Enquête du Massacre : Sékouba Konaté témoin

De g. à dr., (à l'époque) Colonel Sékouba Konaté, Capitaine Moussa Dadis Camara et Général Mamadouba Toto Camara en 2008 au Camp Alpha Yaya Diallo, Conakry. Les trois officiers étaient respectivement no.3, no.1 et no.2 de la junte du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) installée au pouvoir par le coup d'Etat militaire du 23 décembre 2008. Les personnages de cette photo représentent trois régions de la Guinée sur quatre, à savoir la Haute-Guinée, la Forêt et la Basse-Guinée. Le Fuuta-Jalon est exclu. Pour évidente qu'elle soit, l'absence d'un officier Pullo (Peul) n'est pas fortuite. Au contraire, elle résulte d'une politique délibérée de marginalisation adoptée par Général Lansana Conté, qui, deux ou trois ans auparavant, avait systématiquement écarté tous les chefs militaires Fulɓe (Peuls). Lire <strong><a href="http://www.webguinee.net/blogguinee/2008/12/fulɓe-de-guinee-pluralite-marginalisee/">Fulɓe de Guinée : Pluralité Marginalisée</a></strong> et <strong><a href="http://www.webguinee.net/blogguinee/documents/coup-de-balai-dans-les-casernes/">Coup de balai [anti-Peul] dans les casernes</a></strong> — <strong>T.S. Bah</strong>
De g. à dr., (à l’époque) Colonel Sékouba Konaté, Capitaine Moussa Dadis Camara et Général Mamadouba Toto Camara en 2008 au Camp Alpha Yaya Diallo, Conakry. Les trois officiers étaient respectivement no.3, no.1 et no.2 de la junte du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) installée au pouvoir par le coup d’Etat militaire du 23 décembre 2008. Les personnages de cette photo représentent trois régions de la Guinée sur quatre, à savoir la Haute-Guinée, la Forêt et la Basse-Guinée. Le Fuuta-Jalon est exclu. Pour évidente qu’elle soit, l’absence d’un officier Pullo (Peul) n’est pas fortuite. Au contraire, elle résulte d’une politique délibérée de marginalisation adoptée par Général Lansana Conté, qui, deux ou trois ans auparavant, avait systématiquement écarté tous les chefs militaires Fulɓe (Peuls). Lire Fulɓe de Guinée : Pluralité Marginalisée et Coup de balai [anti-Peul] dans les casernesT.S. Bah
Dans l’affaire du Massacre du 28 septembre, les autorités de Conakry ont annoncé l’interrogation prochaine, à titre de témoin, du général Sékouba Konaté. Cette annonce intervient après l’inculpation de Moussa Dadis Camara et de Mamadouba Toto Camara , respectivement premier et deuxième de l’ex-junte guinéenne du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD).

Note. Il n’existe aucun lien de parenté entre les deux Camara. Le capitaine est de l’ethnie Guerzé (Kpèllè), en Guinée Forestière, tandis que le général est un Soussou (Soso) de la Guinée maritime. Le nom Camara est un patronyme Mande. Il a été notamment rendu célèbre par Camara Laye, le parrain de la littérature guinéenne francophone. Son usage est fréquent dans les quatre régions du pays, y compris le Fuuta-Jalon. Ainsi, le martyr du Camp Boiro, Commandant Diouma Camara, est un Jalonke Fuutanke Haalpular de la préfecture de Mali ;  Amadou, son fils aîné, est un promotionnaire de lycée, et j’ai, ici, une pensée émue pour sa soeur, la douce et défunte Aminata.
L’adoption du nom Camara en Forêt est un indice entre autres du prosélytisme musulman et de l’influence culturelle maninka. Lire Yves Person, Samori, une révolution dyula.
L’éphémère Premier ministre (du 9 au 27 février 2007) et prédécesseur de Dadis à la tête du gouvernement —mais pas de l’Etat — Eugène Camara est, parmi tant d’autres, un homonyme Kpèllè et, en l’occurrence, un aîné du capitaine putschiste.
Enfin, les régimes des présidents Lansana Conté et Alpha Condé ont certes envenimé les relations inter-ethniques séculaires de cette zone. Mais le processus de détérioration date de la dictature de Sékou Touré. Lire Claude Rivière, Fétichisme et démystification. L’exemple guinéen T.S. Bah

Cheick Sako, ministre de la Justice, Garde des Sceaux
Cheick Sako, ministre de la Justice, Garde des Sceaux

— « Personne ne sera épargné dans ce dossier [du 28 septembre 2009] », a déclaré jeudi 16 juillet à Conakry, le ministre guinéen de la Justice, Cheick Sako, en conférence de presse, devant le procureur de la République de Dixinn, Sidy Souleymane Ndiaye.

Au moment des massacres, le général Sékouba Konaté était ministre de la Défense, avant de diriger la transition guinéenne de janvier à décembre 2010.

Le ministre Cheick Sako a indiqué :
— « Les juges font leur travail. Il me semble que M. Sékouba Konaté sera, dans un premier temps, entendu comme un témoin. »
Et d’ajouter :
— « Toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans ce dossier seront entendues, dans un premier temps, comme des témoins. Ce sont les magistrats qui apprécieront le reste. […] En tant que ministre de la Justice, je ne peux pas donner d’instructions aux magistrats dans ce dossier. Je vérifie si les choses ont été bien faites. C’est tout. »
Le ministre a tenu à rappeler que « personne ne sera[ait] à l’abri », « même les civils ».

Réagissant aux critiques sur la lenteur de la justice guinéenne et celles portant sur la dernière visite de la procureure de la CPI à Conakry, le ministre de la Justice a indiqué :

— « Vous ne pouvez pas, dans une procédure criminelle, dire que le procès va avoir lieu en telle date. […] Quand il n’y a pas de manifestation de la vérité, il n’y a pas de délai préfixé. »

Et si la procureure de la Cour Pénale Internationale (CPI), Fatou Bensouda, n’est venue que fin juin et pas en janvier comme initialement prévu, c’est parce que son « programme ne lui a [pas] permis ».

L’instruction prendra fin, espère-t-il, d’ici la fin de l’année et le procès devrait suivre à Conakry.

Barry Diawo
Jeune Afrique

Commentaire

Entretemps, il incombe au Parquet de Conakry de publier le dossier portant sur (a) l’identité des membres du pool de juges et celle du Procureur chargé du dossier, (b) la liste complète des inculpé(e)s et les charges retenues, (c) la procédure de l’instruction.
Tierno S. Bah