A propos du terrorisme jihadiste au Maasina

L'Empire peul du Macina (1818-1853)

J’apporte ici quelques remarques rapides au sujet de l’article de Rémi Carayol “Mali : le Front de libération du Macina, un nouveau Boko Haram ?”, que j’ai reproduit sous le titre “Mali : faillite de l’Etat et terrorisme jihadiste”.
  1.  Fruit de la collaboration François Soudan avec Rémi Carayol  et d’autres, Jeune Afrique publia en 2013 un document intitulé “Les Peuls. Enquête sur une identité remarquable.” L’omission de l’Empire de Sokoto fut l’un des points faibles de cette publication. Lire mes errata et remarques dans la version du numéro reproduite sur webPulaaku.
    Jeune Afrique ne répète pas cette lacune ici. Toutefois, dans le même jet de plume, l’article mentionne la dissidence touareg d’Iyad Ag Ghaly/Ansar Eddine, d’une part, et les Empires fulɓe du Maasina et de Sokoto au XIXe siècle, d’autre part. En réalité, bien qu’ils se réclament tous de l’Islam, ces trois relèvent de deux paradigmes fondamentalement différents. En effet, l’existence pré-coloniale des empires fulɓe contraste singulièrement avec l’insurrection touareg du 21e siècle.
  2. Que Boko Haram fasse tâche d’huile et ait des imitateurs au Sahel et au Soudan, cela n’est pas une information nouvelle. En fait, les visées transfrontalières du terrorisme jihadistes sont connues. Et les opérations meurtrières de Boko Haram ont frappé successivement le Niger, le Cameroun et le Tchad. De même, le libellé du sigle du MUJAO est explicite : Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest. C’est toute la région qui est donc concernée.
  3. L’article laisse croire que le Front de libération du Maasina rassemble les Fulɓe (Peuls). C’est là une généralisation abusive. Comme au Nigeria et ailleurs, il s’agit certes d’un groupe armé, destructeur et violent. Mais, en vérité, il reste minoritaire et ne se préoccupe que de son islamisme radical au détriment du sort et des intérêts des citoyens (urbains et ruraux). Et au fond, le gros de la population fulɓe ne s’identifie pas à ces terroristes, qui nuisent à l’Islam plus qu’ils ne le servent.
  4. L’auteur répète à satiété que ni lui, ni sa rédaction, ni les autorités maliennes et leurs alliés français, ne savent grand-chose de cet ennemi commun. Cet aveu réitéré rend, ipso facto, la publication de l’article  prématurée. Pas étonnant, dès lors, que sa lecture n’apporte pas d’éléments nouveaux.
  5. Le journaliste aurait dû effectuer un reportage sur place. Et il aurait dû également mentionner l’attaque contre le Mausolée de Sheyku Amadou Bari, le fondateur du Maasina en avril dernier. Le soi-disant Front de libération du Maasina est-il l’auteur de ce crime ? Si non, à qui devrait-on l’imputer ?
    Amadou Koufa et ses hommes ne peuvent pas troubler et détruire le lieu de repos du saint fondateur de l’Empire du Maasina, d’une part, et se proclamer les libérateurs de ce pays, d’autre part.

A suivre.

Tierno S. Bah

Incorporation au Fuuta-Jalon théocratique

Ce blog est une version annotée et commentée de l’article “Identité ethnique et processus d’incorporation tribale et étatique.” par l’éminente ethnologue Marguerite Dupire (Lire, entre autres contributions, L’endogamie des Peuls du Fouta-Djallon et Les parentages chez les Foula de Guinée).. Ses deux principaux livres sur les Fulɓe sont en production pour parution sur webPulaaku : (a) Organisation sociale des Peul. Étude d’ethnographie comparée, 1970, 624 pages et (b) Peuls nomades : étude descriptive des Wodaabe du Sahel nigérien, 1962 et 1996, 336 pages.
Le papier original inclut trois parties :
• Intégration dans un groupe nomade
• Incorporation dans l’État théocratique du Fouta-Djallon
• Absorption culturelle de J’hégémonie pe ule en pays hausa
A travers ce papier M. Dupire complète, contredit, renforce ou invalide les écrits d’autres spécialistes sur le Fuuta-Jalon : historiens,  géographes, sociologues, politiciens, etc. Parmi eux, citons les ouvrages, articles et discours de Gilbert Vieillard, Jacques Richard-Molard, Antoine Demougeot, Telli Diallo, Jean Suret-Canale, Thierno Diallo, Claude Rivière et Sékou Touré. La diversité et les divergences ne surprend guère. Le Fuuta-Jalon a, de tout temps, fait l’objet de positions  tranchantes et de controverses vives. Et la qualité de vues des protagonistes et antagonistes varie. Elle oscille entre l’approche méthodique et objective, d’une part, et le parti-pris subjectif et superficiel, voire infâmant dans le cas des diatribes anti-Fulɓe de Sékou Touré.
Tout en me limitant ici à la partie fuutanienne — pularisée, corrigée, annotée et enrichie de liens Web —, je publierai le texte complet de l’article original en format PDF dans la section Documents.
Enfin, ce document me sert de prélude à un article en préparation intitulé “Guinée française : chefs, évolués et partis politiques”.  A suivre donc.
Tierno S. Bah
Marguerite Dupire, ethnologue (1920-2015)
Marguerite Dupire, ethnologue (1920-2015)

On pourrait se poser de multiples questions au sujet de l’ethnie fulɓe et du pulaaku (foulanité). Dans une contribution antérieure (1981) on s’est demandé comment les Fulɓe eux-mêmes définissaient la foulanité et comment les autres la voyait ! Puisque la création et le maintien de tribus ou d’États à base ethnique impliquent des processus sociaux d’incorporation et d ‘exclusion, on tentera de les voir à l’oeuvre dans divers types de sociétés fulɓe.

Comment s’effectue l’assimilation dans un groupe migratoire ou lignager chez les nomades ? Quelles sont, en contraste, les diverses formes d’incorporation et de subordination dans l’État théocratique du Fouta-Djallon (Guinée) ?  Les Fulɓe orientaux islamisés offrent, par contre, l’exemple d’une hégémonie politique culturellement absorbée par les populations hausa qu’elle avait vaincues.

Les Fulɓe qui conquirent le Fouta-Djallon au début du XVIIIe siècle étaient déjà métissés. Ils conquirent le pays peuplé de Diallonké — terme générique désignant plusieurs petites ethnies d’agriculteurs animistes — aidés d’ailleurs par des Fulɓe pasteurs trouvés sur place, et des Mandingues. Ils islamisèrent, assimilèrent de manières diverses les convertis, et asservirent les autres populations. Le pays conquis s’organisa en provinces (diiwe), constituées d’un certain nombre de paroisses (misiide) dont les terres appartenaient aux patrilignages qui les avaient conquises. Un chef politique et religieux fut mis à la tête de cette Confédération islamique.
L’unification se fit sur un mode inégalitaire, les lignages fulɓe eux-mêmes se hiérarchisant en fonction du rôle qu’ ils avaient joué dans la conquête. Ces circonstances historiques furent à l’origine de la stratification socio-politique : au sommet de la hiérarchie les lignages forts conqué rants (wawɓe), puis les lignages alliés ou clients, dits « faibles » (waawaaɓe), les Pulli et les non-Fulɓe musulmans, les animistes convertis et assimilés, les artisans castés et les esclaves. Toutes ces strates constituaient une société plurale islamique.

Y eut-il assimilation de tous ces groupes étrangers et par quels processus ? Cette assimilation présentait des degrés : adoption stricto sensu, intégration au teekun, groupe  territorial et politique, ou au clan, subordination, asservissement. Nous verrons que ces strates sociales ne participaient pas toutes à la vie politique. Si tout musulman était citoyen, pour être électeur et éligible il fallait appartenir aux familles conquérantes et les familles fulɓe s’assurèrent la mainmise sur le pays. Les conquérants non-fulɓe (mandingues) n’obtinrent que rarement le commandement d’une province — tels les Foduye-Hadji jusqu’au milieu du XIXe siècle — et se répartirent les tâches de conseillers. Il y avait plusieurs Conseils et Assemblées, mais seul le Conseil des Anciens, (Teekun Mawɗo) dont les membres faisaient partie des premières familles conquérantes fulɓe déléguées des teekunji, détenait un droit de décision. Les gens du commun ne pouvaient qu’approuver les décisions des
aristocrates.
L’adoption dans un patrilignage fulɓe — mode d’intégration le plus absolu — existait mais était très rarement pratiquée. Elle touchait des serviteurs zélés et enrichis ou encore des étrangers de haut statut social et surtout religieux. Ainsi l’ancêtre du lignage dominant de la région de Labé (Kaliduyaaɓe) aurait été un notable marocain selon certains, un esclave adopté d’origine mandé-sereer selon d’autres (Marty 1921 : 37).

[Note. — Ci-dessus, la première supposition relève de l’idéologie orientaliste, qui attribue la suprématie à toute personne ou à tout phénomène religieux et culturel en provenance d’Orient. Bien que légendaire aussi, la deuxième conjecture s’inscrit dans les tensions entre autochtones agriculteurs et immigrants éleveurs. A noter toutefois que les Jalonke eux-mêmes s’installèrent dans le pays en expulsant leurs  prédécesseurs Baga.
Vu son expérience de recherche sur le terrain au Fuuta-Jalon, il est curieux que M. Dupire reproduise ici des supputations anonymes et errornées sur l’ancêtre des Kaliduyaaɓe. Une telle démarche atténue la dimension de son article et en affaiblit le contenu. De plus, le texte n’indique pas le nom de ce personnage. Il le maintient plutôt dans l’anonymat. Dommage, car dans l’introduction du Oogirde Malal Alfâ Ibrâhîm Sow fournit des indications détaillés sur les Diallo du Fuuta-Jalon. Dupire aurait pu et dû les consulter et s’y référer. — Tierno S. Bah]

L’adoption nécessitait l’accord de tout le patrilignage souvent difficile à obtenir (Dupire 1970 : 158). L’adopté était rebaptisé et il recevait le nom de lignage de son adoptant dont il devenait le dernier des fils. On lui donnait aussi une épouse Pullo libre et une habitation dans un hameau d’hommes libres. Soulignons que le ndimajo, descendant d’esclave de la troisième génération, dévoué à son maître, cherchait à acquérir les valeurs fulɓe et voulait être incorporé de cette manière traditionnelle au monde des hommes libres et non pas acheter son titre sans être adopté.

Les femmes serves, en revanche, en devenant concubines légales, étaient libérées lorsqu’elles donnaient un enfant au maître, mais non adoptées, et elles conservaient un statut inférieur à celui des épouses fulɓe. Ce type d’adoption est une pratique empruntée au rite malékite , car contrairement aux Arabes pré-islamiques les Fulɓe nomades n’adoptent pas 4.

Les Pulli, anciens Fulɓe nomades convertis, conservèrent leurs patronymes ainsi que les terres qu’ils cultivaient dans la paroisse. Ils formaient des lignages subordonnés à un lignage dominant qu’ils avaient aidé dans la conquête. Ce groupe territorial et politique portait le nom de teekun suivi de celui du lignage dominant et chaque paroisse en comprenait de deux à cinq qui étaient hiérarchisés, bien que leurs droits fonciers fussent juridiquement égaux (Dupire 1970: 284-287; 386-388). Les Pulli convertis ne pouvaient avoir de commandement que sur leurs semblables. Quelques-uns cependant, riches et cultivés, parvinrent à s’infiltrer dans l’aristocratie fulɓe, de même que des musulmans non-fulɓe (Diallo 1972: 105-109).
Venaient ensuite des étrangers musulmans de haut statut — marabouts d’origines ethniques diverses — qui étaient rattachés au teekun du lignage dominant de la paroisse et adoptaient le nom de clan de celui-ci (yettoore). Le lignage issu de l’ancêtre était cependant autonome ainsi que son patrimoine foncier. L’origine ethnique de ces étrangers musulmans finissait par se perdre après quelques générations puisque le statut socio-politique de ces lignages était équivalent à celui des lignages fulɓe, bien qu’ils appartinssent à la catégorie des « faibles » (waawaaɓe), c’est-à-dire des clients.

Les populations animistes converties — diallonké, bassari, tenda, etc. — furent différemment foulanisées. Les lignages issus de ces animistes portèrent le nom de clan du lignage fulɓe, ou assimilé aux Fulɓe, qui travailla à leur conversion et avec lequel ils s’intermarièrent. Cette fulɓeisation se fit le plus souvent par l’intermédiaire de lignages étrangers fulɓeisés et on s’étonne à quel point elle fut rapide et totale. L’exemple des Fulɓe Boini ou Tenda Boini, anciens bassari matrilinéaires animistes, devenus en moins de trois générations hal-pular, patrilinéaires et musulmans, en est un exemple typique (Dupire 1963 : 286).
La génération des vieillards parlait encore en 1960 un dialecte bassari et certaines techniques agricoles, relatives à la riziculture, sont d’origine bassari. Ces Boini ont cependant conservé le sens du mariage-échange — ils n’en sont pas arrivés encore à l’endogamie fonctionnelle du patrilignage fulɓe — ainsi que celui du commandement démocratique, puisque la chefferie de village n’est pas héréditaire. Les cérémonies religieuses ont certainement contribué à l’intégration de ces animistes dans la communauté fulɓe.

Dans ces régions frontalières du Fouta-Djallon conquises les dernières, tous ces groupes métissés, convertis, ainsi que certaines populations animistes, ont assimilé les institutions fulɓe, y compris celles qui allaient à contresens de leurs traditions antérieures (mode d’héritage, esclavagisme, endogamie). En retour, certaines pratiques magico-religieuses relatives à l’initiation (masques kankoran, contre-sorcellerie) furent introduites par des captifs, tenda en particulier, dans ces groupes fulɓeisés. Ici, comme en toute situation de contact entre populations, les emprunts ne se sont pas faits à sens unique, et c’est de syncrétisme culturel qu’il faut parler (Dupire 1972: 404).

Du point de vue politique ces familles converties étaient clientes de familles fulɓe dominantes, parmi lesquelles étaient choisis les délégués au Conseil des Anciens (Teekun Mawɗo). Grâce à ce système d ‘alliance et de protection la population libre avait l’impression d’être représentée au Conseil (Diallo 1972: 225-232). L’intégration politique souhaitée par les Almaami aurait été refusée par le Grand Conseil de Fugumba, extrêmement conservateur, puisque ses délégués étaient élus par les familles fulɓe détenant héréditairement le pouvoir.
Elles avaient la prééminence sur les autres Conseils, le chef de région de Fugumba placé à sa tête consacrant l’Almaami.

Les étrangers islamisés arrivés après l’extension territoriale obtinrent des droits d’usage sur des terres, mais ne furent pas incorporés comme les groupes précédents.

Enfin les rois des marches foutaniennes durent accepter de se convertir pour continuer à régner, signèrent des traités, jurèrent allégeance et payèrent un tribut annuel. Des esclaves et des artisans castés, tenus à distance, étaient liés aux familles libres par des relations d’obligations réciproques.

Dans quelle mesure la population captive s’est-elle adaptée à la culture des maîtres ? A-t-elle fini par constituer une nouvelle enclave ethnique et dénommée dans la société réceptrice, ou faut-il la considérer comme un sous-groupe culturel partageant la langue et la religion des maîtres ?

Les esclaves des Fulɓe nés au Fouta dans l’esclavage ne pouvaient être vendus ; ils portaient le nom de Rimayɓe — c’est-à-dire affranchis — mais leur promotion socio-religieuse n’était possible qu’à l’intérieur du statut servile, bien qu’ils pussent eux-mêmes posséder des esclaves.

Les serfs ne quittaient le runde des esclaves que s’ils étaient affranchis et adoptés par un lignage fulɓe, les serves qu’en devenant concubines d’un homme libre, tandis que leurs enfants étaient libres à part entière. Un certain nombre d’esclaves enrichis achetèrent leur affranchissement et parvinrent à franchir les barrières matrimoniales qui les séparaient des Fulɓe.

Bien qu’après la suppression de l’esclavage, des maccuɓe, esclaves de la première génération, regagnèrent leur pays d’origine et que des Rimayɓe se rendirent dans les centres urbains et les villages de la liberté, la plupart restèrent dans les dune (pl. de runde ).

Le régime colonial français conserva les chefferies de canton et de village en limitant leurs droits fonciers, car elles lui facilitaient le contrôle des populations.

[Erratum. — La colonisation ne conserva pas les chefferies de canton. Elle les créa, après avoir tenté en vain de détruire le système politique du Fuuta-Jalon. Les tentatives n’ayant pas été concluantes (lire les essais et erreurs décrits par Demougeot), l’autorité coloniale sélectionna et incorpora, à son tour, soit des membres des lignages dominants antérieurs, soit des membres de la cour des seigneurs (lamɓe) des provinces (diiwe) et des chefs de paroisses (misiide). — Tierno S. Bah]

Ces chefs ainsi que les aristocrates eurent intérêt à maintenir le servage et le système de dépendance pour obtenir des ristournes sur l’impôt qui leur permettaient d’assumer leurs nouvelles charges et d’asseoir leur clientèle traditionnelle (Suret-Canale 1966).

Après l’indépendance de la Guinée, la loi du 20 février 1961 reconnut aux Rimayɓe des droits fonciers (Baldé 1974). Mais, même après cette double libération théorique, le problème de l’identification des anciens esclaves restés au Fouta n’est pas pour autant résolu. En effet les Rimayɓe, ayant perdu tout contact avec la culture de leurs ancêtres, d’origines ethniques très diverses, n’avaient d’autre modèle de promotion socio-politique qu’à l’intérieur de la société fulɓe. Ils désiraient être Fulɓe à part entière, ce que leur refusent les Fulɓe libres. M. S. Baldé soulignait, en 1974, les formes d’opposition sourde qui subsistaient, notamment « sur le plan des rapports matrimoniaux et de la religion. Les éléments d’origine castée ou servile parviennent rarement jusqu’à présent à épouser une femme libre » (1974: 97). La fulɓeisation intégrale des Rimayɓe ne passe plus aujourd’hui par l’affranchissement-adoption, mais par l’élévation du statut socio-économique, qu’il soit acquis dans ou hors de la société fuutanienne islamisée.

Les artisans castés sont restés des marginaux. Les Fulɓe conquérants utilisèrent les artisans autochtones, qui furent cloisonnés en castes professionnelles endogames, système qui existait déjà dans les États et royaumes soudanais (Mali, Songhai, Wolof). Ce système, à base ethnique, est très hiérarchisé. Les boisseliers forment la caste la plus ancienne, issue probablement des débris d’une population subjuguée originaire du Fouta-Toro ou du Sahara méridional, et la plus méprisée (Dupire 1970 : 433, et 1985). Ils étaient nomades et parlaient la langue des pays où ils vivaient. Leurs relations avec les Fulɓe sont partout ambivalentes. Méprisables en raison de leur genre de vie et de leur pauvreté, on craint aussi les mauvais sorts qu’ils seraient susceptibles de jeter sur les récipients à lait qu’ils fabriquent pour les Fulɓe. Ils leur sont liés par une relation à plaisanteries qui leur permet, en tant qu’inférieurs, d’exiger des cadeaux des premiers.

Viennent ensuite les griots, pour la plupart d’origine mandingue, qui appartiennent à plusieurs catégories de spécialistes.

[Erratum. — Dupire reconnaît ici la présence et le rôle des Jeli, c’est-à-dire le griots mande. Mais elle ignore totalement l’existence d’une couche équivalente et homologue, entièrement hal-pulaar, et non-mande. Ce sont les Awluɓe (griots ordinaires) et les Farba (maîtres griots) du Fuuta-Tooro, du Fuuta-Jalon, du Maasina… Lire Politique et Chronique du Fuuta-JalonTierno S. Bah]

Les forgerons, plus autonomes, habitent des hameaux séparés et se divisent en deux sous-castes endogames : les détenteurs de patronymes malinké, et les forgerons-potiers, d’origine diallonké, portant des noms claniques fulɓe. Ces derniers, bien qu’islamisés, ne furent pas assimilés culturellement et ils ont peu de rapports avec les Fulɓe.

[Erratum. Les forgerons (wayluɓe) étaient tout à fait distincts et occupaient un rang supérieur à celui des potiers (daaloyaaɓe). Lire la monographie intitulée Les forgerons du Fouta-Djallon, par Béatrice Appia et Tierno Chaikou Balde. — Tierno S. Bah]

Certains esclaves ont aussi appris la forge, connaissance qui se transmet de père en fils, ainsi que certaines spécialités qui les différencient. En effet ils sont également guérisseurs et jouent de nombreux rôles (égorgeur, circonciseur) dans toutes les cérémonies qui les mettent en relations fréquentes avec les Fulɓe.

Les cordonniers, d’origine diakhanké, parlent cette langue et constituent la caste la plus estimée des artisans.

Les travaux de boucherie et de tissage étaient effectués par des serviteurs, tandis que les commerçants étaient autrefois des Sarakollé.
Ces artisans castés, qui n’ont jamais été très nombreux, ont toujours été considérés, à des degrés divers, comme des étrangers et tenus à distance, à l’exception de certains boisseliers, griots, forgerons qui ont été superficiellement assimilés aux clans fulɓe.

Ces gens de métier, à l’exception des griots, vivaient en marge de la société, ils n’y étaient pas intégrés. La relation de dépendance qui les liait aux familles fulɓe conquérantes s’exprimait sous forme de services obligatoires, bien que rémunérés en nature, et de relations à plaisanteries asymétriques, de caractère ambivalent. Ce système des castes, particulièrement cloisonné dans les sociétés fulɓe, en raison peut-être de la valeur qu’elles attachent au pouvoir politique, refusé tant aux artisans qu’aux serviteurs, n’est pas près de s’effacer, comme l’écrivait Claude Rivière en 1971.

De par sa stratification très poussée, son conservatisme, la société fulɓe du Fouta s’est montrée, en Guinée, la plus résistante aux changements.

Ce fut la dernière qui prit fait et cause pour le parti démocratique guinéen (Rivière 1971 ). Des Fulɓe émigrés et certains intellectuels de cette ethnie sont passés dans les rangs de l’opposition.

[Erratum. — Marguerite Dupire présente le ralliement tardif des Fulɓe au PDG comme une carence ou une défaillance. A tort, car hier comme aujourd’hui, l’opposition au régime dictatorial du PDG transcendait les barrières ethniques, tout comme, du reste, le soutien à Sékou Touré. Et nombre d’intellectuels Mande (Sako Kondé, Ibrahima Baba Kaké, par exemple) choisirent le chemin de l’exil. Bien documentés et solidement écrits, leurs ouvrages clouent le tyran de Conakry au pilori. Par ailleurs, il est vrai que les Sose (Soussou) adoptèrent tôt et militèrent chaudement pour Sékou Touré. Mais en toute chose il faut considérer la fin. En l’occurrence, le dénouement des rapports de Sékou Touré avec les Sose fut tragique. Ainsi, le 27 août 1977, les femmes de Conakry, en majorité Sose, marchèrent dans les rues de la capitale, criant à tue-tête leur hostilité au président, menaçant de le fouetter à mort avec des tiges d’accacia arrachées en cours de route vers le palais présidentiel, et rejettant en bloc le régime “révolutionnaire” qui les privait de tout. Pis, en juillet 1985, en réprésailles de la tentative de coup d’Etat de son ex-Premier ministre, Colonel Diarra Traoré, Général Lansana Conté — un Sose — fit fusiller tous les membres mâles de la famille de Sékou Touré.  — Tierno S. Bah]

Les circonstances historiques de cette conquête-installation de Fulɓe lettrés, venus en convertisseurs et s’alliant d’abord par quelques mariages aux minorités ethniques de la région, économiquement et intellectuellement développées — expliquent que la domination culturelle des autochtones ait été facile.

[Note. Le passage précédent frappe par son style spéculatif. L’auteur  s’exprime en termes vagues ; Dupire ne fournit pas de précisions sur le nom des “minorités ethniques”, le lieu et le nombre de mariages (il est insuffisant de dire “quelques”). Cela dit, rien ne fut “facile”, en réalité, dans la conquête territoriale et la domination politique et économique du Fuuta-Jalon par les Fulɓe.  — Tierno S. Bah]

Le milieu récepteur était en effet beaucoup moins structuré que la vague de migrants fulɓe. Les Fulɓe se sont d’emblée installés par la force sur le Haut-plateau, choisissant la région la plus adéquate à l’élevage, mais aussi la plus défavorable à l’agriculture, et n’empruntant à la culture autochtone que quelques techniques et quelques croyances magico-religieuses liées en particulier au culte animiste de la terre. Il leur fut donc aisé, une fois le pays conquis, d’imposer leur langue, un système politique théocratique profondément hiérarchique et leur culture fulɓe-mandinguisée. On a pu constater comment la fulɓeisation se fit à des degrés très divers d’intégration juridico-politique, des artisans castés et marginaux, en passant par les serviteurs assimilés génétiquement par la descendance des serves-concubines mais très rarement intégrés par mariage avec une femme Pullo libre, puis aux animistes convertis, aux Pulli, aux hommes étrangers de haut statut.
Les processus furent variés : adoption dans le lignage d ‘un homme libre, adoption-affranchissement d’un serviteur, incorporation nominale dans le lignage fulɓe convertisseur, incorporation dans le teekun d’un lignage dominant, incorporation dans le clan.
Il y avait donc diverses manières de devenir Pullo musulman — les deux termes étant inséparables — mais aussi différents degrés de « citoyenneté » pullo, c’est-à-dire de droits politiques.

Cette fulɓeisation continue d’ailleurs dans certaines situations de contact. C’est ainsi qu’un petit nombre de Fulɓe guinéens, récemment émigrés au Sénégal oriental, « pularisent » les groupes fulɓe ou assimilés, plus anciennement installés, à cause de la supériorité que l’Islam confère à leur sous-culture (Dupire 1963 : 295-297).

[Note. Mon cousin Thierno Mamoudou Lariya Diallo a mieux étudié, compris et résumé le rôle unificateur de l’Islam au Fuuta-Jalon. Dans son livre Institutions politiques du Fouta-Djallon au 19e siècle, il écrit : « État théocratique ou théocentrique : le pouvoir dans l’ancien Fuuta appartenait à Dieu. Il en était l’unique source. Mais ce pouvoir  il l’exerçait par l’intermédiaire de son représentant. Une communauté religieuse, il l’était également. Les liens qui unissaient l’ensemble des habitants du Fuuta tout au moins l’ensemble des tribus fulɓe et mande ayant participé à la conquête du pays, n’étaient pas des liens fondés sur le sang, ni sur l’ethnie, mais fondés sur  la foi, la croyance religieuse. L’Islam était le ciment de cette communauté. Et ce n’était pas une communauté quelconque, mais une communauté religieuse : une petite umma ou communauté musulmane à l’échelle du Fuuta adorant le même Dieu : (Allah) et reconnaissant le même Prophète Mohammed, que tous les autres fidèles réunis dans la grande umma islamique »

Le titre de l’article de M. Dupire me paraît inadéquat. A tel point qu’il fausse peut-être l’optique de l’auteur et lui fait rater le sujet abordé. Nul pays ou état n’est parfait. Et l’Etat théocratique du Fuuta-Jalon confirme pleinement cette règle évidente. Toutefois, deux siècles avant l’indépendance de la Guinée française, il avait entrepris et accompli la rude tâche de formation d’une entité multi- et supra-ethnique. En d’autres termes il avait créé une nation. Et, au lieu d’évoquer l’incorporation, M. Dupire aurait dû traiter des processus de formation sociale et d’intégration nationale dans le Fuuta-Jalon islamique.  — Tierno S. Bah]

Marguerite Dupire
“Identité ethnique et processus d’incorporation tribale et étatique.” Cahiers d’Études africaines, 133-135, XXXIV: 1-3, 1994, pp. 265-280.

Notes
1. Cette étude a été rédigée à la même époque que l’article de 1981 sur l’ethnicité fulɓe, après avoir été exposée à un séminaire du Laboratoire d’Anthropologie sociale du Collège de France.
2. Les critères théoriques d’identité ethnique formulés par Naroll et son école ne peuvent servir à définir les millions d’Africains qui se disent Fulɓe. Les valeurs revendiquées par les diverses sociétés fulɓe et qui apparaissent souvent contradictoires sont, pour la plupart, partagées par les nomades et les sédentaires. La dichotomie ethnique entre « Peuls rouges » et « Peuls noirs» serait donc sans fondement.

Wikipédia note que l’antropologue américain Raoul Naroll proposa en 1965 la notion de « cultunit » pour rendre compte d’un groupe de personnes qui parlent un même langage et qui appartiennent soit à un état, soit à un groupe particulier. A quoi, on objecta que “les cultures ne sont pas figées et la multiplication des contacts interculturels provoque des transferts et des échanges, rendant donc la délimitation des groupes plus difficile.” — T.S. Bah

3. La compréhension de ces éléments hétérogènes nécessite l’étude des processus d’acculturation et de syncrétisme culturel.
4. Dans un article, richement documenté, Édouard Comte (1987) démontre comment l’adoption « par le sang » ou « par le lait », ainsi que les pactes de germanité, contribuèrent, dans l’Arabie ancienne, à créer la légitimité agnatique ; ils ouvraient ainsi la voie à l’isogamie, dont le mariage arabe est une parfaite expression.

Dadis refoulé ! Dilemme Opposition et Majorité

Moussa Dadis Camara
Moussa Dadis Camara en mars 2015 à Ouagadougou, Burkina Faso

Les feux de l’actualité pointent ce matin sur Moussa Dadis Camara. Lire les trois dépêches d’agence reproduites plus bas. Paradoxalement, cette situation met le régime d’Alpha Condé et sa majorité présidentielle, d’une part, et l’opposition, d’autre part, dans un dilemme : celui de la renaissance politique et des aspirations presidentielles du ci-devant Moussa Dadis Camara, pourtant inculpé de complicité dans le massacre du stade, le 28 septembre 2009 et dès lors légalement inéligible pour la magistrature suprême du pays.
Pour ma part, j’accuse les autorités que l’opposition guin��ennes, en general, et l’UFDG en particulier, de contribuer au cafouillage, à la confusion et aux tensions potentielles, engendrés par les fanfaronnades et les mouvements transfrontaliers de Dadis.

Côté Gouvernement

Les autorités de Conakry doivent s’inspirer du procès du dictateur Hissene Habre à Dakar —les séances reprendront en septembre —, pour émettre un mandat d’arrêt contre Moussa Dadis Camara. Survenant après l’inculpation de l’ex-capitaine putschiste — obséquieusement appelé ex-Président —, une telle démarche est non seulement logique et légale, elle est désormais nécessaire, indispensable et urgente.
M. Alpha Condé se doit également instruire son ministre de la Justice de s’engager comme au Burkina Faso, où le Procureur General de la republique a annoncé la tenue en décembre des assises contre l’ancien dictateur Blaise Compaoré, accusé de haute trahison.

Côté opposition

Lle chef de file de l’opposition et les autres leaders politiques font preuve d’une amnésie condamnable et d’une indifférence coupable. En effet, ils feignent d’oublier aujourd’hui que les citoyens et citoyennes tués, blessés et violées en 2009, le doivent au fait qu’ils s’étaient rassemblés  au stade à l’appel des politiciens. Tout ce monde tenait à manifester contre le projet de candidature du chef de la junte militaire du CNDD, Capitaine Moussa Dadis Camara, à l’élection présidentielle envisagée alors.

Faisant fi du bon sens le plus élémentaire, l’opposition voit aujourd’hui  en Dadis un compagnon de route. Elle lui fait la cour et lui offre des ouvertures. Lire, entre autres :

Ainsi, par la voix autorisée de Messieurs Cellou Dalein Diallo, Oury Bah et Tierno Monenembo, l’UFDG avance que Dadis représenterait 10 % de l’électorat dans la présidentielle prévue pour le 11 octobre prochain. A mon avis, une telle estimation est spéculative, naive et illusoire. Car la Guinée Forestière constitue un microcosme ethnolinguistique où les Kpèllè (Guerzé) — l’ethnie de Dadis — est certes relativement plus nombreuse que les sept autres ethnies : Kisi, Toma, Manon, Konon, Lele, Maninka, Yacouba.
Mais cela ne signifie nullement que Dadis bénéficie du support de tous les peuples de la Foret. Pis, même parmi les Kpèllè, il doit compter avec la rivalité de politiciens, tels que Jean-Marie Dore, Papa Koly Kourouma.

Le temps de la “Justice nationale”

Dans une déclaration publiée en juin 2014, Cheick Sako, ministre de la justice, Garde des Sceaux, proclamait : “Il y aura une justice nationale”. Mais les faits sont plus éloquents ques les mots. Et malheureusement depuis la date de cette affirmation, l’affaire du massacre n’a avancé qu’à pas de tortue. Avec notamment l’inculpation — opportuniste, brumeuse et récente — d’anciens officiels de la junte militaire.
Mais aujourd’hui, si le Burkina Faso ne tient pas à mettre Dadis en état d’arrestation, il incombe au Président Alpha Condé — le soi-disant Mandela et Obama guinéen — de demander l’extradition de l’ex-capitaine afin qu’il réponde devant un tribunal des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité que le peuple de Guinée et la communauté internationale lui imputent.

Equité et Justice

Les techonologies, produits et services de la révolution numérique ont, au 21e siècle, une influence palpable sur les états et les sociétés à travers le globe. Elles sont la source et le moteur de la mondialisation en cours.
Pendant un demi-siècle Sékou Touré et Lansana Conté commirent, loin du regard de la communauté mondiale, les pires abus et des crimes abominables. Dans le cas de Sékou, seules les images du Camp Boiro qu’il commandita lui-même nous sont restées.  Par contre, les témoignages photographiques et/ou filmés  devinrent monnaie courante durant les deux dernières années du sombre et violent règne de Conté.

Voir le film documentaire Cona’cris, la révolution orpheline

A l’ère  du numérique, Moussa Dadis Camara, lui, fut pris la main sanglante dans le sac du crime. Et un smartphone probablement de gamme ordinaire suffit pour saisir les images du carnage au stade. Le Worldwide Web diffusa instantanément ces preuves visuelles et irréfutables, qui enclenchèrent le processus de neutralisation du capitaine cinglé du CNDD. Au diapason avec l’humanité,  Président Obama et la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, condamnèrent  énergiquement les atrocités.… Quelque mois plus tard, un avion acheminait vers Rabat un Dadis inerte sur une civière, Les chirurgiens marocains l’arrachèrent à la mort.
Guéri, Dadis ne parvient cependant pas à réfléchir avec lucidité et à tirer des leçons d’humilité sur son passage — éclair et désastreux — au devant de la scène publique. Au contraire, il est toujours persuadé de l’importance de son rôle politique et de la grandeur de son destin national.
En réalité, son avenir est derrrière lui. Et il est couvert du sang d’innocents Guinéens.

Deux poids deux mesures ? Non !

Charles Taylor et Laurent Gbagbo comptent parmi les prédécesseurs de Dadis sur le chemin de la violence politicienne et de la criminalité politique.
Après un procès équitable, le premier fut reconnu coupable et condamné à 50 ans de prison. Il purge actuellement sa peine en Grande Bretagne.
Le second est emprisonné à La Hayes où il attend de comparaître — en bonne et due forme — devant le Tribunal Pénal International.

Aux mêmes crimes les mêmes sanctions et la même punition ! Au nom de l’Equité et de la Justice ! Ce principe exclut toute exception. Il rejette notamment  la règle, compromettante et inique, du “deux poids deux mesures”. En conséquence, Moussa Dadis Camara doit subir le même traitement judiciaire que ses deux aînés et voisins, libérien et ivoirien, respectivement.

Les chiens aboient, la caravane passe !

Quant aux supporters de Dadis qui s’agitent à Nzérékoré et ailleurs en Guinée, ils ne devraient pas un seul instant oublier que Messieurs Taylor et Gbagbo avaient, eux aussi, des militants ardents. Mais, contrairement à la Guinée, ces agitateurs et obligés n’ont pas pu bloquer le cours de la Justice. Bien au contraire, appuyés par des avocats défenseurs de leur choix, les deux accusés ont dû répondre de leurs crimes devant la loi. Et pour n’avoir pas pu fournir des alibis, des circonstances atténuantes et des preuves matérielles et crédibles de son innocence, Taylor écopa la lourde sentence ci-dessus.
Gbagbo attend son tour d’être jugé…
Je rappelle à tous ceux qui clament et réclament Dadis ce vieux  et combien véridique proverbe : « Les chiens aboient, la caravane passe ! »

Criminalité et impunité

Domptée, handicapée, subjuguée et piétinée depuis 57 ans par la tyrannie consécutive de présidents-dictateurs, la justice guinéenne prouve chaque jour au monde son incompétence et son impuissance, particulièrement dans l’affaire du massacre du 28 septembre 2009.
Mais la communauté internationale n’en exige pas moins que justice soit faite. Et elle continuera de le faire aussi longtemps que la criminalité et  l’impunité règneront en Guinée.
Le monde entier  constate que la majorité et l’opposition guinéennes sont de mèche et qu’elles font double jeu.
D’une part, elles font tout pour empêcher ou retarder le rendez-vous de Dadis et de ses co-accusés avec la Justice. D’autre part, elles crient haut et fort leur intention de faire de la Guinée un Etat de droit. Mais entre leurs propos et leurs actions, le fossé ne fait que s’élargir. Leurs discours n’en sont que moins crédibles et plus creux, et leur rhétorique fallacieuse.

Tierno S. Bah


Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de la junte militaire guinéenne, a tenté mardi 25 août après-midi de rentrer à Conakry. Il vit en exil au Burkina Faso depuis cinq ans et a embarqué à bord d’un avion Air Burkina à Ougadougou. Pour rentrer, il a tenté de passer par Abidjan mais son opération de transit par la Côte d’Ivoire n’a pas fonctionné.

C’est à 9h30 que le vol DJ 517 d’Air Burkina était prévu pour atterrissage à l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan mais à l’approche de la Côte d’Ivoire, les pilotes reçoivent instruction de dérouter leur appareil Embraer 170 vers Accra au Ghana, instruction qui émanerait apparemment des autorités ivoiriennes.

La cause : parmi les 60 passagers se trouvant à bord, il y en à un pas tout à fait comme les autres. Moussa Dadis Camara qui, depuis plusieurs mois, ne fait plus mystère de sa volonté de retourner dans son pays la Guinée, pour prendre une part active à l’élection présidentielle du 11 octobre.

Une part active mais aux côtés du principal opposant d’Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, opposant à qui Dadis Camara pourrait apporter un important contingent de voix dans la région de la Guinée forestière dont il est originaire.

« On va le ramener au point de départ »

Dès lors, on peut imaginer qu’un retour direct Ouaga-Conakry aurait pu faire l’objet de quelques restrictions de la part des autorités guinéennes d’où cette tentative de subterfuge pour rentrer en Guinée via la Côte d’Ivoire, subterfuge qui ressemble à un fiasco pour celui qui fut chef d’Etat de la Guinée entre septembre 2008 et septembre 2009.

Dadis Camara, président de la Guinée de 2008 à 2009, et sous le commandement duquel la junte militaire s’est rendu tristement célèbre avec le massacre du 28 septembre 2009 : lors d’un meeting 157 Guinéens sont morts et des centaines d’autres ont été blessés par les balles de l’armée

Dès lors, on peut imaginer qu’un retour de l’ex-chef de junte ne soit pas vu d’un très bon œil par les autorités de Conakry. D’où cette tentative de subterfuge de Dadis Camara pour rentrer en Guinée via la Côte d’Ivoire.

Selon la compagnie aérienne Air Burkina, l’avion a redécollé à 12h27 du Ghana pour retourner au Burkina avec à son bord son encombrant passager. En Guinée, où au moins 2000 partisans de Dadis Camara attendait le vol Abidjan-Conakry, la foule a été dispersée par les forces de l’ordre.

A Conakry, les réactions n’ont pas manqué de se faire entendre. A commencer par Papa Koly Kourouma, ministre du gouvernement d’Alpha Condé et oncle de Moussa Dadis Camara :

« Monsieur Dadis Camara souhaiterait bien rentrer à Conakry aujourd’hui. Il a donc fait une réservation Ouaga-Abidjan, Abidjan-Conakry, il devait être en correspondance à Abidjan. Il prenait un vol Air Burkina pour Abidjan, il prenait la correspondance Air Côte d’Ivoire pour Conakry. L’avion Air Burkina arrivé à la verticale d’Abidjan, l’aviation nationale de l’aviation civile a refusé l’atterrissage à l’avion Air Burkina et l’avion était dévié sur Accra. Donc, au moment où je vous parle, l’avion est au sol sur Accra et les passagers qui devaient atterrir à Abidjan ont dû être acheminés par d’autres voies. » Quant à Dadis Camara, « il est dans l’avion et l’avion doit continuer sur Ouaga certainement et on va le ramener au point de départ », avance Papa Koly Kourouma.

RFI


Moussa Dadis Camara a été refoulé par la Cote d’Ivoire et l’avion le transportant a été dérouté sur Accra, la capitale ghanéenne.

En exil au Burkina Faso, Dadis Camara avait annoncé en mai, son intention de rentrer dans son pays pour se porter candidat à la présidentielle d’octobre prochain.

L’ex dirigeant de la junte au pouvoir de 2008 à 2010 après la mort de Lansana Conté n’était pas rentré dans son pays le 15 août dernier comme annoncé par son parti.

Il a été inculpé le 8 juillet pour “complicité d’assassinats, séquestrations, viols, coups et blessures” pour le massacre d’au moins 157 opposants au stade de Conakry le 28 septembre 2009 quand il était au pouvoir.

En juin, il avait reçu à Ouagadougou le leader de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, avec qui il avait fait une alliance en vue des élections prochaines.

Le 28 septembre 2009, au moins 157 personnes ont été tuées, des centaines blessées et des dizaines de femmes violées.

BBC Afrique


Les autorités ivoiriennes ont empêché mercredi l’atterrissage de l’avion transportant l’ancien chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, en exil àOuagadougou Search Ouagadougou depuis 2010.

L’avion de l’ex chef de la junte militaire, Dadis Camara en partance pour Conakry, a été empêché d’atterrir à Abidjan escale du voyage, apprend KOACI de sources officielles.

En attendant la raison officielle, sont déjà évoquées celles d’ordre juridiques et de “coopération” entre la Guinée et la Côte d’Ivoire.

Après ce refus des autorités ivoiriennes, le leader des Forces Patriotiques pour la Démocratie et le Développement, Moussa Dadis Camara, et son avocat Maître Jocamey Haba, ont dû se rendre à l’aéroport d’Accra où on leur a signifié qu’ils devaient retourner à Ouagadougou.

Allié depuis peu au principal opposant, Cellou Dalein Diallo président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), pour rappel, le parti de Moussa Dadis Camara, avait annoncé en mai dernier son intention de rentrer en Guinée pour prendre part à l’élection présidentielle dont le premier tour est prévu le 11 octobre.

Koaci.com

Guinée, pays des oubliés, routes de l’impossible

Les routes de l’impossible, documentaire de 55 minutes de la chaîne TV France 5

Une dure réalité consternante nous livre une partie des souffrances que vivent les Guinéens. De Conakry à Koniadou, vous aurez forcement un choc émotionnel, mais tenez-vous bien ça secoue.

Un pays riche en bauxite, fer, or et diamant, sans parler d’immenses cours d’eau, et dont, malgré tout le développement tarde encore à épouser ses territoires abandonnés. En dépit toute cette richesse la population n’en voit jamais la couleur.

La pauvreté gangrenant l’exploitation des enfants est monnaie courante. Les gamins sont envoyés dès l’âge de 3 ans dans des ateliers pour servir. Une exploitation qui ne dit pas son nom.

Plusieurs gouvernements se sont succédé à la tête de l’État : plein de promesses et rien à la clé.

Sur des routes abominables, dans des conditions effroyables, les chauffeurs des taxis-brousses se livrent à une véritable course contre la montre pour livrer des médicaments et des vaccins en moins de 24 heures dans les endroits les plus reculés de la Guinée-Conakry.

A l’autre bout de la piste, les attendent des enfants et des malades, souvent en sursis. Car la poliomyélite, la diphtérie ou la rage sont endémiques dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, faisant de très nombreuses victimes.

Dans ce territoire en pleine déliquescence, les routes défoncées épuisent les chauffeurs, et les retards qu’ils accumulent finissent par paralyser l’économie de tout le pays.

Le salaire de la peur, avec Yves Montand, réalisateur Henri-Georges Clouzot
Le salaire de la peur, avec Yves Montand, réalisateur Henri-Georges Clouzot

Depuis Le Salaire de la peur (réalisé en 1953 par Henri-Georges Clouzot),Yves Montand convoyait un camion bourré de nitroglycérine sur des routes défoncées du Guatemala, on avait oublié le grand frisson, voire la terreur, que produisent les images de véhicules roulant sur des pistes épouvantables, de fourgons antiques aux réservoirs percés ! En explorant le quotidien de chauffeurs et de passagers qui bravent tous les dangers pour circuler en Guinée-Conakry, ce numéro des Routes de l’impossible dresse le portrait d’un pays dépourvu de lignes de chemin de fer et malade de ses routes. Des routes pourtant indispensables pour transporter nourriture et médicaments, sauver une femme enceinte de la mort ou juste rejoindre sa famille.

De Conakry, la capitale, paralysée par de gigantesques embouteillages, jusqu’au fin fond de la Guinée, les chauffeurs de taxi-brousse vivent dans un stress maximal : ils redoutent autant les pannes et les accidents mortels que les bandits armés. Défi suprême, le transport de vaccins contre des maladies graves (rougeole, rage, polio…) doit se faire dans de la glace et en moins de vingt-quatre heures pour garantir leur efficacité. A chaque arrêt, la caméra filme des bébés dénutris, comme de très jeunes enfants esclaves ponçant des meubles dans des menuiseries ou peinant pour gagner de quoi survivre. Des images terribles et dérangeantes qui rappellent que l’espérance de vie ne dépasse pas 50 ans dans ce pays au bord du chaos.

Emmanuelle Skyvington

Film documentaire
Genre : Découvertes
Durée : 52 mn
Origine : français
Auteur : Philippe Lafaix
Réalisateur : Philippe Lafaix

Une oeuvre heuristique et révigoratrice

Jean Boutrais. Hautes terres d'élevage au Cameroun. Volume I
Jean Boutrais. Hautes terres d’élevage au Cameroun. Volume I

En synchronisation avec webPulaaku, BlogGuinée commence ici la livraison de la version Web de Hautes terres d’élevage au Cameroun, une contribution majeure de Jean Boutrais, chercheur et professeur d’université, à la connaissance de “l’archipel Peul” — l’expression provient Groupe d’Etudes Comparatives Peules, auquel l’auteur appartient. La publication compte 1302 pages, trois Livres organisés en sections et en chapitres détaillés et solidement développés, des notes abondantes, des illustrations, in et hors-texte, hors-pair. En cette ère de globalisation, Jean Boutrais dégage les défis, les contradictions et les mouvements migratoires liés à l’économie pastorale fulɓe. L’oeuvre décrit l’évolution et l’adaptation des éleveurs Fulɓe à la pression coloniale européenne, à la dégradation de l’environnement et aux déficits de la gouvernance post-coloniale.
Le Kumen d’Amadou Hampâté Bâ et Germaine Dieterlen contient cet avertissement ésotérique et frappant : “La force du Pullo est dans le bovidé, le jour où il n’en aura plus, ce sera la détresse.
Hautes terres d’élevage au Cameroun allie avec souplesse et bonheur le travail descriptif et l’effort analytique. Académique et scientifique, le contenu de la trilogie — car c’en est une — est original. Et l’auteur le délivre dans un style pédagogique, démonstratif et instructif. L’ouvrage se penche notamment sur l’expansion méridionale des pasteurs Fulɓe et leur bétail, c’est-à-dire en dehors et au delà du Sahel et de la Savane traditionnels. Une telle dynamique suggère, à mon avis, (a) la conscience — diffuse et pérenne, héritée et acquise — parmi les éleveurs, de l’importance primordiale et de la valeur cardinale du message biblique ci-dessus et (b) la résilience du peuple et le dynamisme de la civilisation fulɓe.
Lire L’introduction et L’archipel Fulɓe, qui ouvre le premier chapitre.
A suivre.
Tierno S. Bah