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Armées africaines, entre prédation et rédemption

Pretoria, mars 2013. Cérémonie à la mémoire des soldats sud-africains tués à Bangui le 24 mars. (AFP/Stéphane de Sakutin)
Pretoria, mars 2013. Cérémonie à la mémoire des soldats sud-africains tués à Bangui, RCA, le 24 mars. (AFP/Stéphane de Sakutin)

Le monde de la défense et de la sécurité s’occupe de plus en plus de nous. Pourquoi ne pas s’occuper de lui ?
Dans la foulée de l’insurrection populaire de quelques jours qui a acculé le président Blaise Compaoré à la démission, l’armée a repris le pouvoir au Burkina Faso, l’ancienne Haute-Volta : c’est la septième fois dans l’histoire de ce pays enclavé en bordure du Sahel où — comme ailleurs en Afrique — les militaires balancent entre leurs rôles de prédateur et de rédempteurs…

Terminons-en d’abord avec le « beau Blaise » qui, au fil des temps, et contrairement à son ancien compagnon Thomas Sankara, était devenu un relais du système « françafricain » à l’ancienne, même si le Burkina — « pauvre mais digne », Mecque des ONG — posait moins de problèmes que d’autres pays ; et que Compaoré lui-même, devenu un passionné de diplomatie, rendait des services, se comportant ces dernières années en médiateur souvent utile dans les conflits sur le continent noir : nord du Mali, Togo, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Guinée, Darfour…

L’icône Sankara

Mais cela n’a pu faire oublier ses interventions plus anciennes et plutôt déstabilisantes au Liberia, en Sierra-Leone, en Angola, avec un fort parfum de trafic d’armes, dans les années 1990. Ni bien sûr son rôle central dans le putsch qui aboutit à l’assassinat de son compagnon, le capitaine Thomas Sankara — resté vingt-sept ans plus tard une icône romantique au pouvoir aussi fort en Afrique que l’est celle de Che Guevara en Amérique latine. Ni par la suite, son entêtement — après vingt-sept années de pouvoir – à imposer une modification de la Constitution pour s’offrir quinze années de plus à la tête du Burkina : l’ambition, le tripatouillage de trop…

Lire « Thomas Sankara ou la dignité de l’Afrique », Le Monde diplomatique, octobre 2007.

Le réveil de la rue à Ouagadougou et dans les grandes villes burkinabés a d’ailleurs fait penser au « printemps tunisien » : Ben Ali et Compaoré étaient arrivés au pouvoir pratiquement ensemble. Et en seront sortis un peu dans les mêmes conditions, contraints à la fuite pour ne pas avoir compris assez tôt de quoi il retournait, et avoir concédé trop peu et trop tard.

Certains voient déjà, dans ces trois journées d’insurrection populaire au Burkina, les prémices d’un « printemps africain » qui pourrait concerner au premier chef — outre le Burkina — les pays de l’ouest et du centre, où les alternances paraissent impossibles, les constitutions toujours manipulées, les successions non préparées, les dynasties trop verrouillées : Cameroun, Gabon, Togo, Congo-Brazza, Congo-Rdc, Rwanda, Tchad, Djibouti.

Les « corps habillés »

En Afrique, comme naguère en Amérique latine, le rôle des armées reste central. Non qu’elles soient particulièrement efficaces ou pléthoriques — à l’exception de l’armée sud-africaine, la plus moderne ; des armées éthiopienne et érythréenne, les plus nombreuses ; ou de l’armée nigériane, la plus active dans l’espace ouest-africain.

[Erratum. — Depuis 2013, le départ de son contingent en République Centrafricaine a révélé la politisation et la corruption du rôle de l’armée dans la politique étrangère de l’Afrique du Sud.
Le scandale concernait notamment l’accord des présidents Jacob Zuma et François Bozizé troquant la présence militaire sud-africaine contre l’accès d’entreprises sud-africaines aux gisements pétroliers, diamantifères et aurifères de la RCA.
L’armée nigériane joua un rôle clé dans la défaite des seigneurs de guerre libériens et sierra-léonais (Charles Taylor, RUF). Mais depuis lors, la détérioration de la Fédération nigériane (kidnapping et tueries du MENDA dans le Delta, horreurs de Boko Haram au nord-est, ont mis à nu ses défaillances profondes (violence gratuite et corruption).
Les armées d’Ethiopie et d’Erythrée se regardent en chiens de faïence ou se combattent. Cette situation fratricide mise à part, les activités martiales de ces deux pays dépendent largement des plans anti-terroristes du Pentagone et de l’armée américaine.  — Tierno S. Bah]

L’armée burkinaɓe, comme celle de la plupart des Etats sahéliens, ne compte en revanche que sept mille hommes, dotés d’un matériel limité, si l’on excepte le régiment de sécurité présidentielle (que commandait en second le nouvel « homme fort » du Burkina, le lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida).

Mais ces « corps habillés » 1, le plus souvent issus, dans la partie ouest ou centrale du continent africain, de la matrice des anciennes forces coloniales, restent — surtout en cas de troubles politiques majeurs — un recours habituel : dans des pays où l’Etat est souvent faible, ils font figure de point fort, de communauté disciplinée et soudée, qui n’hésite d’ailleurs pas à défendre les armes à la main son statut, ses salaires ou avantages.

Nababs militaires

Dans une dialectique « gagnant-gagnant », associant le sommet de l’Etat à la haute-hiérarchie militaire, on a même vu naître dans certains pays — pour prix de la sécurité que les « corps habillés » procurent au pouvoir politique — une classe d’officiers enrichis, moitié militaires moitié businessmen, dont le sort était lié pour le meilleur ou pour le pire à celui des plus hauts gouvernants.

Dans quelques cas, on a affaire à des « militaires-rédempteurs », soucieux de l’intérêt national, de l’intégrité du territoire, de la nécessité de protéger la population : leur sens de l’organisation et de la discipline, leur technicité, leur frugalité, leur bon contact avec le monde villageois, ont pu contribuer à pacifier et réorganiser un pays, au service de la construction de l’Etat-nation. On pense, par exemple, aux débuts du général Kountché (Niger, 1976), ou du capitaine Sankara (Burkina, 1983).

Dans des cas récents (Tunisie, Egypte, Madagascar), les militaires se sont interposés entre les forces de police (compromises avec les anciens régimes autoritaires) et la société civile, obtenant — comme en Egypte — d’y jouer à nouveau un rôle politique majeur.

Dans des cas trop rares — comme l’Afrique du Sud ou le Mozambique — la refonte des forces de sécurité a été « entreprise en tant que composante essentielle d’un projet global de reconstruction de l’Etat et de transformation de la société », comme l’expliquait Anatole Ayissi, de l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir), dans Le Monde diplomatique en janvier 2003 (Anatole Ayissi, « Ordre militaire et désordre politique en Afrique, Le Monde diplomatique, janvier 2003.)

Messies en treillis

Mais, le plus souvent, les Etats africains sont malades de leurs armées. Il n’a pas manqué, au cours de ces soixante années d’indépendance, de « messies en treillis » :

  • Colonel Gamal Abdel Nasser (Egypte, 1956)
  • Colonel Joseph Désiré Mobutu (Zaïre, 1965)
  • Colonel Mouammar Kadhafi (Lybie, 1969)
  • Capitaine Didier Ratsiraka (Madagascar, 1975)
  • Zine el-Abidine Ben Ali (Tunisie, 1987)
  • Général Sani Abacha (Nigeria, 1991)
  • Caporal Fodeh Sankoh (Sierra Leone, 1991)
  • Colonel Lansana Conté (Guinée, 1984)
  • Général Idi Amine Dada (Ouganda, 1971)
  • Colonel Jean Bedel Bokassa (RCA, 1972)
  • Colonel Mengistu Hailé Mariam (Ethiopie, 1987)
  • Sergent-chef Samuel Doe (Liberia, 1980)
  • Sergent-chef Gnassimbe Eyadema (Togo, 1963)
    ……………………

Plus de soixante dix coups d’Etat ont été menés entre 1960 et 2010, dans vingt-trois pays subsahariens (sur quarante-huit), a compté Georges Courade 2. Parmi les champions du genre : le Nigeria (9 pronunciamentos), le Ghana, les Comores, la Guinée-Bissau, et  le Burkina…

Ces armées sont souvent divisées (ainsi que l’a illustré à nouveau, à Ouagadougou, la difficile désignation d’un officier supérieur pour incarner la transition), et « à deux vitesses », avec des unités d’élite type « garde présidentielle », richement dotées, recrutées souvent sur critères politico-ethniques ; et une armée du tout venant, non spécialisée, mal équipée et mal commandée :

« S’il est vrai que la complicité entre le politique et le soldat a fait de certains individus et de certaines unités des privilégiés du “système”, l’état général des forces armées en Afrique est le plus souvent déplorable, précisait Anatole Ayissi 3.

Et, à côté des nantis, il existe une autre armée tout au fond de l’échelle sociale de la “hiérarchie” militaire. Elle est faite de tous ces marginalisés en uniforme, miséreux, clochardisés au cœur d’une galaxie où les privilégiés affichent scandaleusement leur puissance et leur richesse (…)

Face à la précarité matérielle, à la discrimination et à l’exclusion, nombre de ces soldats laissés pour compte basculent facilement de l’indigne statut d’honnêtes miséreux en uniforme à celui, moins honorable mais beaucoup plus profitable, de “soldat de fortune”. L’une des terribles “innovations” de l’atroce guerre civile de Sierra Leone fut le “sobel” – “soldier and rebel” –, une sorte de militaire hybride ayant la faculté d’être “soldat” le jour et “rebelle-gangster” la nuit.

Si la misère d’un citoyen civil peut demeurer un simple problème social, la misère d’un soldat en armes peut dégénérer en un défi politique propre à mettre en danger non seulement la survie du régime, mais également la paix et la stabilité de la société tout entière. Là réside l’extrême danger de la clochardisation des forces armées ».

Ennemi intérieur

En brousse, dans les quartiers, les soldats sont donc souvent craints : il leur est reproché d’être surtout tournés vers « l’ennemi intérieur », et de profiter de la population (pillage, rapine, taxes sur les contrôles routiers), etc.

Dans certains cas, des soldats massacrent, brûlent, violent, sans autre but que l’intérêt au jour le jour, l’obéissance à un chef ou à un clan.

[Note. — Ce fut le cas, par exemple, du massacre et des viols perpétrés, à compter du 28 septembre 2009 et pendant trois jours, par l’armée, les forces de sécurité et des miliciens au stade sportif et ailleurs à Conakry, en Guinée. — Tierno S. Bah]

« Les forces armées ont aussi à assimiler qu’elles ont à défendre un territoire et une nation, avant de conforter des régimes autocratiques ou d’y asseoir un des leurs ! », plaide la CADE 4, pour qui il importe de « professionnaliser » au plus vite les cinq cent mille à un million d’hommes et de femmes des « corps habillés » qui constituent les effectifs des forces de sécurité au sud du Sahara.

Dans l’immédiat, outre — pour les populations — les interrogations nées de la récupération militaire de ce « printemps burkinaɓe », cet effacement du régime Compaoré complique un peu plus le grand jeu sécuritaire au Sahel, dans lequel s’illustrent notamment les Français.

Une unité des forces spéciales françaises, avec les yeux tournés surtout vers le Mali et le Niger, stationnait au sud du Burkina : y restera-t-elle ? Sur le plan politique et diplomatique, Compaoré jouait les entremetteurs, passait les plats : qui le fera désormais ?

(Lire Le Burkina Faso, pilier de la “Françafrique” », Le Monde diplomatique, janvier 2010.)

Comme l’expliquait Michel Galy sur BFM-TV (le 31 octobre 2014), il faudra surtout que Paris, confronté soudain à la perte de ce partenaire typiquement « françafricain » et à ce « vide sécuritaire » au Burkina, « revoie son logiciel politique » à l’égard de ce pays, et sans doute bientôt à l’égard de tous ceux où se posent de semblables et difficiles problèmes de succession.

Notes
1. Les « corps habillés » (en uniforme) incluent en général l’armée, la gendarmerie, la police.
2. Les Afriques au défi du XXIe siècle, Belin, 2014.
3. op. cit.
4. Exposition itinérante de la Coordination pour l’Afrique de demain (CADE), sous le titre « Les Afriques qui se font », CADE, 2012.

Philippe Leymarie
collaborateur du Monde diplomatique et de Radio-France internationale sur les questions africaines et de défense.
Auteur, avec Thierry Perret, des 100 Clés de l’Afrique.

JA. Suppositions, Prétentions, Impunité

Lorsqu’on n’a rien à dire, il vaut mieux se taire. Négligeant cet adage, un titre sensationnel de Jeune Afrique fait de la non-information sur l’enquête du massacre du 28 septembre 2009 et à propos d’un hypothétique et vague grill de Moussa Dadis Camara à Ouagadougou.

En effet, l’article de JA ne cite aucune source, probable ou vérifiable. Ne se réfèrant même pas à des informateurs anonymes, Jeune Afrique se livre à des suppositions hâtives et à des prétentions infondées.

Les suppositions de JA

Au lieu d’indiquer la date et la durée du séjour des magistrats guinéens, JA se contente de dire prochainement. Depuis quand un adverbe entre dans le calendrier en matière de déontologie du journalisme ? Si la rédaction avait réfléchi un peu, elle aurait, par  scrupule professionnel,  fourni le jour, le mois et l’année de l’audition de l’ancien chef de la junte militaire du Comité national pour la démocratie et le développement (CNDD).

Ensuite, JA s’empresse d’annoncer l’audition d’anciens ministres à Conakry. Quand? Là également, la plume de JA reste silencieuse.

Enfin, comble de négligence, l’article souligne que “les juges  souhaitent également entendre l’ex-président Sékouba Konaté, ministre de la Défense à l’époque des faits.” Mais il ne nomme pas les magistrats. JA ne dit pas non plus où et quand ces enquêteurs anonymes ont exprimé leur intention d’interroger le Général, “frère et ami” de l’ex-capitaine Dadis Camara.

Prétentions

JA affirme que le président Alpha Condé aurait téléphoné à son mentor et homologue du Burkina Faso pour “appuyer” la prétendue audition. Une fois de plus, aucune date n’est avancée pour cette communication, qui est peut-être imaginaire. Tant d’imprécision incite au scepticisme.
D’autant plus que ce n’est pas par téléphone seulement qu’on fait avancer un dossier juridique épineux, qui relève du crime contre l’humanité. Il est impératif en pareil cas de passer par la correspondance écrite, datée, publiée et vérifiée.  C’est la meilleure manière de prouver le  sérieux que l’on accorde à l’affaire.

Pareillement, si trois membres du gouvernement soutiennent  le déblocage du processus judiciaire, JA aurait dû prendre contact avec le service de presse de leurs départements. En citant une éventuelle corroboration officielle l’article aurait eu une certaine crédibilité.

En somme, à cause de ses défaillances informationnelles et de sa médiocrité journalistique, l’article aggrave le suspens judiciaire autour  du massacre en septembre 2009 au stade sportif de Conakry. Il ne l’atténue pas. Au contaire, il fait reculer la possibilité et la probabilité de voir, un jour,  les perpétrateurs punis. Et d’obtenir justice pour les victimes.

Impunité

L’impunité en Guinée ne se limite pas à Moussa Dadis Camara. Datant de 1958, elle est devenue endémique. Acceptée, banalisée, normalisée, elle fait de l’Etat un violateur quotidien des droits des citoyens. Elle a dégradé un pays jadis promis et prometteur en une contrée pauvre à horizon incertain. Elle a détruit une société naguère policée et solidaire et l’a remplacée par une jungle. La loi de la force y règne. La force de la loi y est ignorée.

Ainsi, à propos des violences ethniques de Koulé et Nzérékoré, l’an dernier, une opinion que Le Monde a, au moins, pris soin d’identifier est catégorique :

“Aucune enquête sérieuse n’a été conduite à la suite des violences précédentes qui ont fait des dizaines de morts. Les populations ont donc le sentiment d’être oubliées par les autorités de Conakry et que les auteurs des violences agissent en toute impunité.” (Béatrice Abouya).

On se souvient que les cadavres étaient encore chauds, les blessures saignantes, et les lamentations vives le 23 juillet 2013, lorsque M. Condé choisit de s’envoler le même jour pour un sommet de la CEDEAO à Abuja, Nigeria. Aveuglé par la présidence, l’inconguité et la malséance de son voyage lui échappèrent.  Premier magistrat de la république, il se déroba ainsi à ses obligations et afficha une  indifférence — cynique et coupable — face aux violences secouant la Guinée Forestière.

Alpha Condé n’a cure pour son pays de naissance, la Guinée, ou pour celui de ses pères, le Burkina Faso. Son obsession, c’est le pouvoir en soi et pour soi, l’autorité nue et brute, l’autocratie vaine et détachée du sort des populations.

Tierno S. Bah

Etre Pullo. Timidité, Peur ou Fierté ?

Collectif des Chefs de canton du Cercle de Labé, Guinée française, 1956
Collectif des Chefs de canton du Cercle de Labé, Guinée française, 1956.

A la fin de son article Victoire saignante du « débrouillardise » : l’« Arc » récolte ce que l’« Alliance » a semé ! paru le 20 septembre 2010 sur Guineepresse.infoIbrahima Kylé Diallo écrit :

b) Sur la forme : Je m’excuse à l’avance car je sais que je vais choquer certains. Le fameux « pouto » (bonnet brodé) revêt une connotation trop peuhle. Mettez-vous à la place d’un Soussou, d’un Malinké ou d’un Forestier qui serait entouré d’une masse de militants portant ce « pouto » et ne s’exprimant qu’en peulh ! Nous sommes dans le cadre d’une élection nationale et non dans celui d’une confrérie maraboutique du Fouta central. Le « pouto » est beau mais je me rends compte que la beauté peut faire peur !

Par ailleurs, les sympathisants de Cellou ont manqué de finesse. Par leurs « troupeaux de motos », ils ont agacé par le bruit d’autres Guinéens qui n’ont vu en eux que des arrogants. Certains commerçants avaient qualifié Alpha Condé de « quinquéliba » et Cellou de « sucre », non par complémentarité mais par mépris. Aujourd’hui, ils ne consommeront pas de sucre même s’ils n’ont pas de diabète.
Sans être exhaustif, j’ai dit pourquoi l’ « Alliance » a perdu. Maintenant, il faut faire en sorte qu’elle ne soit pas perdue. Il appartient à l’Ufdg, qui est une formation à l’échelle nationale, de montrer qu’elle se situe au-dessus des clivages ethniques. A vouloir trop insister sur la « foulanité » de ce parti on rend service aux extrémistes de notre « jeune » président Condé.

Mes vues sont diamétralement opposées à  l’opinion de M. Ibrahima Kylé Diallo. Et voici pourquoi.

Il écrit :

1. Je m’excuse à l’avance car je sais que je vais choquer certains. Le fameux « pouto » (bonnet brodé) revêt une connotation trop peuhle.

Il n’y a pas lieu de s’excuser. Je relève toutefois les failles et inanités de la dernière partie de l’article.

L’auteur cherche plutôt, sans succès, à séparer forme et fond, identité culturelle et “construction nationale”.

Cellou Dalen Diallo, en costume traidtionnel
Cellou Dalen Diallo, en costume traditionnel

La mince couche francophone qui sert d’élite à l’etat postcolonial africain est l’incarnation même de l’ambiguïté, du déracinement et de l’aliénation culturels.
Depuis que la France est parvenue, à travers l’école, à laver le cerveau de ses colonisés — au Fuuta-Jalon et ailleurs en Afrique —, il fait  bon ton de paraître occidental. En l’espèce, c’est l’implication du rejet du puuto en période électorale par M. Diallo et sa préférence de la tenue européenne (costume, cravate, chaussures) .
M. Diallo est conscient du fait qu’il va “choquer certains”. Je prends acte de la précaution stylistique. Mais lorsqu’il considère que le bonnet brodé du Fuuta-Jalon “revêt une connotation trop peuhle”, il franchit la limite de l’acceptable. Ce faisant, il rappelle cette réponse d’une fillette dans le film « Hôtel Rwanda ». Craignant pour sa vie,  elle implore ses tourmenteurs Hutu, dans un sanglot apeuré et désespéré : “Je promets que je ne serai plus Tutsi.” Comme si appartenir à cette ethnie est un crime punissable de mort !

Lamarana Bah, ancien ministre des affaires étrangères, Conakry, 2008
Lamarana Bah, ancien ministre des affaires étrangères, arborant le puuto  durant une cérémonie officielle. Conakry, 2008. C’est l’un de mes anciens étudians et, peut-être, un promotionnaire d’Ibrahima Kylé Diallo.

Les arguments de mon objection à l’article sont nombreux. Je me limite aux éléments ci-après.

Sous le régime temps de la colonisation française, Yacine Diallo, pionnier de la politique en Guinée se convertit au Catholicisme pour être bien vu par les puissants du jour. Il accepta d’ajouter à son nom de baptême musulman le prénom chrétien Louis. Et dire qu’il fut un pupille de Tierno Aliou Bhuubha Ndiyan à Labé.
Il reçut tout de même l’appui de l’Almami alfaya de Mamou. Ce qui entraîna aussitôt l’opposition de l’Almami soriya de Dabola. Les deux cousins continuaient ainsi dans la Guinée coloniale, l’ancienne rivalité féodale entre les deux branches du lignage des Seediyaaɓe. Cette adversité datait de la mort de Karamoko Alfa mo Timbo en 1760.

Telli Diallo, en costume traditionnel pullo. Paris, 1950
Telli Diallo, premier secrétaire général de l’OUA, aujourd’hui Unon Africaine. Ici, en costume traditionnel pullo. Paris, 1950

Et pourtant, dans  Ecailles du ciel, Tierno Monenembo rappelle, dans un tableau croustillant, la tension entre partisans et résistants à l’école française au Fuuta-Jalon après la défaite de Pooredaka en 1896.
Paul Marty fournit des détails précieux sur le système d’éducation  au Fuuta-Jalon. théocratique. Au début du régime colonial, les parents étaient hostiles à l’idée d’inscire leurs fils à l’école française. Ils percevaient et rejetaient  l’aliénation inhérente à l’enseignement colonial. Et ils redoutaient t l’assimilation culturelle résultant de  la scolarisation française.
Utilisant tous les moyens, les autorités coloniales vinrent à bout de la résistance. En conséquence, vers la fin des années 1910,  la langue française remplaça l’arable et le pular ajami dans l’enseignement, .

Papa Koly Kourouma, politicien, ministre-conseiller à la Présidence. Ici en costume traditionnel kpèlè (guerzé)
Papa Koly Kourouma, politicien, ministre-conseiller à la Présidence. Ici en costume traditionnel kpèlè (guerzé)

Et poutant, l’identité ethnoculturelle des Fulɓe ne plia pas.
Après la disparition de Gilbert Vieillard en 1940  sur le front de guerre. une Amicale culturelle prit son nom et entreprit de défendre et d’illustrer la culture autochtone. Sous l’impulsion d’hommes de culture tels que Tierno Chaikou Baldé, l’Amicale Gilbert Vieilard donna une nouvelle vigueur à la tradition fuutanienne. Les efforts de cette génération pionnière donna ses fruits avec les travaux et la carrière de grands intellectuels débarassés de complexes d’infériorité. Parmi eux, citons Ousmane Poréko Diallo, Boubacar  Telli Diallo, Alfâ Ibrâhîm Sow. Ils étaient à l’aise aussi bien en costume européen qu’en habit traditionnel du Fuuta-Jalon. Au-delà de l’habit, ces fils du Fuuta étaient fiers de leur héritage culturel. Ainsi Telli Diallo nous rappelle :

« … il importe de ne pas perdre de vue que les Peuls sont, de tous les Africains de l’Ouest, les plus profondément islamisés.
Ils forment une communauté très homogène, fortement disciplinée, hiérarchisée et organisée en une féodalité théocratique. »

Introduisant son oeuvre de publiciste du Oogirde Malal de Tierno M. Samba Mombeya Alfâ Ibrâhîm Sow souligne :

« Si le Filon du bonheur éternel continue, cent cinquante ans après sa rédaction, à émouvoir les lecteurs de notre pays, c’est surtout à cause de la vocation littéraire qu’il assure au pular-fulfulde, à cause de sa versification juste, sûre et élégante, de sa langue saine, savante et subtile, de la volonté nationale d’affirmation culturelle qu’il incarne et du désir d’autonomie et de dignité linguistiques qu’il exprime. »

Sous la dictature de Sékou Touré, le PDG eut beau jeu de diaboliser la chefferie traditionnelle. Sans se rendre compte que les diplômés de l’école française et la chefferie de canton étaient tous des produits de la colonisation. Ironie, paradoxe, cynisme ! Comme le montre la photo, en tête d’affiche,  du collectif des chefs de cantons du cercle de Labé (dont mon père, Tierno Saidou Kompanya)  ces patriarches appliquaient  le code vestimentaire traditionnel du Fuuta-Jalon :

Puuto +  grand-boubou leppi ou blanc (avec pantalon et fokiya/foroku en-dessous) + sandales de cuir

Le problème d’Ibrahima Kylé est simple. Au lieu de suivre, sans ambiguité, le chemin tracé par ses prédécesseurs (Telli Diallo, A.I. Sow, etc.) dans la promotion de la culture fuutanienne, il  hésite entre l’admiration et la dénonciation de ce trésor pourtant universellement reconnu. Que l’on pense par exemple au jubaade, qui est l’équivalent féminin du puuto.

Femme portant le jubaade, 1931
Femme portant le jubaade, 1931

Jeune mère avec le jubaade, 1950
Jeune mère avec le jubaade, 1950

Jeune fille tressée du jubaade.
Jeune fille tressée du jubaade. Conakry, années 1960

Miiriam Makeba portant le jubaade
Miriam Makeba (1932-2008) portant le jubaade

Professeur et critique d’art, Jacqueline Delange a une appréciation fine du jubaade. Dans une étude intitulée “L’art des Fulɓe” elle écrit :

« Au Fouta-Djallon, le  jubaade  fait penser à un mobile de Calder : les tresses et les coques sont prolongées en avant, parfois en arrière, par une sorte d’énorme papillon noir; les cheveux du dessus sont tressés en forme de cimier transparent tendu sur une lamelle de bambou arquée; des couronnes de fins anneaux et de pièces d’argent terminées par des pendants d’oreille torsadés ajoutent leur fragile éclat à cette étonnante architecture. »

Le puuto des Fulɓe est aussi culturellement iconique que le keffiyeh des Arabes, le yarmulke ou kipa des Juifs, le turban des Sikhs, etc. Et contrairement à M. Diallo, la plupart des Fulɓe  — y compris les politiciens — ont compris que le salut réside dans le fait d’assumer son identité, pour soi et non contre l’autre. Même sous les dictatures successives de Sékou Touré et de Lansana Conté.

Par exemple, Abdourahmane “Vieux” Dalen Diallo — doyen du Bureau politique du Pdg et qui assurait l’intérim de la présidence de la république de 1959 à 1963 —, Saifoulaye Diallo, etc. nous ont tous laissé des portraits où ils sont habillés en boubou cotton teint à l’indigo et coiffés du puuto (non pas pouto).

Leurs cadets, les ministres Fulɓe de Lansana Conté, portaient fréquemment le même ensemble: Thierno Mamadou (grand) Cellou Dalen, (petit) Mamadou Cellou, Thierno Habib Diallo, etc. siégeaient en conseil de ministres ainsi parés. Conté  finit par dire  un jour en Conseil de ministre qu’ils aimaient se singulariser avec leur bonnet. A l’occasion, Cellou Dalen lui répondit que la coiffure, créée avant la période précoloniale, était avant un symbole culturel.

Ibrahima Kylé Diallo continue :

2. Mettez-vous à la place d’un Soussou, d’un Malinké ou d’un Forestier qui serait entouré d’une masse de militants portant ce « pouto » et ne s’exprimant qu’en peulh !

Une fois de plus l’orthographie pouto est francisée et ne se conforme pas à l’Alphabet Standard du Pular/Fulfulde. Dans la langue des Fulɓe, tout qui s’écrit se prononce. L’épellation correcte est donc  puuto.

Cela dit, pourquoi chercher à imiter les autres ? Pourquoi être timide voire avoir peur —encore moins honte — d’être Pullo ?

Pourquoi cesser d’être soi-même et faire le caméléon ? Pourquoi ce mimétisme ?

A Conakry., au Fuuta-Jalon, partout ailleurs en Guinée, les individus sont libres de s’habiller selon leur goût. En Forêt (Kpèlè, Kisi, Toma). les ministres  Papa Koly Kourouma, Germain Doualamou, Gilbert Ifono, etc. arborent fréquemment avec élégance et fierté leur habit traditionnel. Personne ne le leur reproche. C’est un comportement normal et admirable, dont la valeur est de revigorer la tradition africaine menacée à travers le continent. Honni qui mal y voit  !

3. Nous sommes dans le cadre d’une élection nationale et non dans celui d’une confrérie maraboutique du Fouta central.

A un journaliste qui lui demandait son opinion de la civilisation occidentale, Mahatma Gandhi répondit que ce serait une bonne idée… c’est-à-dire si elle existait…
Cette boutade s’applique aujourd’hui au concept de nation guinéenne, qui existe sur papier, dans les discours et les slogans, certes, mais dont la réalité a été affaiblie par Sékou Touré, lui-même.  suivi par Lansana Conté, Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté et Alpha Condé.

L’habit ne fait pas le moine

Si l’on regarde les affiches électorales, on verra que Cellou a porté le puuto au premier tour. Il obtint 43% des votes
Il adopta le costume européen au second tour. Résultat: il fut vaincu, même si sa défaite fut le résultat d’un énorme trucage.

Son échec du 15 novembre ne s’explique pas par son comportement vestimentaire et son apparence. C’est son message qui aurait dû porter. Mais c’était sans compter avec la duplicité et la manipulation  de la formidable coalition ethnique d’Alpha Condé, épaulée par la sournoiserie du premier ministre Jean-Marie Doré.

Aly Gilbert Iffono, ancien ministre de la culture. Ici, en costume traditionnel kissi
Aly Gilbert Iffono, ancien ministre de la culture. Ici, en costume traditionnel kissi

Je clos ce point en rappellant que le Fuuta-Jalon théocratique était un bastion du Sunnisme éclairé. C’était le Dar-al-Islam (Porte d’Islam) décrit par Gilbert Vieillard , caractérisé par une foi profonde, la quête du savoir, et une religion austère dénué  de confréries “maraboutiques”.

4. Le « pouto » est beau mais je me rends compte que la beauté peut faire peur !

Cet argument est spécieux et irrecevable. Car bien que les canons de beauté soient à la fois spécifiques et universels, la beauté inspire l’admiration et non la peur. A travers l’espace-temps, et compte non tenu de son origine géographique ou de leurs racines ethniques, l’art  (musique, sculpture, peinture, etc.) est la marque du génie humain. Il n’est pas à craindre. Il faut plutôt le céébrer.

Seules l’ignorance et la propagande politicienne  peuvent jetter le discrédit sur la créativité artistique. Elles engendrent la xénophobie.
Soit ! Mais pour autant, aucun peuple au monde ne renoncera à son identité culturelle. Ce sont ces spécificités  qui constituent l’humanité. Celle-là, dans son essence, est la somme totale de l’originalité et de la diversité de ses civilisations et de ses cultures.

5. Sans être exhaustif, j’ai dit pourquoi l’ « Alliance » a perdu.

Je doute fort qu’un article puisse, même de façon partielle, révéler pourquoi et comment Cellou Dalen et ses alliés ont été trichés. Il faudrait tout un livre, au moins. L’affirmation est donc une exaggération.

6. Il appartient à l’Ufdg, qui est une formation à l’échelle nationale, de montrer qu’elle se situe au-dessus des clivages ethniques.

Du fait de la persistance de la dictature, la Guinée n’as pas eu une expérience et une culture démocratiques. Depuis 1958 les potentats successifs ont chacun exploité la fibre ethnique. Ils ont  vicié et le concept et la pratique de la démocratie.

Au point de paraître naïf et passif aux yeux de certains observateurs, Cellou Dalen a, partiellement, essayé d’inverser le réflexe  autoritaire guinéen.
Mais, pour reprendre un dicton américain,  il faut deux cavaliers pour danser le tango.
En violation flagrante de la loi électorale, quatre mois ont séparé  les deux tours de l’élection présidentielle.  Ce delai illégal fut  mis à profit pour developer une stratégie ethnocentriste et ethnocratique.

Appuyés par les autorités de la Transition (présidence, primature, forces armées et de sécurité), le camp d’Alpha Condé monta une incroyable tricherie au niveau de la Ceni.

Cellou Dalen et son alliance formèrent une coalition ethniquement plus diverse que celle de leurs rivaux, Ils ont été politiquement battus. Mais aujourd’hui, ils n’ont rien à se reprocher.

7. Vouloir trop insister sur la « foulanité » de ce parti on rend service aux extrémistes de notre « jeune » président Condé.

La politique ne devrait nullement conduire à se détourner de  traditions culturelles millénaire. Elle ne saurait se traduire par la dilution des identités ethniques et culturelles. Au contraire ! Tout candidat doit pouvoir assumer son ethnicité. De manière positive, sans entraves et sans complexes.
La “foulanité” de l’Ufdg et la “mandenité” du Rpg ne devraient  pas être exploités comme des poisons ou des obstacles. Les deux peuples cohabitent et coopèrent depuis des siècles.
En soi, le facteur ethnique n’est pas un frein à la construction de l’état-nation. Mais il requiert la sincerité et l’humilité des leaders politiques

L’Ufdg fit de son mieux pour rassembler Fulɓe et non-Fulɓe dans ses rangs.
Mais Alpha Condé s’est souvenu du proverbe qui dit : “Celui qui veut noyer son chien l’accuse de rage”. Le voleur a donc crié le plus fort “Au voleur.”
Dans les années 1990, il avait qualifié de bâtard tout Maninka qui ne voterait pas pour lui.
Porteur d’un ethnocentrisme démagogique, “arrogant” et “haineux” Alpha Condé traite les commerçant de mafia. Un tel langage est typique d’un politicien aux visées funestes. Le mot mafia s’applique à la pègre italienne.
Alpha Condé fait écho aux diatribes vénimeuses de Sékou Touré contre les Fulɓe en 1976, ainsi qu’au fameux “Wo fatara” de Lansana Conté en 1985.

Partisans et opposants de la dictature se sont affrontés dans l’élection présidentielle. Deux camps ont rivalisé : d’une part, celui des destructeurs (Alpha Condé, Sékouba Konaté, Jean-Marie Doré, et cie.), et celui des bâtisseurs, d’autre part.
En définitive, M. Diallo n’est pas fautif de n’avoir pas triché. Par contre,  M. Condé a tort d’avoir manigancé. L’issue du combat était prévisible. Car, dit-on
La victoire frauduleuse du Rpg illustre rappelle, une fois de plus, qu’il est plus facile de détruire que de construire. Elle signale aussi la perpétuation du malheur de la Guinée,

Par son interprétation superficielle et erronée de l’identité ethnique, du patrimoine culturel et de la tradition vestimentaire des Fulɓe du Fuuta-Jalon, le blog de Ibrahima Kylé Diallo passe nettement à côté du sujet.

Tierno S. Bah

J-M. Doré dénonce Président Alpha Condé

Premier ministre Jean-Marie Doré
Premier ministre Jean-Marie Doré

Africaguinee.com : Le dialogue politique inter-guinéen a pris fin il y a une dizaine de jours, quelle lecture faites vous des premières conclusions de ces différentes rencontres entre le gouvernement et la classe politique ?

Jean-Marie Doré : Le dialogue n’est pas fini, il continue. Ce dialogue qui est un acte de concertation d’une grande ampleur qui doit décider du destin de la Guinée, ne peut pas se terminer sans un document. L’opposition a fait des propositions à la mouvance, on attend la réponse de la mouvance. Et la réponse de la mouvance n’est pas la conclusion ! Nous examinerons les propositions qui seront soumises à l’approbation, c’est en ce moment là qu’on peut parler de fin de dialogue. On doit reprendre selon les propositions, la révision du fichier électoral par la formation des Commissions Administratives de Révision des Listes Electorales (CARLE) dont nous avions été exclus. Nous ne pouvons pas aller avec un fichier élaboré en notre absence. Et puis il y a tellement de dissonance dans les résultats de la révision faite par le gouvernement de M. Alpha Condé en vase clos et qui montre que c’est impossible d’organiser des élections sur cette base là. Je rappelle que la Haute-Guinée seule a 528.000 nouveaux électeurs ; la Forêt dans son ensemble 80.000 nouveaux électeurs, tout le Foutah à peine 25.000 nouveaux électeurs et Conakry qui est le pôle d’attraction de l’exode rural 252.500 nouveaux électeurs. Est-ce qu’avec un fichier qui donne de tels résultats vous pouvez vous contenter seulement d’aller aux élections ? Ce ne serait plus même une comédie, ça serait la bouffonnerie, ça serait une farce ! Donc le dialogue n’est pas conclu, nous attendons.
Deuxièmement, le chronogramme est l’un des quatre points mis devant le dialogue pour qu’on y trouve une solution consensuelle. Le président a décrété que c’est la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) qui le fait, mais la CENI est un organe d’exécution. Donc, c’est ce que nous allons décider au sein du dialogue et qui sera la matière première de la CENI pour mettre ça en forme. Mais le président de la CENI s’est réuni avec ses affidés, ont fixé une date qui n’a aucun rapport avec les réalités du terrain. Ça, c’est une affaire d’amusement de galerie à la CENI, mais qui n’est pas liée au chronogramme. C’est nous qui allons discuter du contenu du chronogramme au cours du dialogue et ce qui permettra de déterminer la durée de chaque séquence du processus pour qu’on conclu par la publication des résultats des élections, c’est-à-dire de la date du scrutin, sa fermeture à 18heures, le décompte des voix, et la publication au fur et à mesure que les résultats sortent des urnes. Nous n’attendrons plus pour que ça soit manipulé par le gouvernement. Bien sûr, nous sommes en Afrique où la démocratie est balbutiante, il ne faut pas être naïf. Il ne faut pas compter que les élections se passent à 100% dans la transparence.
Parce que le mot transparence ici, chacun le donne le sens qu’il veut. On n’est pas encore à l’approche de la transparence, on est à l’approche de la justice. On ne peut être transparent dans les élections, mais il faut qu’il y ait la justice.
Si 100 citoyens ont voté pour moi, personne n’a le droit de rétracter cela et amener ailleurs cette volonté. C’est ce que nous appelons la fraude, mettre en branle des astuces déshonnêtes pour donner un résultat incompatible avec la volonté expressément exprimée aux dites valeurs des citoyens. Donc en conclusion, le dialogue n’est pas conclu.

Lors de cette première phase du dialogue, l’opposition a tout de même accepté d’aller aux élections avec Waymark sous certaines conditions. Pensez-vous qu’en allant aux élections avec cet opérateur, le scrutin sera transparent ?

Non ! J’apporte des corrections à ça. Peut être que celui qui a parlé de ça n’a pas trouvé les mots nécessaires pour exprimer toutes les nuances attachées à cette proposition. Qu’est ce qui compte dans l’organisation de la révision ? Comment on fraude ? Un enfant de 14ans vient, il n’y a que les membres de la mouvance qui sont dans les CARLE, on dit bon, il faut le recenser, il a 18 ans. Si les autres représentants du collectif, du CDR étaient là, ils allaient voir clair sur ce qui se passe. C’est pourquoi ici, l’organisation des élections à certains niveaux seulement n’est pas démocratique. Tous les partis engagés dans l’organisation des élections même si vous ne présentez qu’un candidat à l’uninominale vous avez le droit d’être dans les CARLE. L’un des avantages importants du fonctionnement des CARLE, c’est de permettre à chaque parti de désigner sous sa responsabilité des gens. Parce que si beaucoup de militants sont enrôlés dans les CARLE, c’est pour percevoir des perdiems. L’intérêt du parti, c’est si les représentants dans les CARLE s’opposent à l’inscription des enfants ou à l’inscription des gens qui apparemment ne sont pas des guinéens. Il faut que tous les membres des CARLE soient d’accord avant qu’on inscrive quelqu’un, or l’opposition n’était pas présente dans les CARLE.
Donc, on ne fait du problème de Waymark, un problème de fétiches, mais il faut que les CARLE fonctionnent correctement, c’est pourquoi nous demandons un délai égal au délai que le gouvernement a eu pour faire son recensement bidon. Si c’est le cas, on est tout à fait d’accord. Parce que pourquoi nous ne voulons pas de Waymark ? Ce n’est pas par une répulsion spécifique à l’égard de Waymark, c’est parce que Waymark a contribué à organiser en amont une fraude gigantesque qui devait donner au Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG, parti au pouvoir, ndlr) 90 députés ! Ce n’est pas parce que Waymark vient d’Afrique du Sud ou du Zimbabwe, du Swaziland ou de l’Ouzbékistan, mais c’est parce que Waymark a contribué à organiser en secret et en amont une fraude. C’est pourquoi le gouvernement, le président de la République disent, “Oui, ce sera un décompte manuel”, un décompte manuel ou électronique, dès lors que la fraude est déjà inscrite dans la mémoire des Kits de Waymark, vous ne pouvez pas échapper à ça ! On va faire venir des observateurs internationaux qui vont dire “oui, nous sommes allés à Kamsar, les citoyens étaient sagement en rang, tout s’est passé dans la bonhomie”, alors que la fraude est déjà dans la mémoire du Kit. Or il faut faire des élections correctes, nous n’acceptons pas que M. Alpha Condé, sa CENI fassent à leur aise. La démocratie n’est pas des affirmations que “moi, j’ai fait quarante années de lutte pour la démocratie”, non ! Il s’agit de poser des actes qui montrent que nous sommes vraiment des démocrates.

Certains acteurs proches de l’opposition semblent exprimer des réserves par rapport au cas de Waymark. Cela ne risque-t-il pas de causer des frictions au sein de l’opposition ?

Non ! Mais l’opposition c’est quoi ? Au sein même de mon parti il y a des débats sur des sujets importants auxquels, on n’est pas tous d’accord ! (…) Donc, il y a des sensibilités au sein de l’opposition. Il y a des gens qui sont radicaux, il y en a qui sont supers radicaux, d’autres sont hyper radicaux ; mais le radicalisme je n’en ai rien à faire. Quelqu’un peut être radical ou mou, ça c’est son affaire. Mais la négociation, on la fait avec des gens qui défendent leurs intérêts, vous défendez les vôtres. Vous devez arriver à un consensus, vous ne pouvez aller à une négociation, imposez à 100% votre volonté. Certains ne voulaient pas qu’on discute même du problème de Waymark. Je n’étais pas loin de cette position. Mais il se trouve que nous devons sortir de cette histoire d’élections, parce que la Guinée a autre chose à faire que de parler d’élections seulement.
C’est vrai que les gens qui gouvernent aujourd’hui la Guinée ne croient pas à la démocratie. Ce sont négateurs de la démocratie, ils portent un masque. Ils avancent masqués avec des vocabulaires qui précèdent. Parce qu’un vrai démocrate n’accepte pas, si on met en cause d’une façon significative sa position. Il doit s’ouvrir ! (…). Donc, on a dit que si on a nos représentants dans les CARLE, si on prend le temps nécessaire pour faire une révision ensemble, on n’a pas besoin de Waymark ! La CENI peut garder Waymark dans son congélateur, ou au frigo, ou le suspendre au dessus de la cheminée (…). Le problème de Waymark ne se pose qu’à cause des tricheries organisées par Waymark. Mais on a trouvé une parade, si le gouvernement n’accepte pas cette parade, c’est que, c’est un gouvernement antidémocratique, antinational, qui est contre l’unité nationale, qui est contre la paix civile. Personne n’est propriétaire de la Guinée. La Guinée n’est pas un troupeau de bœufs et le gouvernement n’est pas un ensemble de bouviers. Nous sommes des citoyens égaux en droit et on doit l’être en faits. Donc, Waymark devient un objet non négociable que s’il n’y a pas d’alternatives crédibles à ses activités. Or la seule alternative crédible à Waymark, c’est qu’on reforme les CARLE, qu’on prenne 30 jours ou 45 jours pour refaire la révision. Dans ce cas là, que Waymark reste ou ne reste pas, ce n’est pas important. Pour moi, nous sommes d’accord d’après le président de la République que les décomptes des voix se feront manuellement, donc on n’aura plus besoin de Waymark. Certains se sont répandus à dire que l’opposition a trahi. Ils font comme si l’opposition était monolithique, pourtant elle ne l’est pas.

Récemment, la CENI a proposé un nouveau chronogramme fixant les élections législatives le 28 juillet prochain. Quel est votre avis sur ce nouveau calendrier électoral ?

Vous avez failli faire un lapsus qui correspond correctement à ce que fait la CENI. Comme le président de la CENI (Bakary Fofana, Ndlr) n’a rein à faire, il s’amuse. Il a un dé qu’il lance le 28 sort. Ce qu’il a dit, c’est pour amuser, passer son temps libre. M. Bakary Fofana si je ne savais avec certitude qu’il ne boit pas, j’aurais dit, il était ivre quand il a fait ça. Parce que je ne vois pas comment un homme crédible qui a été président de la société civile, qui a été ministre d’Etat chargé des affaires étrangères de la Guinée, peut s’abaisser à faire des bêtises comme ça ! Je l’accuse vraiment de forfaiture. Ce qu’il fait n’est pas bien. Le serment qu’il a prêté dit qu’il ne doit pas prendre des instructions en dehors de la CENI. Je peux prouver qu’il a pris des instructions auprès de la CENI pour proposer des bêtises comme ça. Ce n’est pas bien. C’est un ami et ça me fait mal au cœur qu’il s’adonne à des jeux comme ça. Ça ne me plait pas. (…) Avec Bakary Fofana, on a parcouru des chemins difficiles ensemble, mais je ne pouvais pas imaginer que tout ce qu’il a entendu dire de Louncény Camara (ancien président de la CENI, ndlr) aujourd’hui, les gens disent que Louncény vaut mieux que lui! C’est une date qui ne veut rien dire. Ce n’est pas la communauté internationale qui doit fixer la date, c’est par consensus. Et puis ce n’est pas à la CENI de fixer la date, ce n’est pas à la CENI de fixer le chronogramme. Le chronogramme est inscrit à l’ordre du jour du dialogue. Donc, c’est une volonté politique qui doit déterminer du contenu du chronogramme. Aussi, nous sommes en Guinée ! En Forêt, il pleut depuis trois mois assez fréquemment, à Conakry, il y a à peine trois semaines que les pluies ont commencé. Quand on va arriver en juillet, il va pleuvoir presque toute la journée. Ici sur la côte où la pluviométrie est quand même un peu régulée entre les douze mois de l’année. A partir du 15 juillet, c’est la rigueur d’une pluviométrie anarchique. Au-delà du problème de volonté politique, il y a le climat qui entre en ligne de compte. Donc il y a ça là qu’il faut tenir compte. Pas seulement de ce que le gouvernement a dit. Le gouvernement n’est pas composé des anges, ce sont des hommes, ils se trompent. Mais dans leur façon de s’arcbouter, c’est pour défendre leurs intérêts qui ne sont pas en harmonie avec l’intérêt de la population guinéenne. Parce que les guinéens en ont mare de cette pénurie induite par le gouvernement du changement. On a changé, mais de mal en pire.

Que répondez au président Alpha Condé qui a affirmé que “l’opposition n’est composée que d’anciens Premier ministres qui font tout pour bloquer le changement“ ?

Ecoutez ! Je suis très fâché contre Alpha Condé, c’est un ami ; mais la direction qu’il prend actuellement ne me plait pas. Et l’amitié qu’il y a entre nous ne pèse aucun poids face à l’intérêt national. Ces Premier ministres-là, le plus mauvais d’entre eux vaut encore mieux que ceux qui n’ont jamais travaillé. Eux, au moins, ils ont eu la possibilité de travailler pour leur pays et d’endurer les difficultés de leurs concitoyens. Mais lui, il n’a jamais travaillé en Guinée. De quel droit il parle comme ça ? Parce qu’il a été élu président dans les conditions que nous savons tous ! Mais quand on a été un homme d’Etat, il y a des choses, il faut les garder pour l’histoire. Il faut étager les vérités sur le fonctionnement de l’Etat par rapport au temps et aux générations. Il a eu tort de dire ça. Sidya a été Premier ministre, il a posé des actes très bons, moins bons, mais il a posé des actes qui ont servi la Guinée. Cellou Dalein Diallo a été ministre, Premier ministre, il a posé des actes très bons, bons, moins bons. C’est normal ! Regardez en France, on fait la critique des gestions successives. Les actes que posent les gouvernements certains disent que c’est mauvais, d’autres disent que c’est bon. Kouyaté est venu, il a posé des actes très bons, bons et moins bons, mais il a servi la Guinée en Guinée. Il a servi comme fonctionnaire depuis toujours, il s’est dévoué à la cause nationale. Jean Marie Doré, je me suis mis au service de mon pays avec abnégation. J’ai été chargé de diriger le gouvernement guinéen, j’ai organisé des élections. Il est le fruit de ma gestion.
Alpha Condé est un fruit, un sous produit de ma gestion. Mais lui, où est son résultat ? Depuis qu’il est là, il n’y a rien à manger au marché. Il a fait licencier par une politique confuse, tous les miniers sont partis. Et à leur suite les entreprises sont parties. Effectivement il a changé ! Il a changé cette évolution positive en en un champ de ruine aujourd’hui. Je crois que c’est un lapsus de sa part, il ne faut pas qu’il répète ça. Parce que sinon nous allons parler, et si nous parlons ce n’est pas bon pour lui. Vaut mieux qu’il arrête comme ça. Il faut dire que M. Doré conseille à M. Alpha Condé de ne pas s’engager sur cette voie là. Parce que si nous nous mettons à parler ce n’est pas bon pour lui. Et les Premiers ministres qu’il a dénoncés sont des patriotes qui ont servi la Guinée à des moments où certains se réfugiaient à Paris, où certains allaient se promener au Congo, en Angola, au Burkina Faso, au Gabon et pendant ce temps nous nous mangions le manioc cuit sous la cendre avec le peuple. Et des gens se couchaient dans les palaces aux frais de qui, je ne sais pas. Donc ce n’est pas bon ! Nous sommes en train de parler des élections, c’est notre pays, il faut éviter de dire des paroles qui suscitent des contraires, des réactions qui ne sont pas bons pour lui. Il est là, il est le président légal de la Guinée, je ne le conteste pas. Mais il ne faut pas qu’il s’érige en procureur parce qu’en ce moment là, il trouvera des avocats d’une défense hermétique.

Etes-vous de ceux qui pensent que la formation d’un gouvernement d’union nationale pourrait être la solution aux problèmes guinéens ?

Je n’ai jamais entendu parler qu’Alpha Condé a fait une proposition d’un gouvernement d’union nationale. Je m’inscris en faux, ce n’est pas vrai. Et puis d’ailleurs Alpha Condé est incapable de faire un vrai gouvernement d’union nationale. Parce qu’il ne peut former un gouvernement qu’avec des gens qui s’agenouillent devant lui. Je ne peux pas m’agenouiller devant quelqu’un. Mais si quelqu’un défend un intérêt national évident, je me mets à son service. Mais lui, il ne peut pas servir avec des gens compétents. Il veut des gens qui s’agenouillent devant lui, il leur dicte sa volonté, et c’est pourquoi le pays ne marche pas. Quand on a des ministres, il faut les laisser travailler !
Devant notre silence, Alpha Condé a fini par croire qu’il est le maître d’un troupeau qu’il dirige à sa guise. Il n’est pas un directeur de troupeau ! Il faut que M. Alpha Condé sache que chacun de nous vient de quelque part. S’il est supposé venir de la Haute-Guinée, moi je viens de la Forêt, il y en a qui viennent du Foutah, il y en a qui viennent de la Haute-Guinée comme lui, il y en a qui viennent de la Basse-Guinée ! Et chacun a un appui chez lui, bien qu’il fait croire que qu’il contrôle la Haute-Guinée et la Forêt. On va voir, il n’a qu’à organiser des élections transparentes, on verra qui est maître de la Forêt. Donc M. Alpha Condé a tort de dire ça, il n’a jamais proposé un gouvernement d’union nationale. Parce qu’on ne propose pas un gouvernement d’union nationale en catimini. Quand un président de la République veut proposer un gouvernement d’union nationale, il le fait à l’occasion d’une déclaration solennelle. Et il indique la mission de ce gouvernement. On ne peut pas dans une simple causerie dire que “Ah, si on faisait un gouvernement d’union nationale”, ça, ce sont des habitudes de syndicat d’étudiants !

Votre dernier mot, M. Doré !

Mon dernier mot, c’est facile de gouverner la Guinée quand on est sincère. Quand on s’insère dans le chemin du respect dû à chacun. Ces élections devaient être l’occasion de poser la pierre angulaire de la réconciliation qui permet d’aller à l’unité nationale. Il fallait qu’on pose les choses de telle manière que petit à petit les Guinéens commencent entre voisins à se faire confiance, que celui qui est là n’est pas forcément mon ennemi. Un Peulh n’est pas par atavisme l’ennemi du Malinké ou du Soussou, le Forestier n’est pas par atavisme l’ennemi du Malinké ou du Soussou. Quand ces sentiments commencent à naître alors on parle d’unité nationale. Or le drame que nous vivons aujourd’hui, cette méfiance qui agrandie le fossé sur les différentes régions de la Guinée, c’est dû à l’ostracisme de certains. Certains disent que les Peulhs ne sont pas des guinéens. Mais qui est guinéen ? C’est faux ça ! Les blancs ont décrété que la Basse-Guinée c’est les Rivières du Sud. A cette époque là la France tentait d’exercer un protectorat sur le Foutah. Cette volonté politique de la France était contrebattue par le gouverneur de la Sierra Léone au nom de la Grande Bretagne. Ce qu’on appelle maintenant la Haute-Guinée était intégré à l’ensemble français du Soudan. C’est-à-dire l’actuel Mali. Siguiri, Dinguiraye, Kankan, Beyla, Lola étaient les données territoriales du Soudan Français. Les Kissi, les Guerzé, les Loma, les Mano, les Kono, faisaient partie du Libéria par le traité de 1892. C’est à partir de 1898 qu’on a réorganisé les territoires d’outre-mer. On a coupé Siguiri, Dinguiraye, Kankan, Beyla du Soudan, on a intégré à la Guinée. Donc, si les gens peuvent dire c’est nous les “guinéens !”, ça peut être, c’est les Soussous historiquement. Parce que les Portugais ont baptisé le golfe-là, Golf de Guinée. Il ne faut pas dire que l’un est moins guinéen que l’autre. Il faut éviter les raccourcis que les gens prennent. Si les gouvernements Libériens qui se sont succédés n’avaient pas été indolents, nous, nous serions des citoyens Libériens ! Mais nous sommes maintenant des guinéens par la volonté des colonisateurs. Les Malinké, les Soussou, les Peulhs sont guinéens.
Ce qui est plus important, c’est sans doute les élections, mais c’est l’entente qui va découler de l’organisation de ces élections, le rapprochement des guinéens. Donc il faut éviter de lancer des paroles qui agrandissent le fossé. Aucune des nos régions à elle seule ne peut gérer la Guinée ! Même si vous ne faites pas partie du gouvernement, si ça fonctionne bien, vous devez apporter votre soutien. Mais si le président de la République dit qu’il veut gouverner par défi, ça ne marchera pas. Il faut qu’il sache ça !
Si quelqu’un veut utiliser la force, tout le monde utilisera la force. C’est un avertissement que je donne. Nous sommes ici pour construire ensemble une nation solide. Il ne faut pas que des gens qui n’étaient pas ici, que le hasard a mis sur le chemin du pouvoir se targuent de venir menacer les autres. On n’acceptera pas ! Ce n’est pas normal !
Il ne faut pas que des gens racontent des boniments comme ça-là à longueur de journée.
Et la CENI s’est disqualifiée avec mon ami Bakary qui n’a pas servi les intérêts des partis qui avaient réclamé sa création et d’être inféodé à un gouvernement. Parce que plus on pose des actes unilatéraux, on arrivera à un moment où même si le gouvernement fera bien, on ne croira pas. Est-ce que vous croyez que c’est nécessaire qu’un gouvernement ait 90 députés à l’assemblée ? Le premier tour des élections présidentielles a montré la force de chaque parti. M. Alpha Condé a eu 18%, donc à la limite, ça fait environ 19 députés.
Mais comme toute personne qui gère l’Etat, les opportunistes, ça peut amener à 25, 30 députés. Tout ce que nous faisons doit servir la cause nationale, la cohésion nationale. Et la cohésion nationale commence par la réconciliation entre voisins du quartier ou du village. Entre les habitants d’un village par rapport à un autre, entre une sous-préfecture par rapport à une autre, une préfecture par rapport à une autre, une région par rapport à une autre. Et comme ça quiconque gouverne la Guinée, lui c’est un fils de ce pays. La Guinée est une cause pour laquelle on peut accepter le sacrifice suprême, mais il faut que ce soit la vraie Guinée que nous voulons pour patrie.

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1
Souaré Mamadou Hassimiou
Africaguinee.com

Sidya : Sékouba frauda pour Alpha

Sidya Touré, candidat de l'UFR
Sidya Touré, candidat de l’UFR

Décidemment, les élections présidentielles n’ont pas fini de livrer leur secret. Dans une interview accordée à nos confrères ivoiriens, le président de l’UFR est revenu sur les sujets brûlants de l’actualité politique Guinéenne. Intégralité de cette interview

Fraternité Matin: Le Premier ministre, comment va la Guinée ?

Plutôt mal, dans la mesure où nous sommes dans une situation difficile, à tout point de vue. D’abord au niveau politique. Comme vous le savez, nous n’arrivons pas à tenir d’élections législatives pratiquement deux ans après la présidentielle. Deuxièmement, sur le plan économique. Nous avons eu une opportunité avec ces élections, et je crois que les financements qui se sont orientés vers la Guinée, qui étaient d’une ampleur sans précédent depuis l’indépendance du pays, sont en train d’être perdus, complètement. Sur le plan de l’état de la nation, il y a une déchirure profonde entre les communautés et les groupes ethniques dans le pays, résultat de la politique menée par le régime actuel. Prenons point par point.

Fraternité Matin : Sur le plan économique, comment cela se fait-il qu’avec toutes ces potentialités et opportunités dont vous venez de parler, avec le nouveau pouvoir démocratiquement élu, la Guinée n’arrive pas à décoller ?

D’abord, à cause de la précarité institutionnelle qui prévaut dans le pays. Il n’y a pas d’Assemblée Nationale. La perception que les gens ont aujourd’hui de la Guinée, est celle d’un pays qui n’a pas encore fini sa transition, et donc qui est encore capable de soubresauts. La deuxième raison, ce sont les politiques mises en place au plan économique par ce gouvernement, qui sont basées sur l’allégeance des responsables aux centres de décision, au lieu de la compétence.

Général Sekouba Konaté, vice-président du CNDD, ministre de la défense
Général Sekouba Konaté, vice-président du CNDD, ministre de la défense

Les résultats sont totalement désastreux, et je peux vous donner des exemples précis. Aujourd’hui, en Guinée, la Société nationale des télécommunications a fait faillite, la Caisse nationale de sécurité sociale est en voie d’être dans la même situation. L’unique société de transformation [Fria — T.S.Bah] présente dans le secteur minier a arrêté ses activités depuis huit mois pour cause de grève et le gouvernement est incapable de résoudre ce genre de questions. Le taux de croissance dans un pays qui ne part de presque rien, dans la mesure où la Guinée a connu des situations assez calamiteuses par le passé, traîne aux alentours de 3,5 ou 4%.

Dans un pays où les miniers s’étaient engagés à investir 10 milliards de dollars dans les cinq années à venir. Mais ils ont tous reculé, en raison des incohérences des politiques mises en place par le gouvernement ainsi que des changements permanents de décisions qui font que ni le code minier ni les conventions ne sont respectés.

Fraternité Matin : Vous avez parlé du tissu social et du pays qui est divisé entre différentes communautés.

C’est un problème sérieux en Guinée et on s’en est servi, lors des élections, pour diviser les populations, les dresser les unes contre les autres. J’estime que quand vous avez un pays comme la Guinée, qui revient de si loin, et que vous avez des réformes structurelles profondes à faire et une volonté réelle de dynamiser les choses, il vous faut obtenir un consensus national. Or, ce consensus, on ne le recherche pas. Au contraire, on continue d’exacerber les tensions tous les jours, je me demande pour quelles raisons. En tout cas, mon parti, l’Union des forces républicaines, ne s’inscrit pas dans cette voie. Nous estimons que, pour que la Guinée progresse rapidement, il faut qu’elle s’unisse, que l’on se tende la main, que l’on discute, que le consensus soit obtenu, et que toutes les communautés guinéennes se sentent concernées par le développement économique et social qui doit être boosté par les investissements tant privés que publics. Nous pensons qu’il faut aller de l’avant dans ce sens. Ma campagne électorale a été basée sur cette façon de voir notre pays. Voilà pourquoi l’un de mes slogans était « Sidya Touré, symbole de l’unité nationale ».

Fraternité Matin : Vous avez évoqué l’Assemblée nationale qui n’est toujours pas élue. D’où vient le blocage ?

C’est un problème assez simple et en même temps assez compliqué. Nous avons eu une élection présidentielle en 2010. Après, nous devrions aller aux législatives. Vous ne pouvez pas imaginer un pays où, quand on a fini la présidentielle, c’est le parti qui est censé l’avoir gagné qui réclame qu’on change, et la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) et le fichier électoral. Voilà d’où vient le blocage. Une société sud-africaine a été envoyée en Guinée pour refaire le recensement, contrairement à la loi qui prévoit, dans ce cas-là, une révision. Cette société n’a été choisie ni par appel d’offres ni par consensus avec les partis politiques. La Commission électorale a été, de son côté, complètement restructurée, surtout dans ses démembrements, là où se trouvent 95% des électeurs, sans que nous en ayons été informés. Nous avons donc dit que cela ne pouvait pas se faire et qu’il fallait s’asseoir autour d’une table pour discuter de la mise en place, s’il le faut, d’une Ceni restructurée, mais qui soit paritaire conformément à la loi. Nous avons également demandé que la société sud-africaine Way Mark, qui est venue en catimini pour faire le recensement, soit mise de côté et qu’on se base sur le fichier électoral à partir duquel a été organisée l’élection présidentielle que le Rpg du président Alpha Condé, est censé avoir gagnée. Nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord, depuis deux ans, sur ce qui a été changé. Si l’on n’avait touché ni à la Ceni ni au fichier électoral, on aurait pu faire les élections. Ceux qui ont posé ces actes ne veulent pas que les élections aient lieu. Après, c’est facile de crier dehors : l’opposition ne veut pas aller aux législatives ! La réalité est que le pouvoir en place n’est pas prêt pour ces élections, dans la mesure où la coalition même au pouvoir qui était minoritaire au second tour, mais qui a gagné dit-on, la élection présidentielle, a volé en éclats. Le parti gouvernemental est donc tout seul, avec ses 18% de voix du premier tour de ce scrutin, face à l’ensemble des partis politiques qui sont pratiquement tous passés dans l’opposition. C’est une situation ingérable pour le pouvoir, mais qu’on essaie de couvrir par des discours.

Fraternité Matin : Le ministre Alhassane Condé de l’Administration du territoire accuse l’opposition de bloquer le processus, puisqu’elle n’arriverait pas à s’accorder sur les dix membres à envoyer à la Commission. Qu’en est-il ?

J’ai entendu cela et j’en ai souri. Dans la mesure où le parti au pouvoir n’est pas chargé de définir l’opposition. L’opposition se définit par elle-même, c’est celle qui manifeste, qui s’est battue pour avoir une commission nationale indépendante paritaire comme prévu par la loi, pour que le fichier électoral soit révisé, au lieu de procéder à un nouveau recensement. Ce collectif des partis pour la finalisation de la transition avec l’Adp, s’est réuni et a donné les dix noms qu’il fallait pour aller à la Ceni. Le gouvernement, entre temps, comme cela se fait toujours avec les socialo-communistes, a créé une centaine de partis politiques qu’on a affectés un peu partout en désignant ceux-ci comme étant du centre, ceux-là comme étant de l’opposition. Nous avons dit que ces partis, nous ne les connaissons pas, nous voulons que les dix sièges réservés à l’opposition soient partagés entre nous et ces partis que le pouvoir a créés. C’est assez simple. En 2007, on était face à un tel problème et c’est à ce moment qu’on a créé la Ceni, avec le général Conté. Quand ce problème s’est posé, il a dit qu’il ne se mêlait pas des difficultés de l’opposition, parce que cela ne le concernait pas. Et nous avons déposé, avec Alpha Condé à l’époque, la liste de l’opposition, nonobstant les partis qui réclamaient des sièges mais qui n’étaient pas représentatifs dans le pays. En réalité, c’est le rêve d’Alpha Condé, de faire en sorte que nous nous retirions de la Ceni parce que nous n’arriverions pas à un accord, et que, pourquoi pas, nous refusions d’aller aux législatives. Cela lui permettrait de mettre en place une Assemblée aux ordres et, en ce moment-là, il serait l’homme le plus heureux. Seulement, nous ne lui offrirons pas ce plaisir, parce que nous préparons les élections, nous irons aux élections et la Ceni sera revue comme nous l’avons souhaité.

Fraternité Matin : Et si le pouvoir refuse ?

Cela fait deux ans qu’il refuse et deux ans que nous manifestons. Et plus on avance, plus les manifestations prennent de l’ampleur, parce qu’à cela s’ajoute la situation des populations qui sont dans les pires difficultés dans notre pays. On n’a pas beaucoup parlé du volet économique, mais la Guinée est dans une situation désastreuse. Vous savez, c’est un pays qui n’exporte plus de produits agricoles, la seule société de transformation minière a arrêté ses activités depuis des mois. C’est un pays qui servait de base commerciale à la sous-région, mais tout ceci a disparu avec une réorganisation du port dont on ne comprend pas très bien les objectifs. Aujourd’hui, l’activité à Conakry est inexistante. Les infrastructures de base comme l’eau et l’électricité, choses sur lesquelles je m’étais penché quand j’étais Premier ministre en 1996 — en 6 mois, on avait réglé ces questions [à Conakry, T.S. Bah] —, deux ans après l’avènement de l’actuel pouvoir, nous en sommes au même niveau. Là où cela fonctionne le mieux, dans les quartiers les plus huppés de la ville, vous avez six heures d’électricité par jour ! Ces difficultés font qu’aujourd’hui, ces législatives vont être des élections à mi-mandat, puisque les gens ont eu le temps de se faire une idée, entre les promesses et la réalité quotidienne de la gestion d’un parti prônant l’idéologie socialo-communiste. Plus on avance, moins les gens vont aller dans ce sens. Cette question électorale est devenue un réel problème pour le Président.

Fraternité Matin : Peut-on soutenir, aujourd’hui, que l’armée est totalement sortie de la scène politique guinéenne ?

Non. Parce que le gouvernement actuel cherche à l’impliquer un peu plus. Il y a eu une mise à la retraite de près de 4000 militaires qui avaient un certain âge, ce qui est normal, à mon sens. Mais, en contrepartie, ce sur quoi nous insistons, c’est que de jeunes gens sont recrutés uniquement dans une certaine communauté, sont envoyés en Angola pour être formés, et tous les six mois, vous avez des contingents de 300 à 400 jeunes qui vont et viennent et qui sont intégrés dans l’armée. On veut remplacer les militaires partis à la retraite par de nouveaux militaires qui sont, en réalité, des militants. De plus en plus, on essaie de caporaliser l’armée.

Fraternité Matin : Que devient Dadis Camara ? A-t-il encore une place sur la scène politique en Guinée ?

Je crois qu’il est à la retraite à Ouagadougou. Je ne sais pas s’il est encore dans la vie politique, je ne le crois pas. Il est certain que chacun de nous a, au moins, un village. Peut-être qu’il y a des gens qui ont encore des idées de ce genre, mais pour le moment, il est vraiment à l’écart de la vie publique.

Fraternité Matin : Et le général Sékouba Konaté ?

Je ne sais pas. Je crois que lui aussi, il est dans la nature. Je ne sais pas où il est d’ailleurs. Quand on sait le rôle qu’il a joué dans ces élections, au premier tour et au second, on se demande pourquoi il n’est pas là.

Fraternité Matin : Que rôle a-t-il joué ?

Il a aidé au changement des résultats de l’élection. Au premier tour, on a pris en compte des résultats du Rpg qui n’étaient pas ceux de la Ceni, puisque ce sont des documents qui n’ont été visés ni par les partis politiques ni par la représentation de la Cour suprême. C’est ce qui nous a valu de nous retrouver en troisième position, tandis que d’autres [Alpha Condé] ont été propulsés à la deuxième place. Au second tour, les problèmes ont été identiques. On a mis quatre mois entre les deux tours, le temps pour le Rpg de mettre en place les structures nécessaires pour gagner les élections.

Fraternité Matin : Qu’avez-vous fait contre cela ?

Nous avons manifesté, à l’époque, mais nous sortions d’une crise très difficile, la communauté internationale a beaucoup pesé sur cette décision. J’ai saisi la Cour suprême, une première fois, mais nous avons été sous pression. La communauté internationale voulait que ces élections se terminent et qu’on se rattrape aux législatives.

Fraternité Matin : Quels sont vos rapports, aujourd’hui, avec Cellou Dalein Diallo que vous avez soutenu au second tour de la présidentielle de 2010 ?

Nous avons de bons rapports. D’abord nous sommes des libéraux. Ensuite, nous avons constitué en Guinée avec lui, le Premier ministre Kouyaté, Abé Sylla et d’autres partis, le collectif de finalisation de la transition, avec pour objectif d’obtenir des élections législatives libres, transparentes et crédibles. C’est ce mouvement qui organise des manifestations pour exiger des législatives crédibles. Nous travaillons tous ensemble dans ce cadre, et nous étions tous ensemble ici, à Abidjan, au congrès de l’Internationale libérale.

Fraternité Matin : Parlons de ce congrès auquel vous avez pris part. Qu’est-ce que le libéralisme peut apporter à l’Afrique ?

Il n’y a que le libéralisme qui puisse apporter quelque chose à l’Afrique. Qu’est-ce que le libéralisme ? C’est la capacité qui est donnée à chacun d’entre nous de s’exprimer et d’entreprendre. Pour créer de la richesse, il faut qu’il y ait ces capacités dans nos pays ; les entreprises privées représentent l’essentiel de la création des richesses partout, pas uniquement dans nos pays. Si vous prenez un cas typique comme celui de la Côte d’Ivoire, j’écoutais votre projet de développement économique à moyen terme, avec des investissements colossaux. Mais, au mieux, l’Etat va y prendre 40%, ce qui est un taux extrêmement élevé. Sinon, dans des pays comme les nôtres, ce devrait être 25 à 30% le reste est financé par le secteur privé. Dans des pays comme la Chine, l’Inde, ce sont les Ide (investissements directs étrangers) qui font l’essentiel des investissements, parce que c’est là que la richesse se crée. Et cela, il n’y a que le libéralisme qui puisse le faire. La socialisation des biens de production, on en connaît les résultats. En 1989, quand l’Union soviétique est tombée, personne ne l’a poussée, elle est tombée toute seule, parce qu’il n’y avait pas cette création de richesses, cette croissance économique, cette capacité des gens à aller de l’avant que vous retrouvez dans le système libéral. La liberté qu’on offre aux gens d’entreprendre n’a pas d’équivalent dans le système socialo-communiste.

L’Afrique a donc tout intérêt à s’inspirer de cela. Mais quand on dit entreprises privées, chez nous, les gens ont toujours en tête de grandes entreprises qui s’intéressent au pétrole ou aux mines. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Dans certains pays, comme Taïwan, 70-80% des entreprises sont des Pme. Ce sont de petites entreprises que chacun de nous peut créer. Je crois qu’un pays comme le Ghana est sur cette voie. Il faut qu’on le comprenne bien : c’est tout cela qui fait qu’on peut créer de la richesse. Sans création de richesse, il n’y a rien du tout. On veut s’orienter tous vers le social.

Mais comment voulez-vous faire du social, si vous n’avez pas d’argent ?

Je me souviens que le Président Houphouët, disait : « Nous ne sommes pas un Etat socialiste, mais nous comptons faire le social le plus hardi », parce qu’il y avait des revenus pour cela. Et les revenus, c’est le privé, les planteurs, les entreprises, les Pme agricoles qui peuvent devenir des Pme de transformation, des coopératives… Quelqu’un comme Zadi Kessy a entrepris de faire cela dans son village. On produit le cacao, on le transforme sur place…

Fraternité Matin : Le libéralisme poussé à l’extrême ne crée-t-il pas des injustices ?

C’est clair, le libéralisme poussé à l’extrême n’est plus le libéralisme mais le capitalisme. Un système sans idéologie. Le libéralisme a une idéologie qui veut qu’on crée de la richesse et qu’on fasse de telle sorte que tous ceux qui partagent cet espace ne soient pas mis dans une situation difficile qui les empêche d’accéder au minimum vital. Le libéralisme est une idéologie très éloignée du capitalisme qui en est une déformation. Pourquoi ? Parce qu’on se sert tous du marché, mais le marché n’est qu’un mécanisme pour gagner des bénéfices ou favoriser la croissance. L’utilisation de ce qu’on gagne est définie dans le libéralisme de manière différente du capitalisme.

Fraternité Matin : La crise financière mondiale récente a remis en cause le libéralisme, avec les interventions massives des Etats pour sauver les banques en déphasage avec les thèses sacrées de cette idéologie.

Non, rien n’est sacré. Nous disons qu’il faut donner la primauté aux investissements privés. Les crises économiques sont cycliques. Même les pères de la macroéconomie, entre autres, John Maynard Keynes, ont recommandé que l’Etat intervienne quand le marché est perturbé. Et nous l’avons vu aux Etats-Unis pendant la grande crise, les grands travaux qui ont été effectués l’ont été sur des fonds publics. Quand Barack Obama reprend le secteur automobile, y met de l’ordre et, trois ans après, se retire, c’est juste du pragmatisme, il ne s’agit pas d’une nationalisation qui est un transfert de propriété à l’Etat. Là, il s’agit de participation en vue de rééquilibrer un certain nombre de choses, après les distorsions qu’on a constatées. Ceci n’a jamais été interdit. L’Etat a forcément son rôle à jouer quand il y a des distorsions. L’économie ne peut pas être en croissance permanente. Il peut arriver des crises et la souplesse de ce régime veut que des mesures correctives soient prises, même si c’est par l’État, de manière provisoire.

Fraternité Matin
24 octobre 2012