L’auto-défense du ministre Ousmane Doré

Face au barrage d’accusations de ses anciens collègues des gouvernements Kouyaté et Souaré, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Oumane Doré, a monté une auto-défense au micro de Guinéenews.

Ousmane Doré, ministre de l'économie, des finances et du planfinances
Ousmane Doré, ministre de l’économie, des finances et du planfinances

M. Doré a voulu dans l’entretien redorer sa réputation quelque peu écorchée par diverses dénonciations et rumeurs. En conséquence, l’ancien argentier de l’Etat a dû comparaître devant la commission d’audits du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) au sujet des préparatifs du cinquantenaire de la république, en octobre 2008.

Cependant, pour légitime qu’elle soit, ses réponses pêchent par la superficialité, l’imprécision et les contradictions.
Je retiens ici seulement quelques points des explications de M. Doré.

Cinquantenaire de malheur pour Ousmane Doré

Pour commencer, le cinquantenaire n’aurait pas dû être célèbre puisque l’Etat n’avait pas les moyens d’organiser les cérémonies sur fonds propres.
Il a fallu emprunter auprès du privé et quémander auprès d’Etats voisins pour réunir les 17 milliards de francs dépensés. Mais où est passée la souveraineté nationale que l’on proclame avec tant de fierté ?

Pays Délégations de sollicitation de fonds Montant reçu
Sénégal, Libye Ousmane Doré, ministre Economie-Finance 500 millions CFA, 500 mille $US
Gabon, Guinée équatoriale Djigui Camara, ministre du plan, Soriba Sorel Camara, conseiller Présidence Non-déclaré
Tanzanie Sow (?), Sankoumba (?), Mamadou Saliou Sampil, conseillers Primature Non-déclaré
Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire Diao Kanté, Oumar Camara, conseillers Présidence Non-déclaré
Gambie, Guinée-Bissao Tibou Kamara, ministre communication, Mawa Bangoura, ancienne ministre AE 500 mille $US non-versés
Sierra Leone, Liberia Issa Condé, ministre de la jeunesse, Fanta Toya Condé, conseillère Présidence Non-déclaré
Ghana, Nigeria Youssouf Sylla, ministre de la pêche, Sow Abdoulaye Non-déclaré
Maroc Alpha Ibrahima Keira, secrétaire général Présidence Non-déclaré
Iran Mamadi Condé, ancien ministre, Elhadj Boubacar Diallo (?) Non-déclaré
Afrique du Sud, Botswana Ibrahima Diakité, Makalé Traoré, Ousmane Souaré, Mariam Béavogui, ministres Non-déclaré
Chine Harouna Bérété, ministre des guinéens de l’étranger Non-déclaré

 

Sources intérieures

  • Budget de l’Etat: 4 milliards 325 millions GNF
  • Mamadou Sylla, Futurelec 10 milliards GNF

Je mets de côté les des chiffres des tableaux ci-dessus, car ils donnent un aperçu escamoté de la situation. Les responsabilités n’ont pas été assumées par les organisateurs, à commencer par M. Doré, lui-même. En effet, il avoue :

“Jusqu’à mon limogeage, aucune réunion n’a été convoquée pour savoir ce que les pays amis ont donné.”

Pire, il n’a même pas pu obtenir des délégations qu’elles communiquent “les numéros de compte de la commission d’organisation pour que les pays amis puissent transférer les fonds.”
Le moins qu’on puisse conclure est qu’il a failli à son rôle de président de la commission d’organisation du cinquantenaire. C’est maintenant qu’il réagit. Mais il aura du mal à se désolidariser ou de se laver les mains du fiasco du cinquantenaire. Son constat amer d’aujourd’hui équivaut au diagnostic du médecin après la mort du patient. Il aurait dû courageusement rendre le tablier. Malheureusement pour lui, il a participé aux magouilles du cinquantenaire de malheur et de misère, qui ne pouvait qu’échouer parce que monté sur les ruisseaux de sang, les rivières de larmes et les ossuaires du Camp Boiro.
Comme Sidya Touré en 1999, il a attendu qu’on le limoge au lieu de claquer la porte face aux mesquineries et aux coups bas de son entourage.

Mauvaise stratégie

M. Doré accepta de se battre sur le terrain de l’adversaire. C’est ce qui transpire notamment du passage suivant :

J’ai été le seul ministre qui a demandé lors du premier conseil des ministres du Gouvernement Souaré qu’on déclare nos patrimoines, je savais pourquoi je le disais !
Vous savez ce qu’on m’a répondu : On m’a dit si je viens d’une autre planète. Le ministre de l’information, le ministre de la pêche et d’autres, m’ont dit qu’on est Guinée !

La révélation est choquante. Mais M. Doré n’a pas suivi l’exemple de feu Jean-Claude Diallo et François Lounceny Fall, pour claquer la porte. Un homme prévenu en vaut sept. Ses collègues ministres lui ont clairement annoncé la couleur et leur volonté de détourner l’argent de l’Etat, sous prétexte que c’est la norme en Guinée.  Une fois de plus, pour éviter toute complicité, M. Doré aurait dû exercer son libre arbitre en se retirant du gouvernement.

Hélas ! Il choisit de rester, contribuant ainsi objectivement à l’aggravation de son verdict sévère mais juste du régime Conté qu’il désigne comme une « indiscipline généralisée, structurelle et endémique ».

Cela dit, pour un financier du calibre d’Ousmane Doré, on est surpris par le caractère vague de ses accusations. Par exemple, il répond à son ancien collègue et ministre de la communication, Tibou Kamara, du tic au tac, mais sans se donner l’effort d’étayer sa contre-attaque par des données vérifiables. Au contraire, il se contente de l’anecdote suivante :

« Donc si le ministre de l’information (Tibou Kamara) dit sur les radios que moi j’ai fait des exonérations ou donner des marchés de gré à gré, cela me fait rire. La réalité est que j’ai refusé de signer un faux marché, de 4 milliards qu’il m’avait soumis et qui était sans couverture budgétaire.
Après il me dit, Monsieur le ministre tant que vous ne signez pas ce marché, vous ne passerez plus à la télé.

Je lui ai dis que je ne suis pas là pour passer à la télé ! »

  • En quoi consistait ce projet de marché ?
  • Matériel et équipement de communication ?
  • Licence cellulaire ?

M. Doré ne donne pas de précisions.

Talon d’Achille

Les droits de l’homme constituent chaînon manquant dans l’argumentation de M. Doré. C’est le  talon d’Achille de sa tentative de justification. Il parle en homo economicus, dans un torrent de millions et de milliards envolés ou gaspillés. Mais il ne rappelle  pas qu’il fut aussi chargé d’équiper la commission d’enquête sur les tueries de 2006 et 2007.
Il fait état de son expérience internationale. Soit. Mais qu’a-t-il retenu de l’importance primordiale des droits de l’homme dans le développement. Ne voit-il pas qu’en dépit de ses ressources naturelles la Guinée continue de sombrer dans la pauvreté ? La raison essentielle du débâcle total du pays se situe dans la cruauté des deux dictatures qui ont opprimé les populations depuis 1958.  Sans le respect de la dignité humaine et du droit des citoyens aux libertés fondamentales, la Guinée est condamnée à reculer.
Détenant un portefeuille gouvernemental clé, Ousmane Doré fut-il un défenseur des innocents tués par les balles de l’armée et des forces de sécurité guinéennes avant sa nomination ?
Son séjour américain l’a-t-il amené à s’interroger, comme Barack ObamaAm I My Brothers’ Keeper ?” (Suis-je le gardien de mes frères ?)
Le bilan de M. Doré concernant la commission d’enquête ne suggère pas une réponse positive à cette question cruciale.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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