ICG. Erreurs de langage et de plume

International Crisis Group a publié, le 23 courant, un rapport sur la Guinée intitulé “Remettre la transition sur les rails”. Je ne mets pas en doute la vocation caritative, la mission préventive et le palmarès de l’organisation. Mais ce dernier rapport sur la crise guinéenne laisse à désirer du fait de son caractère inégal, des passages ambigus, des affirmations légères et erronées.

Je conteste notamment les points suivants :

Premier point. Au titre des recommandations, et s’adressant à l’opposition, ICG leur demande de : “Cesser d’exprimer des réserves quant à la légitimité du président Condé et du processus électoral passé

Ma réaction. L’opposition serait mal avisé de suivre cette recommendation. Au contraire, elle devrait ignorer cette suggestion déplacée et superflue. Les partis d’opposition doivent continuer de dénoncer sans relâche les accusations mensongères, les méthodes violentes et le processus illégal qui ont conduit à l’imposition d’Alpha Condé comme président de la république. Et si Alpha et son entourage sont susceptibles à ces complaintes fondées, c’est que le bât blesse à ce sujet. Les opposants ont ainsi une arme de choix. Et de surcroît, ils ont le droit légitime d’utiliser un langage vigilant, qui assiège le régime de M. Condé avec un discours pertinent et véridique. Toute attitude autre,  tendant à fermer les yeux sur les violations de la Constitution et de loi électorale, serait une démission et une défaite auto infligée. La lutte politique ne doit pas s’embarrasser de demi-mots.

Deuxième point. Le gouvernement, nommé en trois vagues du 28 décembre au 4 janvier, est pléthorique.  [Mohamed Said] Fofana a ainsi 37 ministres, et plusieurs autres personnes ont rang de ministre à la présidence de la République.

Correction. Le chiffre 37 est inexact. De jure et de facto, le gouvernement du Premier ministre Fofana compte 43 membres.

Troisième point. “Si Moussa Dadis Camara est vu par la communauté internationale comme un soudard mi-grotesque mi-meurtrier, l’équipe de Crisis Group a été frappée, au cours de contacts formels et informels lors d’une mission en Guinée en avril et mai 2011, de voir beaucoup de Forestiers exprimer leur attachement à sa personne.

Ma réaction. Le commentaire ci-dessus est léger et inadmissible pour les raisons suivantes :

    • Au lieu de s’en tenir à un langage descriptif voire neutre, le rapport emploie des mots connotatifs (soudard, grotesque)
    • ICG réduit le rejet ferme et la politique agressive de la communauté internationale contre le CNDD la perception négative du personnage de Dadis Camara
    • Du coup, le rapport rate l’opportunité de citer et d’exploiter les accusations formelle (violations de droits de l’homme, crimes contre l’humanité) dont Dadis est l’objet dans le rapport de la commission d’enquête de l’Onu
    • Le texte indique négligemment que “beaucoup de Forestiers” restent attachés à la personne de Dadis. Cette affirmation crève l’œil par son évidence. Mais au-delà de la solidarité familiale ou clanique, ICG n’aurait pas dû perdre de vue l’enjeu ‘national’ que constitue la lutte pour le procès de Dadis Camara et de ses co-accusés (Tiegboro Camara et Pivi Togba). Sans compter les enquêtes complémentaires requises pour établir le rôle et la responsabilité du ministre de la défense de la junte, Sékouba Konaté, dans le massacre du 28 septembre 2009.
    • Le rapport accuse une grande carence en s’abstenant de fournir des précisions qualitatives et quantitatives sur ces “nombreux Forestiers”. Quelle est la taille de cet échantillon? En quoi est-il représentatif de l’opinion de la Forêt sur Dadis et le Cndd ?

Tierno S. Bah 

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