Général Sékouba Konaté et la CPI

Général Sékouba Konaté, vice-président du CNDD (2008-2010), président de la Transition (2010)
Général Sékouba Konaté, vice-président du CNDD (2008-2010), président de la Transition (2010), haut représentant de l’UA pour la Force africaine en attente

Le général Sékouba Konaté affirme avoir transmis à la CPI les noms des “véritables commanditaires” du massacre du 28 septembre 2009. La meilleure défense, c’est l’attaque…

Cinq ans après les tragiques événements du 28 septembre 2009 dans le stade de Conakry (157 morts et 109 femmes violées), le général Sékouba Konaté, numéro trois du Conseil national pour la démocratie et le développement (l’ex-junte au pouvoir) et ministre de la Défense au moment des faits, a décidé de briser le silence. Et de balancer…

Dans un entretien publié le 11 juin sur le site Guineenews, l’ancien président par intérim (de fin 2009 à fin 2010) déclare : “Des gens voulaient vaille que vaille que le sang coule afin de profiter de la situation.” Après avoir précisé qu’il n’était pas à Conakry lors du drame mais en Guinée forestière pour une “mission d’État, il explique avoir reçu ce jour-là “des informations selon lesquelles certains officiers et civils avaient encouragé Capitaine Moussa Dadis Camara [le chef de la junte] à mater la marche pacifique de l’opposition”.

Ces personnes plus ou moins connues sont selon lui “les véritables commanditaires de ce massacre de citoyens”. En mars, Konaté aurait transmis leurs noms à la Cour pénale internationale (CPI). À La Haye, on confirme sa récente rencontre avec Fatou Bensouda, la procureure générale, mais sans en dire plus.

Pourquoi Konaté, aujourd’hui haut représentant de l’Union africaine pour la mise en oeuvre de la Force africaine en attente, est-il sorti de sa réserve ? Par “devoir de mémoire et surtout pour la manifestation de la vérité”, dit-il. Interrogé par J.A., le Tigre assume ses propos, bougonne qu’il en a assez “des mensonges et de la démagogie” mais qu’il ne veut pas “en dire plus pour le moment”.

Sékouba Konaté : agacé par les lenteurs de la justice guinéenne

Son entourage, lui, est plus prolixe. Le général serait agacé par les lenteurs de la justice guinéenne dans le dossier du 28 septembre : pour le moment, seuls huit militaires ont été inculpés, et nombre de figures de l’ex-junte sont introuvables, en liberté ou encore en poste. “Il veut mettre la pression pour que cette affaire soit jugée et que les soupçons autour de sa personne soit levés”, déclare un proche.

Faut-il par ailleurs voir un lien avec la présence de son nom sur la liste, publiée quelques jours plus tôt, des personnalités disposant de biens immobiliers dits “publics” que l’État voudrait récupérer ? Pas du tout, répond son entourage, même s’il n’est un secret pour personne que les relations de Konaté avec le pouvoir sont en dents de scie.

Dans la foulée de cette affaire, il avait d’ailleurs déclaré :

“Ceux qui me cherchent me trouveront sur leur chemin. Maintenant, je ne vais plus me laisser faire ; le général Sékouba Konaté de 2014 est différent de celui de 2010.”

Haby Niakaté
JeuneAfrique.com

Commentaire

En quoi Sékouba est-il différent ? Quelle(s) mutations aurait-il subies ? Il ne le dit pas…
Aussi longtemps qu’il ne comparaitra pas devant un tribunal digne de ce nom, l’ancien président de la Transition peut se permettre  de parler à demi-mots et proférer des menaces dans le vide. Mais, dans le box des accusés et face au juge, Sékouba Konaté saura que les allusions et les insinuations sont insuffisantes. Il lui faudra fournir des preuves et des témoins pouvant le disculper des charges qui pèsent contre lui.
En attendant, il peut toujours courir et discourir. Qu’il sache toutefois qu’il est cité par l’ONU, avec d’autres membres  de la junte du CNDD, dans une affaire de massacre de citoyens et de crimes contre l’humanité. Il ne s’agit pas seulement d’un évènement domestique guinéen.
Jusqu’a quand Konaté et ses camarades jouiront-ils de l’impunité ?

Tierno S. Bah