qu'elle s'était donnée, pour inventer, en partant des matériaux les plus simples — ces modestes équivalents des habiletés mécaniques de l'Europe.
La pièce principale, celle qui d'emblée tirait l'oeil, c'était le divan-lit. D'abord, cela avait été, comme pour la case, un lit pareil à tous les lits de la Haute-Guinée : un lit maçonné, fait de briques séchées. Puis les briques du milieu avaient disparu, ne laissant subsister que deux supports, un à la tête et un au pied; et un assemblage de planches avait remplacé les briques enlevées. Sur ce châlit improvisé, mais qui ne manquait pas d'élasticité, ma mère avait finalement posé un matelas rembourré de paille de riz. Tel quel, c'était à présent un lit confortable et assez vaste pour qu'on s'y étendit à trois, sinon à quatre.
Mais quelque vaste qu'il fût, à peine mon divan-lit suffisait-il à recevoir tous les amis, les innombrables amis et aussi les innombrables amies qui, à la soirée ou certains soirs tout au moins, me faisaient visite. Le divan étant le seul siège que je pouvais offrir, on s'y entassait comme on pouvait, chacun se creusant sa place, et les derniers arrivés s'insérant dans les dernières failles. Je ne me souviens plus comment, ainsi encaqués, nous trouvions malgré tout le moyen de gratter de la guitare, ni comment nos amies gonflaient leurs poumons pour chanter, mais le fait est que nous jouions de la guitare et que nous chantions, et qu'on pouvait nous entendre de loin.
Je ne sais si ma mère goûtait beaucoup ces réunions ; je croirais plutôt qu'elle les goûtait peu, mais qu'elle les tolérait, se disant qu'à ce prix tout au moins je ne quittais pas la concession pour courir Dieu sait où. Mon père, lui, trouvait nos réunions fort naturelles. Comme je ne le voyais guère dans la journée, occupé que j'étais à aller chez l'un, à aller chez l'autre, quand je n'étais pas au loin en excursion, il venait frapper à ma porte. Je criais : « Entrez ! » et il entrait, disait bonsoir à chacun et me demandait comment j'avais passé la journée. Il disait quelques mots encore, puis se retirait. Il comprenait que si sa présence nous était agréable — et elle l'était réellement — , elle était en même temps fort intimidante pour une assemblée aussi jeune, aussi turbulente que la nôtre.
Il n'en allait pas du tout de même pour ma mère. Sa case était proche de la mienne, et les portes se regardaient ; ma mère n'avait qu'un pas à faire et elle était chez moi; ce pas, elle le faisait sans donner l'éveil et, parvenue à ma porte, elle ne frappait pas : elle entrait ! Brusquement elle était devant nous, sans qu'on eût seulement entendu grincer la porte, à examiner chacun avant de saluer personne.
Oh! ce n'étaient pas les visages de mes amis qui retenaient son regard : les amis, cela me regardait; c'était sans importance. Non, c'étaient uniquement mes amies que ma mère dévisageait, et elle avait tôt fait de repérer les visages qui ne lui plaisaient pas ! J'avoue que, dans le nombre, il y avait parfois des jeunes filles aux allures un peu libres, à la réputation un peu entamée. Mais pouvais-je les renvoyer ? Et puis le désirais-je ? Si elles étaient un peu plus délurées qu'il n'était nécessaire, elles étaient généralement les plus divertissantes. Mais ma mère en jugeait autrement et elle n'y allait pas par quatre chemins :
— Toi, disait-elle, que fais-tu ici ? Ta place n'est pas chez mon fils. Rentre chez toi ! Si je t'aperçois encore, j'en toucherai un mot à ta mère. Te voilà avertie !
Si alors la jeune fille ne déguerpissait pas assez vite à son gré — ou si elle n'arrivait pas à se dégager assez vite de l'entassement du divan — ma mère la soulevait par le bras et lui ouvrait la porte.
— Va ! disait-elle ; va ! Rentre chez toi !
Et avec les mains elle faisait le simulacre de disperser une volaille trop audacieuse. Après quoi seulement, elle disait bonsoir à chacun.
Je n'aimais pas beaucoup cela, je ne l'aimais même pas du tout : le bruit de ces algarades se répandait ; et quand j'invitais une amie à me faire visite, je recevais trop souvent pour réponse :
— Et si ta mère m'aperçoit ?
— Eh bien, elle ne te mangera pas !
— Non, mais elle se mettra à crier et elle me mettra à la porte !
Et j'étais là, devant la jeune fille, à me demander : « Est-il vrai que ma mère la mettrait à la porte? Y a-t-il des motifs pour qu'elle la mette vraiment à la porte ? » Et je ne savais pas toujours : je vivais à Conakry la plus grande partie de l'année et je ne savais pas dans le détail ce qui défrayait la chronique de Kouroussa. Je ne pouvais pourtant pas dire à la jeune fille ; « As-tu eu des aventures qui ont fait du bruit ? Et si tu en as eu, crois-tu que la rumeur en soit parvenue à ma mère ? » Et je m'irritais.
J'avais le sang plus chaud, avec l'âge, et je n'avais pas que des amitiés — ou des amours — timides ; je n'avais pas que Marie ou que Fanta, encore que j'eusse d'abord Marie et d'abord Fanta. Mais Marie était en vacances à Beyla, chez son père; et Fanta était mon amie en titre : je la respectais ; et quand bien même j'eusse voulu passer outre, et je ne le voulais pas, l'usage m'eût ordonné de la respecter. Le reste … Le reste était sans lendemain, mais ce reste néanmoins existait. Est-ce que ma mère ne pouvait pas comprendre que j'avais le sang plus chaud ?
Mais elle ne le comprenait que trop ! Souvent elle se relevait en pleine nuit et venait s'assurer que j'étais bien seul. Elle faisait généralement sa ronde vers minuit ; elle frottait une allumette et elle éclairait mon divan-lit. Quand il m'arrivait d'être encore éveillé, je feignais de dormir; puis, comme si la lueur de l'allumette m'eût gêné, je simulais une sorte de réveil en sursaut.
— Qu'est-ce qui se passe ? disais-je.
— Tu dors ? demandait ma mère.
— Oui, je dormais. Pourquoi me réveilles-tu ?
— Bon ! rendors-toi !
— Mais comment veux-tu que je dorme si nu viens m'éveiller.
— Ne t'énerve pas, disait-elle, dors !
Mais d'être tenu si court ne m'allait que tout juste, et je m'en plaignais à Kouyaté et à Check Omar, qui étaient alors mes confidents.
— Ne suis-je pas assez grand garçon ? disais-je. On m'a jugé assez grand garçon pour m'attribuer une case personnelle, mais en quoi une case est-elle encore personnelle si l'on doit y entrer librement de jour et de nuit ?
— C'est le signe que ta mère t'aime bien, disaient-ils. Tu ne vas pas te plaindre parce que ta mère t'aime bien ?
— Non, disais-je.
Mais je pensais que cette affection aurait pu être moins exclusive et moins tyrannique, et je voyais bien que Check et Kouyaté avaient plus de liberté qu'on ne m'en laissait.
— Ne réfléchis pas tant, disait Kouyaté. Prends ta guitare !
J'allais décrocher ma guitare — Kouyaté m'avait appris à en jouer — et, le soir, au lieu de demeurer dans ma case, nous partions nous promener par les rues de la ville, grattant, Kouyaté et moi, de la guitare, Check du banjo, et chantant tous trois. Les jeunes filles, souvent déjà couchées à l'heure où nous passions devant leur concession, se réveillaient et tendaient l'oreille. Celles qui étaient de nos amies, nous reconnaissaient à nos voix ; et elles se levaient, elles s'habillaient prestement, puis accouraient nous rejoindre. Partis à trois, nous étions bientôt six et dix, et parfois quinze à réveiller les échos des rues endormies.
Kouyaté et Check avaient été mes condisciples à l'école primaire de Kouroussa. Ils étaient, l'un et l'autre, d'esprit prompt et curieusement doués pour les mathématiques. Je les revois encore, alors que notre maître achevait à peine de nous dicter un problème, se lever tous les deux et aller remettre leur copie. Cette surprenante rapidité nous émerveillait tous et aussi nous décourageait un peu, me décourageait peut-être particulièrement, bien que j'eusse ma revanche en français. Dès ce temps-là néanmoins — ou à cause de cette émulation — il y avait eu de l'amitié entre nous, mais une amitié comme peuvent en concevoir de tout jeunes écoliers: pas toujours très stable et sans beaucoup d'avenir.
Notre grande amitié n'avait vraiment commencé qu'à l'époque où j'étais parti pour Conakry, et où, de leur côté, Kouyaté et Check étaient allés poursuivre leurs études, l'un à l'Ecole normale de Popodra, l'autre à l'Ecole normale de Dakar. Nous avions alors échangé de nombreuses et longues lettres, où nous décrivions notre vie de collégien et comparions les matières qu'on nous enseignait. Puis, le temps des vacances venu, nous nous étions retrouvés à Kouroussa et nous étions très vite devenus inséparables.
Cette amitié, nos parents ne l'avaient pas d'abord regardée d'un trop bon oeil ; ou bien nous disparaissions des journées entières, négligeant l'heure des repas et les repas eux-mêmes, ou bien nous ne quittions pas la concession, si bien qu'à l'heure du repas surgissaient deux invités sur lesquels on ne comptait pas. Il y avait là assurément un peu de sans-gêne. Mais ce mécontentement avait été de courte durée ; nos parents eurent tôt fait de s'apercevoir que si nous disparaissions deux jours sur trois, les invités, eux, n'apparaissaient que tous les trois jours; et ils avaient compris le très équitable et très judicieux roulement que nous avions établi sans les consulter.
— Et tu n'aurais pas pu m'en parler ? m'avait dit ma mère. Tu n'aurais pas pu m'avertir pour que je soigne plus particulièrement la cuisine, ce jour-là ?
— Non, avais-je répondu. Notre désir précisément était qu'on ne se mît pas spécialement en frais pour nous : nous voulions manger le plat quotidien.
Lorsque aux grandes vacances qui se placèrent à l'issue de la troisième année scolaire de Kouyaté et de Check — et à la fin de ma deuxième année, puisque j'avais perdu un an à l'hôpital — , je retrouvai mes deux amis, ils avaient conquis leur brevet d'instituteur et attendaient leur nomination à un poste. Si leur réussite ne me surprit pas, si elle répondait à ce que j'étais en droit d'attendre d'eux, elle ne me fit pas moins un immense plaisir, et je les félicitai chaleureusement. Quand je leur demandai des nouvelles de leur santé, Check me répondit qu'il était fatigué.
— J'ai beaucoup travaillé, me dit-il, et à présent je m'en ressens : je suis surmené.
Mais n'était-il que surmené ? Il avait mauvais teint et il avait les traits tirés. A quelques jours de là, je profitai d'un moment où j'étais seul avec Kouyaté pour lui demander s'il croyait à un simple surmenage.
— Non, me dit Kouyaté, Check est malade. Il est sans appétit et il maigrit, et malgré cela son ventre enfle.
— Ne devrions-nous pas l'avertir ?
— Je ne sais pas, dit Kouyaté. Je crois qu'il s'en est lui-même aperçu.
— Ne fait-il rien pour se guérir ?
— Je ne crois pas. Il ne souffre pas et il se dit sans doute que cela passera.
— Et si cela s'aggravait ?
Nous ne savions comment faire ; nous ne voulions pas inquiéter Check et pourtant nous sentions bien qu'il fallait faire quelque chose.
— Je vais en parler à ma mère, dis-je.
Mais quand je lui en parlai, elle m'arrêta au premier mot.
— Check Omar est vraiment malade, dit-elle. Voici plusieurs jours que je l'observe. Je crois bien que je vais alerter sa mère.
— Oui, vas-y, dis-je, car il ne fait rien pour se soigner.
La mère de Check fit ce qu'on a toujours fait en la circonstance : elle consulta des guérisseurs. Ceux-ci ordonnèrent des massages et des tisanes. Mais ces remèdes n'agirent guère ; le ventre continua d'enfler, et le teint demeura gris. Check, lui, ne s'alarmait pas :
— Je ne souffre pas, disait-il. Je n'ai pas grand appétit, mais je ne ressens aucune douleur. Cela partira sans doute comme c'est venu.
Je ne sais si Check avait grande confiance dans les guérisseurs, je croirais plutôt qu'il en avait peu : nous avions maintenant passé trop d'années à l'école, pour avoir encore en eux une confiance excessive. Pourtant tous nos guérisseurs ne sont pas de simples charlatans : beaucoup détiennent des secrets et guérissent réellement ; et cela, Check certainement ne l'ignorait pas. Mais il avait aussi dû se rendre compte que cette fois, leurs remèdes n'agissaient pas, et c'est pourquoi il avait dit: « Cela partira sans doute comme c'est venu », comptant plus sur le temps que sur les tisanes et les massages. Ses paroles nous rassurèrent quelques jours, puis elles cessèrent brutalement de nous rassurer, car Check commença réellement à souffrir : il avait des crises à présent et il pleurait de mal.
— Ecoute ! lui dit Kouyaté. Les guérisseurs ne t'ont été d'aucune aide ; viens avec nous au dispensaire !
Nous y allâmes. Le médecin ausculta Check et l'hospitalisa. Il ne dit pas de quel mal il souffrait, mais nous savions maintenant que c'était un mal sérieux, et Check aussi le savait. Est-ce que le médecin blanc réussirait là où nos guérisseurs avaient échoué ? Le mal ne se laisse pas toujours vaincre ; et nous étions remplis d'angoisse. Nous nous relayions au chevet de Check et nous regardions notre malheureux ami se tordre sur le lit ; son ventre, ballonné et dur, était glacé comme une chose déjà morte. Quand les crises augmentaient, nous courions, affolés, chez le médecin: « Venez, docteur ! … Venez vite ! … » Mais aucun médicament n'opérait ; et nous, nous pouvions tout juste prendre les mains de Check et les serrer, les serrer fortement pour qu'il se sentît moins seul en face de son mal, et dire « Allons ! Check … Allons ! Prends courage ! Cela va passer … »
Nous sommes demeurés au chevet de Check toute la semaine, sa mère, ses frères, ma mère et celle de Kouyaté. Puis, sur la fin de la semaine, Check a brusquement cessé de souffrir, et nous avons dit aux autres d'aller se reposer : Check, à présent, dormait calmement, et il ne fallait pas risquer de l'éveiller. Nous l'avons regardé dormir, et un grand espoir naissait en nous : sa figure était si amaigrie qu'on voyait toute l'ossature se dessiner, mais ses traits n'étaient plus crispés, et il semblait que ses lèvres souriaient. Puis, petit à petit, la douleur est revenue? Les lèvres ont cessé de sourire, et Check s'est réveillé. Il a commencé de nous dicter ses dernières volontés, il a dit comment nous devions partager ses livres et à qui nous devions donner son banjo. Sa parole maintenant allait en s'éteignant, et nous ne saisissions pas toujours la fin des mots. Puis il nous a encore dit adieu. Quand il s'est tu, il n'était plus loin de minuit. Alors, comme l'horloge du dispensaire terminait de sonner les douze coups, il est mort …
Il me semble revivre ces jours et ces nuits, et je crois n'en avoir pas connu de plus misérables.
J'errais ici, j'errais là ; nous errions, Kouyaté et moi, comme absents, l'esprit tout occupé de Check. Tant et tant de jours heureux … et puis tout qui s'achevait ! « Check ! … » pensais-je, pensions-nous, et nous devions nous contraindre pour ne pas crier son nom à voix haute. Mais son ombre, son ombre seule, nous accompagnait … Et quand nous parvenions à le voir d'une manière un peu plus précise — et nous ne devions pas le voir non plus d'une manière trop précise — , c'était au centre de sa concession, étendu sur un brancard, étendu sous son linceul, prêt à être porté en terre ; ou c'était en terre même, au fond de la fosse, allongé et la tête un peu surélevée, attendant qu'on posât le couvercle de planches, puis les feuilles, le grand amoncellement de feuilles, et la terre enfin, la terre si lourde …
« Check ! … Check ! … » Mais je ne devais pas l'appeler à voix haute : on ne doit pas appeler les morts à voix haute ! Et puis, la nuit, c'était malgré tout comme si je l'eusse appelé à voix haute : brusquement, il était devant moi ! Et je me réveillais, le corps inondé de sueur ; je prenais peur, Kouyaté prenait peur, car si nous aimions l'ombre de Check, si son ombre était tout ce qui nous demeurait, nous la redoutions presque autant que nous l'aimions, et nous n'osions plus dormir seuls, nous n'osions plus affronter nos rêves seuls …
Quand je songe aujourd'hui à ces jours lointains, je ne sais plus très bien ce qui m'effrayait tant, mais c'est sans doute que je ne pense plus à la mort comme j'y pensais alors : je pense plus simplement. Je songe à ces jours, et très simplement je pense que Check nous a précédés sur le chemin de Dieu, et que nous prenons tous un jour ce chemin qui n'est pas plus effrayant que l'autre, qui certainement est moins effrayant que l'autre … L'autre ? … L'autre, oui le chemin de la vie, celui que nous abordons en naissant, et qui n'est jamais que le chemin momentané de notre exil …


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