Une peinture terne et simpliste de l’Afrique

Béchir Ben Yahmed
Béchir Ben Yahmed

L’éditorial de Béchir Ben Yahmed (BBY) intitulé “Sombre tableau du continent” offre une peinture terne et simpliste de la situation du continent. La substance de l’article prête ainsi le flanc à la critique et à l’objection sur trois points :

  • Les clichés et la dichotomie artificielle
  • Les statistiques de routine
  • L’approche décontextualisée

Clichés et dichotomie

D’entrée de jeu, Béchir Ben Yahmed évoque le cliché de l’afro-optimisme, dont le revers est, on le sait, “l’afro-pessismisme”.  Ces expressions équivalent certes à l’euro-pessimisme et à l’euro-optimisme. Mais la comparaison est déplacée et l’on doit admettre que l’application de ces mots à l’Afrique est plus significative. Pourquoi ? Parce que les pays européens ont, indéniablement, des économies, des infrastructures sociale et des institutions culturelle plus solides. Alors que l’Afrique, elle, ne parvient pas à se dégager de la tutelle et de l’hégémonie occidentales. Les fluctuations boursières, les contradictions politiques, etc. fondent l’optmisme des uns et le pessimisme des autres sur le “Vieux Continent”, certes. Mais les populations et les élites n’en bénéficient pas moins de niveaux de vie élevés.
Cela n’est pas le cas en Afrique, où tous les pays sont des entités à deux niveaux ; à la base se trouvent des masses paupérisées depuis des décennies, au sommet trônent des élites politiques récentes, qui, en général, sont à la remorque de l’Europe. Les sociétés africaines vivent en permanence dans cette disjonction entre dirigeants et dirigés. Un  exemple majeur concrétise ce fossé ; d’un côté les populations ont “leur langue maternelle ; c’est-à-dire une langue ni écrite ni lue, qui ne permet que l’incertaine et pauvre culture orale” ; de l’autre, les dirigeants “n’entendent et n’utilisent” que les langues europénnes. Je cite ici Portrait du Colonisé par Albert Memmi, compatriote Tunisien de Béchir Ben Yahmed. En un mot, afro-optimisme et afro-optimisme sont des concepts et des expressions de l’élite africaine (francophone, anglophone, lusophone). Ces mots n’appartiennent pas au répertoire lexical et ne relèvent pas du comportement linguistique des populations. Autant dire que la distinction entre Africains optimistes et pessimistes constitute plutôt une dichotomie artificielle et superficielle.

Les statistiques habituelles

M. Yahmed continue avec une sélection de statistiques qui confirment sa son opinion présente, mais pas son parcours de combattant et sa vision originelle de l’Afrique. On relève les passages suivants :

  • Le produit intérieur brut du Nigeria et de l’Afrique du Sud, respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.
  • La position économique de ces deux pays
    • 46,7% de la production totale de l’Afrique subsaharienne
    • 31,9% de la production africaine en général
  • Le poids démographique de quatre pays :
    • Nigéria, 184 millions d’habitants
    • Ethiopie : 91 millions
    • Egypte : 91 millions
    • RDC, 85 millions

Béchir Ben Yahmed évoque ensuite, sans pause ni transition, des faits d’actualité dominants au Nigéria et en Afrique du Sud. Ainsi, parlant du Nigéria, il écrit que le président Muhammadu Buhari est “malade et … ne dit rien — ni à son peuple ni aux Africains — du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal”. Mais BBY aurait dû rappeler l’acte de transfert provisoire du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, signé par Buhari et approuvé par la branche judiciaire (Sénat et Assemblée fédérale). De la sorte, l’équipe Buhari n’a pas totalement répété l’indécision du gouvernement de Umaru Yar’adua en 2008.

Quant à l’Afrique du Sud, l’éditorial dénonce le comportement du président Jacob Zuma “notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires”. L’article met ici en exergue un mal plus étendu, à savoir, la mal-gouvernance des héritiers de Nelson Mandela. Car avant les scandales financiers de Zuma, le pays de l’Arc-en-ciel a connu l’incompétence et l’affairisme de Thabo Mbeki. Négociateur dans le conflit ivoirien dans les années 2004-2005, il essuya la contestation de son rôle par les opposants du président Gbagbo, qui se plaignirent de son zèle à placer plutôt les produits d’exportation de son pays, et de sa partialité.

Cela dit, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont —à l’image du reste du continent — exocentrées et dépendent de l’exploitation pétrolière et de l’extraction minière, respectivement. Pire, les deux sont loin de panser les plaies profondes de leur passé et de corriger les handicaps de leur présent. Pour le Nigeria, ce sont la guerre civile du Biafra, (1966-1970), la confiscation du pouvoir par l’armée pendant trois décennies environ, la corruption, les insurrections armées du  MEND dans le Delta du Sud-est, les ravages encore plus criminels de Boko Haram dans le Nord-est. En Afrique du Sud,  la libération et l’élection du président Mandela marquèrent la fin de l’Apartheid, certes, et le changement de régime politique. Mais, les rênes du pouvoir économique n’ont pas changé de main. Par exemple, citons le massacre en 2012 de 34 mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana. Les forces de l’ordre au service du gouvernement de l’ANC commirent une tragédie qui rappelle la boucherie de Sharpeville en 1960. L’ex-couple Jacob et Nkosazana Dhlamini Zuma réussira-t-il là où le duo Bill et Hillary Clinton a échoué ? Leur plan tient-il en compte la crise endémique de la société africaine, dont certaines couches affichent une xénophobie d’autant plus regrettable que la lutte contre l’Apartheid fut soutenue par la plupart des pays africains ?

Un éditorial qui décontextualise l’Afrique

L’éditorial de BBY contient seulement le nom de l’Afrique. Il ne désigne nommément ni l’Asie, ni l’Amérique, ni l’Europe. Et pourtant l’auteur sait à quel point les autres parties du monde sont redevables à l’Afrique en  matières premières. Que font-ils, au nom de la solidarité humaine, pour prévenir les dérives récurrentes ou pour aider à punir les auteurs de crimes de sang et de guerre ? L’Afrique est le seul continent à ne pas siéger en permanence au Conseil de sécurité de l’ONU. A-t-elle une chance d’en être membre un jou ? Voire.
En attendant, la pendule de l’Histoire marche sans arrêt. Elle balance entre la paix et la guerre, la prospérité et la misère, la droiture et la corruption. La stagnation et les revers de l’Afrique sont évidents. Mais en même temps l’on note des efforts de correction et de prévention. Ainsi, des magistrats du continent siégeant dans les Chambres africaines extraordinaires, (CAE), et en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, ont jugé, reconnu coupable et condamné l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, le 9 janvier dernier. De même, sous la menace d’une intervention militaire coordonnée et d’une arrestation par les forces de la CEDEAO, Yahya Jammeh a dû céder le pouvoir à Adama Barrow, son successeur démocratiquement élu.
Il y a donc une dynamique positive que l’éditorial de Béchir Ben Yahmed ne mentionne pas. L’article réflète une vision en tunnel qui ne sied guère au fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique et président du Groupe éponyme. Pis, aucune ébauche de solution n’est indiquée. Et Le ton  pessimiste persiste du début à la fin. Il ne sert à rien d’énumérer les faillites du continent, si l’on ne le replace dans le contexte de son passé historique négatif, c’est-à-dire l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et la perpétuation des hégémonies étrangères nonobstant les indépendances nominales, juridiques et politiques. De même, l’Afrique souffre le plus, certes. Mais les autres contients ne s’en tirent pas non plus à bon compte. Du Brésil aux USA, en passant par la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union Européenne, le ras-le-bol des laissés-pour compter et la réprobration contre les politiciens et les élites économiques se manifestent, ouvertement, ou en sourdine.Et la mondialisation en porte la responsabilité. L’environnement global du 21è siècle est un géant aux pieds d’argiles. Sa tête (les économies avancées) est dans les nuages post-industriels et cybernétiques. Mais une grande partie de son corps (les damnés de la terre, Fanon) vit 20e siècle, voire au 19e. En particulier, l’Afrique gémit entre le marteau des hégémonies extérieures et l’enclume d’élites nationales défaillantes et dans certains criminelles. Toutefois, l’épidemie Ebola (2013-2014) a montré à quel point la fragilité de l’être humain et la nécessité de la solidarité planétaire.

Pour terminer, il est étonnant de la part de Béchir Ben Yahmed, auteur du livre Les années d’espoir : 1960-1979, d’appliquer à l’Afrique des oeillères réductrices, simplificatrices et simplistes. Engagé dans les tranchées depuis son départ du gouvernement de Habib Bourguiba en 1957, il continue de jouer un rôle prééminent dans la presse francophone. Pour ma part, je réitère ici mes remerciements à Jeune Afrique pour sa dénonciation infatigable de la dictature de Sékou Touré, président de la Guinée (1958-1984). Je compte republier sur mon site Camp Boiro Mémorial le dossier élaboré que BBY et son équipe exposèrent au public durant le « Complot Peul », qui aboutit à la liquidation atroce de Telli Diallo, premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine.

Ce qui manque à l’éditorial “Sombre tableau du continent”, c’est la longue expérience, la sagacité et la largesse de vue d’un acteur avéré et d’un témoin émérite de l’Afrique contemporaine.

Tierno S. Bah

Portail webAfriqa et le Web Sémantique

Web sémantique, ou Toile Sémantique, est une extension du Web standardisée par le World Wide Web Consortium (W3C)
Web Sémantique, ou Toile Sémantique, est une extension du Web standardisée par le World Wide Web Consortium (W3C)

Le Portail webAfriqa accueillera bientôt les visiteurs des dix sites membres par des pages de couverture Drupal. Le onzième site, BlogGuinée, lui, continue de paraître sur WordPress. Au-delà de la page d’accueil, toutefois, tous les liens continueront à pointer   pour l’instant vers les sites statiques originels. Cet arrangement conjoncturel sera graduellement remplacé par la seule version Drupal.

La publication du Portail webAfriqa sur les CMS (systèmes de gestion de contenu) Drupal et WordPress est dictée par l’évolution des technologies du Web. Elle obéit précisément à deux puissants courants:

  • Les changements et raffinements technologiques continus des normes et protocoles qui régissent le World Wide Web, sous l’égide du World Wide Web Consortium (W3C).
  • L’efficience inhérente au quatuor Linux-Apache-MySQL-PHP. Exemples: indexation automatique du contenu, moteur de recherche interne, possibilité d’intégrer le super-serveur de recherche Solr, publication multimédia (texte, son, photo, film, cartographie et GPS, localisation, internationalisation, etc.

Depuis son irruption en 1992 sur Internet —qui, lui, date de 1969— le Word Wide Web a connu une évolution en quatre phases:

  1. Le Web initial (Web 1.0), de 1992 à 1995, dominé par le langage HTML
  2. Le Web 2.0, de 1995 à 2001 avec l’introduction des styles de présentation cascadés, Cascading Style Sheets (CSS)
  3. Le Web basé sur les CMS (Content Management System), de 2001 à nos jours
  4. Le Sémantique Web, de 2008 à nos jours. Il met l’accent sur le modelage d’Ontologies et l’ingénie du savoir à l’aide de (meta)-langages tels que XML, RDF/S, OWL, SPARQL (J’y reviendrai en détail dans un prochain article intitulé “Africa and the Semantic Web”)

Une question importante se pose ici : Quel est le niveau, quantitatif et qualitatif, d’adoption de ces phases par les sites africains et guinéens  ? Il serait intéressant et utile d’enquêter et de faire le point sur la situation

Ces étapes se succèdent chronologiquement ; mais elles coexistent aussi et ne s’excluent pas mutuellement. Cela n’empêche pas qu’elles soient technologiquement très différentes les unes des autres. Chaque phase cherche à résoudre des problèmes cruciaux antérieurs. Elle s’engage à améliorer les technologies précédentes et contribue à faire évoluer sérieusement le Web en général. Cependant, chaque phase aussi apporte plus de complexité et élève ainsi le niveau requis pour l’acquisition et la compétence dans les technologies numériques de publication. De la sorte, la Phase 4 est plus complexe que la Phase 3, qui est, à son tour, plus exigente que la Phase 2, etc.

Phase 3 et webAfriqa

Etant donné leur popularité et leur solide palmarès, les plateformes Drupal et WordPress ne sont plus à présenter. La première, par exemple, supporte des méga-sites gouvernementaux (Maison Blanche, NIH, etc.) et commerciaux (The Economist, Symantec, etc.). Pour sa part, avec un taux mondial d’adoption de 27 %, la seconde trône au premier rang des quelque 3,000 Content Management Systems (y compris Drupal) disponibles sur Internet.

Comme indiqué sur Gofundme, la migration des sites du Portail webAfriqa est nécessaire mais coûteuse au triple plan technologique, matériel et financier. Sa conception et son exécution demandent du temps. En conséquence, j’ai décidé de lancer une étape initiale à deux niveaux :

  • Reconfiguration du serveur web Apache pour faire cohabiter les sites statiques avec les sites dynamiques pour chacun des noms de domaine (moins BlogGuinée, qui paraît sur WordPress) :
  1. webFuuta
  2. webPulaaku
  3. webMande
  4. webCôte
  5. webForêt
  6. webGuinée
  7. Campboiro
  8. webAfriqa
  9. AfriXML/Semantic Africa
  10. webAmeriqa
  • Dans chaque cas le site Drupal sera le conteneur extérieur. Quitte au  site classique c’est-à-dire statique, de continuer à herger le DocumentRoot ou directoire du contenu du site. Les hyper-liens de la page d’accueil Drupal pointeront donc vers le site statique, qui utilise des langages et outils “conventionnels” :  XHTML/CSS2.1, CSS, jQuery, HTML5/CSS3, Bootstrap, Google Custom Search Engine.
  • Adaptation et aménagement de sous-thèmes du type Responsive Design (Bartik, Bootstrap, Scholarly, etc.)

L’environnement Drupal

Comme indiqué plus haut, Drupal et WordPress appartiennent à l’initialisme LAMP, porte-flambeau des logiciels Open Source. Les initiales se déchiffrent comme suit :

L = Linux, le système opératoire le plus répandu sur le Web. Son noyau (kernel) supporte (a) la Pile des normes et protocoles Internet (TCP/IP) (b) diverses distributions commerciales ou libres: CentOS, Ubuntu, Red Hat, etc. Lire :

A = Apache, le serveur web (httpd) intégré à Linux. En coopération étroite avec le serveur de nom de domaine (dns), il décide de la présence ou de l’absence d’un site sur la Toile. Sa misconfiguration conduit à la panne.

M = MySQL, la base de données qui est le magasin et le cerveau de la plupart des Content Management Systems (CMS)

P = PHP, le langage de programmation qui relie la base de données MySQL et le browser, vice versa.

Drupal, lui-même, est une application composée d’un noyau  (Core) et d’additions (Contributed) tierces (modules, thèmes, libraries, script DruSH, etc.) Le site officiel de la plateforme dénombre à ce jours 36,678 Modules (fonctionalité) et 2,418 Thèmes (présentation, apparence).

Avertissement ! Si l’on filtre ces chiffres par le critère “activement mis à jour” on obtient 11,381 modules et     702 thèmes. Autrement dit, de nombreux modules et thèmes sont périmés ou obsolescents. Certains d’entre eux ne fonctionnent que sur la version 6 de Drupal, en voie d’abandon en faveur des versions 7 et 8.

A l’image de ses confrères du LAMP, Drupal est donc modulaire. Ses composantes requièrent trois types complémentaires de spécialisation:

  • Programmation : PHP, JavaScript, Python, JAVA, etc.
  • Structuration du contenu, construction et administration
  • Design, interface graphique, esthétique

Drupal est flexible, productif, sécurisé et mûr. La plateforme offre aux utilisateurs (chercheurs, businesses, publicistes, artistes, etc.,) des outils capables de transformer les idées et projets en réalité. Exemples :

  • Les modules taxonomy, rdf (Core), rdfa, rdfx, etc., résident soit dans le noyau (Core) soit parmi les Contributions (Contributed) de Drupal. Taxonomy assiste dans l’élaboration efficace et élégante de Vocabulaires, indispensables au modelage des Ontologies et à l’ingénierie savoir dans le Web Sémantique.
  • Les modules book (Core) et biblio agissent en tandem pour faciliter la création de catalogues bibliographiques et la publication de collections complètes de bibliothèques virtuelles (livres, périodiques). En cela, ils sont précieux pour le Web Sémantique. C’est avec leur aide que j’ai reproduit l’ontologie Ebola, publiée dans le format PubMed par National Institutes of Health (NIH). Pour ce faire, j’ai d’abord collecté le code de dix chiffres assigné à chaque publication. J’ai ensuite rassemblé les codes dans un fichier, à raison d’un code par ligne. J’ai enfin soumis le fichier à la base de données PubMed. En quelques secondes elle a préparé et renvoyé  des centaines de titres à Semantic Africa. Résultat : une bibliographie élaborée où tous les principaux champs sont remplis : auteur, titre, éditeur, lieu et date de publication, résumé, image de couverture, etc. Cette tâche aurait occupé une équipe humaine pendant quelques jours.
  • Le module metatag permet (a) d’intégrer le site aux moteurs de recherche et (b) de soumettre les données spécifiques à l’intention des logiciels du Web Sémantique. Il inclut Dublin Core, OpenGraph Protocol (FaceBook), Twitter Cards, Google Plus, etc.
  • Le module schemaorg ajoute à Drupal la possibilité d’intégrer les centaines de collections (personnes, évènements,  etc.) reconnues par les moteurs de recherche

webAfriqa, “Web of Documents” et “Web of Data”

Le Web Sémantique, alias Web of Data, alias Web 3.0 ne remplace pas son prédécesseur, le Web of Documents (Web 2.0). Il l’élargit, l’approfondit. Par dessus tout, il accentue la dimension collaboration, et en fait sa pierre angulaire. Les compagnies multinationales (Apple, Microsoft, Google, IBM Facebook, Amazon,  etc.), les institutions gouvernementales américaines (Pentagon, Agriculture, etc) et d’autres pays, l’ONU, etc. exploitent et tirent grand bénéfice du Web Sémantique.
La mission du Portail webAfriqa est d’être une plateforme de recherche, d’édition et de diffusion de l’Héritage Culturel de l’Afrique, en général, et de celui des Fulɓe, en particulier, en combinant les technologies du Web des Documents (Web of Documents) avec celles du Web des Données (Web of Data). Prise entre le marteau d’hégémonies extérieures rapaces et aliénatrices, d’une part, et l’enclume d’élites et de dirigeants nombrilistes et technologiquement somnambules, d’autre part, l’Afrique accuse des faiblesses systémiques aggravées par des obstacles structuraux. Ancrés dans l’histoire ancienne et récente, ainsi que dans le présent, ces barrages sont la cause et la conséquence du retard, technologique, économique, et dans une large mesure, culturel, du continent.
Et pourtant le Web Sémantique offre potentiellement une autre opportunité d’un saut en avant à l’Afrique. Mais, comme le dit le proverbe, il n’y a pas de roses sans épines. Le continent regorge de contenu et de données uniques, qui se prêtent aux technologies de recherche du Web Sémantique, certes. Mais la Révolution numérique a des exigences que l’Afrique ne satisfait pas. Les handicaps majeurs consistent en l’absence ou la faiblesse de l’infrastructure publique (énergie, eau, agriculture, élevage, pêche, forêts, finances, écoles, universités, hôpitaux, communications, transports, manufacture, etc.)
En définitive les questions restent posées de savoir comment et quand l’Afrique remplira-t-elle les conditions sine qua non qu’Internet et le Web Sémantique requièrent afin de pouvoir jouer leur important rôle d’éperon du développment.
A suivre.

Tierno S. Bah

Gambia, Och-Ziff, Guinea, Niger, Chad, RDC

Former president Yahya Jammeh departs Banjul, Jan. 21
Former president Yahya Jammeh departs Banjul, Jan. 21

President Alpha Condé stepped  in the Gambian post-electoral crisis at the last minute. He and Mauritanian president “convinced” former president Yahya Jammeh to yield to President Adama Barrow  and head into exile.
In Conakry, people quickly credited President Condé, deeming it a foreign policy victory. Unfortunately, they have little to say in support of their allegation.  Actually, Yahya was caught between a rock and a hard place. On one hand, he had long lost credibility and now the vote of the majority of citizens. On the other, and if it came to that, ECOWAS military forces were determined to remove Mr. Jammeh from the presidential palace.

It appears now that all Jammeh wanted was to keep his stolen money and ill-gotten luxury goods. He has amassed immense personal wealth at the expense of the Gambian people.

Tactically though, ECOWAS agreed to last minute negotiations that involved General Idriss Déby Itno, president of Chad since 1990, who offered a freight plane to transport Yahya cherished possessions to Malabo.
Once that deal was sealed, Jammeh, escorted by Alpha Condé, flew out of Banjul into exile in Equatorial Guinea.

Mindful of Jammeh’s post-electoral illegitimacy and greedy bargaining, African presidents simply acknowledged his departure. They did not celebrate the event, nor did they use it as a domestic politics scoring game. Only Alpha Condé and his cronies  resorted to such gimmicks and nonsense.

A case in point, President has appointed Tibou Kamara —Yahya Jammeh brother-in-law— as one of his many counselors, an empty title due to the lack of functions. Yesterday, political enemies, the two men are now allies. The pair has come to realize that the same personal and sterile ambition drives them. Birds of the same feathers flock together.

Anyhow, there are lessons to be learned from African dictators’ fall from grace. In 2014, it was the popular insurrection against Blaise Compaoré in Burkina Faso. And now, after a stunning electoral defeat, Yahya Jammeh reneged and tried to hang on to power. ECOWAS, the AU and the UN would have none of it.

Mr. Condé has been dogged lately by revelations about his own suspicious wheeling and dealing in the Simandou  corruption scandal.

A federal court in Brooklyn has charged Michael Cohen and Vanja Baros, executives of Hedge Fund giant Och-Ziff, for violating the Foreign Corrupt Practices Act. In 2010 Och-Ziff wired millions of dollars to the Swiss bank account of a French lobbyist, and former adviser to President Condé.
That payment has been linked to other Och-Ziff corruption allegations in Niger, Chad  and the DRC. Will Alpha Condé face a political fallout and judicial implications for his financial schemes?

Time will tell.

Meanwhile, just like Blaise and Yahya before hime, Alpha should remember this: “You can fool all the people some of the time, and some of the people all the time, but you cannot fool all the people all the time.” (Abraham Lincoln)

Tierno S. Bah


Hedge Fund Execs Charged in Multi-Million Dollar Bribery Scheme

U.S. securities regulators on Thursday accused two former executives at hedge fund Och-Ziff Capital Management of masterminding a far-reaching scheme to pay tens of millions of dollars in bribes to African officials.

In a lawsuit filed in federal court in Brooklyn, the U.S. Securities and Exchange Commission accused Michael Cohen, who headed Och-Ziff’s European office, and Vanja Baros, a former analyst, of violating the Foreign Corrupt Practices Act.

The lawsuit came after Och-Ziff agreed in September to pay $412 million to resolve U.S. investigations relating to the hedge fund’s role in bribing officials in several African countries.

That settlement led to a subsidiary of Och-Ziff pleading guilty to participating in a scheme to bribe officials in the Democratic Republic of Congo, in what prosecutors said marked the first U.S. foreign bribery case against a hedge fund.

In its lawsuit, the SEC said Cohen, 45, and Baros, 44, from 2007 to 2012 caused bribes to be paid to officials in Libya, Chad, Niger, Guinea, and the Democratic Republic of the Congo through agents, intermediaries, and business partners.

Those bribes were paid to secure a $300 million investment from the Libyan Investment Authority sovereign wealth fund; an investment in a Libyan real estate development project; and to secure mining deals, the SEC said.

Ronald White, a lawyer Cohen, said in a statement he “has done nothing wrong and is confident that when all the evidence is presented, it will be shown that the SEC’s civil charges are baseless.”

A lawyer for Baros did not immediately respond to requests for comment. An Och-Ziff spokesman declined to comment.

In settling in September, Och-Ziff entered a deferred prosecution agreement, in which charges related to conduct in several countries would be dropped after three years if it followed the deal’s terms.

Och-Ziff CEO Daniel Och meanwhile agreed with the SEC to pay $2.17 million, and the commission also settled with the company’s chief financial officer.

To date, only one individual has been criminally charged in connection with the probe, Samuel Mebiame, a son of the late former Gabon Prime Minister Leon Mebiame who prosecutors say acted as a “fixer” for a joint-venture involving Och-Ziff.

In December, Mebiame pleaded guilty to conspiring to violate the Foreign Corrupt Practices Act, admitting he schemed to provide “improper benefits” to officials in African countries such as Guinea in exchange for obtaining business opportunities.

Reuters

Corruption. Alpha Condé, Rio Tinto and Simandou

Alan Davies, Rio Tinto
Alan Davies, Rio Tinto

The Simandou iron ore project continues to make headlines for accusations of corruption in the adjudication of mining licenses. A Rio Tinto executive, Alan Davies, is the latest shoe to drop. It was reported today that he has been suspended for his role in a bribery scheme that took place in 2011. The alleged fraudulent transaction happened thus  during president Alpha Condé‘s first year in office following his inauguration in December 2010. The article below names the main companies involved then in the Simandou project. It does not, however, indicate who received the  alleged $10.5m  payment. But Mediapart.fr reveals that it was François de Combret, and adviser to president Conde, a former deputy secretary general of the Elysée Palace, and an ex-associate of Lazard Bank.
Rio Tinto (Australia), Vale (Brazil), BSG Resources and Chinalco (Hong-Kong) had each a stake in the Simandou. The first three have been either forced out or decided to withdraw from the project, leaving Chinalco as the only current investor.

Tierno S. Bah


François de Combret
François de Combret

Global mining giant Rio Tinto has been plunged into a bribery scandal after discovering multimillion-dollar payments to a contractor relating to a project in Guinea, West Africa.

The FTSE 100 company has suspended Alan Davies, the executive in charge of its energy and minerals division, with immediate effect, as it investigates payments of $10.5m made to a consultant in relation to its giant Simandou iron ore project.

Mr Davies allegedly had accountability for Simandou in 2011, when the transactions were apparently made.

Rio said it became aware of email correspondence relating to the payments in August this year. Yesterday it notified the authorities in the UK and the US and “is in the process of contacting the Australian authorities”.

Debra Valentine, the executive in charge of Rio’s legal and regulatory affairs, has also stepped down from her role. She had previously notified the company of her intention to retire in May next year.

“Rio Tinto intends to co-operate fully with any subsequent inquiries from all of the relevant authorities,” the company said. “Further comment at this time is therefore not appropriate.”

Mr Davies, who is also a non-executive director at Rolls-Royce, only took charge of Rio’s energy and mineral group in July, in a broader restructuring implemented by new chief executive Jean-Sebastian Jacques when he took on the top job.

One of Mr Jacques’ first major decisions was to cancel development of the long-gestating $20bn Simandou project after deciding that low iron ore prices made the mine nonviable. The decision outraged the Guinea government, which had been banking on Simandou to provide a much-needed boost; the mine had been tipped to double the size of the country’s economy.

Last month Rio sold its 46.6pc stake in Simandou to Chinalco, a mining company listed in Hong Kong, for up to $1.3bn.

Simandou has long been dogged with controversy. It is believed to be one of the biggest undeveloped high-grade iron ore deposits in the world, but its inland location makes building the infrastructure to tap it hugely expensive. Iron ore is the key ingredient in steel.

Rio bought the concession 15 years ago, but lost the rights to half the lode in 2008, when the Guinea government transferred them to BSG Resources, owned by Israeli billionaire Beny Steinmetz.

The deal raised eyebrows not just for the relatively small amount that BSGR had invested in Simandou, but for the fact that company was a specialist in diamond, rather than iron ore, mining. BSGR subsequently sold half its stake to Brazilian giant Vale for an initial $500m, but both companies were ejected from Simandou after a two-year inquiry in Guinea found that BSGR had used bribery to gain the rights to the mine.

In 2014, Rio sued BSGR and Vale in the US, alleging they had conspired to misappropriate Rio’s half of the deposit in 2008. The case — which included claims that BSGR had given Guinea’s minister of mines a diamond-encrusted Ferrari — was dismissed last year after the judge ruled it had fallen foul of the statute of limitations. Both BSG and Vale denied any wrongdoing.

Analysts at Investec said the announcement it was a “surprise” given that Mr Davies had been touted as a potential CEO prior to Mr Jacques’ appointment. “While we do not expect this to have any impact on operations, it does cast a negative cloud over a company that considers itself above any such indiscretions. That said the company appears to be addressing this firmly.”

Rio Tinto’s shares were up 5.5pc amid a general rally in the mining sector following Donald Trump‘s US election victory.

Jon Yeomans
The Telegraph

Corruption. Och-Ziff : main basse sur l’Afrique

Daniel Och, chairman & CEO, Och-Ziff Capital
Daniel Och, chairman & CEO, Och-Ziff Capital

Comment le fonds d’investissement américain Och-Ziff a fait main basse sur l’Afrique.

Entre 2007 et 2011, le fonds américain Och-Ziff a laissé ses intermédiaires soudoyer de hauts dirigeants pour s’emparer des matières premières du continent. Une enquête dévoile, avec une rare clarté, ces circuits occultes.

Avec un capital de US $39 milliards, l’un des fonds d’investissement les plus puissants de la Bourse de New York, des intermédiaires troubles, des transactions opaques et des dizaines de millions de dollars de pots-de-vin qui arrivent, parfois en cash, jusque dans certains palais présidentiels d’Afrique.

Lire également Conakry : plaque-tournante de l’Escroquerie internationale et Corruption minière : Afrique – USA

L’affaire Och-Ziff a tous les ingrédients d’un polar du XXIe siècle, où les requins de la finance occidentale rencontrent un continent plein de promesses pour les spéculateurs.

Les confessions d’Och Ziff

L’histoire commence en 2007, en plein boom des matières premières, une période propice à toutes les dérives. Elle prend fin le 29 septembre 2016. Ce jour-là, après cinq années d’enquête, la Securities and Exchange Commission (SEC, le gendarme des marchés financiers américains) annonce avoir conclu un accord avec Och-Ziff.

Le fonds d’investissement, spécialisé dans la gestion et la vente d’actifs, reconnaît avoir enfreint la législation américaine anticorruption, admettant notamment être à l’origine du versement de quelque 100 millions de dollars (environ 77 millions d’euros) de dessous-de-table sur le continent entre 2007 et 2011. Il s’engage à payer 413 millions de dollars d’amende et de pénalités, dont plus de 2,2 millions à titre personnel par son fondateur, Daniel Och.

Surtout, Och-Ziff accepte de faire la lumière sur ses manquements. C’est ce qui donne tout son poids aux deux comptes rendus de l’enquête publiés par la SEC et la cour fédérale du district est de New York. Leur lecture est une plongée dans l’univers trouble des transactions autour des matières premières africaines. Cet univers, tous les observateurs avertis du continent l’imaginent.

« Jeu de piste »

Mais rarement une photographie de ce milieu a été aussi détaillée : on y trouve des dates, des montants, la nature des montages financiers… Il ne manque qu’une chose : les noms des acteurs de cette histoire. L’affaire devient ainsi un véritable jeu de piste pour deviner qui se cache derrière les descriptions. Mais, parfois, le pedigree est si précis qu’il ne laisse guère de doute.

C’est le cas de l’un des personnages centraux de cette affaire, le « partenaire RD Congo » d’Och-Ziff, décrit comme un « homme d’affaires israélien tristement célèbre », qui dispose de « liens étroits avec les responsables gouvernementaux du plus haut niveau en RD Congo » et détient « des intérêts significatifs dans le diamant et l’industrie minière dans ce pays ».

D’après l’enquête américaine, une partie des fonds (des centaines de millions de dollars) qu’Och-Ziff a reconnu avoir prêtés à ses sociétés a servi à corrompre des officiels congolais. Notamment afin de mettre la main sur des actifs miniers alléchants détenus par la société canadienne Africo Resources.

Alors que la propriété de ces actifs est contestée devant les tribunaux congolais, en 2008, un associé de l’Israélien tente, toujours selon l’enquête, d’influer sur le cours de la justice par l’intermédiaire d’un avocat. « Il doit s’arranger avec la Cour suprême, le procureur général et des magistrats, il veut 500 [000 dollars] pour donner à tous les officiels », écrit-il à l’Israélien.

« On ne peut accepter un résultat mitigé, répond celui-ci. Africo doit être baisé et achevé totalement !!!! [sic] ». La veille du jugement, les Canadiens, sous pression, acceptent de revendre leurs parts à une société contrôlée par Och-Ziff et le « partenaire RD Congo ».

Joseph Kabila, président de la R.D. du Congo
Joseph Kabila, président de la R.D. du Congo

Dan Gertler, Groupe Fleurette
Dan Gertler, Groupe Fleurette

Identifications

Ce dernier ne s’arrête pas là. Au total, il serait à l’origine du versement de 10,7 millions de dollars au « responsable RDC 1 », une personne « haut placée capable d’agir et d’influencer officiellement sur les dossiers miniers ». À cela s’ajoutent 23,5 millions de dollars pour son plus proche conseiller, le « responsable RDC 2 ».

Ce conseiller est décrit comme un « ancien gouverneur du Katanga », « ambassadeur itinérant et parlementaire » jusqu’à sa mort, le « 12 février » 2012. En tout, ce réseau actif entre 2007 et 2011 aurait permis à Och-Ziff de réaliser 91 millions de dollars de profit sur les actifs congolais.

Selon l’agence financière américaine Bloomberg, le « partenaire RD Congo » a été identifié comme étant Dan Gertler, le « responsable RDC 1 » comme le président Joseph Kabila lui-même, et le numéro deux comme son plus proche conseiller d’alors, Augustin Katumba Mwanke.

Le porte-parole du groupe Fleurette de Gertler, cité par l’agence, « conteste vigoureusement toutes les accusations de méfaits dans n’importe laquelle de ses relations en RDC, y compris celles avec Och-Ziff ». Pour Barnabé Kikaya Bin Karubi, le conseiller diplomatique du président congolais, l’identification de Bloomberg est une « déduction malveillante » : « Les noms cités dans la presse n’apparaissent à aucun moment dans les documents. »

Ces derniers permettent plus difficilement d’avancer des hypothèses sur l’identité des responsables du Niger, du Tchad, de Guinée et du Congo-Brazzaville cités dans l’enquête. Laquelle n’établit pas, d’ailleurs, que tous aient été directement soudoyés, et ne précise pas non plus les bénéfices qu’Och-Ziff aurait réalisés dans ces pays. Reste que, selon les enquêteurs américains, des intermédiaires ont bien été payés pour les approcher.

L’un d’eux, un « consultant gabonais » grassement rémunéré, aurait payé des pots-de-vin au Niger et au Tchad entre 2007 et 2009. Un temps, Och-Ziff tente de lui faire « signer des clauses anticorruption ». Le Gabonais refuse, ce qui n’empêche pas la poursuite de leur collaboration…

Selon le Financial Times, ce profil correspond à celui de Samuel Mébiame, le fils de l’ancien Premier ministre gabonais Léon Mébiame (décédé en 2015). L’homme a été arrêté aux États-Unis en août pour un motif lié à cette enquête. Contactés par JA, ses avocats n’ont pas souhaité commenter une « affaire en cours ».

Il y a aussi cet autre « consultant » (mais qui pourrait être le même), qui se vante en 2011 d’avoir « l’accès exclusif » à une compagnie minière en Guinée, ou encore de pouvoir organiser « une rencontre avec le représentant et le fils [d’un haut responsable gouvernemental guinéen] à Paris ».

Le partenaire sud-africain

Quant au volet congolais (Brazzaville) de l’enquête, il établit que, en 2010, 13 millions de dollars ont été décaissés à destination du « partenaire sud-africain » d’Och-Ziff et d’un « intermédiaire Congo-B » à qui l’on demande d’« organiser une transaction » avec « un responsable gouvernemental de haut niveau au Congo-Brazzaville ». Au bout du compte, une entreprise contrôlée par Och-Ziff et son « partenaire sud-africain » mettent la main sur 25 % d’un bloc pétrolier de ce pays.

Ce « partenaire sud-africain » est, peut-être, l’intermédiaire qui revient le plus souvent dans cette enquête. D’après la description qui en est faite, il a de proches connexions avec un « ancien responsable gouvernemental » qui est aussi « un homme d’affaires à succès grâce à son conglomérat basé en Afrique du Sud ». Il est également lié au « cofondateur » du même conglomérat, qui n’est autre que le PDG d’« Africa Management Limited ».

Cette société d’investissement sud-africaine a longtemps été dirigée par Mark Willcox et a été cofondée par l’ancien ministre sud-africain de l’Habitat Tokyo Sexwale. Un troisième Sud-Africain, proche des deux premiers, est cité par le Financial Times dans le cadre de cette affaire : Walter Hennig. Ce dernier a plusieurs activités en Afrique de l’Ouest. Les avocats des trois hommes se refusent à tout commentaire.

Ce « partenaire sud-africain » aurait aussi proposé un autre deal à Och-Ziff en 2007, lequel aurait eu lieu dans un « pays d’Afrique de l’Ouest » et « coût[é] 20-25 millions de dollars (ce qui [aurait] inclus 5 millions pour la campagne de l’élection présidentielle en cours…) ». Finalement, Och-Ziff refuse.

L’affaire en restera-t-elle là ? Si Och-Ziff a accepté cet accord, c’est probablement pour éviter que l’enquête n’aille plus loin. Par ailleurs, on imagine mal les tribunaux des pays concernés s’en saisir. Mais l’affaire Och-Ziff pourrait bien, déjà, avoir fait une victime collatérale : les sociétés américaines cotées vont désormais réfléchir à deux fois avant d’investir sur le continent.
Quand les milliards de Kadhafi alléchaient les requins de Goldman Sachs

« Les réunions sont extraordinaires. Ils ont 77 milliards, la moitié en liquide, et aucune idée d’à qui les donner […]. Je n’ai pas été aussi excité depuis longtemps ! » Le 7 mars 2007, un des cadres d’Och-Ziff avait bien du mal à cacher son enthousiasme dans ses e-mails. Quelques heures plus tôt, il avait rencontré des responsables du Libyan Investment Authority (LIA) à Vienne.

À l’époque, les sanctions contre le régime de Mouammar Kadhafi viennent d’être levées et un fonds souverain a été créé pour faire fructifier les gigantesques masses d’argent issues du pétrole libyen : le LIA. De quoi attiser les convoitises des financiers américains. Par l’intermédiaire d’un agent libanais basé à Londres, Och-Ziff parvient à obtenir la gestion de 300 millions de dollars (environ 225 millions d’euros) du LIA et gagne 100 millions de dollars de revenus sur ces opérations. Pour cela, trois officiels libyens auraient touché pour près de 3,4 millions de dollars de pots-de-vin.

Le fonds libyen a également attiré l’attention de la banque américaine Goldman Sachs. Selon une enquête de Bloomberg Businessweek, celle-ci aurait envoyé sur place, en 2007 et 2008, l’un de ses partenaires, l’Austro-Marocain Driss Ben-Brahim, ainsi que l’un de ses jeunes commerciaux, Youssef Kabbaj, pour leur proposer des investissements. Ce dernier, natif de Rabat passé par le lycée Louis-le-Grand (Paris) et le MIT, est notamment chargé d’« enseigner » les bases de la finance aux responsables du LIA – ce qui donne souvent lieu à des voyages tous frais payés. Un autre employé de Goldman Sachs s’amuse, dans un message révélé par le magazine, d’avoir « fait un cours sur des produits structurés à effet de levier à quelqu’un qui vit au milieu du désert avec ses chameaux ».

Sur les conseils de la banque américaine, le LIA finit par souscrire des produits financiers effectivement complexes – et risqués. Et ce quelques mois avant la crise financière de 2008… Le fonds libyen y perd 1,2 milliard de dollars. Goldman Sachs, elle, conserve ses commissions. Un procès entre les deux parties s’est ouvert en juin, à Londres. Le jugement doit être prononcé ce mois-ci.

Pierre Boisselet
Pierre Boisselet

 

Pierre Boisselet
Jeune Afrique