JA. Suppositions, Prétentions, Impunité

Lorsqu’on n’a rien à dire, il vaut mieux se taire. Négligeant cet adage, un titre sensationnel de Jeune Afrique fait de la non-information sur l’enquête du massacre du 28 septembre 2009 et à propos d’un hypothétique et vague grill de Moussa Dadis Camara à Ouagadougou.

En effet, l’article de JA ne cite aucune source, probable ou vérifiable. Ne se réfèrant même pas à des informateurs anonymes, Jeune Afrique se livre à des suppositions hâtives et à des prétentions infondées.

Les suppositions de JA

Au lieu d’indiquer la date et la durée du séjour des magistrats guinéens, JA se contente de dire prochainement. Depuis quand un adverbe entre dans le calendrier en matière de déontologie du journalisme ? Si la rédaction avait réfléchi un peu, elle aurait, par  scrupule professionnel,  fourni le jour, le mois et l’année de l’audition de l’ancien chef de la junte militaire du Comité national pour la démocratie et le développement (CNDD).

Ensuite, JA s’empresse d’annoncer l’audition d’anciens ministres à Conakry. Quand? Là également, la plume de JA reste silencieuse.

Enfin, comble de négligence, l’article souligne que “les juges  souhaitent également entendre l’ex-président Sékouba Konaté, ministre de la Défense à l’époque des faits.” Mais il ne nomme pas les magistrats. JA ne dit pas non plus où et quand ces enquêteurs anonymes ont exprimé leur intention d’interroger le Général, “frère et ami” de l’ex-capitaine Dadis Camara.

Prétentions

JA affirme que le président Alpha Condé aurait téléphoné à son mentor et homologue du Burkina Faso pour “appuyer” la prétendue audition. Une fois de plus, aucune date n’est avancée pour cette communication, qui est peut-être imaginaire. Tant d’imprécision incite au scepticisme.
D’autant plus que ce n’est pas par téléphone seulement qu’on fait avancer un dossier juridique épineux, qui relève du crime contre l’humanité. Il est impératif en pareil cas de passer par la correspondance écrite, datée, publiée et vérifiée.  C’est la meilleure manière de prouver le  sérieux que l’on accorde à l’affaire.

Pareillement, si trois membres du gouvernement soutiennent  le déblocage du processus judiciaire, JA aurait dû prendre contact avec le service de presse de leurs départements. En citant une éventuelle corroboration officielle l’article aurait eu une certaine crédibilité.

En somme, à cause de ses défaillances informationnelles et de sa médiocrité journalistique, l’article aggrave le suspens judiciaire autour  du massacre en septembre 2009 au stade sportif de Conakry. Il ne l’atténue pas. Au contaire, il fait reculer la possibilité et la probabilité de voir, un jour,  les perpétrateurs punis. Et d’obtenir justice pour les victimes.

Impunité

L’impunité en Guinée ne se limite pas à Moussa Dadis Camara. Datant de 1958, elle est devenue endémique. Acceptée, banalisée, normalisée, elle fait de l’Etat un violateur quotidien des droits des citoyens. Elle a dégradé un pays jadis promis et prometteur en une contrée pauvre à horizon incertain. Elle a détruit une société naguère policée et solidaire et l’a remplacée par une jungle. La loi de la force y règne. La force de la loi y est ignorée.

Ainsi, à propos des violences ethniques de Koulé et Nzérékoré, l’an dernier, une opinion que Le Monde a, au moins, pris soin d’identifier est catégorique :

“Aucune enquête sérieuse n’a été conduite à la suite des violences précédentes qui ont fait des dizaines de morts. Les populations ont donc le sentiment d’être oubliées par les autorités de Conakry et que les auteurs des violences agissent en toute impunité.” (Béatrice Abouya).

On se souvient que les cadavres étaient encore chauds, les blessures saignantes, et les lamentations vives le 23 juillet 2013, lorsque M. Condé choisit de s’envoler le même jour pour un sommet de la CEDEAO à Abuja, Nigeria. Aveuglé par la présidence, l’inconguité et la malséance de son voyage lui échappèrent.  Premier magistrat de la république, il se déroba ainsi à ses obligations et afficha une  indifférence — cynique et coupable — face aux violences secouant la Guinée Forestière.

Alpha Condé n’a cure pour son pays de naissance, la Guinée, ou pour celui de ses pères, le Burkina Faso. Son obsession, c’est le pouvoir en soi et pour soi, l’autorité nue et brute, l’autocratie vaine et détachée du sort des populations.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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