En guise d’adieu à Black History Month 2015

Black History Month s’achève aujourd’hui. Le présent blog est la version revue et augmentée de mon commentaire du 21 courant sur la page Facebook d’Abdoulaye Barry .

Malcolm X (1925-1965) et Martin Luther King, Jr. (1929-1968)  furent assassinés à trois ans d’intervalle. Les deux leaders  divergeaient fortement en stratégie et en tactique. A quoi s’ajoutait la différence de foi religieuse ; l’un était musulman, l’autre chrétien.

Washington, DC. 26 mars 1964. Dr. Martin Luther, Jr. et Malcolm X se rencontrent pour la première et la dernière fois.
Washington, DC. 26 mars 1964. Dr. Martin Luther, Jr. et Malcolm X se rencontrent pour la première et la dernière fois.

Malcolm X — Elhadj Malik El Shabbaz

Malcolm était très critique de la non-violence de MLK, Jr. Les deux hommes ne se rencontrèrent qu’une seule fois, et pour quelques minutes, le 26 mars 1964. Juste le temps de d’échanger les salutations d’usage et de poser pour une photo historique. Ils s’étaient rendus à Washington, DC à l’occasion du débat du Sénat sur le projet de loi qui sera adopté et promulgué, le 2 juillet 1964, sous le nom de Civil Rights Act.

D’une importance fondamentale, cette loi interdit la discrimination, dans les lieux publics, basée sur la race, la couleur de peau, la religion, le sexe, ou l’origine nationale. Le Civil Rights Act mit juridiquement fin :

  1. à l’inégalité  d’application des critères d’inscripition des électeurs
  2. à la  ségrégation raciale dans les écoles, les lieux de travail et aux endroits ouvert au public.

Prônant au départ le séparatisme d’avec la majorité blanche, Malcolm finit aussi par dénoncer aussi le caractère hérétique de la secte connue sous le nom de Nation of Islam. Il rejoignit l’Islam orthodoxe et fit son pèlerinage aux Lieux Saints. Il changea de nom pour la deuxième fois ; il avait  décidé de remplacer Malcolm Little, son nom de baptème chrétien, par Malcom X. En 1964, Malcolm X devint Elhadj Malik El Shabbaz, fondateur du parti politique, Organisation de l’Unité Afro-Américaine. On remarque ici la similarité d’appellation avec l’Organisation de l’Unité Africaine, créée en 1963 à Addis Abeba. L’OUA fut le précurseur de l’actuelle Union Africaine. Telli Diallo fut son premier secrétaire général élu.

Boubacar Telli Diallo, 1925-1977
Boubacar Telli Diallo, 1925-1977

La rupture d’avec Nation of Islam coûta la vie à Elhadj Malik El Shabbaz. Expulsé de l’organisation en 1964, il fut assassiné l’année suivante par des adeptes de Nation of Islam. Le tireur principal sera bientôt libéré après avoir purgé 40 ans de prison.

Deux ans avant sa mort, Malcolm X visite l’Afrique à deux reprises. Maya Angelou décrit merveilleusement le passage de Malcolm à Accra en 1963.

[ Lire Maya Angelou. All God’s Children Need Travelling Shoes. Chapters 9, 10, 12]

Seule ombre au tableau de la visite, le chapitre 10 dépeint la rencontre impromptue et pénible de Malcolm X et de Muhammad Ali à Accra. Le second prenait le premier pour son idole, et Malcolm adorait Muhammad Ali. Mais après la dénonciation de Nation of Islam et de son chef, Elijah Muhammad, la rupture était consommée entre les deux célébrités…

De gauche à droite, Présidents Modibo Keita, Kwame Nkrumah et Sékou Touré signent la charte de l'Union Ghana-Guinée-Mali, le 29 avril 1961 à Accra.
De gauche à droite, Présidents Modibo Keita, Kwame Nkrumah et Sékou Touré signent la charte de l’Union Ghana-Guinée-Mali, le 29 avril 1961 à Accra.

Par contre, Malcolm eut droit aux honneurs officiels et protocolaires de la part des ambassadeurs des pays suivants : Chine, Yugoslavie, Mali, Cuba, Algerie, Egypte et Guinée.
Dans ce dernier cas, il s’agissait de feu Abdoulaye Diallo, leader syndicaliste, et premier ambassadeur de Guinée à Accra. Du reste, il fut par la suite surnommé Abdoulaye ‘Ghana’. Il avait le titre officiel de ministre-résident, et il participait aux séances du gouvernement ghanéen. Son équivalent Ghanéen à Conakry avait les mêmes prérogatives durant l’Union Ghana-Guinée (1959-1963), qui devint Union Ghana-Guinée-Mali en 1961, et qui fut dissoute avec la création de l’OUA en 1963.

En mission en Chine, les ministres Abdoulaye Diallo et Mamadou Sow avec Président Mao Zedong
En mission en Chine, les ministres Abdoulaye “Ghana” Diallo et Mamadou Sow (fusillé au Camp Boiro), à droite, avec Président Mao Zedong. (Source. Archives de la famille Mamadou Sow)

Maya Angelou — qui faillit épouser un Sheikh Ali, un Pullo Malien — conduisait la voiture qui ramenait Malcolm X à l’aéroport. Durant le trajet, il la sermonna gentiment mais fermement en lui rappelant que la place des Noirs Américains était aux USA, non sur le continent d’origine….

Martin Luther King, Jr.

De son côté, sans renoncer à la non-violence, MLK avait fait une révision fondamentale de sa position politique. Ayant obtenu le ralliement de Maya Angelou, il lui déclara, sans autre précision : “J’ai besoin de personnes énergiques et intelligentes comme toi, car je prépare quelque chose de radical.” En 1967 il dénonça la guerre du Vietnam dans son discours magistral intitulé « Beyond Vietnam ».

[Lire Beyond Vietnam. Time to Break Silence]

En conséquence, il fut rejeté et isolé par la plupart des autres leaders noirs, par ex. Thurgood Marshall de la Cour Suprême, et bien sûr, par la Maison Blanche.

Death of a King: The Real Story of Dr. Martin Luther King Jr.'s Final YearEt l’acharnement d’Edgar Hoover, chef du FBI, contre lui s’accentua. Les dirigeants noirs lui reprochaient d’avoir dénoncé si ouvertement et profondément la politique du président Lyndon Johnson et l’engagement militaire américain en Asie du Sud-Est (Viet-Nam, Laos, Cambodge). On disait à Dr. King qu’il aurait dû être “reconnaissant” au signataire du Civil Rights Act (1964) et du Voting Rights Act (1965).…

De gauche à droite : Ambassdeur Marof Achkar (représentant permanent de la Guinée à l'ONU), Ambassadeur Américain James Loeb à Conakry, Harry Bellafonte, Ambassadeur Karim Bangoura de Guinée à Washington DC, Rev. M.L King, Jr. in New York City, circa 1966. Les deux ambassadeurs Guinéens (Achkar et Bangoura) furent assassinés au Camp Boiro in 1971.
De gauche à droite : Ambassadeur Marof Achkar (représentant permanent de la Guinée à l’ONU), Ambassadeur Américain James Loeb à Conakry, Harry Bellafonte, Ambassadeur Karim Bangoura de Guinée à Washington DC, Rev. M.L King, Jr. in New York City, circa 1966. Les deux ambassadeurs Guinéens (Achkar et Bangoura) furent assassinés au Camp Boiro in 1971.

Mais la vision de MLK dépassait les considérations personnelles. Elle se plaçait au niveau national et universel. Il fut abattu à Memphis le 4 avril 1968, anniversaire, jour pour jour, de “Beyond Vietnam”, selon la remarquable biographie intitulée Death of a King: The Real Story of Dr. Martin Luther King Jr.’s Final Year, publiée en 2014 par Tavis Smiley et David Ritz.

Tierno S. Bah