Afrique : ni Paradis, ni Purgatoire

Le numéro bimensuel courant (octobre-novembre 2015) du Monde diplomatique affiche à la Une : “Afrique, Enfer et Eldorado”. La formule est à la fois familière, exaggérée, provocatrice ! Et le contenu est tout aussi substantiel mais inégal, parfois répétitif et dans certains cas dépassé.
En guise de résumé du numéro, la Rédaction du journal  écrit :
« Qui l’eût cru ? L’Afrique est à la mode. Derrière l’enthousiasme de Jacques Attali ou d’Anthony Blair se cache, on l’aura deviné, la promotion d’intérêts purement économiques. Dans le même temps, les Etats africains se désendettent, retrouvent des marges de manoeuvre. Si les classes dirigeantes n’ont d’autre boussole que les exigences de la mondialisation libérale, les mouvements sociaux se développent, les revendications démocratiques prospèrent. Ces remous dessineraient-ils les premiers traits d’une Afrique proprement africaine
Qurante-huit heures après réception et lecture cursive de mon examplaire, mes remarques sont les suivantes :

  • Bien que le collectif des auteurs soit international, l’approche éditoriale n’échappe pas  à l’eurocentrisme.
  • Séparer l’Afrique du Nord du reste du continent est artificiel. Le destin des pays africains est indissociable :  historiquement et synchroniquement.
  • Parler du continent noir est suranné. l’Afrique est habitée un arc-en-ciel génétique de populations : Khoïkhoï, Sankoï, “Noirs”, Sémites, Blancs, etc.
  • Le contraire de l’expression “Afrique proprement africaine” est “Afrique improprement africaine”. Les deux étiquettes me paraissent inadéquates.
  • L’Afrique n’est ni un paradis (Eldorado), ni un purgatoire (Enfer). Toutefois, des facteurs externes (mondialisation) et internes (analphabétisme, pauvreté) accentuent sa dépendance. Des forces étrangères imposent leur hégémonie sur les ressources naturelles et bâtissent des enclaves de croissance, disjointes du reste de la population. Financés par l’industrie extrative, ces îlots artificiels sont présentés comme des eldorados. Campagnes de marketing et pure illusion ! Lire The Anatomy of the Resource Curse: Predatory Investment in Africa’s Extractive Industries

Cela dit, on trouvera ici le texte intégral de l’article d’Anne-Cécile Robert : “Quand voter ne suffit pas…”  Le titre et la substance du document sont d’actualité en Guinée, en Côte d’Ivoire, et partout ailleurs sur le continent.
Tierno S. Bah

D’indéniables progrès ont été accomplis dans la marche vers la démocratie en Afrique. Cependant, entre manipulations, fraudes et tensions sociales, rares sont les scrutins majeurs qui se déroulent jusqu’au bout dnns le calme. Dans ce théâtre d’ombres, les populations tentent de faire entendre leur voix.

Après une période d’euphorie démocratique au début des années 1990, qui a vu la disparition de régimes à parti unique et l’adoption de Constitution entérinant la démocratie libérale, les années 2000 se caractérisent par de nombreuses incertitudes politiques en Afrique.

Le spectre de la guerre civile, qui hante de nombreux pays depuis la colonisation, n’a pa disparu. Il a même pris corps en 2002 dans un pays réputé pour sa stabilité, la Côte d’Ivoire. Incapable de déterminer un corps électoral accepté par toutes les parties en raison du flou de l’état civil le pays n’a pu organiser une élection présidentielle qu’en 2010, après plusieurs reports acceptés par la « communauté internationale » 1. Immédiatement contesté, le crutin aboutira à l’intervention militaire de la France, sous bannière de l’ONU, pour installer M. Alassane Ouattara dans le fauteuil de chef de l’Etat 2.

A ces turpitudes s’ajoute une nouvelle façon de contourner la démocratie : la manipulation ou la modification autoritaire de la Constitution par le chef de l’Etat afin de se faire réélire. Ce fut le cas en Guinée en 2001 et au Cameroun en 2008 où fut mis fin à la limitation du nombre de mandats présidentiels, au Togo en 2002 avec l’adoption d’un scrutin à un tour, très favorable au pouvoir en place. Au Burundi, le président Pierre kKurunziza tente d’imposer un tel scénario au printemps 2015 tandis qu’on prête les même intentions à ses homologues Joseph Kabila en République démocratique du Congo (RDC) et Paul Kagamé au Rwanda. Ces manipulations sont de plus en plus contestées, comme le montre le mouvement d’octobre 2014 qui a chassé M. Blaise Compaoré du pouvoir au Burkina Faso ).

Cependant, si l’actualité se montre souvent violente sur le continent noir, les progrès réalisés depuis vingt-cinq ans sont réels et plus personne n’oserait, comme le président Jacques Chirac en 1990, prétendre que « l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie » 3. En revanche, les libertés conquises s’exercent dans un faisceau de contraintes qui fragilisent en permanence les acquis.

Organiser les élections est considéré dans toute l’Afrique comme un droit normal des citoyens et un élément indispensable à toute société « moderne ». Seule l’Erythrée, régime à parti unique, ne s’encombre ni de présidentielle ni de législatives, tandis que la Somalie, Etat théorique, n’est pas en mesure d’en organiser — le Swaziland, quant à lui, connaît des élections, mais les partis y sont interdits. Même malmenés, les scrutins se tiennent partout. La RDC a ainsi organisé en juillet 2006 les premières élection générales libres de son histoire.

« Coups d’Etat démocratiques » pour abattre les dictateurs

L’Union Africaine fait du respect de la démocratie et de droits de l’homme un objectif cardinal de son action. Elle condamne les coups d’Etat et contrairement à l’institution qui l’a précédée, l’Organisation de l’unité africaine (OUA), prévoit des sanctions en cas de manquement. Ainsi, après le coup d’Etat de mars 2012, le Mali a vu ses droits au sein de l’Union suspendus. Les bailleurs de fond conditionnent, eux aussi leur « aide  » à des règles politiques. Même la pratique du coup d’Etat s’est « modernisée » : en 2003 les militaires bissau-guinéens ont protocolairement prévenu par téléphone le président en exercice de la Communauté économique des Etat de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qu’ils étaient en train de réaliser un putsch, mais qu’ils organiseraient bientôt des élections (ce qui fut fait en 2004 et 2005). On assiste aussi à de coups d’Etat «démocratiques » destinés à abattre une dictature pour transmettre le pouvoir aux civils (au Mali en 1991, en Mauritanie en 2005).

La population, qui a pris conscience de son nouveau pouvoir, n’hésite pas à mettre le candidat sur le gril de revendications . Les débat électoraux sont animé et les électeurs mobilisés. « Dans les villages, raconte le politiste français Richard Banégas, les populations ont mis sur pied de comité de réception et d’animation. Lorsqu’un candidat à la députation ou chef de parti politique annonce son arrivée, on affiche ses photos et ses bulletins (…). Juste quelques heures après son départ, un autre groupe spécialisé dans le nettoyage du décor [intervient] et voilà ce même lieu prêt à accueillir un autre candidat 4. »
La liberté de la presse s’est généralisée, et les blogueurs y vont bon train de leurs commentaires militants, dubitatifs ou acerbes.

Contrairement à l’époque des partis uniques, l’opposition est devenue une figure acceptée du jeu social, tout comme les « forces vives de la nation » c’est-à-dire les syndicats et surtout les associations. Celles-ci, développées avec l’aide internationale, ont permis de contourner l’absence de pluralisme politique dans les années 1970. La démocratisation a commencé grâce à ces militants et à ces cadres lors des « conférences nationales » au début de années 1990.

Leur irruption avait surpris, et le dictateur béninois Mathieu Kérékou, poussé vers la sortie par son propre peuple en 1990, avait dénoncé, avec un humour involontaire, « un coup d’Etat civil ». Lorsque la vie politique se bloque, la population n’hésite pas à manifester. Ce qui conduit parfois à des situations confuses quand tous les camps en présence mobilisent de cette manière. A Madagascar, l’opposant Andry Rajoelina et le président Marc Ravalomanana ont rivalisé de grands meetings sur fond de scrutin contesté fin décembre 2008 5.

Malgré ce progrès de principe, l’éthique de la compétition électorale n’est pas garantie, et les dirigeants s’emploient à respecter les apparences tout en orientant les scrutins. La fraude reste courante (ah ! le flou des listes électorales, et ces bulletins qui dorment dans des hangars avant qu’on les dépouille !) et la « communauté internationale » n’est pas toujours très regardante. Si elle se montre sévère — à juste titre — avec M. Robert Mugabe au Zimbabwe, elle paraît très indulgente avec MM. Ali Bongo (Gabon) ou Paul Biya (Cameroun), grands amis de la France. A propos de l’élection présidentielle gabonaise de 2009 le blogueur ivoirien Théophile Kouamouo dénonce ainsi « les litotes approbatrices de Paris » et « les silences de Washington ou de Londres qui ne voient la démocratie qu’aux portes de l’Iran » 6.

La tentation autoritaire demeure perceptible, y compris dans des pays jadis exemplaire , comme le Sénégal, où le journaliste Mamadou Coulibaly — auteur d’un livre critique sur le président Abdoulaye Wade — a fait l’objet d’intimidations. Plus simplement, les pouvoirs en place n’hésitent pas à utiliser les ressources de l’Etat pour gagner la partie au moyen de campagnes dispendieuses, souvent avec l’aide de « communicants » ou de conseillers juridiques européens. Face à eux les partis d’opposition n’ont pas toujours des électeurs suffisamment prospères pour les financer.

Pour se maintenir au pouvoir, le dirigeants suscitent aussi la création des petits partis d’opposition afin de disperser les voix à leur avantage (Gabon, Cameroun, Burkina, Guinée, etc.). Dans certains pays, il existe plus de cent formations susceptibles de solliciter le suffrage des électeurs. Par ailleurs, la démocratisation n’a pas mis fin à la « politique du  ventre » décrite par le politiste français Jean-François Bayart 7.

Quand le clientélisme est roi, le candidats ne se déplacent jamais sans cadeaux : distribution de billets ou avantage matériels. Confronté à la pauvreté et à une répartition des riche e aussi inégale qu’insolente, les électeurs assimilent ce jeu à une compensation légitime :
— On récupère ce qu’ils nous ont volé, entend-on souvent. Ils nous ont poussés à la misère et il pillent l’Etat pour nous faire saliver. Nous sommes obligés de leur monnayer nos suffrages.

Note. — Lire cet échange entre François Soudan (Jeune Afrique) et le président sortant Alpha Condé
— Tout de même : au cours de ces tournées, vous distribuez de l’argent. 50 millions de francs guinéens [environ 6 000 euros] pour les femmes, 50 pour les jeunes, 50 autres pour les paysans, etc. Ce n’est pas de l’achat de voix, ça ?
— Donc, si je vous suis bien, je devrais, ainsi que mon gouvernement, cesser toute aide aux populations démunies en période préélectorale ? Cela n’a pas de sens. Cet argent, c’est pour l’autonomisation des jeunes, des femmes, etc. Ce n’est pas pour acheter leurs voix, qu’ils donneront à qui bon leur semble. …
Lire le texte complet de l’interview sur Jeune Afrique

Si on ne moleste plus les opposants autant qu’avant — le visage tuméfié de M. Morgan Tsvangirai, adversaire de M. Mugabe, après un interrogatoire des forces de l’ordre en 2008, montre à quel point la tendance est fragile — , il existe de multiples manières de faire taire le contradicteur.
— S’il est fonctionnaire, raconte le journaliste camerounais Etienne de Tayo, tout est mis en oeuvre pour le pousser à la démission. S’il travaille pour une structure privée, des pressions sont mises sur son employeur pour qu’il le licencie. S’il exerce pour son compte, le pouvoir s’arrange pour fermer les débouchés à ses produits ou empêcher qu’on lui accorde le moindre marché. Des pression sont aussi exercées sur son entourage afin qu’il ne le fréquente plus. Parfois, sur son épouse pour qu’elle le quitte 8.  Clochardiser et isoler l’opposant : la pratique a pour nom « chantage à la marmite ».

Certains dirigeants détournent aussi la « lutte contre la corruption » — en progrès depuis quelques années pour répondre à la demande des populations et des bailleurs de fond — pour éliminer des adversaires politiques. Lesquels se retrouvent alors devant le tribunaux sous le coup de charges peu claires. Ce fut le cas au Nigeria pour M. Atiku Abubakar en 2007 et au Sénégal pour M. Idrissa Seck en 2005. In fine, les dés étant pipés, une partie de l’opposition préfère l’exil à cette vie de tranchée dans l’indifférence générale. A noter que le soutien de la « communauté internationale » n’offre pas toujours un avantage. Il peut même se révéler un « piège », selon Tayo, quand des opposants, à l’image de M. Tsvangirai, apparaissent comme les défenseurs des intérêts occidentaux et se coupent progressivement de leur peuple.

En Afrique, la démocratisation s’effectue dans le cadre d’Etats décrédibilisés par l’échec de stratégies de développement mises en oeuvre après les indépendances. L’avènement du pluralisme coïncide avec le resserrement de l’étau financier international après l’explosion de la dette dan les années 1980 9. Tout en conditionnant leur « aide » à l’instauration du multipartisme et au respect des droit de l’homme, les bailleurs de fond — institutions financières internationales (IFI), Union européenne, etc. — ont imposé des contraintes économiques. Il en résulte un jeu politique affadi où les multiples partis disposent d’une unique option macroéconomique, celle de plan d’ajustement structurel (PAS) et autres « documents
stratégiques de réduction de la pauvreté». Aucun candidat ne peut paraître crédible s’il ne bénéficie pas de l’aval des IFI, et la classe politique semble parfois davantage inquiète de l’opinion des bailleurs que de celle des peuples. Manquant de moyens, infantilisé et subissant les contraintes de l’Etat minimum imposé de l’étranger, l’Etat africain est-il en mesure de servir de cadre à la démocratie ?

Aux élites souvent désintéressées des années 1960 — on pense au rôle joué par la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) — se sont substituées des castes corrompues. Multinationales prédatrices, gouvernements étrangers (France, Royaume-Uni, Chine, etc.) et élites vénales se distribuent les rôles dans une sinistre pièce où le citoyen n’est que spectateur.
— Dans mon pays, raconte un militant altermondialiste du Congo-Brazzaville, où Elf a longtemp joué un rôle dominant, n’hésitant pas à soutenir un coup d’Etat, il y a la légitimité démocratique et la légitimité pétrolière.

Si des personnalités progressistes ont été physiquement éliminées avec le soutien de puissances internationales (Patrice Lumumba au Congo ou Thomas Sankara au Burkina Faso 10, de nombreux observateurs africains mettent en cause les responsabilités locales. L’économiste ghanéen George Ayittey pointe ainsi du doigt les « hippopotames fainéants qui ont ruiné l’Afrique postcoloniale » et qui trahissent leur peuple (Joseph Mobutu, par exemple, a été le bras armé des services secrets belges dan l’élimination de Lumumba). Il s’insurge contre les « gouvernements vampires » qui pillent les ressources locales mais blâment la colonisation pour le malheur de populations 11.

Facteur aggravant, les politiques prescrites par les IFI ont administré aux pays africains les « médicaments qui tuent » : le libre-échange et la concurrence « libre et non faussée ». Paradoxe fatal, les libertés conquises coïncident avec la paupérisation. Comme le souligne Francis Akindès, professeur de sociologie à Bouaké (Côte d’Ivoire), « la liberté d’expression cohabite avec l’impunité économique ». Et il ajoute :
— C’est toute la question de la contradiction inextricable entre la logique d’efficacité des politiques d’ajustement structurel, avec leur lot de privations, et l’équité consubstantielle à la démocratie qui se trouve posée 12.
Les populations perdent confiance dans les partis et, face aux injustices qui décrédibilisent la démocratie, les militaires se positionnent en justiciers, tandis que la rébellion armée devient une solution logique dan le cas de régimes bloqués, comme au Tchad. En outre, la violence des inégalités sociales crée un terreau favorable à des conflits toujours près de dégénérer, comme en RDC.

Dressant le bilan de la démocratisation, l’ancien ministre togolais Atsusté Kokouvi Agbobli s’interrogeait avec justesse : « Peut-on démocratiser des pays dominés de l’extérieur 13 ? » Pour qu’il y ait démocratie, il faut que la ouveraineté de l’Etat et du peuple ait un sens. Or, à la mise sous tutelle économique s’ajoute aujourd’hui l’omniprésence de la « communauté internationale ».

Les Nations Unies (et leurs agences), l’Union européenne ou la justice internationale interviennent en effet dans la vie interne de nombreux pays africains. Si cette action se révèle la plupart du temps indispensable pour sauver des vies (action humanitaire ou interposition dans des conflits, par exemple) les populations notent que, malgré la gravité des crimes commis par certains Etats au Proche-Orient, il échut à des prévenus africains d’inaugurer la Cour pénale internationale (CPI) 14. Le continent paraît de plus en plus administré de l’extérieur sans que l’on s’en prenne jamais à l’une des sources principales de son instabilité : la violence et l’iniquité de rapport mondiaux 15.

Des classses moyennes animées par un esprit de jouissance

Phagocyté, marchandé, extraverti, c’est tout l’espace politique africain qui se trouve à reconstruire. Il n’existe pas de notion postcoloniale de l’intérêt général. C’est aussi l’un des nombreux effets pervers du concept de « bonne gouvernance » : dans la vision comptable des bailleurs de fonds rien ne se révèle plus éloigné du « bon gouvernement » (au service de peuple ) que la « bonne gestion ». Le débat et les rapports publics sont pervertis par l’utilitarisme, et les classes moyennes, qui se reconstituent depuis quelques années après avoir été laminées par le PAS, semblent animées avant tout par un esprit de jouissance — ce qui inquiète l’historien Achille Mbembe, de l’université de Johannesburg à propos du géant sud-africain 16.

A cela s’ajoute l’épineuse question communautaire. Même si le sentiment national semble très vif dans des pays comme la RDC, le multipartisme e révèle souvent, en Afrique, à la foi régionaliste et ethnique, ce qui crée des solidarités hors de toutes catégories politiques. Pour le juriste congolais Mwayila Tshiyembé il est possible de penser des mécanimes de représentation qui tiennent compte de ce phénomène tout en respectant le jeu des élections 17. Cela permettrait, en outre, de contrecarrer les manipulations des « identités ethniques » auxquelles se livrent parfois, comme au Kenya, les adversaires politiques.

La question se pose d’un modèle africain de démocratie qui redessinerait les frontières de l’individualisme occidental 18. Par exemple, les institutions ont souvent été inspirées par l’Europe, et la Constitution de la Ve République française a servi de modèle à de nombreux pays francophones. Sont-elles adaptées? Pour la Camerounaise Marie-Louise Eteki Otabela, qui raconte comment elle fut empêchée de se présenter à la présidentielle dans son pays pour des « raisons administratives », il faut convoquer une Assemblée constituante afin d’adopter une nouvelle Loi fondamentale plus conforme à leurs aspiration. L’écrivain camerounais Celestin Monga souligne, quant à lui, la profondeur du mal : « Les civilisations africaines ont perdu beaucoup de terrain depuis des siècles. » Dans Le Messager.
Douala, 14 mai 2006, il écrit : « le continent « souffre de quatre déficits profonds qui se renforcent mutuellement :

  • le déficit d’amour-propre et de confiance en soi
  • le déficit de savoir et de connaissance
  • le déficit de leadership
  • le déficit de communication

Il invite donc à envisager des réformes radicales, notamment celle des systèmes éducatifs :  dont la « principale fonction est de fabriquer des fonctionnaires semi-illettrés (…) pour en faire des auxiliaires de la postcolonie ».
C’est dans cet esprit que travaille l’écrivain kényan Firoze Manji, qui a créé l’asociation Fahamu (savoir, en kiswahili). Il s’agit de former à distance, grâce aux nouvelles technologies, des militants sur tout le
continent, sur des sujet aussi variés que la défense des droits de l’homme, la prévention des conflits ou le rôle des médias. Tous parient sur ceux qu’Ayittey nomme le cheetah, les jeunes génération qui n’ont pas connu la colonisation, qui n’ont pas les complexes qu’elle peut engendrer et qui ne s’en laissent pas conter. Un travail militant de longue haleine.

Anne-Cécile Robert
Le Monde diplomatique