Dans le camp du Capitaine

Capitaine Moussa Dadis Camara, président du CNDD
Capitaine Moussa Dadis Camara, président du CNDD

Depuis décembre, le camp du Capitaine Moussa Dadis Camara a reçu deux grosses balles politiques

  • La première balle consiste en une plateforme de suggestions pour la période de transition déposée présentée par les partis politiques à l’invitation du chef de la junte, le 27 décembre 2008.
  • La seconde balle a été envoyée hier, lundi 2 février, par les forces sociales, une appellation qui désigne l’Inter Centrale syndicale et l’Organisation de la société civile.

Les deux ballons sont donc dans le camp du capitaine Dadis, président du CNDD. Aujourd’hui plus qu’hier, c’est au tour de la junte militaire de jouer. Il ne sert à rien de louvoyer ou de chercher à noyer le poisson par des audits impulsifs ou des nominations fracassantes et alarmantes, comme celle du ministre de la sécurité présidentielle, Lt. Pivi ‘Coplan’ Togba. La sécurité de la Guinée importe auant sinon plus que celle du chef de la junte.

Le document des partis politiques continue de moisir dans les tiroirs du capitaine Dadis ; ses auteurs n’ayant pas jugé utile d’en communiquer le contenu au public.

Par contre concises, et limpides, les revendications des forces sociales ont été publiées urbi et orbi. Leurs positions se résument en huit points :

  1. Un engagement formel et sans ambiguïté du CNDD à ce que la période de transition n’excède pas 12 mois depuis la prise du pouvoir, avec la communication immédiate d’un chronogramme concret s’inscrivant dans ce délai, incluant échéances électorales et réformes institutionnelles.
  2. La constitution d’un organe de transition regroupant des représentants de toutes les forces vives de la Nation et doté d’un réel pouvoir législatif durant la période transitoire.
  3. Le renforcement du processus électoral par la consolidation des acquis de la CENI, la poursuite des opérations d’enrôlement et la mise à disposition immédiate de ressources suffisantes afin de garantir le déroulement des élections dans le respect des échéances de la transition.
  4. La levée officielle de la suspension des activités politiques et syndicales, entrave aux libertés individuelles et collectives, afin de permettre à tous les guinéens de s’exprimer sur la transition démocratique en cour.
  5. La relance de la Commission d’Enquête Indépendante sur les massacres survenus lors des événements de 2006 et 2007.
  6. La poursuite des audits, à condition de les réaliser sans exclusion et dans le respect des droits et de la dignité des personnes.
  7. La levée immédiate des barrages routiers qui entravent la libre circulation des personnes et des biens, cette pratique constituant actuellement une source d’enrichissement illicite des hommes en uniforme et de tracasserie excessive pour les populations.
  8. La garantie de la sécurité des biens et des personnes par une lutte réelle et effective contre le banditisme et les attaques à main armée à Conakry et à l’intérieur du pays.
Lieutenant-colonel Pivi Togba, membre du CNDD
Lieutenant-colonel Pivi Togba, membre du CNDD

Le CNDD est interpellé concrètement désormais. Il lui faut choisir entre la clarté et l’opacité, la transparence et l’ambiguïté, la patiente création de la démocratie ou la violente gestation de la dictature.

En définitive, la pétition des forces sociales intervient au lendemain de la rencontre entre le capitaine Dadis Camara et les religieux au Camp Alfa Yaya. Elle tombe ainsi à pic car elle constitue un contre-point solide aux divagations politico-religieuses du vieux Elhadj Biro (voir blog précédent).

Tierno S. Bah

Les dérobades du Capitaine

Depuis sa prise du pouvoir, Capitaine Moussa Dadis Camara s’est dédit plusieurs fois. Il en est ainsi de la durée de la transition (6 mois, un an, 2 ans, pas d’échéance), d’une part, et de la composition du gouvernement (qui est davantage militaire que civil), d’autre part. Le Premier ministre est réduit à un rôle figurant et de figure cérémonielle. Quant au gouvernement, il sert plutôt de complément d’effectif, d’appendice et d’accessoire de la Présidence.

Par ailleurs, à ce jour, les activités du président du CNDD se caractérisent par l’improvisation, l’inconstance, les dérobades, les sautes d’humeur et les caprices. Un tel comportement permet au président du CNDD de retarder ou d’éviter  de mettre la Guinée sur le cap principal, à savoir la rédaction d’une nouvelle constitution et l’organisation d’élections libres avec le concours de la communauté internationale.

Exemples de dérobades

  1. Capitaine Dadis Camara voudrait vivre simultanément en Guinée et à l’extérieur du pays. En tant que chef de l’Etat, il réside à Conakry. Mais il souhaiterait obtenir — déjà — un rôle médiateur international basé à l’étranger, à l’image du président malien Amadou Toumani Touré ou de François Lounceny Fall.
  2. Le chef de la junte refuse de dénoncer les crimes et violations des droits de l’homme qui ont ruiné la  Guinée. Cela n’est pas surprenant car il est déjà tombé dans l’arbitraire avec l’arrestation et la détention secrètes d’anciens officiers généraux et de hauts fonctionnaires, accusés sans preuves de complot contre l’Etat.
  3. Capitaine Dadis Camara a lancé une croisade contre la corruption, appuyée par une campagne d’audits des deniers de l’Etat. Mais il n’hésite pas aujourd’hui à dilapider l’argent du contribuable en offrant des dizaines de millions de francs au clergé famélique des différentes confessions religieuses. De quel chapitre du budget national ou de quelle dépense du Trésor public cette somme provient-elle, vu  le déficit budgétaire de 80 millions de dollars annoncé par Kabiné Komara ? Se rend-il compte qu’il s’agit là d’un geste corrupteur  et d’un acte répréhensible, pour le donateur comme pour les receveurs ? Cela dit, des couches utiles et moins parasitaires — enseignants, médecins et infirmiers, écoles, etc. — auraient dû bénéficier de cette générosité  du capitaine Dadis.
  4. Il a consacré les trois premières semaines de sa présidence à défendre Lansana Conté et famille. Et voilà qu’il invite et reçoit Elhadj Boubacar Biro Diallo, un anti Conté notoire.
  5. Les partis politiques ont répondu à sa demande de décembre 2008 et lui ont soumis leurs suggestions pour la transition. Ils lui ont également adressé une demande d’audience pour discuter du projet. Le chef de la junte n’a pas encore jugé utile de faire suite à ces deux démarches. Et pourtant les formations et acteurs politiques et de la société civiles devraient être les interlocuteurs prioritaires du CNDD pour l’organisation d’élections transparentes et crédibles. Mais pour l’instant, capitaine Dadis Camara les ignore. Il préfère la compagnie des chefs régionaux et religieux et d’Elhadj Biro. Il n’associe pas la Primature, à ces consultations. Il aggrave ainsi l’invisibilité de Komara Kabiné et le réduit à l’inoccupation et à la virtualité.

Tierno S. Bah