François, griot-en-chef d’Alpha

Outre sa fonction de directeur de la rédaction de Jeune Afrique, François Soudan semble avoir endossé le manteau et vouloir porter le chapeau de Griot-en-chef d’Alpha Condé depuis 2010. Aussi, pour exprimer sa reconnaissance le président “réélu” devrait nommer M. Soudan ministre de l’Information et de l’Intoxication de la Guinée, avec résidence à Paris.…
Ce geste (ré)compenserait les interviews exclusives — peaufinées et édulcorées — et les grands dossiers que l’hebdomadaire parisien publia afin —en vain — de dorer le blason du “Professeur”-chef d’Etat.
Le dernier article de François Soudan s’intitule Alpha, IBK et la marmite. Rédigé dans le même style panégyrique, il accumule écarts déontologiques, légèretés et attaques personnelles.
François Soudan interview Président Alpha Condé. au Palais de la présidence. Conakry, mai 2015
François Soudan interview Président Alpha Condé. au Palais de la présidence. Conakry, mai 2015

Ce blog consiste en une analyse critique de deux extraits de l’article sus-nommé.

Premier extrait : griotisme et écarts déontologiques

Dans ce passage François Soudan écrit :

« Alpha mange peu, boit encore moins, mais n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il mouille ses chemises Pathé’O sur les estrades de campagne. Et quelle campagne ! Des semaines à labourer la Guinée, en avion, en hélico, en 4×4, à pied, à tenir meeting, à dialoguer avec le peuple, à débiter bilan et programme sans jamais – ou presque – nommer ses adversaires, comme s’il feignait de les ignorer.
Y a-t-il eu des fraudes ? Dans ce domaine comme dans d’autres, « la Guinée n’est pas le Danemark », a reconnu Condé et ont constaté les observateurs : oui, petits tripotages il y a eu, sans doute, de part et d’autre d’ailleurs, avec, dans ce domaine aussi, une prime au sortant. »

Ce texte inclut deux segments distincts :

  1. Le portrait thuriféraire du candidat du RPG à l’élection présidentielle
  2. La manipulation et le tripatouillage de la réalité à la veille et au lendemain du vote du 11 octobre courant

Style panégyrique et thuriféraire

Dans le premier segment, le style tombe au niveau du griotisme le plus bas. Prétendûment élogieux, en réalité platement thuriféraire , le choix de vocabulaire par le journaliste François Soudan est falsificateur et trompeur. Ce faisant,  il enfreint la déontologie de sa profession, qui dicte la neutralité, l’impartialité et l’objectivité dans l’exercice du métier. Violant ces principes cardinaux, François affiche sans ambiguité qu’il est pour le candidat sortant  et contre les opposants de celui-ci.  D’un jet de plume, il place les mots  bilan et programme. Il faut souffrir d’une incurable cécité intellectuelle pour utiliser positivement l’un et l’autre termes à propos du mandat 2010-2015 du président Condé. Car le fait est qu’en prenant les rênes de l’Etat en 2010, le nouveau président n’avait pas de projet de société à promouvoir ou de programme de gouvernement à exécuter.  Il a agit selon sa nature impulsive, sans tracer ou suivre une direction générale, au moins. Il s’est contenté d’improviser, passant le plus clair de son temps à voyager à l’étranger, et négligeant l’intérieur du pays. Il n’a visité les préfectures qu’à la veille des élections, législatives — tardives —en 2014, et présidentielle en cours. Par exemple, alors que le torchon brûlait et que les gens s’entretuaient en Guinée Forestière, il choisit s’envoler pour Abuja (Nigéria) pour un sommet routinier de la CEDEAO.

Lire Koulé et N’Zérékoré, les raisons de la violence

Manipulation et tripatouillage : votes achetés, élection violente et volée

François Soudan se pose rhétoriquement une question dont il connaît déja la réponse : Y a-t-il eu des fraudes ? C’est une rhétorique de mauvais goût au et du cynisme. Peu importe, s’il y en a eu, il ne s’agirait dans son entendement étriqué que de “petits tripotages” !!!
Dommage. Car Amnesty International —une organisation plus crédible que Jeune Afrique — a enquêté sur le terrain. Elle a publié un rapport accablant qui  dénonce et condamne les manipulations du scrutin par le régime d’Alpha Condé et la violence létale de ses forces de sécurité (police et gendarmerie), épaulées par la milice ethnique maninka (Donsos).

Lire Conakry. Abattus dans le dos et tabassés à mort

Mais bien avant l’entrée en action de ses cerbères et tueurs à gages, Alpha Condé avait corrompu et volé l’élection présidentielle à coups de billets de banque. En témoigne cet échange entre François Soudan et lui dans l’inteview intitulée « Je travaille pour tous les Guinéens, sans exclusive » :

François Soudan : Tout de même : au cours de ces tournées, vous distribuez de l’argent. 50 millions de francs guinéens [environ 6 000 euros] pour les femmes, 50 pour les jeunes, 50 autres pour les paysans, etc. Ce n’est pas de l’achat de voix, ça ?
Alpha Condé : Donc, si je vous suis bien, je devrais, ainsi que mon gouvernement, cesser toute aide aux populations démunies en période préélectorale ? Cela n’a pas de sens. Cet argent, c’est pour l’autonomisation des jeunes, des femmes, etc. Ce n’est pas pour acheter leurs voix, qu’ils donneront à qui bon leur semble.

Deuxième extrait : insinuation anti-Fulɓe

Le second passage à réfuter est le suivant :

« Comme beaucoup d’entre vous, j’apprécie l’écrivain guinéen Tierno Monénembo, 68 ans, Prix Renaudot 2008, douze romans au compteur, édité au Seuil depuis trois décennies. Mais pourquoi diable l’auteur de Peuls, du Roi de Kahel et du Terroriste noir, justement salués dans nos colonnes, se fourvoie-t-il en politique ? Pourquoi cette longue éructation vomie au lendemain de la réélection « simplement abjecte » d’Alpha Condé, accusé de « brûler le pays, falsifier la mémoire, démanteler les ethnies » ? Pourquoi traiter ceux qui ne pensent pas comme lui de « chefs d’État véreux, diplomates galeux, journalistes lèche-cul, mafia sicilienne » ? Pourquoi assimiler son combat à celui de « De Gaulle devant les nazis » [sic] ? Lorsqu’il écrit un roman, Monénembo cisèle sa plume et il me captive. Quand il polémique, peulitude en bandoulière, il la trempe dans le fiel. Et il me fait peur. »

François Soudan réagit ici à l’article intitulé “Victoire annoncée d’Alpha Condé” qui est une réaction à chaud du célèbre écrivain face à la mascarade et au “Coup KO” du premier tour de l’élection présidentielle. Se croyant visé, M. Soudan veut se défendre. Sans oublier, bien sûr, son habitude ancrée de protéger son ami président. Mais, en l’occurrence, le chef de la rédaction perd le nord et commet deux fautes impardonnables.

Première faute impardonnable : attaque contre le droit individuel d’opinion

François Soudan se pose la question : “Mais pourquoi diable l’auteur de Peuls, du Roi de Kahel et du Terroriste noir, justement salués dans nos colonnes, se fourvoie-t-il en politique ?
Une telle interrogation est formulée seulement parce que M. Diallo s’en prend au régime et à la personne anti-démocratiques d’Alpha Condé. S’il avait pris la plume pour louanger et vanter le “Professeur”,  cela serait OK pour François Soudan.
Mon rôle n’est pas de défendre Monenembo. Cela est superflu. Car son génie littéraire —que François lui reconnait — est mondialement attesté. Tierno pourra riposter, selon ses termes et au moment de son choix, à la hargne de M. Soudan. Nul doute qu’il le fera avec la logique, la pertinence, l’humour, fin et piquant, et la prose esthétique qu’on lui connait.
Cela dit, il est absurde de se demander pourquoi un écrivain fait de la politique. Il est du devoir des hommes/femmes de lettres de s’intéresser à la politique. Et de l’éclairer en disant la vérité aux puissants du jour…
Du reste, l’essentiel de l’oeuvre de Monenembo est politique. Il a annoncé la couleur depuis son premier roman Les Crapauds-brousse. Pourquoi y renoncerait-il ? Pour faire plaisir à Alpha Condé ? François Soudan ne devrait pas compter là-dessus …

Deuxième faute impardonnable : insinuation ethnique anti-Fulɓe

François Soudan ne se contente pas d’être journaliste en chef de Jeune Afrique. Ici, il devient un lexicographe et invente le mot peulitude. Il le taille par imitation, sur le modèle de négritude; la formation des deux mots procède par l’attachement du suffixe -tude à un substantif. Ainsi, on obtient :

Nègre + -tude = négritude
Peul + tude = “peulitude” 

Mais si négritude a acquis droit de cité depuis des décennies dans les dictionnaires de la langue française, le néologisme “peulitude”, lui, est mort-né. Son usage commence et s’arrête à François Soudan et à la presente protestation. Le pire est que M. Soudan ne se rend peut-être pas compte de la gratuité, de l’inadéquation et de l’absurdité de “peulitude”, qui est pourant évidente pour deux raisons :

  1. Même s’il attaque “les journalistes lèchent-culs”, l’article de Monenembo ne nomme personne. François Soudan ne devrait donc pas se sentir visé. Sa réaction hostile vérifie ce fameux proverbe : “Qui sent morveux se mouche.”
  2. Le texte de Monemembo ne parle nulle part de Pullo/Fulɓe (Peul/Peuls), du Fuuta-Jalon ou du Pulaaku. Il traite de la Guinée et de l’Afrique. Comment et pourquoi François Soudan injecte-t-il le nom déformé du peuple qui enfanta et moula la personnalité de Tierno ?

Au lieu de faire simplement et objectivement son boulot, François Soudan s’égare dans la  politique inventée par Sékou Touré, c’est-à-dire une machination maudite et une machine infernale qui sévissent sur la Guinée depuis 1958. Cette gouvernance  destructrice a conduit le pays dans la débâcle, la pauvreté, la ruine et la misère : humaine, économique, culturelle, politique.
Alpha Condé avait promis de reprendre la Guinée là où l'(ir)reponsable dictateur suprême l’avait laissée. Machiavélique, voire diabolique, son plan a réussi ! La Guinée en gémit.

Tierno S. Bah

Victimes de l’Etat : impunité ou justice ?

Depuis 1959, l’Etat guinéen réprime et fait des victimes dans la population. Il blesse, torture et tue des citoyens, froidement, machinalement, impitoyablement. Refusant de promouvoir et de protéger la force de la loi, il a instauré la loi de la force. En conséquence, on ne compte plus le nombre des Guinéens morts, handicapés, violées, spoliés du fait des régimes successifs.

Depuis 2010, le président autocratie Alpha Condé applique méthodiquement la même politique oppressive que ses prédécesseurs. La police, la gendarmerie et la milice ethnique des Donsos ont pris le relais de l’armée, apparemment cantonnée dans les baraques militaires. Ainsi, avant et après le premier tour de l’élection présidentielle du 11 courant, c’est-à-dire entre le 8 et le 12 octobre, elles ont tiré dans le dos et tabassé à mort des civils, membres de partis rivaux du RPG au pouvoir.
Leurs actes criminels ont été dénoncés par l’enquête sur le terrain faite par Amnesty International. La publication des faits, preuves et témoignages assène un uppercut massu au slogan de la campagne du candidat sortant. Elle fournit une preuve matérielle additionnelle que “Le Coup KO n’est pas OK !” Elle met à nu les le recours — impulsif, préféré et coutumier — à la violence —verbale et physique — du président guinéen.
Les organisations locales des droits de l’homme (OGDH, Observatoire des droits de l’homme) et les  associations des victimes (AVIPA, AFADIS, AGORA, Camp Boiro) doivent coopérer et appuyer les ONG internationales (AI, FIDH, Human Rights Watch, Human Rights First, etc.).
Leur contribution est importante car au delà de la dénonciation des crimes politiques récents de l’Etat sur la personne physique de citoyens, il est impératif de connaître l’identité des victimes : 13 morts et plus de 80 blessés. Il s’agit précisément d’obtenir au moins les données suivantes :

•    Nom
•    Famille
•    Ethnie
•    Profession ou occupation
•    Affiliation politique
•    Age
•    Sexe
•    Domicile

Ces éléments seront versé au dossier de plaintes des victimes et des familles des morts contre l’Etat. Un tel document posera un acte concret dans la promotion de la justice et la lutte contre l’impunité en Guinée.

Mettre fin à l’impunité et promouvoir la force de la loi

Adoptée par l’Assemblée générale le 16 décembre 2005, la Résolution 60/147 de l’ONU établit les principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire.

Les articles 7, 8, 9 et 10 du document stipulent respectivement les obligations suivantes de la part de l’Etat :

  • Article 7. — Droit des victimes aux recours
  • Article 8. — Accès à la justice
  • Article 9. — Réparation du préjudice subi
  • Article 10. — Accès aux informations utiles concernant les violations et les mécanismes de réparation

La République de Guinée est, autant que je sache, signataire de cette convention internationale. Mais elle la viole de façon routinière, voir quotidienne. Aussi longtemps qu’elle maintiendra sa politique répressive envers les citoyens, le pays pourra toujours se targuer de vivre en paix. En vérité, le feu couve sous les cendres, même éteintes du Camp Boiro, ou celles toujours fumantes des crimes qui l’ont succédé :

  • Tuerie de Cosa, 2002
  • Fusillades de 2006-2007
  • Massacre du 28 septembre 2009
  • Répressions répétées de 2010 à 2015

La création d’un Etat de droit ne se limite pas à la promulgation de la Constitution, de codes et de lois afférentes au processus démocratique, d’une part, ou à l’adhésion aux traités régionaux et mondiaux. Elle requiert davantage la traduction des textes en action et la conformité des actes à l’esprit des documents régissant les pays et la communauté internationale.

Je reproduis plus bas les articles sus-mentionnés de la Résolution 60/147 de l’ONU.

Tierno S. Bah


VII. Droit des victimes aux recours

Les recours contre les violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et les violations graves du droit international humanitaire comprennent le droit de la victime aux garanties suivantes, prévues par le droit international :

  1. Accès effectif à la justice, dans des conditions d’égalité
  2. Réparation adéquate, effective et rapide du préjudice subi
  3. Accès aux informations utiles concernant les violations et les mécanismes de réparation.

VIII. Accès à la justice

Les victimes d’une violation flagrante du droit international des droits de l’homme ou d’une violation grave du droit international humanitaire auront, dans des conditions d’égalité, accès à un recours judiciaire utile, conformément au droit international. Les autres recours à la disposition des victimes incluent l’accès aux organes administratifs et autres, ainsi qu’aux mécanismes, modalités et procédures régis par la législation interne. Les obligations découlant du droit international qui visent à garantir le droit d’accès à la justice et à un procès équitable et impartial doivent être reflétées dans les législations internes. À cette fin, les États devraient :

  1. Diffuser des informations, par des mécanismes publics et privés, sur tous les recours disponibles en cas de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire
  2. Prendre des mesures pour limiter autant que possible les difficultés rencontrées par les victimes et leurs représentants, protéger comme il convient leur vie privée de toute ingérence illégale et assurer leur sécurité, ainsi que celle de leur famille et de leurs témoins, en les préservant des manœuvres d’intimidation et des représailles, avant, pendant et après les procédures judiciaires, administratives ou autres mettant en jeu les intérêts des victimes
  3. Fournir l’assistance voulue aux victimes qui cherchent à avoir accès à la justice
  4. Mettre à disposition tous les moyens juridiques, diplomatiques et consulaires appropriés pour que les victimes puissent exercer leurs droits à un recours en cas de violation flagrante du droit international des droits de l’homme ou de violation grave du droit international humanitaire.

Par-delà l’accès individuel à la justice, les États devraient s’efforcer de mettre en place des procédures pour permettre à des groupes de victimes de présenter des demandes de réparation et de recevoir réparation, selon qu’il convient.

L’accès à un recours adéquat, utile et rapide en cas de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme ou de violations graves du droit international humanitaire devrait englober tous les mécanismes internationaux disponibles et appropriés dont une personne peut se prévaloir, sans préjudice de l’exercice de tout autre recours interne.

IX. Réparation du préjudice subi

Le but d’une réparation adéquate, effective et rapide est de promouvoir la justice en remédiant aux violations flagrantes du droit international des droits de l’homme ou aux violations graves du droit international humanitaire. La réparation devrait être à la mesure de la gravité de la violation et du préjudice subi. Conformément à sa législation interne et à ses obligations juridiques internationales, l’État assure aux victimes la réparation des actes ou omissions qui peuvent lui être imputés et qui constituent des violations flagrantes du droit international des droits de l’homme ou des violations graves du droit international humanitaire. Dans les cas où la responsabilité de la réparation incombe à une personne physique, à une personne morale ou à une autre entité, la personne ou l’entité devrait assurer réparation à la victime ou indemniser l’État lorsque celui-ci a déjà assuré réparation à la victime.

Les États devraient s’efforcer de créer des programmes nationaux pour fournir réparation et toute autre assistance aux victimes, lorsque la partie responsable du préjudice subi n’est pas en mesure ou n’accepte pas de s’acquitter de ses obligations.

S’agissant des plaintes des victimes, l’État assure l’exécution des décisions de réparation prononcées par ses juridictions internes à l’égard des particuliers ou des entités responsables du préjudice subi et s’applique à assurer l’exécution des décisions de réparation ayant force de chose jugée prononcées par des juridictions étrangères, conformément à son droit interne et à ses obligations juridiques internationales. À cette fin, les États devraient prévoir, dans leur législation interne, des mécanismes efficaces pour assurer l’exécution des décisions de réparation.

Conformément à la législation interne et au droit international, et compte tenu des circonstances de chaque cas, il devrait être assuré aux victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire, selon qu’il convient et de manière proportionnée à la gravité de la violation et aux circonstances de chaque cas, une réparation pleine et effective, comme l’énoncent les principes 19 à 23, notamment sous les formes suivantes : restitution, indemnisation, réadaptation, satisfaction et garanties de non-répétition.

La restitution devrait, dans la mesure du possible, rétablir la victime dans la situation originale qui existait avant que les violations flagrantes du droit international des droits de l’homme ou les violations graves du droit international humanitaire ne se soient produites. La restitution comprend, selon qu’il convient, la restauration de la liberté, la jouissance des droits de l’homme, de l’identité, de la vie de famille et de la citoyenneté, le retour sur le lieu de résidence et la restitution de l’emploi et des biens.

Une indemnisation devrait être accordée pour tout dommage résultant de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire, qui se prête à une évaluation économique, selon qu’il convient et de manière proportionnée à la gravité de la violation et aux circonstances de chaque cas, tel que :

  1. Le préjudice physique ou psychologique
  2. Les occasions perdues, y compris en ce qui concerne l’emploi, l’éducation et les prestations sociales
  3. Les dommages matériels et la perte de revenus, y compris la perte du potentiel de gains
  4. Le dommage moral
  5. Les frais encourus pour l’assistance en justice ou les expertises, pour les médicaments et les services médicaux et pour les services psychologiques et sociaux.

La réadaptation devrait comporter une prise en charge médicale et psychologique ainsi que l’accès à des services juridiques et sociaux.
La satisfaction devrait comporter, le cas échéant, tout ou partie des mesures suivantes :

  1. Mesures efficaces visant à faire cesser des violations persistantes
  2. Vérification des faits et divulgation complète et publique de la vérité, dans la mesure où cette divulgation n’a pas pour conséquence un nouveau préjudice ou ne menace pas la sécurité et les intérêts de la victime, des proches de la victime, des témoins ou de personnes qui sont intervenues pour aider la victime ou empêcher que d’autres violations ne se produisent
  3. Recherche des personnes disparues, de l’identité des enfants qui ont été enlevés et des corps des personnes tuées, et assistance pour la récupération, l’identification et la réinhumation des corps conformément aux vœux exprimés ou présumés de la victime ou aux pratiques culturelles des familles et des communautés
  4. Déclaration officielle ou décision de justice rétablissant la victime et les personnes qui ont un lien étroit avec elle dans leur dignité, leur réputation et leurs droits
  5. Excuses publiques, notamment reconnaissance des faits et acceptation de responsabilité
  6. Sanctions judiciaires et administratives à l’encontre des personnes responsables des violations
  7. Commémorations et hommages aux victimes
  8. Inclusion, dans la formation au droit international des droits de l’homme et au droit international humanitaire et dans le matériel d’enseignement à tous les niveaux, d’informations précises sur les violations qui se sont produites.

Les garanties de non-répétition devraient inclure, le cas échéant, tout ou partie des mesures suivantes qui contribueront aussi à la prévention et qui consistent à :

  1. Veiller au contrôle efficace des forces armées et des forces de sécurité par l’autorité civile
  2. Veiller à ce que toutes les procédures civiles et militaires soient conformes aux normes internationales en matière de régularité de la procédure, d’équité et d’impartialité
  3. Renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire
  4. Protéger les membres des professions juridiques, médicales et sanitaires et le personnel des médias et d’autres professions analogues, ainsi que les défenseurs des droits de l’homme
  5. Dispenser, à titre prioritaire et de façon suivie, un enseignement sur les droits de l’homme et le droit international humanitaire dans tous les secteurs de la société, et une formation en la matière aux responsables de l’application des lois et au personnel des forces armées et de sécurité
  6. Encourager l’observation de codes de conduite et de normes déontologiques, en particulier de normes internationales, par les fonctionnaires, y compris les responsables de l’application des lois, les personnels de l’administration pénitentiaire, des médias, des services médicaux, psychologiques et sociaux et le personnel militaire, ainsi que par les entreprises
  7. Promouvoir des mécanismes pour prévenir, surveiller et résoudre les conflits sociaux
  8. Réexaminer et réformer les lois favorisant ou permettant des violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et des violations graves du droit international humanitaire.

X. Accès aux informations utiles concernant les violations et les mécanismes de réparation

Les États devraient mettre en place des moyens d’informer le public et, plus particulièrement, les victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire, des droits et recours visés dans les présents Principes fondamentaux et directives, ainsi que de tous les services juridiques, médicaux, psychologiques, sociaux, administratifs et autres auxquels les victimes peuvent avoir un droit d’accès. En outre, les victimes et leurs représentants devraient être habilités à rechercher et à obtenir des informations sur les causes qui ont conduit à leur victimisation et sur les causes et conditions propres aux violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et aux violations graves du droit international humanitaire, et avoir le droit d’apprendre la vérité sur ces violations.

Conakry. Abattus dans le dos et tabassés à mort

Démentissant les déclarations diplomatiques conventionnelles et la langue de bois des messages de la communauté internationale, d’une part, et la conclusion hâtive de Tyson Robers dans 5 Things About Guinea’s Peaceful Election, d’autre part, Amnesty International montre — avec des preuves d’enquête sur le terrain à l’appui — que le premier tour de l’élection présidentielle n’a été ni paisible, ni pacifique.
L’ONG mondiale dénonce, au contraire, les tueries et les violences perpétrées — comme d’habitude — par les forces dites de sécurité durant le vote du 11 octobre courant. Elle dénonce les crimes de la police et de la gendarmerie, qui ont tiré des coups de feu dans le dos de personnes non armées et ont tabassé à mort des civils à Conakry.
Tierno S. Bah

Les forces de sécurité ont tué au moins trois personnes — deux en leur tirant dans le dos et une en la battant à mort — à Conakry, la capitale guinéenne, lors d’échauffourées liées à l’élection présidentielle, a publié Amnesty International hier jeudi 22 octobre.

Par ailleurs, des affrontements entre sympathisants de partis rivaux ont fait trois morts et au moins 80 blessés dans la même ville. Dans le reste du pays, au moins sept personnes ont perdu la vie dans les mêmes circonstances. Les homicides ont eu lieu entre les 8 et 13 octobre, soit en pleine période électorale. Les résultats du scrutin présidentiel sont contestés et des élections locales doivent se tenir en 2016, ce qui fait craindre que de nouvelles manifestations ne donnent lieu à d’autres décès, à moins que les forces de sécurité ne fassent preuve de retenue et que les agents soupçonnés d’avoir tiré sur des civils ne soient traduits en justice et jugés équitablement par des tribunaux civils de droit commun.

« Des éléments démontrent que des agents des forces de sécurité guinéennes ont tué ou blessé des civils sans arme. Rien ne peut justifier d’avoir tiré sur ces personnes ni de ne pas engager la responsabilité pénale des auteurs présumés des coups de feu, a déclaré François Patuel, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International, qui se trouve actuellement à Conakry.
Tant que les autorités toléreront que les forces de sécurité fassent usage d’armes à feu contre la population, il sera impossible d’instaurer un climat de confiance et de mettre fin aux violences électorales récurrentes en Guinée. »

Les quartiers où les victimes habitaient ont été le théâtre de manifestations autour de la date de l’élection et, lors de rassemblements de ce type, il arrive souvent que la foule jette des pierres aux forces de sécurité. Cependant, des témoins oculaires et des proches des personnes tuées par les forces de sécurité ont indiqué à Amnesty International que ces personnes n’avaient pas pris part aux violences et n’étaient pas armées.

Parmi les victimes figurent un chauffeur de 24 ans ; des gendarmes lui ont tiré dans le dos alors qu’il marchait en direction du domicile de son frère. Six policiers ont matraqué à mort un étudiant de vingt 20 ans. Un gendarme a aussi abattu un charpentier de 20 ans d’une balle dans le dos alors qu’il s’enfuyait par une ruelle ; son corps a été abandonné sur un tas d’ordures.

Un témoin ayant assisté aux coups de feu a déclaré à Amnesty International :

« C’était le 13 octobre, vers minuit. Nous discutions près de l’atelier où nos amis travaillaient. Un pick-up de la gendarmerie est arrivé dans la rue et sept gendarmes armés de fusils en sont sortis en trombe. Il y avait eu des affrontements violents dans notre quartier ce jour-là, alors nous avons pris peur et nous sommes partis en courant. Ils ont tiré sur nous et touché notre ami au dos. Nous l’avons retrouvé dans sur un tas d’ordures le lendemain matin. »

Amnesty International a recensé plus de 80 blessés pris en charge dans des centres de santé de Conakry à la suite des violences liées à l’élection présidentielle. Des délégués de l’organisation ont rencontré huit personnes blessées par les forces de sécurité, dont sept par balle. Il s’agissait notamment de trois amis, âgés de 17 à 21 ans, sur qui des gendarmes avaient tiré à Sonfonia Gare 2 le 10 octobre. Les délégués d’Amnesty International ont découvert sur les lieux des douilles de munitions réelles correspondant aux armes des forces de sécurité.

L’une des victimes a fait le récit suivant :

« Nous étions à l’école coranique lorsque nous avons entendu une femme crier dans la rue. Nous sommes sortis pour voir ce qui se passait. Il y avait des pick-up de la gendarmerie et de la police. Des agents démontaient les barricades dressées sur la route. Un gendarme nous a visés. Apeurés, nous avons essayé de retourner dans l’école. J’ai été touché au bras et deux de mes amis l’ont été au genou et dans le bas du dos où la balle est toujours. Un autre jeune a été abattu en bas de la rue. »

Par ailleurs, des témoins ont indiqué à Amnesty International que plusieurs policiers et gendarmes avaient participé au pillage du supermarché Koumi, près de Médina, après qu’il avait été attaqué par des hommes portant des t-shirts de campagne les 8 et 9 octobre. Ils avaient mis à sac un restaurant et incendié des voitures, des boutiques et des générateurs.

Une nouvelle loi a pourtant été adoptée en juin afin de mieux encadrer le recours à la force et aux armes à feu par les forces de sécurité guinéennes et de limiter les violences liées aux élections. Plus de 350 personnes ont trouvé la mort dans des circonstances liées à des élections au cours des 10 dernières années ; six ont ainsi été tuées lors de manifestations organisées en avril et mai 2015 mais aucun agent des forces de sécurité n’a été inculpé pour l’instant.

Dans un rapport publié en septembre, Amnesty International estimait que la loi en question représentait une avancée, tout en mettant en évidence les déficiences considérables qui compromettraient son efficacité. En outre, ce texte ne protège pas suffisamment le droit de manifester pacifiquement.

« Une nouvelle loi visant à endiguer le recours à une force excessive et meurtrière par les forces de sécurité ne peut être efficace que si elle est à la fois renforcée et appliquée de manière stricte, a déclaré François Patuel.

« Les forces de sécurité doivent non seulement être dotées des ressources nécessaires et formées comme il se doit pour respecter les droits humains, mais aussi être amenées à rendre des comptes devant des tribunaux civils en cas de manquement. Les agents soupçonnés d’avoir tué des personnes sans arme à Conakry au début du mois d’octobre doivent en subir les conséquences. »

Complément d’information

L’élection présidentielle guinéenne s’est tenue le 11 octobre. La Commission électorale nationale indépendante a annoncé les résultats provisoires, indiquant qu’Alpha Condé avait été réélu au premier tour. Les sept autres candidats ont contesté ces résultats.

En septembre, Amnesty International a publié un rapport dans lequel elle révélait que six personnes avaient été tuées en avril et mai 2015 lors d’échauffourées liées à l’élection et appelaient les autorités à prendre des mesures en vue de protéger la liberté d’expression et de réunion, de mettre fin à l’usage excessif de la force et des armes à feu, et de traduire en justice les responsables présumés de violations des droits humains.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, au moins 350 personnes sont mortes et plus de 1 750 ont été blessées lors de manifestations organisées en Guinée au cours des 10 dernières années. La plupart étaient des manifestants, et parfois des passants, blessés ou tués par les forces de sécurité.

Le 2 juin, l’Assemblée nationale a adopté un texte de loi sur le maintien de l’ordre public, qui définit quand et comment il est possible d’avoir recours à la force pendant des manifestations. Bien qu’il comporte des dispositions judicieuses établissant les missions et les responsabilités des forces de sécurité guinéennes, il présente des lacunes importantes qui pourraient restreindre le droit de réunion pacifique. En effet, il n’autorise pas les rassemblements publics spontanés, tandis que les forces de sécurité sont toujours habilitées à disperser des groupes de manifestants pacifiques si elles soupçonnent ne serait-ce qu’une personne d’avoir une arme. Ces dispositions pourraient aussi servir à interdire ou à réprimer les manifestations pacifiques.

Amnesty International

5 Things about Guinea’s peaceful election

Guinea’s National Independent Electoral Commission has released the provisional results of the first round of the presidential election held October 11. See Le “Coup KO” n’est pas OK.
I reprint this blog post from the Washington Post because it provides an overview of the voting process. Also, the 5-point ordered list may be just the length of text and type of content that casual readers may need. However, the author proposes a historical review of Guinea’s electoral politics that falls way short for the following reasons:

  1. Tyson Roberts jumps to a hasty conclusion and uses  “peaceful” inappropriately. In reality, and according to an Amnesty International report, “Unarmed people shot in back and beaten to death by security forces in Conakry.” The human rights group  condemns the “clear evidence that members of Guinea’s security forces were responsible for the death and injury of unarmed civilians. There could be no justification for firing at these unarmed people, and no excuse for failing to hold those suspected of criminal responsibility to account.
  2. The author over-simplifies his picture of the situation by reducing the contest to a rivalry between Alpha Condé and Cellou Dalein Diallo. In fact, Guinea’s political landscape extends beyond these two leaders, notwithstanding the fact they —mainly but exclusively — represent  the main communities: Fulbe and Maninka
  3. As a result, the name and role of a solid contender such as Sidya Touré appears nowhere
  4. The successive dictatorships of Sékou Touré (1958-1984) and Lansana Conté (1984-2008) are merely and leniently described as rules. Yet, the author points out that Alpha Condé was sentenced to death in absentia. With such a hint, he should have logically concluded that Guinea was run by a tyrant. Furthermore, M. Condé was not the only person to receive a death penalty. Twenty other Guineans exiles suffered the same fate. Read the verdict of the Tribunal révolutionnaire suprême on the Camp Boiro Memorial.
  5. The author is silent on the rigged results of the second round of the 2010 presidential. Soundly beaten on the first round, Alpha Condé was dubiously proclaimed the victor in the second round. Most serious observers remain puzzled by the reversal of fortune of the two candidates. Ever since, details have emerged linking Waymark Infotech, the company that tallied the ballots, to South African intelligence circles.
    Read High Noon at the Guinea Corral
    Tierno S. Bah

Which Guinea, you ask? There are 4 countries whose name includes “Guinea” (named for the Guinea region in West Africa), including Equatorial Guinea (formerly Spanish Guinea), Guinea-Bissau (formerly Portuguese Guinea), and Papua New Guinea (in Oceania rather than Africa – a Spanish explorer apparently thought the natives resembled people he had seen on the Guinea coast of Africa).

Supporters of candidate Alpha Conde gather in a street in Conakry on Saturday to celebrate after it was announced that he had won the elections. (Youssouf Bah/AP)
Supporters of candidate Alpha Conde gather in a street in Conakry on Saturday to celebrate after it was announced that he had won the elections. (Youssouf Bah/AP)

The country that had the election a week and a half ago was just plain “Guinea,” officially “the Republic of Guinea,” formerly known as “French Guinea,” and sometimes referred to as “Guinea-Conakry” (Conakry is the capital) to differentiate it from the other Guineas.

What is special about Sunday’s election?

  1. Incumbent Alpha Condé was the first president in Guinea to come to power (in 2010) through a democratic election.
    At independence from France in 1958, Guinea was led by Ahmed Sékou Touré, who went on to “win” uncontested presidential elections from 1961 to 1982. Days after Sékou Touré died in 1984, Lansana Conté took power in a military coup and won three multiparty elections in what observers described as a “facade” of democracy.
    Days after Conté died in 2008, Capt. Moussa Dadis Camara took power in a military coup. Following a massacre of opposition members in a meeting in 2009, one of Camara’s aides shot him in the head. Camara survived and went into exile. Condé won the multiparty presidential election that followed in 2010.
  2. Sunday’s election was the fourth presidential contest Condé has competed in, but the first time he has run as an incumbent.
    Condé, 77, has been in politics for a long time, but the presidential term he is finishing is the first political office he has ever held. As an opposition activist during Sékou Touré’s rule, he was sentenced to death in absentia. He placed second and third in presidential elections that Conté was accused of stealing in 1993 and 1998. Conté’s government threw Condé into jail in 2000 for “undermining the authority of the state”; after his release in 2001 he boycotted the election of 2003. In his third presidential contest in 2010, Condé placed second in the first round with 18 percent (behind Cellou Dalein Diallo with 44 percent), and then won the presidency in the second round with 53 percent.
  3. In Guinea’s highly fractionalized political system, success relies on making (sometimes surprising) alliances.
    In the 2010 presidential election, 24 candidates from 24 different parties competed. Although he won a mere 18 percent in the first round, Condé was able to win in the second round by gaining endorsements from at least twelve of the other competing parties.
    In the campaign for this most recent election on Oct. 11, Diallo formed an alliance with the party led by former junta leader Camara, currently in exile and indicted in absentia for the 2009 massacre of the opposition, including members of Diallo’s party. Notwithstanding that surprising alliance, Condé was predicted by observers to win last week’s election because of the ethnic and personal rivalries that divide his opposition (as well as some accomplishments such as completion of a Chinese-built hydroelectric dam). Eight candidates (considerably fewer than in 2010) competed in the first (and only) round of this year’s presidential election.
  4. The election’s main contestants come from two of the larger ethnic groups in the country, but neither group is large enough to deliver electoral victory alone.
    The largest ethnic group in Guinea is the Fulani, with more than 40 percent of the population; followed by the Malinké, with 30 percent; and the Sossou, with 20 percent. The remaining 10 percent comes from more than 20 smaller ethnic groups.
    In the first round of the 2010 presidential election, Diallo, a Fulani, won 44 percent of the vote vs. 18 percent for the Malinké candidate, Condé.
    Some observers believe that Condé successfully united most of the other parties against Diallo by uniting the non-Fulani ethnic groups against the Fulani.  Diallo, however, argued that Condé rigged the 2010 result. Despite being the largest and economically dominant ethnic group, no Fulani has been president of Guinea.
  5. Although Guinea has a history of troubled elections, and Diallo has rejected this year’s result, election observers described the election as valid (if disorganized).
    Guinea’s first three multiparty elections, under Lansana Conté, were described by observers as fraudulent. In response to major candidates being ruled ineligible to run, most opposition parties boycotted the 2003 election (including Condé’s party), which was also considered fraudulent.
    The first round of the 2010 election was open, transparent and peaceful, but before the runoff election in 2010, violent clashes between supporters of Condé and Diallo led the election to be postponed three times. Diallo accused Condé of fraud but conceded when the Supreme Court ruled against him.
    In the run-up to this October’s election, Diallo complained about the Independent Electoral Commission over a number of issues, including disorganized distribution of voter cards, and he demanded a five-day delay for the election, which was not granted. Nonetheless, Diallo chose not to follow through on his threat to boycott the election.
    This election was peaceful. Observers say the vote was transparent and valid, despite such logistical problems as insufficient materials. In response to early returns that indicate another victory for Condé, Diallo’s supporters accused the president of fraud and called for the election to be repeated. Last Wednesday, Diallo withdrew from the election, alleging fraud, and said he would not recognize the results.
    On Saturday, the Independent Electoral Commission declared Condé the winner with 58 percent of the vote, which makes a run-off election unnecessary (pending confirmation by the Constitutional Court). Diallo, with 31 percent of the vote, still refuses to recognize the result, but said he would not appeal.

Tyson Roberts
Reprinted from The Washington Post

Le “Coup KO” n’est pas OK !

Un Coup KO !”, tel fut le cri de ralliement de la campagne d’Alpha Condé, candidat du RPG-Arc-en-ciel à l’élection présidentielle dont le premier tour a eu lieu le 11 octobre courant.
Lire l’article annonciateur et prémonitoire de François Soudan “Présidentielle guinéenne : un coup KO pour Alpha Condé ?”, publié par Jeune Afrique le 10 octobre

Comme au lendemain de son investiture en 2010, Alpha Condé emploie une formule empruntée à la langue anglaise. On avance que son fils est fluent dans la langue de Shakespeare. Mais le père avoue une compétence modeste dans cet idiome.
En 2010, il s’exclama en franglais : “La Guinée is back”. Pour cette année également le RPG a eu recours à la formule hybride, mi-française, mi-anglais : Un coup KO !
Ils entendaient par là que leur candidat l’emporterait — comme dans un match de boxe — par KO, qui est une abbréviation des mots anglais Knock-Out.

Eh bien, leur voeu a été réalisé. En effet, selon la déclaration de la Commission nationale électorale indépendante (Ceni), Alpha Condé a été réélu au premier tour président de la république de Guinée.  Il était, on le sait, en lice avec sept rivaux.

Les huit candidats au premier tour de l'élection présidentielle. République de Guinée, 11 octobre 2015
Les huit candidats au premier tour de l’élection présidentielle. République de Guinée, 11 octobre 2015

Les  résultats provisoires obtenus par les huits candidats au premier tour sont les suivants :

Candidat Parti Voix obtenues Pourcentage
Alpha Condé RPG 2.285.827 57,85%
Cellou Dalein Diallo UFDG 1.242.362 31,44%
Sidya Touré UFR 237.649 6,01%
Faya Lansana Millimono Bloc Libéral 54.718 1,38%
Papa Koly Kourouma GRUP 55.750 1,31%
Lansana Kouyaté PEDN 45.962 1,16%
Goerges Gandhi Tounkara UGDD 19.840 0,50%
Marie Madeleine Dioubaté PEG 13.214 0,33%

Manipulation et dosage des résultats

Alpha Condé et ses partisans ont eu recours à des méthodes de manipulation et de dosage des résultat du vote. Les meneurs de cet exercice rocambolesque se croient plus malins que le mot. Mais leur arithmétique statistique crée le doute et provoque l’incrédulité. à travers le tableau ci-dessus, qui frappe par ses grands écarts entre :

  • Les deux premiers candidats : Alpha et Cellou ; l’un double résultat de l’autre
  • Le duo Alpha/Cellou et le reste des constestants ; on passe de sept à 6 chiffres à bas percentile

Ainsi, par exemple, Sidya n’obtient que le cinquième des votes de Cellou Dalein, et le huitième des résulats d’Alpha Condé ! Et dire qu’en 2010 il avait battu Alpha au premier tour. Toutefois le président de la Transition, Général Sékouba Konaté, le démit du deuxième rang au profit d’Alpha et le classa troisième.

Lire l’interview de Sidya dans Fraternité-Matin sous le titre Comment Sékouba frauda pour Alpha

Les micmacs de la Ceni s’inspirent en droite ligne des listes que feu Alsény René Gomez concoctait pour Lansana Conté dans les années 1990.

Note. — Les maquillages électoraux de l’ère du multipartisme contrastaient avec les statistiques fabuleuses du Parti-état, qui accordaient aisément 99,99 % des votes à Sékou Touré, l’unique candidat à l’élection.

Gomez René Gomez eut des imitateurs et des émules. Et depuis 2010, certains de ces personnages se retrouvent comme conseillers (avec rang de ministre) dans à la présidence de la république. Le candidat sortant était donc bien entouré pour préparer et remporter le premier tour, haut les mains.

Note. — Le gouvernement d’Alpha Condé est une structure à deux étages. Le Primature est logée au rez-de-chaussée, tandis que la Présidence occupe le second niveau. Et tout ce beau monde compte quelque 80 ministres pour 11 millions de citoyens. A l’opposé, avec 320 millions d’habitants, les USA n’ont que quinze ministres.

A suivre.

Tierno S. Bah