Almanach Guinée 1968

Année Africaine
Centre d’etude d’Afrique noire
(Institut d’etudes politiques de Bordeaux). Paris, Editions A. Pedone

La revue Année Africaine parut de 1963 à 1980 environ. A commencer par 1968, je publie  ici la version Web des sections de l’alamach sur la Guinée, revues, corrigées et augmentées d’hyperliens. Les années antérieures et postérieures suivront.
Il existe plusieurs almanachs sur les états post-coloniaux africains. Mon choix d’Année Africaine se fonde sur le fait que la revue accompagne la présentation des dates, faits et évènements  par des notes et remarques réflétant l’opinion, le jugement et l’analyse des auteurs, pour la plupar des chercheurs et/ou des universitaires. Il m’a fallu revoir et corriger les erreurs de noms, surtout. La revue compilait les documents à partir d’émissions de la radio officielle guinéenne (Voix de la Révolution) captées à Dakar ou à Abidjan et transcrites par les éditeurs. D’où les coquilles et fautes d’orthographie qu’il m’a fallu rectifier. Voici donc l’almanach de la Guinée et du gouvernement guinéen pour l’année 1968.
Tierno S. Bah

La revue Année Africaine parut de 1963 à 1980 environ. A commencer par 1968, je publie  ici la version Web, revue et corrigée et augmentée d’hyperliens par mes soins. Les années antérieures et postérieures suivront.
Revue francaise d'Outre-mer 1969Il existe plusieurs almanach sur les états post-coloniaux africains. Mon choix d’Année Africaine se fonde sur la présentation des dates, faits et évènements accompagnée d’opinions, de jugements et d’analyses plus ou moins objectives. Il m’a fallu revoir et corriger les erreurs, de noms surtout. La revue compilaient les documents à partir d’émissions de la radio officielle guinéenne (Voix de la Révolution) captées à Dakar ou à Abidjan et transcrites par les éditeurs. Cela explique les coquilles et fautes d’orthographie qu’il m’a fallu rectifier. Voici donc l’almanach de la Guinée et du gouvernement guinéen pour l’année 1968.
Tierno S. Bah

Synthèse

Engagée peut-être trop hâtivement dans la voie marxiste et sans avoir tenu assez compte des caractères propres de l’Afrique, la Guinée, depuis 1958, n’a connu que des ennuis et des échecs dans sa vie économique et financière. Dix fois on a prédit la fin du régime : M. Sékou Touré, personnalité exceptionnelle, se maintient toujours mais non sans dénoncer périodiquement des complots vrais ou faux pour justifier ses échecs.
Le gouvernement guinéen, malgré un certain nombre de tentatives de conciliation, voire d’accusations peu vraisemblables, n’a pas réussi à franchir le mur de l’indifférence du gouvernement français et en a ressenti du dépit.

La Guinée est un pays profondément engagé dans le système marxiste qui, après une expérience malheureuse de coopération avec la Russie, ne survit aujourd’hui que grâce à l’aide des U.S.A., eux-mêmes intéressés par le gisement de bauxite de Fria.

  • Le 1er janvier M. Sékou Touré fut réélu président tandis que la liste des 75 députés du P.D.G. recueillait la totalité des suffrages exprimés.
  • Le 19 janvier, le président procéda à un remaniement ministériel.
  • Le 27 janvier se tint le congrès des femmes du P.D.G. qui réclamèrent l’égalité entre les hommes et les femmes, et l’abolition de la polygamie.
  • Le 16 février, le gouvernement annonça l’arrestation de 500 mercenaires et de leur chef Barry Yaya (frère cadet de Barry Diawadou, mort au Camp Boiro— T.S. Bah) ; il s’agirait non pas de mercenaires comme on l’entend généralement, mais de Guinéens hostiles au régime, commandés par un descendant des chefs Foulah dépossédés par M. Sékou Touré de leurs chefferies, et appartenant aux forces du Front de Libération nationale de la Guinée.
  • Le 4 mars, le Congrès du Mouvement de la Jeunesse du P.D.G. se prononça pour une action de redressement moral, en outre, le P.D.G. décida d’élever huit langues locales au rang de langues nationales qui seront enseignées dans les écoles ; dans deux ans, tous les Guinéens devront lire et écrire une de ces langues. Tous les textes officiels, actuellement rédigés en français, seront doublés en langue nationale.
  • Le 26 mars, M. Modibo Keïta, président du Mali, fut reçu par M. Sékou Touré ; ce dernier lui proposa l’unification de ces deux pays qui ont jadis appartenu à l’empire médiéval du Mali. M. Sékou Touré déclara publiquement que la Guinée approuvait, au nom de l’unité africaine, l’action des fédéralistes nigériens.
  • Le 7 août, le P.D.G. décida d’adapter les programmes scolaires aux impératifs de la « révolution culturelle », la Guinée n’hésitant pas à imiter la Chine sur ce point malgré les risques que cela comporte. Il fut créé des conseils de la Révolution culturelle dans chaque région et arrondissement, qui participeront à une campagne d’explication, en utilisant tous les cadres administratifs et politiques.
    La révolution culturelle se propose de « libérer le pays de la colonisation », sans qu’on comprenne très bien ce que cela signifie puisqu’il est indépendant depuis septembre 1958, mais que, même aujourd’hui, il ne peut se passer de l’aide financière indispensable des U.S.A.
  • Le 8 novembre, des mesures de type xénophobe ont été prises contre le commerce étranger
  • Le 28 novembre, le président décida un remaniement ministériel et une modification des structures administratives, accompagnée d’une politisation intense de l’armée. Les militaires seront
    intégrés dans les services civils. Le service civique obligatoire durera deux ans ; « les civils deviendront militaires et les militaires civils », cela signifie-t-il une caporalisation du pays ou une neutralisation de l’armée ?
    Entre temps la Guinée n’avait pas hésité à solliciter l’appui financier des capitalistes, notamment en demandant une aide à l’O.R.T., organisme financier international privé.
  • Le 17 octobre, M. Ismaël Touré s’est rendu à Bruxelles, apparemment pour sonder les intentions des autorités de la C.E.E.
  • Le 28 octobre, il s’est rendu en Angleterre pour faire des ouvertures au gouvernement britannique.

Jean-Claude Froelich (1914-1972)

Né en 1914 à Marseille et mort en 1972 à Paris, Jean-Claude Froelich effectue une double carrière d’administrateur colonial et d’ethno-sociologue.
Breveté de l’École nationale de la France d’outre-mer et Licencié en droit en 1938, il participe à la campagne de 1940 qu’il fait comme Sous-lieutenant d’Infanterie coloniale, au Togo, où il est nommé chef de subdivision de Lama Kara.
Il rejoint le 2e Régiment de Tirailleurs sénégalais du Dahomey, dès 1942, avant de faire campagne en Afrique du Nord et en France.
Dès la fin de la guerre, il revient au Togo où il assure les fonctions de magistrat, ce qui lui donne la possibilité d’établir un premier bilan ethnographique sur les peuples Konkomba, Naoudemba, Kabré, Moba et Gourma. Il collabore à l’Institut fondamental d’Afrique Noire (IFAN) à qui il fournit une fiche descriptive pour chaque population du Nord Togo et établit une carte des densités humaines de la région.
Chargé de mission au Cameroun entre 1949 et 1955, il utilise ses compétences ethnographiques pour dresser une carte des populations d’Afrique Noire.
Breveté du CHEAM en 1952, il occupe le poste de Directeur des études de ce centre dès 1958, tout en étant chargé de cours. Par ailleurs, il enseigne au Centre militaire d’information et de documentation pour l’outre-mer, à l’Institut des hautes études d’outre-mer et à l’Institut international d’administration publique. Il est aussi chargé de cours à l’École des langues orientales vivantes (INALCO).
Auditeur libre au Musée de l’Homme en 1953, il dirige les Affaires politiques en Côte d’Ivoire entre 1955 et 1958.
Chevalier de la Légion d’honneur, il est aussi distingué Officier des palmes académiques et Officier de l’Ordre du Mono (Togo).
Enfin, Jean-Claude Froelich est élu membre correspondant de la 1ère section de l’Académie des sciences d’outre-mer le 1er août 1965.

Chronologie

19 janvier. – Remaniement ministériel par le président Sékou Touré.

Janvier. — Présentation du budget à l’Assemblée nationale par M. Saifoulaye Diallo, ministre des Finances.
Montant : 63 milliards de francs guinéens. Ceci comprend les investissements en capital au titre du plan de développement de 7 ans et les budgets des gouvernements locaux.

27-31 janvier. — Premier congrès national des femmes du Parti démocratique de Guinée, à Conakry, qui réclament l’égalité absolue des droits et des responsabilités entre l’homme et la femme dans
tous les domaine, l’interdiction de la polygamie.
16 février. — Communiqué du secrétariat d’Etat à l’Intérieur annonçant que 500 « mercenaires guinéens conduits par Barry Yaya, secrétaire général du Front de Libération nationale de Guinée, ont pénétré sur le territoire, et ont été arrêtés.
20 février. — Reprise des relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne.
4-7 mars. — Cinquième congrès du Mouvement de Jeunesse du Parti démocratique de Guinée (J.R.D.A.) Campagne de « redressement moral » lancée contre les « yé-yé », les porteurs de perruques, de mèches, de mini-jupes (ces dernières seront déshabillées en public).
Nécessité, sous peine d’être accusé de concubinage, de faire précéder ou suivre un mariage religieux d’un mariage civil.
11 mars. — A partir du 1er avril, huit langues nationales vont être enseignées : le basari, le koniagi, le toma, le gerzé, le kisi, le sousou, le malinké et le poular.
Avant le 28 septembre 1971, tous les Guinéens devront savoir non seulement parler mais également lire et écrire une de ces langues.
26-30 mars. — Visite officielle de M. Modibo Keïta, président de la République du Mali.
Proposition de M. Sékou Touré, dans un discours prononcé à Kankan le 30 mars : « Le Mali et la Guinée doivent fusionner en « une seule et même nation, en un seul et même Etat ».
26 mars. — Atterrissage forcé d’un avion guinéen à Aldeia Dormosa, en Guinée-Bissao, annoncé à Lisbonne.
Les Maliens sont libérés. Les deux pilotes sont retenus pour être échangés contre cinq soldats portugais prisonniers dans un camp du P.A.I.G.C. situé en République de Guinée.
8-12 juillet. — Deuxième session annuelle du Conseil national de la Révolution du Parti démocratique de Guinée (P.D.G.), à Labé.
Juillet-août. — Décision prise par le Comité central du Parti démocratique de Guinée à Kankan de s’engager dans la révolution culturelle.
Définition de la révolution culturelle guinéenne par le président Touré :
« La révolution culturelle ne signifie pas le rejet de la culture des autres peuples. La révolution culturelle doit nous permettre de nous libérer définitivement de tout lien de dépendance vis-à-vis de la colonisation … »
10 septembre. — Demande d’aide adressée par le gouvernement guinéen à l’Organisation Reconstruction-Travail, en faveur du programme de développement de la région de Boké, riche en bauxite.
18 septembre. — Prêt de 64 500 000 dollars accordé par la Banque mondiale pour financer l’extraction de la bauxite de Boké.
10 octobre. — Signature d’un accord entre le gouvernement et la Compagnie F.R.I.A. en vue d’accroître la capacité d’extraction de la bauxite, sa réduction en alumine par cette entreprise, et l’accroissement des exportations d’alumine par F.R.I.A.
17 octobre. — Séjour à Bruxelles d’une délégation dirigée par M. Ismaël Touré, ministre du Développement économique, en vue de contacts avec la C.E.E.
28-31 octobre. — Visite officielle d’une délégation dirigée par le Dr Louis Lansana Béavogui, en Grande-Bretagne.
— Réexamen des relations financières entre les deux pays.
— Relance et expansion du programme britannique d’assistance technique.
— Conclusion d’un accord avec le ministère du Commerce extérieur sur la question du règlement des engagements financiers guinéens vis-à-vis du Royaume-Uni.
8 novembre. — Décision prise par le bureau politique du P.D.G. d’interdire l’exercice de toute activité commerciale aux personnes physiques ou morales de nationalité étrangère.
— Aucune institution, société ou entreprise étrangère ne peut désormais louer directement les services ou les immeubles d’un citoyen guinéen. Seul l’Etat louera services et immeubles aux ambassades et sociétés étrangères.
28 novembre. — Remaniement ministériel partiel :
— Elhadj Magassouba Moriba échange son portefeuille du secrétaire d’Etat à Ja Fonction publique et au Travail contre le poste de ministre délégué en Moyenne Guinée que détenait M. Sangaré Toumani.
— M. Barry Sorry échange son portefeuille de secrétaire d’Etat aux P.T.T. contre le poste de ministre délégué en Haute Guinée que détenait M. Kaba Mamadi.
Novembre. — Mesures prises par le président Sékou Touré :
— Dissolution des commissions régionales de distribution des marchandises importées.
— Dissolution des organismes de direction du P.D.G. dans les quatre arrondissements de Conakry.
— Politisation « intense » de l’armée.
 23 décembre. — Déclaration radiodiffusée du président Sékou Touré à à Conakry.
Avenir de la milice populaire :
— « La milice populaire est indispensable à la révolution guinéenne. Il ne faut pas confondre la milice avec les mauvais miliciens. La milice n’est pas condamnée, car cela équivaudrait à condamner la révolution. »
Service civique obligatoire :
« Tous les Guinéens seront désormais soumis à une contribution — sous la forme du service civique — au développement de la nation. Cette contribution durera deux ans. »
Remarque :
— Actuellement, 15 000 jeunes Guinéens sont incorporés dans les brigades du service civique et répartis sur l’ensemble du territoire pour contribuer au développement de l’agriculture.

A suivre.