Inculpation de Dadis : imprécision et exigences

Couverture du rapport de la Fidh et de l'Ogdh, 20 mai 2015
Rapport de la Fidh et de l’Ogdh, 20 mai 2015

L’imprécision et le flou entourent l’inculpation de Moussa Dadis Camara. Laconique, l’Agence France-Presse a simplement repris les propos succints de l’avocat de l’ex-capitaine putschiste :

« Il a été inculpé, déclare-t-il, par un pool de magistrats partis de Conakry pour l’interroger sur son implication dans les évènements du 28 septembre 2009. »

Pas un mot de plus.

Inculpation confidentielle

Le document d’inculpation par les deux juges d’instruction et le procureur guinéens est apparemment sous scellé, confidentiel. Je n’ai personnellement pas appris sa diffusion. Et L’identité des trois officiels n’a pas non plus été révélée. Mais le public, les plaignants et leurs avocats ont le droit d’être informés en détail de l’enquête en cours, et qui porte, ne l’oublions pas, sur des crimes contre l’humanité !

Il incombe dès lors à la “justice nationale” (dixit M. Cheick Sako, ministre et Garde des Sceaux) d’indiquer les prochaines étapes à boucler par les officiers de la police judiciaire, ainsi que la procédure générale envisagée par les magistrats en vertu de la loi et des codes juridiques en vigueur.

Certes, Moussa Dadis et ses co-inculpés jouissent de la présomption d’innocence tant que leur culpabilité n’aura pas été prouvée dans un procès en bonne et due forme.

Mais l’inculpation du chef du CNDD n’a été obtenue qu’après six ans de silence, d’atermoiements et de refus, tantôt ouvert, tantôt sournois. Six années d’impunité et de liberté arrogante pour les présumés auteurs de la boucherie de septembre-octobre 2009. Six années de réclamation et d’attente de justice pour les morts et les survivants du massacre et des viols.

Pressions et calcul

Il semble que le régime du “Professeur” Alpha Condé ait voulu exploiter l’aubaine et l’occasion de l’élection présidentielle d’octobre prochaine pour faire un coup d’éclat. Soit. Mais le caractère sensationnel de l’interrogation criminelle de Ouagadougou s’est dissipé après avoir fait le tour du monde. Et les autorités de Conakry vont naturellement replonger le processus judiciaire dans la léthargie. Elles qui sont expertes dans l’art de traîner la patte judiciaire et de retarder le cours de la justice.
Tardive, timorée et vague, l’inculpation de Moussa Dadis Camara a été interprétée çà et là comme la convergence de pressions extérieures (CPI, FIDH, HRW, etc. ) et d’un calcul électoraliste.…

Vigilance et exigences

En conséquence, aujourd’hui plus qu’hier, la vigilance impose d’exiger  :

  • L’information complète et les renseignements susceptibles de lever le mystère entourant le processus de l’inculpation
  • La liste complète des prévenu(e)s, avec indication précise du motif imputé à chacun(e)
  • L’énoncé détaillé du/des chefs d’accusation, le cas échéant
  • L’accélération du rythme des investigations
  • L’arrestation de tous les inculpés, quitte à leur mise en liberté sous caution
  • La publication du calendrier du procès : préparatifs, procédure, tenue, etc.

Lire Inculper, Arrêter et Juger Moussa Dadis Camara

A suivre.

Tierno S. Bah