Opposition et Majorité. Bonnet Noir, Noir Bonnet

Cellou Dalen Diallo et président Alpha Condé à Conakry
Cellou Dalen Diallo et président Alpha Condé. Conakry, novembre 2014

Dans la rubrique “Détails”, également désignée “rubrique des chiens écrasés” en journalisme, une anecdote circule sur une altercation entre la garde présidentielle d’Alpha Condé  et le service de protection rapprochée de Cellou Dalen Diallo, leader de l’UFDG. Ni les organisateurs, ni les membres des deux corps, n’ont pu parer, préparer et s’épargner la (non)-application d’une simple règle d’étiquette et de protocole.

Le tiraillement a eu lieu ce Samedi 20 décembre, lors du Symposium consacré à la mémoire de Lansana Conté, le deuxième dictateur et destructeur de la Guinée.

Pour mémoire notons que:

  • L’ONG Human Rights Watch résume le règne infernal du Général Conté en une formule, frappante et appropriée : “Enracinement de l’impunité et Edification d’un Etat criminel
  • Conté figure sur la liste des cinq dictateurs trafiquants de drogue
  • Le film documentaire de Gilles Nivet “Cona’Cris. La révolution orpheline” implique personnellement Lansana Conté dans la corruption crapuleuse, la paupérisation galopante et le massacre impuni de manifestants pacifiques en 2006, 2007
  • Conté prépara le coup d’Etat contre son régime ! Pour lui, les militaires étant supérieurs aux civils, un officier devait le remplacer à sa mort. L’état-major inter-armes s’étant opposé à la désignation du Capitaine Ousmane Conté comme successeur de son père, Lansana mit en place l’option Moussa Dadis Camara. Avec Lieutenant Pivi “Coplan” Togba, celui-ci avait été actif dans les répressions de 2006 et 2007. Henriette Conté exécuta donc les instructions reçues et informa prioritairement Capitaine Moussa Dadis Camara du décès de son mari. Le futur chef du CNDD put ainsi prendre les devants et s’emparer des commandes de l’Etat. Entre autres mesures, il ordonna au président de la Cour suprême, Lamine Sidimé, de se cacher. Aboubacar Somparé, président de l’Assemblée nationale rechercha ce dernier en vain. Il voulait faire constater la vacance du pouvoir et organiser la cérémonie de prestation du serment pour assurer l’intérim de la présidence. Il se considérait en effet comme le dauphin légal et le successeur désigné par la Constitution. En réalité, le mandat du parlement avait expiré deux ans auparavant. Somparé dirigeait donc une institution juridiquement caduque, périmée. …
  • La classe politique honore la mémoire du perpétrateur et ignore, injustement, les victimes, qui furent criblées de balles par les tueurs de Conté. Seulement en  Guinée peut-on, sans scrupule, afficher tant de cruauté et d’indifférence pour le sacrifice des citoyens morts pour l’avènement de la démocratie.
  • La justice américaine a saisi les biens, mal acquis et illicites, de  Mamadie Touré, la 4e femme de Lansana Conté. Sa liberté de mouvement est contrôlée en que témoin du FBI. Elle doit continuer de témoigner dans l’enquête  et les procès dirigés par Preet Bharara, procureur de la république pour le District du Sud, à New York, dans le scandale de corruption pour l’octroi de licenses d’exploitation du gisement de fer du Simandou.

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Les lambeaux du parti de Conté —et de Somparé Aboubacar—, le PUP, récolta 0.6 % au premier tour de l’élection présidentielle en 2010. Le chiffre souligne  l’effondrement de la machine à propagande qui empoisonna davantage le climat et la culture politiques en Guinée, de 1991 à 2008.

Aujourd’hui, la mascarade continue, au nom de Lansana Conté et autour de son legs catastrophique. A cet égard, il est particulièrement révélateur que l’opposition et la majorité se retrouvent dans le même camp.

Mais pour un début de changement réel, il faudra nécessairement que la classe politique —toutes obédiences confondues — se démarque des tyrans et de modèles de gouvernance qui ont ruiné la Guinée.

Sinon, comme l’avait dit Elhadj Abdoulaye Porédaka Diallo en 1984, l’investiture d’un président (actuel et futur) revient à enfiler la même sale tunique, maculée de sang et retournée, selon le cas, à l’envers ou à l’endroit.

La Guinée, l’Afrique et l’opinion internationale n’en sont —et ne seront— pas dupes. C’est, comme dit le proverbe, bonnet noir et noir bonnet.

Ce jeu cynique est peut-être avantageux pour des partis à la recherche d’électeurs. Mais il indique que la Guinée est prisonnière de la banalisation du crime et de la normalisation  de l’impunité (passée et présente). Consacré à un dirigeant ignare et brutal, égoiste et létal, le symposium marque un pas en arrière de plus pour le pays.

Tierno S. Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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