A propos du terrorisme jihadiste au Maasina

L'Empire peul du Macina (1818-1853)

J’apporte ici quelques remarques rapides au sujet de l’article de Rémi Carayol “Mali : le Front de libération du Macina, un nouveau Boko Haram ?”, que j’ai reproduit sous le titre “Mali : faillite de l’Etat et terrorisme jihadiste”.
  1.  Fruit de la collaboration François Soudan avec Rémi Carayol  et d’autres, Jeune Afrique publia en 2013 un document intitulé “Les Peuls. Enquête sur une identité remarquable.” L’omission de l’Empire de Sokoto fut l’un des points faibles de cette publication. Lire mes errata et remarques dans la version du numéro reproduite sur webPulaaku.
    Jeune Afrique ne répète pas cette lacune ici. Toutefois, dans le même jet de plume, l’article mentionne la dissidence touareg d’Iyad Ag Ghaly/Ansar Eddine, d’une part, et les Empires fulɓe du Maasina et de Sokoto au XIXe siècle, d’autre part. En réalité, bien qu’ils se réclament tous de l’Islam, ces trois relèvent de deux paradigmes fondamentalement différents. En effet, l’existence pré-coloniale des empires fulɓe contraste singulièrement avec l’insurrection touareg du 21e siècle.
  2. Que Boko Haram fasse tâche d’huile et ait des imitateurs au Sahel et au Soudan, cela n’est pas une information nouvelle. En fait, les visées transfrontalières du terrorisme jihadistes sont connues. Et les opérations meurtrières de Boko Haram ont frappé successivement le Niger, le Cameroun et le Tchad. De même, le libellé du sigle du MUJAO est explicite : Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest. C’est toute la région qui est donc concernée.
  3. L’article laisse croire que le Front de libération du Maasina rassemble les Fulɓe (Peuls). C’est là une généralisation abusive. Comme au Nigeria et ailleurs, il s’agit certes d’un groupe armé, destructeur et violent. Mais, en vérité, il reste minoritaire et ne se préoccupe que de son islamisme radical au détriment du sort et des intérêts des citoyens (urbains et ruraux). Et au fond, le gros de la population fulɓe ne s’identifie pas à ces terroristes, qui nuisent à l’Islam plus qu’ils ne le servent.
  4. L’auteur répète à satiété que ni lui, ni sa rédaction, ni les autorités maliennes et leurs alliés français, ne savent grand-chose de cet ennemi commun. Cet aveu réitéré rend, ipso facto, la publication de l’article  prématurée. Pas étonnant, dès lors, que sa lecture n’apporte pas d’éléments nouveaux.
  5. Le journaliste aurait dû effectuer un reportage sur place. Et il aurait dû également mentionner l’attaque contre le Mausolée de Sheyku Amadou Bari, le fondateur du Maasina en avril dernier. Le soi-disant Front de libération du Maasina est-il l’auteur de ce crime ? Si non, à qui devrait-on l’imputer ?
    Amadou Koufa et ses hommes ne peuvent pas troubler et détruire le lieu de repos du saint fondateur de l’Empire du Maasina, d’une part, et se proclamer les libérateurs de ce pays, d’autre part.

A suivre.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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