Visite et discours de Lumumba à Conakry

Patrice Lumumba et Sekou Ttoure, Conakry, aout 1960

Après son rendez-vous à l’ONU [en juillet 1960], Patrice Lumumba, Premier ministre congolais, rendit visite au Premier ministre Habib Bourguiba de Tunisie (3 août 1960), et le lendemain il conféra avec le Roi Mohammed V du Maroc et le Prince de la Couronne Moulay Hassan qui succéda son père à la mort de celui-ci en 1961).

Après sa visite en Guinée (6-7 août 1960), Lumumba rencontra Président William Tubman du Liberia (7 août), et boucla sa tournée par le Ghana, où il fut accueilli par le Premier ministre Kwame Nkrumah. J’étais perplexe face aux décisions d’un dirigeant qui estimait pouvoir consacrer un si long temps loin de son peuple en pleine crise. Lumumba faisait en réalité appel à l’aide de ses confrères africains pour assurer sa victoire personnelle au Congo.
L’après-midi suivant je retournai aux cérémonies de réception pour écouter Lumumba s’adresser à la population à partir d’une tribune érigée devant le bâtiment de la Présidence. Les rues aux alentours de la Présidence étaient pleines de gens venus entendre le discours diffusé par haut-parleurs.
Entendu qu’il n’y avait pas de Roi Baudouin [de Belgique] à Conakry cet après-midi, Lumumba n’avait pas tant de précautions à prendre pour ce qu’il avait à dire.
Il employa le même langage combatif utilisé durant son apparition imprévue à la cérémonie d’indépendance du Congo en juin 1960. Il s’attaqua aux “impérialistes” Belges et aux “autres forces impérialistes” qui, selon lui, s’évertuaient à “salir l’indépendance congolaise, durement conquise.”

Lumumba était encouragé par les applaudissements vigoureux du public guinéen et des diplomates du bloc de l’Est. Il accusa le Secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, de faillite dans son rôle au Congo. Il défia Hammarskjöld d’expliquer pourquoi les forces onusiennes paradaient dans certaines régions du Congo, à l’exception de la Province du Katanga de Moise Tshombé. Il accusa les Belges de chercher seulement un prétexte pour retourner au Congo afin d’achever leur exploitation de cette partie du continent. Il proclama bruyamment que les Congolais refuseraient toute “aide impérialiste” et ils ne deviendraient pas une colonie des Nations-Unies.

Lumumba était dans sa pleine forme d’animateur de foules.

Personne, dans l’audience, ne pouvait imaginer que c’était la dernière fois que nous le voyions ou l’entendions en Guinée. Le spectre de la mort ne semblait guère entourer le jeune et élancé révolutionnaire, dont l’échec consistait à ne pas savoir quand chercher à bâtir le consensus, après s’être battu et gagné une cause.

Lumumba prit soin de mettre l’accent sur ses efforts personnels pour assurer l’unité congolaise, et il insista aussi sur la nécessité de réaliser l’unité de l’Afrique. Il nous dit que Bourguiba, Mohammed V, and Sékou Touré l’avaient assuré de l’aide de leurs pays respectifs, et il déclara que désormais il entendait ignorer la force de l’ONU, et en appela directement à l’aide des Africains dans la lutte pour l’indépendance congolaise .

Son discours fut suivi par un tour à travers les rues de Conakry dans la Cadillac ouverte du Président Touré, accompagnée par un bus transportant les ministres guinéens les membres du corps diplomatique. Après quoi, Lumumba retourna à la Présidence pour les discussions avec Touré et ses ministres.

Ce n’est qu’après lecture du communiqué conjoint publié à l’issue de la visite, que je saisis la nature des échanges entre les Guinéens et les visiteurs congolais. La déclaration, distribuée à la presse et au corps diplomatique, condamnait l’action subversive de la “Belgique impérialiste” et ses alliés à travers une agression armée. Le document s’engageait à aider à rétablir la paix et à sauvegarder l’intégrité territoriale du Congo. Le texte condamnait la sécession de la Province du Katanga de la République démocratique du Congo, et insistait que le Secrétaire général de l’ONU devrait envoyer des troupes au Katanga sans délai. La solidarité complète était exprimée pour la lutte du peuple algérien pour son indépendance, et “l’Apartheid” en Afrique du Sud était sévèrement condamné. L’adhésion à la Charte des Nations-United était réaffirmée, et la conviction était exprimée que l’Afrique pouvait apporter une contribution au monde sur la base de la neutralité positive et de la coopération fraternelle.

Le départ de Lumumba se déroula normalement, par rapport aux circonstances agitées de son arrivée à Conakry.

Toute la Guinée était sous le choc et de la révolte lorsque la nouvelle de l’assassinat de Lumumba au Congo — commis le janvier suivant — et publiée début février. La population guinéenne n’avait pas réagi aussi fortement même après la révélation quelques mois plus tôt de la mort de Dr. Félix Roland Moumié, le leader camerounais réfugié à Conakry, qui mourut à Genève, Suisse, d’n empoisonnement par un ennemi inconnu.

Extrait de “Guinea: Crossroads of Sub-Saharan Africa” in First American Ambassador to Guinea (1959-1961) par John H. Morrow.

Traduit de l’anglais par Tierno S. Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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