Maya Angelou’s fifth autobiographical book

Up to 1986, Maya Angelou had successively written four autobiographical and highly acclaimed books:

  1. I Know Why the Caged Bird Sings, 1970
  2. Gather Together in My Name, 1974
  3. Singin’ and Swingin’ and Gettin’ Merry Like Christmas, 1976
  4. The Heart of a Woman, 1981

In 1986 she published the fifth volume titled All God’s Children Need Traveling Shoes (Random House. 210 pages.). The book shares an important milestone in Maya Angelou’s journey and experience.  As Professor Albert M. Greenfield put it in a review for the New York Times (May 11, 1986), the story unfolds in “the early 1960’s in Ghana, where Miss Angelou is teaching at the University of Ghana and working as an editor. In Accra, she joins a number of Afro-Americans, ‘“a little group of Black folks, looking for a home.” Kwame Nkrumah‘s Ghana became a haven for black Americans during the late 50’s and early 60’s, and Miss Angelou provides glimpses of people like the black novelist Julian Mayfield and the activist Malcolm X in a Ghanaian landscape. More captivating, however, are her own episodic engagements with a homeland that refuses to become “home.” Though independence and prosperity make Ghana a festival in black, there is no point of connection between Miss Angelou and what she calls the “soul” of Africa. She speculates that perhaps “only the African living in total despair, pressed down by fate, refused, rejected and abandoned” can understand the sound of “homely” Afro-American spirituals and know that home is the place where one is created.”

Maya Angelou devotes her work “… to Julian Mayfield and Malcolm X  and all the fallen ones who were passionately and earnestly looking for a home.”

The book opens with the famous gospel song so memorably rendered by Louis Armstrong:

“Swing Low, Sweet Chariot,
Coming for to carry me home.”

Follow this link for the  first of  a series of large excerpts from All God’s Children Need Traveling Shoes.

Tierno S. Bah

Maya Angelou, RIP

Legendary poet and author Maya Angelou died this morning at age 86. Among other many other words of wisdom, she advised:

  • “Listen to yourself and in that quietude you might hear the voice of God.”
  • “You may encounter many defeats, but you must not be defeated. Please remember that your difficulties do not define you. They simply strengthen your ability of overcome.”

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Sample bibliography:

  • The complete collected poems of Maya Angelou.  New York : Random House, 1994.
  • Maya Angelou. I know why the caged bird sings. New York : Random House,  1969.
  • Jeffrey M Elliot. Conversations with Maya Angelou. Jackson, University Press of Mississippi, 1989
  • Edwin Graves Wilson; Jerome Lagarrigue. Maya Angelou. New York : Sterling, 2007
  • Bill D. Moyers. Maya Angelou, Corporation for Entertainment and Learning.; PBS Video. Washington, D.C. 1982.

Rest In Peace

Tierno S. Bah

 

Nabi Youla (1918-2014) : co-fondateur de l’Etat

Je voudrais esquisser ici un portrait de Nabi Ibrahima Youla : indéniablement l’un des co-fondateurs de l’Etat guinéen. Durant les trois ou quatre premières années, il fut un acteur-clef de la diplomatie naissante de la jeune république. Successivement ambassadeur, secrétaire d’Etat, haut-fonctionnaire, ambassadeur encore, cet ancien instituteur est un participant-observateur privilégié de la diplomatie et d’autres domaines officiels.

Nabi Youla : défi individuel et enjeu national

C’est un grand défi que d’écrire sur la Guinée. Les archives publiques ont été négligées et pillées. La bibliothèque nationale a été dilapidée et subsiste à l’état embryonnaire. Les publications sont espacées et superficielles. Le rétention de l’information est devenue une manie et un réflexe. En mourant, les anciens officiels emportent leurs mémoires et leur expérience outre-tombe.

Nabi Youla circa 1947
Nabi Youla circa 1947

En dépit de contributions récentes Nabi Youla est un exemple typique du mutisme absurde de l’élite guinéenne.

En 1992, dans le cadre de mes recherches à Conakry, Dieng Bonata, un ami et ex-ambassadeur au Congo, offrit de me présenter à Nabi Youla, alors conseiller à la Présidence de la république. Les deux anciens diplomates avaient vraisemblablement noué des liens sur les rives du fleuve Congo au milieu des années 1980. L’un était alors en poste à Brazzaville et l’autre résidait à Kinshasa…
Malheureusement, au domicile du doyen Youla le garde en faction nous répondit que le maître des lieux ne recevait pas de visites. Nous nous retirâmes sans insister. Dommage, j’avais raté le contact avec une source qualifiée d’informations.

Il me fallut attendre 2011 pour découvrir enfin cet homme jusque là élusif et presque reclus. En effet Nabi Youla est cité plusieurs fois dans la biographie — révélatrice mais désorganisée  — de Sékou Touré par André Lewin. La publication des huit volumes de Lewin est en cours sur webGuinée.
Avant sa démission de l’ambassade de Guinée à Bonn (dans l’ex-République fédérale d’Allemagne), Nabi Youla avait publié en 1964 un petit essai de 64 pages intitulé  Moussa, un enfant de Guinée. Je tâcherai de savoir s’il s’agit  ou non d’une autobiographie. En attendant concentrons-nous sur la carrière officielle de Nabi Youla.

Nabi Youla : fin du silence

Depuis 2010 environ, Nabi Youla a décidé de sortir de son mutisme et de livrer quelques aspects d’une carrière longue et aux facettes changeantes.

Nabi Youla fut un compagnon de jeunesse et proche collaborateur du premier président guinéen, Ahmed Sékou Touré.  En 1968, il rompit officiellement avec la dictature en démissionnant de son poste d’ambassadeur de Guinée en Allemagne. Ce faisant, il créa un incident et un évènement. Il s’exila au Zaire de Mobutu. Depuis la mort de cet autre tyran, le pays a repris le nom de Congo. Il y resta pendant un quart de siècle et  retourna en Guinée à la fin des années 1990 pour se mettre au service du second dictateur de la Guinée, Général Lansana Conté.
Aujourd’hui, Nabi Ibrahima Youla a 96 ans. Il appartient à la génération du 1er quart du 20è siècle, qui produisit Nelson Mandela, l’une des rares étoiles de l’ère post-coloniale et post-apartheid. Et il est vraisemblablement le seul proche collaborateur de Sékou Touré qui ait si longtemps survécu à l’ancien président.
Celui/celle qui a longtemps vécu est censé(e) avoir beaucoup appris. Nul doute que Nabi Youla se range dans cette catégorie.  Et qu’il est une bibliothèque vivante de la Guinée coloniale et post-coloniale.

Diplomate par accident

Sa carrière officielle commença inopinément dans la semaine même de la proclamation de la république de Guinée, en octobre 1958.

On peut lire la synthèse de ses entretiens avec André Lewin dans le Témoignage de Nabi Youla.
Il forma avec Sékou Touré une paire paradoxale. Formée en 1947, elle se dissout en 1968. Membre du premier Comité directeur de la section territoriale guinéenne du Rassemblement démocratique africain (RDA), il en démissionna en 1948.
Dix ans plus tard, Nabi Youla vota “Oui” au référendum du 28 septembre 1958, se rangeant ainsi dans le camp adverse de Sékou Touré.

Je relève le passage suivant du témoignage du doyen Youla :

Sékou Touré était effectivement venu à l’aéroport, comme il me l’avais d’ailleurs annoncé ; il était accompagné de Saifoulaye Diallo et de Lansana Béavogui : j’avais donc devant moi les trois anciens députés guinéens à l’Assemblée nationale, que j’avais évidemment vus souvent à Paris après leur élection en 1956.

Ici, Nabi Youla se trompe. Car Lansana Béavogui ne fut pas élu député de la Guinée en 1956. Les députés de la Guinéenne à l’Assemblée nationale française (Palais Bourbon) étaient : Barry Diawadou, Saifoulaye Diallo et Sékou Touré. Louis Lansana Béavogui ne siéga comme député français ni en 1956, ni en 1957.

Barry Diawadou
Barry Diawadou

Sékou Touré le préférait pourtant à Saifoulaye Diallo. Sur la liste des trois candidats représentant le PDG à l’élection législative du 2 janvier 1956, il proposa le nom de Béavogui en deuxième place après le sien, plaçant ainsi Saifoulaye au troisième rang. Les cadres du parti, notamment la sous-section de Mamou, rejetèrent la liste ainsi composée et exigèrent que Saifoulaye soit le second sur la liste. Il en fut ainsi. Lire R.W. Johnson, “The Parti Démocratique de Guinée and the Mamou ‘deviation’”.

Les députés PDG-RDA Saifoulaye Diallo et Sekou Toure. 1957
Les députés Saifoulaye Diallo et Sékou Touré, respectivement secrétaire politique et secrétaire général du PDG-RDA. 1957

De 1956 à 1958, la Guinée française délégua trois députés au Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale à Paris. Contre son gré, Sékou Touré y siégea avec deux  autres  parlemenatires : des fils Fulɓe du Fuuta-Jalon, et des aristocrates, en plus. Diawadou  était un prince Seediyaaɓe Soriya, dépositaires avec leurs cousins Alfaya, du pouvoir des Almami de Timbo. Saifoulaye  était un Ngeriyanke, l’une des branches régantes du diiwal de Labé, coiffées par les Kaaliduyaaɓe : Karamoko Alfa, Alfa Yaya, etc. A la tête du Bloc Africain de Guinée (BAG), Diawadou fut le principal adversaire politique de Sékou Touré. Il se rallia au PDG en 1958. En tant que membre du triumvirat dirigeant le parti, Saifoulaye fut l’un des “patrons” de Sékou Touré dans le leadership du PDG en 1948. Son père, Alfa Bakar Diari, était, à l’époque, le doyen des chefs de canton du Fuuta-Jalon.

Louis Lansana Béavogui en 1959
Louis Lansana Béavogu, ministre, membre du Bureau politique national du PDG. 1959

Mais plus tard, lorsqu’il eût pris total contrôle du pouvoir, la jalousie et la vengeance de Sékou Touré furent sans merci. Il fit assassiner Diawadou en 1969. En 1972, il éleva l’obéissant Béavogui au poste de premier ministre figurant. Non-constitutionnelle et par conséquent illégale —alors et maintenant —, la création de la primature tenait au besoin de Sékou Touré de se faire représenter à l’étranger. Après l’attaque portugaise de 1970, le président guinéen arrêta de voyager à l’extérieur du pays…
Enfin, en 1978, il expulsa Saifoulaye du Bureau politique national, tout en faisant continuellement planer sur lui  la menace d’un “voyage” sans retour au Camp Boiro.

Audience avec le Général de Gaulle

Voici comment Nabi Youla résume sa première rencontre avec le Général de Gaulle, en tant qu’envoyé spécial de Sékou Touré chargé de renouer les contacts entre la France et son ancienne colonie :

« … au bout de cinq minutes, il G s’est levé pour me signifier que l’entrevue était terminée. Il a fait le tour de son bureau pour s’approcher de moi et m’a tendu la main. Bien entendu, je l’ai prise, mais je lui ai dit :
— Mon Général, nous ne pouvons pas nous quitter comme cela et en rester là. Je suis Guinéen, et comme beaucoup d’Africains, c’est à la France que je dois d’être devenu ce que je suis aujourd’hui ; je m’exprime bien mieux en français que je ne puis le faire dans ma langue natale. Quelle que soit la direction prise par la Guinée, rien ne pourra changer cette donnée essentielle qui nous rattache à la France bien plus que tout autre lien constitutionnel ou politique. Votre pays et le mien sont liés depuis soixante ans, et un tel passé ne peut pas disparaître en quelques jours. Le problème qui nous préoccupe dépasse de loin nos personnes et concerne nos peuples, le peuple français et le peuple guinéen.
Laissez-moi vous en dire un peu plus à ce propos.
Surpris mais intéressé, le général m’a alors fait installer dans un fauteuil placé dans un coin de son bureau, s’est assis en face de moi, et m’a écouté. Il m’a vraiment écouté avec une grande attention, et ceci pendant près de trois quarts d’heure ; il n’a pas dit grand chose de son côté, et ne m’a pas interrompu.
Quand j’ai estimé que j’avais dit ce que je souhaitais dire, comme je ne voulais pas non plus abuser de la situation en prenant trop de son temps — en cette période, il avait évidemment bien d’autres visiteurs et beaucoup de dossiers qui l’attendaient —, j’ai pris congé de lui.
Je crois qu’il a apprécié à sa juste valeur ce dont j’avais cherché à lui faire prendre conscience. En tous cas, il m’a dit qu’il saluait Sékou Touré, mais que c’est à la Guinée qu’il souhaitait bonne chance.
Ceci a été la première d’une série de plusieurs rencontres, dont celle au cours de laquelle je lui ai présenté mes lettres de créance d’ambassadeur de Guinée en France. Je crois sincèrement que lorsque j’ai quitté Paris à la fin de l’année 1960, une année pourtant de sérieuses crises entre Paris et Conakry, j’avais réussi à mieux lui faire comprendre mon pays. »

Le passage ci-dessus est d’une grande importance historique. Je souhaite seulement qu’on puisse le corroborer par des documents d’archives.

Courtisan par tempérament

Nabi Youla était un homme d’affaires occupé à Paris  en octobre 1958. Loin de lui la pensée  de chercher un poste dans l’Etat en langes à Conakry. Cependant, une fois entré  dans les couloirs du pouvoir, il servit successivement trois dictateurs : Sékou Touré,  Maréchal Mobutu Sésé Séko et Général Lansana Conté, qui, ensemble, exercèrent 82 ans de présidence de la république :

  • Sékou Touré : 1958-1984 (26 ans)
  • Lansana Conté : 1984-2008 (24 ans)
  • Mobutu Sese Seko : 1965-1997 (32 ans)

Pour servir ces autocrates mégalomanes Nabi Youla a dû faire montre d’un habile tempérament de courtisan.

A sa décharge toutefois —et contrairement à son cadet et collègue Telli Diallo — il eut la lucidité de renoncer à son poste diplomatique en 1968. Il recouvra sa vie privée et reprit ses activités commerciales.
Un seul incident, semble-t-il, vint troubler son exil à Kinshasa. Ainsi il évoque le plan que Sékou Touré aurait monté pour l’assassiner. Des tueurs furent envoyés par Conakry pour l’éliminer. Nabi Youla déclare que Sékou Touré prit soin de prévenir Mobutu. Cette prévenance permit aux autorités zairoises de neutraliser Momo ‘Jo’ Soumah — chef de gang du PDG en 1955-1958 — et ses aides, et de les ré-embarquer vers la Guinée.
L’aventure est probable. Mais il faut traiter cette information avec réserve. Car plusieurs autres réfugiés périrent ou échappèrent de peu aux tueurs de Sékou Touré. Parmi eux : Jean-Paul Alata,  Dr. Roger Najib Accar, Professeur Ibrahima Baba Kaké et son cadet journaliste Boubacar Kanté, le journaliste Boubacar Kanté, etc. Ceux-là ne reçurent pas de préavis, direct ou indirect.
Ibrahima Kaké échappa de justesse à l’enlèvement de Paris pour le Camp Boiro en 1983 dans une opération menée par les diplomates de l’ambassade guinéenne, dirigée à l’époque par Aboubacar Somparé. Pareil pour Alpha-Abdoulaye Portos Diallo, qui dut le salut à son départ de Dakar avant l’arrivée du tueur à gages Mikael Souaré, membre du Comité national de la JRDA, en mission ordonnée par Sékou Touré.
Kanté fut défenestré du 7e étage de son immeuble de résidence à Abidjan. Alata fut empoisonné par sa femme, Ténin Kanté, sur ordre du Responsable suprême de la Révolution.

La postérité retiendra  qu’après pris service comme conseiller de Lansana Conté, Nabi Youla se mit à prêcher que Sekou Touré n’était pas si mauvais que çà. Selon lui, c’est l’entourage qui exerçait une influence négative sur son vieil ami. Nabi Youla en profita pour charger sa bête noire, Ismael Touré. Voir son interview-vidéo sur guineeinformation.fr.
Malheureusement M. Youla n’avance aucune preuve pour étayer son argument. Mais, on le sait, innocenter le chef et accuser les compagnons, c’est une tactique vieille comme le monde. Elle sonne creuse dans le cas de la Guinée, cependant.

Quel fut le rôle de Nabi Youla auprès de Conté.  ? Fut-il un modérateur des excès du régime ? Ou bien une éminence grise d’un despote au faîte de son règne ? Avait-il l’attention et l’oreille d’un homme qui disait “l’Etat, c’est moi” et qui proclamait n’avoir pas besoin de conseiller ?
J’ignore la réponse à ces questions. Je relève au passage, cependant,  l’aveu de Nabi admettant qu’il évitait le contact fréquent avec son patron, car, souligne-t-il,  une des manies du président Conté, c’est qu’il “aimait humilier ses ministres”.

Et pourtant, dans l’ombre, de tierces personnes indiquent que Nabi Youla  exerçait une parcelle du pouvoir. Ainsi, dans une interview-vidéo Hadja Kadidiatou, la veuve de Telli Diallo, rapporte une menace à peine voilée de Nabi Youla à son encontre. Il lui intima une fois “d’épouser un officiel du régime Conté afin d’éviter le sort de son mari”. La dame ne se le fit pa répéter. Elle plia ses bagages et s’exila au Canada, où elle vit aujourd’hui.

Que je sache, Nabi Youla n’a pas avoué cette démarche. Il ne l’a ni récusée ou réfutée, non plus.  Qui ne dit mot, consent.

Propos contradictoires

Dans son interview accordée à guineeinformation.fr, Nabi Youla cherche à redorer le blason de Lansana Conté. Mal lui en prit. Car on interlocuteur (et petit-fils), Mohamed Bangoura, n’hésita pas à lui porter la contradiction. Leur désaccord apparut suite à la réponse de Nabi Youla, dans laquelle il déclara que Conté était intellectuellement peu apte dans l’exercice de ses fonctions. Le journaliste rétorqua que le Général n’aurait pas dû alors s’accrocher au pouvoir. Acculé, Nabi Youla riposta par une réponse vague et une attitude paternaliste …

Témoignage et lacunes

Indéniablement, Nabi Youla lève çà et là des coins du voile qui enveloppe le passé de la Guinée post-coloniale.
Malheureusement son témoignage est trop personnel et tardif. Pis, sélective — et parfois défaillante — sa mémoire est trouée de lacunes regrettables. Je relève notamment les omissions suivantes :

  • Son activité politique marquée par son élection en 1947 au premier comité directeur de la section territoriale du Rassemblement démocratique africain (RDA)
  • Sa démission de cet organe en 1948
  • Sa collaboration avec Karim Bangoura et leur “Comité de Rénovation de la Basse-Guinée”, hostile au RDA
  • Le sort de Karim Bangoura, torturé et atrocement liquidé au Camp Boiro
  • Sa version peu crédible des circonstances de l’arrestation d’Ibrahima Diallo
  • Son silence et de celui de sa génération au sujet de l’assassinat, en 1960, d’Ibrahima et de ses principaux co-accusés : Elhadj Lamine Kaba et Fodé Legros Touré
  • Sa collaboration avec Saifoulaye Diallo. Surnommé le Sphinx à cause de sa “personnalité énigmatique” (Charles Bernard), le “grand Foulah dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique” (Ameillon) était alors au faîte de sa puissance et de son influence. Secrétaire politique du Bureau politique, numéro deux du régime (jusqu’en 1963), il dirigeait l’appareil du PDG de avec fermeté et doigté, et présidait l’Assemblée nationale, dont Nabi fut le secrétaire général de mai 1961 à janvier 1962.

“Jamais tard pour bien faire”

Nabi Youla a-t-il décidé d’accomplir désormais son devoir de mémoire ?  Mais alors il ne devrait pas attendre les occasions d’interviews épisodiques. Il devrait rédiger ou dicter ses mémoires, créant ainsi son propre espace narratif, historique et intellectuel. Cela lui épargnerait les questions parfois saugrenues et même outrancières de certains journalistes.

Voir ma réaction à la question no. 30 de Djibril Kassomba Camara.

Nabi Youla est un diplômé de la vénérable Ecole William Ponty : pépinière des cadres moyens de l’Afrique Occidentale Française. L’un des derniers diplômés vivants de cette institution, il l’honore par une démarche discursive claire et une étonnante capacité d’élocution. Il devrait y allier la  la plume derechef pour relater ses souvenirs et raconter sa vie en long et en large.

A ce jour, les trois témoignages publiés de Nabi sont nettement insuffisants pour retracer sa longue carrière. Sa vie publique est inextricablement liée aux régimes des présidents Sékou Touré, Mobutu et Lansana. Il ne peut pas changer le passé, ne renier aucun des ses anciens chefs.
Il sait que l’histoire a déjà sévèrement condamnés ces derniers.
Mais il devrait décrire et expliquer sa place dans les pouvoirs oppressifs et répressifs avec lesquels il a collaborés. Nul besoin de chercher à se justifier…

Nabi Youla est entré dans l’histoire par accident et de façon hésitante. Sportif, musicien, instituteur, élégant charmeur, transporteur, courtier (en  bananeraies), acteur, fonctionnaire, etc., il a arpenté la Guinée et ses pays voisins, du littoral côtier à la savane soudanaise. Evidemment, cette Guinée-là a évolué profondément. Mais il peut aider à en reconstituer le passé…
Dans  sa vidéo-interview avec M. Bangoura, Nabi Youla projette l’image d’un patriarche apaisé :  esprit alerte, suite dans les idées,  interlocuteur vivace. Il attribue sa bonne santé à sa jeunesse sportive. Soit. Mais c’est aussi un aléas du destin et, vraisemblablement, une marque de bénédiction.
Puisse-t-il la mettre à profit pour léguer en détails le riche tissu de sa vie , aux plans personnel, familial, social, économique, culturel et politique.
Co-fondateur de l’Etat dans les années 1960, il le doit à la Guinée. Aujourd’hui même et pour la postérité.

Tierno S. Bah

La traite des Noirs par la France. An 13 de la Loi Taubira.

A l’occasion du 10-Mai, Journée officielle de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions en France, retour sur un crime contre l’humanité qui a marqué à jamais l’Histoire du continent.
Depuis l’adoption en 2001 de la loi dite Taubira qui a reconnu la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, chaque année, le 10 mai, la France commémore l’abolition de ce crime odieux qui, ainsi que le rappelle Achille Mbembe dans son dernier essai Critique de la Raison nègre (La Découverte), fit de l’Africain un “nègre”, cet “homme-marchandise, homme-métal, homme-monnaie”.

Christiane Taubira, ministre de la Justice, Garde des Sceaux
Christiane Taubira, ministre de la Justice, Garde des Sceaux

Un acte qui certes a marqué à jamais le continent mais qui a également profondément bouleversé les sociétés américaines et européennes en forgeant les mentalités et en distillant en leur sein le venin du racisme. La seule traite atlantique fit environ 13 millions de victimes. Cette histoire ne concerne pas seulement les Africains et les afro-descendants. Elle est l’Histoire de tous. Afin que plus personne ne puisse dire qu’il ne savait pas, retour sur une tragédie dont seule l’Humanité a le terrible secret.

Jeuneafrique.com

Le Code Noir

Le Code Noir est l’édit de Louis XIV “sur la police de l’Amérique Française”, préparé par Jean Baptiste Colbert (le “grand” Colbert) à partir de 1681, et signé par son fils Jean-Baptiste Colbert en mars 1685.
Le Code  comporte 60 articles. En voici quelques uns :

  • Article 2. Tous les esclaves, qui seront dans nos îles, seront baptisés et instruits dans la religion C. A. et R. [4]. […]
  • Article 12. Les enfants qui naîtront des mariages entre les esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents.
  • Article 33.  L’esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec confusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.
  • Article 38. L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys sur une épaule ; et s’il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule ; et la troisième fois il sera puni de mort.

T.S. Bah

Cheikh Hamidou Kane : désaccord et hommage

Il se présente lui-même, modestement, comme “un écrivain occasionnel”. A la différence des littéraires “professionnels”. Un groupe dans lequel il range Nafissatou Dia Diop, et surtout, son protégé, Boubacar Boris Diop.
Les écrits de Cheikh Hamidou Kane soulignent les traditions des Fulɓe-Halpular du Sénégal, et l’impact du contact de ceux-ci avec l’Occident à travers la colonisation. L’auteur réalise superbement son projet. A tel point que d’autres communautés, voisines ou distantes, se reconnaissent dans les  personnages et circonstances que Kane dépeint. Il met en effet en marche un monde où l’individu et la société, la tradition et le “progrès” s’affrontent et s’acceptent, alternativement.
A travers seulement deux titres, et malgré sa réserve, Cheikh Hamidou Kane restera un grand nom de la littérature francophone. Ce qui suggère que l’influence d’un écrivain n’est pas nécessairement fonction de sa prolixité littéraire.

Dans ce blog je passe en revue quelques positions et points de vue exprimés par Cheikh Hamidou Kane au cours de son interview. Certains aspects de sa pensée  sont naturellement sujets à controverse. Pour ma part, je voudrais élever mes objections et exprimer mon désaccord avec l’auteur sur les questions suivantes :

1. Jeunesse

“Je crois que les jeunesses aujourd’hui, aussi bien en Afrique qu’en Amérique et en Europe, ont majoritairement dépassé les préjugés de couleurs ou d’ordre religieux qui ont paralysé le monde.”

On attribue souvent à la jeunesse la capacité de réinventer le monde, en rompant avec les inégalités et les clivages. Les idéologues et les politiciens sont passés maîtres dans l’art de manipuler la jeunesse avec un tel argument. Ils voudraient faire croire que les générations montantes seraient comme porteuses d’antidotes miraculeux pouvant guérir le monde de ses maux et maladies. On le sait,  la jeunesse est attirée par les nouveautés. Elle adapte aisément les innovations. Par contraste, avec la maturité les adultes  deviennent “conservateurs”, mesurés voire sages. L’impulsion cède à la réflexion. Et le dicton de rappeler : Ah! si jeunesse savait, et si vieillesse pouvait. Mais les deux groupes d’âge ni sont pa isolés ou séparés l’un de l’autre. Ils se côtient, au moins, et s’influencent réciproquement. Et en général, la jeunesse est modelée par leur environnement. En échange, les jeunes apportent leur énergie et leur vigueur à la famille et à la société. Dans ce dialogue incessant, chaque catégorie donne et reçoit de l’autre, en bien et en mal, pour le meilleur et pour le pire.
Les adultes et les jeunes sont forcément enrôlés par et dans l’histoire. Aucun des deux groupes ne devrait pas être idéalisé ou idolâtré. Je pense notamment à la gérontocratie africaine, et à la fameuse formule de A. Hampâté Bâ, le Maître du Pulaaku : “En Afrique, lorsqu’un veillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle”. Les jeunes ou les vieux n’évoluent pas en vase clos. Il ne sont donc pas à l’abri d’erreurs et d’écarts de conduite. Au contraire, chacun de ces groupes reproduit les qualités et les défauts, tire avantage de la contribution des prédécesseurs et ajoute sa petite pierre à l’édifice commun.

2. Barack Obama

“La jeunesse américaine a élu un président noir, les héros de cette jeunesse européenne sont noirs, jaunes ou blancs selon qu’ils sont de grands artistes, de grands footballeurs…”

Indéniablement, les couches juvéniles de l’électorat américain furent déterminantes dans l’élection d’un fils d’Afrique à la Maison Blanche, en 2008 et en 2012. Mais il s’agit des composantes modérée et progressiste de cette jeunesse. Leurs camarades d’âge conservateurs et réactionnaires du parti républicain votèrent pour le rival du candidat démocrate Barrack Obama, respectivement John McCain en 2008 et Mitt Romney en 2012.
Une fois de plus, l’erreur consiste à présenter la jeunesse comme une entité monolithique ou une force uniforme. En réalité, les jeunes Américains reflètent les courants idéologiques et les stratifications sociales du pays. Ils en jouissent ou subissent les privilèges ou les désavantages économiques. Ils en reflètent également  les préjugés de religion, de race, etc.

3. La révolution numérique

“Un monde nouveau apparaît, créé par la jeunesse et les nouvelles technologies de l’information et de la communication, un monde devenu un village planétaire.”

Le cliché “nouvelles technologies de l’information et de la communication” est fréquent en Afrique. Son usage fréquent est partiellement révélateur du retard technologique du continent. En réalité, l’expression est dépassée.
Elle ne rend pas clairement compte de la profondeur et de l’ampleur de la révolution numérique. Car c’est d’elle qu’il s’agit. Le processus que l’on continue d’appeler  “nouvelles technologies” en Afrique, date en fait de la deuxième guerre mondiale (1939-45). Et aujourd’hui,  la révolution numérique couvre des domaines vitaux :  physique quantique,  génétique, microbiologie, recherche spatiale, l’informatique, la cybernétique. Autant d’activités où l’Afrique post-coloniale brille par son absence. Et pourtant ces recherches ont un impact social universel. Elles impulsent la mondialisation, et la tansformation du monde en ce village global dont parle Cheikh Hamidou Kane.

4. Déclin de l’Occident

“Le monde ne peut plus continuer d’être ce qu’il était jusque-là c’est-à-dire le fils des œuvres de l’Occident. L’Occident est allé à la découverte du reste du monde, l’a façonné à son avantage. C’est fini. Cet Occident premier, quasiment unique, qui a fourni son modèle comme un modèle universel de référence, est passé au troisième rang.”

On connaît la célèbre phrase de l’auteur américain Mark Twain : “La nouvelle de ma mort est très exagérée.”  Cheikh Hamidou Kane  annonce le déclin de l’Occident et l’avènement de l’Afrique. Toutefois, peu de faits appuient son assertion…
On entend souvent des pronostics sur une nouvelle ère, avantageuse pour l’Afrique. Soit. Mais quel spectacle le continent nous offre-t-il aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après les indépendances :

  • coups d’Etat
  • guerres civiles
  • dictature
  • dépendance agricole
  • corruption
  • impunité
  • émigration illégale vers les autres continents
  • exode des cerveaux

Dans sa satire intitulée les “soleils des indépendances” Ahmadou Kourouma montre que les régimes post-coloniaux ont cruellement brûlé les pays et les populations du continent. Ils se sont érigés partout en “colonialistes” locaux : du Magreb en Afrique du Sud, du Cap Vert à la Corne orientale.
Avec l’aide et la complicité de l’Europe, qui n’a jamais relâché son contrôle et son hégémonie sur l’Afrique. Les preuves, dira-t-on ? Elles sont abondantes. Je cite par exemple :

  • Sans l’opération Serval de la France, le Mali serait aujourd’hui sous la botte d’Islamistes intolérants, ignorants, violents et destructeurs.
  • Le grand Congo (“démocratique”), la République Centrafricaine et Sud-Soudan requièrent l’ONU, dominée par l’Occident
  • Sans la Grande-Bretagne et les USA, Charles Taylor serait toujours en train d’exploiter les mines de diamant de la Sierra Leone avec le sang de ses “frères et soeurs”. Avec l’aide du RUF et de ses amputations.
  • Le génocide rwandais, que les puissances occidentales et l’Onu ne surent prévenir, intervenant seulement après le bain de sang.
  • Le Sénégal se paupérise d’année en année sur fond de spéculations foncières, d’iniquités sociales criardes et d’une guerre civile larvée vieille de décennies.
  • La  Côte d’Ivoire, dont le précédent président, Laurent Gbagbo, est en détention à la CPI en attendant son procès pour crimes de guerre.
  • La Guinée-Bissau, dont le deuxième président et héros de la guerrilla d”indépendance, Général Niño Vieira, fut abattu sans sommation.
  • Le Camp Boiro, le massacre du 28 septembre 2009 à Conakry, en Guinée, où depuis 1958, on n’a  de la démocratie qu’une expérience dictaoriale et une pratique abusivement rhétorique !
  • L’Afrique du Sud n’a pas longuement hésité à faire in carnage de mines grévistes, réveillant du coup le sinistre spectre du massacre, en 1962, de manifestants anti-apartheid  à Sharpeville.
  • Le Maghreb et l’Afrique  du Nord en génêral ont déjá explosé. Comme le reste du continent cette région est une volcan en veille.

5. Emergence de l’Afrique selon Cheikh Hamidou Kane

“Et l’Afrique qui était le dernier de la classe émerge progressivement.  Le monde entier se tourne vers l’Afrique ; l’Afrique conditionnera l’avenir du monde, à la différence du rôle qu’on lui a fait jouer jusque-là.”

Cheikh Hamidou Kane proclame l’émergence de l’Afrique. C’est  généreux. Malheureusement, ce sentiment correspond peu à la réalité continentale.
Les succès et les miracles africains sont superficiels et illusoires, parce qu’ils ne touchent que des minorités politiques et urbaines. La majorité rurale est laissée pour compte. Pis, les économies  sont basées sur le vieux Pacte Colonial, qui depuis 1898 assigne au continent le rôle de producteur de matières premières brutes et de déversoir de produits manufacturés de moindre qualité et excessivement majorés.
L’industrie extractive est la source principale des recettes pour l’Etat, qui offre peu de services sociaux.
Les conséquences sont dévastatrices. Prenons le Nigeria, un pays géant à forte démographie, qui aurait pu développer une économie domestique florissante.
Hélas, le pétrole a généré un début d’euphorie (boom). Puis il il engendré le désespoir (gloom). La cécité, la cupidité et la rapacité des dirigeants ont aggravé l’évolution du pays.  Et les crises se sont accumulées :  de la sécession et la guerre du Biafra (1966-67) en passant par la violence du Movement for the Emancipation of the Niger Delta (MEND) et, de nos jours,  le terrorisme encore plus aveugle de Boko Haram.

Conclusion

Comme on le constate, mon désaccord avec le doyen Cheikh Hamidou Kane est  réel à propos de la politique et de l’histoire post-coloniale.
Mais les choses s’arrêtent là. Car au plan culturel et intellectuel, j’admire cet homme et son oeuvre. Je vois en lui un symbole éminent du Pulaaku, un vecteur actif et un porte-parole éloquent de la civilisation Fulɓe-Halpulaar. Il allie le particulier et le général. Il rappelle la riche spécificité et le magnifique apport de son peuple au dialogue universel des cultures.
Notre rencontre date de 2003. Il était venu de Dakar participer à l’inauguration de la Mosquée Karamoko Alfa de Labé, ma ville natale. Une soirée en son honneur fut organisée au Musée du Fuuta-Jalon. Simples mais instructifs, ses propos enrichirent l’audience.

Tout mon hommage, donc, Kane, mon Diallo !
Saɗi maaɗa !

Tierno S. Bah